Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La Salle des profs (Das Lehrerzimmer)

Publié le par Rosalie210

Ilker Catak (2024)

La Salle des profs (Das Lehrerzimmer)

Après avoir vu "La Salle des profs", l'enseignant français mal payé, déconsidéré et prié de la boucler pour ne pas faire de vagues se sent un peu moins seul en constatant qu'outre-Rhin, leurs compatriotes ne sont pas mieux traités. Par ailleurs le film de Ilker CATAK est un véritable thriller scolaire qui ne sort jamais du collège où s'inscrivent les faits relatés ce qui en fait un concentré d'efficacité dramatique. C'est à la fois sa force et sa limite. Sa force car on est happé par l'engrenage dans lequel est entraîné Carla (Leonie BENESCH), jeune professeure trop naïve dont l'initiative pour démasquer le voleur qui plombe l'ambiance de l'établissement se retourne contre elle, au point qu'elle devient le bouc-émissaire de tous les dysfonctionnements de l'institution scolaire et à travers elle, de la société allemande en crise. Sa limite car à force de charger la barque, celle-ci devient trop lourde à porter pour rester crédible jusqu'au bout. Aucun collègue ne peut supporter un tel déferlement de défiance, de haine et de violence de la part des groupes sociaux qui constituent le collège (direction, collègues, élèves et parents) en restant aussi isolé sans finir par se mettre en arrêt maladie voire par changer de métier. Par ailleurs le prisme des origines immigrées s'il est un élément déterminant des fractures qui pourrissent le climat scolaire et social est tellement appuyé au détriment de tous les autres (la jeunesse, l'origine sociale, le fait d'être une femme etc.) qu'il donne au film un caractère paranoïaque. En effet, l'élément le plus problématique à mes yeux est le caractère unanimement détestable des gens qui entourent Carla dans son milieu professionnel. Tout le monde cherche à l'enfoncer ou à se débiner et on dirait que les acteurs ont eu une prime à celui qui se montrerait le plus lâche ou le plus odieux. Alors certes, cela sert la mécanique oppressante du film, Carla tombant de Charybde en Scylla mais au détriment d'une description un peu plus humaine et réaliste du milieu.

Voir les commentaires

Toni Erdmann

Publié le par Rosalie210

Maren Ade (2016)

Toni Erdmann

Etonnant, ce Toni Erdmann qui évolue entre mélancolie quasi-dépressive et soudaines embardées burlesques totalement jouissives. Un burlesque qui m'a rappelé par certains côtés celui des frères Marx en raison de leur capacité à subvertir les rôles sociaux en démasquant par là-même leur vacuité. Dans le rôle du bouffon, un sacré personnage, Winfried (Peter SIMONISCHEK) qui dès la première séquence mystifie le facteur et le spectateur avec un récit farfelu et un dédoublement de personnalité. Par la suite, découvrant le mal-être de sa fille qui s'est enfermée dans un rôle d'exécutive woman chargée de préparer des plans de restructuration en Roumanie, il décide de surgir à l'improviste dans des déguisements désopilants pour l'entraîner dans des dialogues et des situations absurdes. Dans le rôle de Ines, Sandra HULLER excelle à traduire toute l'ambivalence de son personnage de freak control désincarné qui tente de mettre son père à distance tant elle en a honte mais s'effondre quand il fait semblant de partir. Ce double mouvement contradictoire donne tout son sel aux scènes où il la place dans des situations embarrassantes mais qui finissent par produire de petites (le rire) puis de grandes étincelles de complicité (le chant). A l'univers métallique, inhumain et hors-sol de l'entreprise auquel appartient Ines répondent les aventures incarnées que lui fait vivre Winfried qui noue le contact avec les roumains et entre dans leurs maisons. Jusqu'à la scène de l'anniversaire où Ines improvise son propre scénario et se libère littéralement d'une robe -d'une peau- dans laquelle elle était trop engoncée sous l'oeil bienveillant d'un énorme yéti. En dépit d'une durée trop longue qui se ressent par des baisses de rythme, le film par sa prise de recul salutaire interroge et bouscule nos perceptions et nos valeurs.

Voir les commentaires

Amour fou

Publié le par Rosalie210

Jessica Hausner (2014)

Amour fou

Ce n'est pas parce que cet "Amour fou" au titre semi-trompeur puisqu'il se situe du côté morbide du romantisme traite du mal de vivre qu'il doit être à ce point dénué de vie. Jessica HAUSNER a été visiblement étouffée par les modèles dont elle s'inspire. Ancienne assistante de Michael HANEKE, elle tente de reproduire son style distancié sans pour autant lui donner du sens. "La Marquise d'O..." (1976), la nouvelle de Heinrich von Kleist est citée, de même que son adaptation par Eric ROHMER qui se retrouve dans l'esthétique du film: des plans fixes composés comme des tableaux. Mais dans le film de Eric ROHMER, ce qui était passionnant, c'était le contraste entre le corsetage esthétique et social et la fièvre des élans pulsionnels s'emparant des protagonistes. Rien de tel dans "Amour fou" où les personnages se confondent avec les meubles. Ils sont si statufiés et si inexpressifs que certains passages en deviennent presque comiques à force d'absurdité. Il faut dire que Heinrich von Kleist (Christian FRIEDEL) poursuivant des jeunes femmes pour les convaincre de se suicider avec lui, c'est légèrement surréaliste. Et même si cela se base sur l'histoire de sa fin tragique, cela n'a pas grand-chose à voir avec l'amour ni avec le romantisme puisqu'il se rabat sur Henriette par défaut après avoir été éconduit par Marie sa cousine (Sandra HULLER qui semble avoir un peu plus les pieds sur terre mais qu'on ne voit que dans deux scènes). Cela ferait presque sourire de voir Henriette et Kleist se moquant des convenances, quitte à passer pour un couple adultère si le film avait un peu de rythme. Mais il est si froid, si lent, si austère, si morne, si théâtral, si rabat-joie que cet acharnement à tuer dans l'oeuf toute émotion chez le spectateur en devient décourageant.

Voir les commentaires

Une sale histoire

Publié le par Rosalie210

Jean Eustache (1977)

Une sale histoire

" Rétines et pupilles
Les garçons ont les yeux qui brillent
Pour un jeu de dupes
Voir sous les jupes des filles

Et la vie toute entière
Absorbés par cette affaire
Par ce jeu de dupes
Voir sous les jupes des filles
(...)

On en fait beaucoup
Se pencher, tordre son cou
Pour voir l'infortune
À quoi nos vies se résument ".

Oui il y a beaucoup de ça dans "Une sale histoire", récit d'une obsession racontée d'abord par un comédien professionnel (Michael LONSDALE) puis par celui qui est censé l'avoir sinon vécue du moins écrite (Jean-Noel PICQ) de façon quasiment identique ce qui redouble l'obsession tout en brouillant les repères entre documentaire et fiction. Les deux mots clés, "sale" et "trou" sont polysémiques. Ils renvoient au lieu du récit, les toilettes, plus précisément à leur cuvette. Ils renvoient au sexe féminin observé par le voyeur alors que la femme est en train d'uriner sans parler d'un autre trou jamais évoqué directement, celui de la défécation. Ils renvoient au trou de la serrure par lequel en se prosternant sur le sol souillé, le voyeur peut satisfaire sa pulsion scopique. Ils renvoient aussi à un trou noir, celui de la dépression qui guette le voyeur, enfermé dans sa névrose et au néant de ses relations avec les femmes, réduites à leur trou. Le trou, c'est aussi celui d'une représentation impossible autrement que par la parole, l'ouïe étant selon les dires de Jean-Noel PICQ qui cite Sade l'organe majeur de l'érotisme.

L'intérêt du film réside moins dans son contenu qui fleure bon les conversations d'il y a cinquante ans où il était de bon ton de choquer le bourgeois avec des propos crus mais énoncés avec une diction parfaite, un niveau de langue recherché et par la bouche de dandys germanopratins raffinés et décadents que dans ses interrogations sur les limites du cinéma et également de la libération sexuelle. Le besoin de recréer une forme de transgression dans une société l'ayant officiellement abolie ainsi que la description pathétique des collègues de bistrot s'adonnant à la même addiction perverse laisse entrevoir un paquet de frustrations non résolues. D'ailleurs le café est comparé à un cinéma porno, royaume de la masturbation. Les critiques envers les femmes "constipées" qui exigent tout un protocole social avant de se dénuder ne donne pas une image très heureuse des rapports entre les sexes. Enfin en prenant le parti de tout dire et de ne rien montrer, le film interroge la difficulté du cinéma à retranscrire visuellement la sexualité. Ainsi aussi scabreux soit-il, "Une sale histoire" renvoie au mal-être de "Mes petites amoureuses" (1974) d'autant que le poème de Rimbaud qui donne son titre au film donne une vision sadique et répugnante de la sexualité:

" Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou :
Sous l'arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères
Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron;

J'ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
Roux laideron
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
De sentiments;
Hop donc ! Soyez-moi ballerines
Pour un moment !

Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent,
Tournez vos tours !

Et c'est pourtant pour ces éclanches
Que j'ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D'avoir aimé !

Fade amas d'étoiles ratées,
Comblez les coins !
− Vous crèverez en Dieu, bâtées
D'ignobles soins !

Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons."

Voir les commentaires

La Belle et la meute (Aala Kaf Ifrit)

Publié le par Rosalie210

Kaouther Ben Hania (2017)

La Belle et la meute (Aala Kaf Ifrit)

emarquable traduction cinématographique d'un cauchemar kafkaïen, "La Belle et la meute" qui respecte peu ou prou la règle des trois unités (temps, lieu, action) et se compose d'une succession de plans-séquence plus éprouvants les uns que les autres met en scène la terrible nuit vécue par Mariam, une jeune tunisienne aux prises avec la redoutable machine institutionnelle de son pays. Mais le film a une portée universelle car les questions qu'il soulève dépassent le seul cas de la Tunisie que ce soit la question de la liberté des femmes (liberté vestimentaire, liberté de sortir le soir, liberté de flirter dans un lieu public) ou celui des dysfonctionnements de la police. Cependant les spécificités du protocole tunisien font des démarches de Mariam pour porter plainte et faire reconnaître le viol dont elle a été victime à temps un véritable parcours du combattant. Surtout l'institution qu'elle sollicite est celle d'où sont issus ses violeurs qui rôdent en permanence autour d'elle et savent mobiliser l'esprit de corps en leur faveur. D'une part en jouant sur la solidarité masculine, ceux-ci formant l'écrasante majorité des effectifs. Et de l'autre en mettant également les quelques femmes de leur côté en dégainant l'argument des moeurs supposées mauvaises de Mariam. Celle-ci doit ainsi se battre en permanence contre le renversement des rôles que les flics veulent lui imposer afin de la museler. Cette méthode de décrédibilisation s'ajoute à toute une palette d'intimidations, de menaces, de chantages, de mensonges que la pauvre fille soit subir en plus de son agression. Tous les coups sont permis, y compris les plus retors et les plus violents à son égard. Mais la ténacité de la jeune femme que l'on voit se défaire au fur et à mesure que les heures passent permet d'entrevoir au final la lumière. Contrairement à l'histoire vraie dont le film est adapté, Mariam n'est en effet pas tout à fait seule. Comme dans "Mustang" (2014), autre thriller viscéral autour d'un combat féminin contre un patriarcat oppressant, Mariam a un allié en la personne de Youssef rencontré en boîte de nuit. Présenté au départ comme une potentielle menace, il s'avère exactement le contraire et représente une alternative au modèle traditionnel. Et puis il y a un policier plus intègre que les autres qui résiste à l'ambiance délétère du poste et ouvre une planche de salut à Mariam.

Voir les commentaires

Mes petites amoureuses

Publié le par Rosalie210

Jean Eustache (1974)

Mes petites amoureuses

"Mes petites amoureuses" (d'après le poème de Arthur Rimbaud qui a incarné à lui seul l'adolescence rebelle bien avant Jean-Pierre LEAUD) aurait dû être un tremplin pour son réalisateur, Jean EUSTACHE comme l'avait été "Les Quatre cents coups" (1959) pour Francois TRUFFAUT. Mais cela ne fut pas le cas. Sans doute parce que le ton du film était trop âpre, trop amer bien que détaché. On y voit un jeune garçon de treize-quatorze ans qui sans doute renvoie au réalisateur étant donné que le film a une forte résonance autobiographique faire l'apprentissage de la vie sous l'angle des désillusions. Ce qui m'a frappé, c'est le contraste entre la vitalité et les aspirations de Daniel et les déceptions que la vie lui réserve. Le film s'ouvre pourtant sur de belles promesses. Daniel a été déclaré apte pour le collège, il ressent ses premiers émois, il a des amis et une grand-mère bienveillante jouée par la merveilleuse Jacqueline DUFRANNE que j'ai tant aimé chez Maurice PIALAT (lequel vient d'ailleurs jouer une petite scène dans le film). Hélas pour lui, sa mère le ramène chez elle à Narbonne où elle vit avec un ouvrier espagnol mutique sans avoir rien à lui offrir sinon de la promiscuité, de l'indifférence et de l'aigreur. Elle lui coupe les ailes en le mettant en apprentissage chez un mécanicien qui ne pense qu'à l'exploiter ce qui transforme Daniel en tire-au-flanc. En amour ce n'est pas mieux, ses initiatives maladroites se heurtent à une société encore très pudibonde et il en est réduit la plupart du temps à jouer les voyeurs. Le seul refuge de Daniel est le cinéma, le rêve à défaut d'une vie réelle mais décevante. Ce qui n'empêche pas d'apprécier la beauté de la photographie, les paysages solaires et bucoliques et 1001 détails de la vie d'autrefois saisis avec réalisme.

Voir les commentaires

L'Empire

Publié le par Rosalie210

Bruno Dumont (2024)

L'Empire

La bande-annonce m'avait donné envie de voir le film qui avait l'air drôle sauf qu'en réalité il est absolument navrant. J'ai pour principe de ne jamais quitter la salle en cours de route mais j'avoue qu'à deux ou trois reprises, ça m'a démangé car il ne faut que dix minutes pour comprendre le problème: les différents éléments de la sauce ne se raccordent jamais entre eux. On a donc des ch'tis du cru qui vivent leur vie en toile de fond et de temps en temps viennent balancer une ou deux blagounettes sans se soucier de l'histoire SF mise au premier plan avec une touche de polar et d'érotisme, ici et là. Visiblement, Bruno DUMONT a pensé qu'il pouvait se passer d'un scénario et qu'il lui suffirait de juxtaposer les différents éléments de son film pour que ça fonctionne. Or ce n'est pas le cas. On décroche d'autant plus vite que le rythme est extrêmement lent pour ne pas dire contemplatif et qu'il ne se passe quasiment rien. On comprend vaguement que les deux empires galactiques représentent le bien et le mal et qu'ils vont se bouffer entre eux, l'un dirigé par Fabrice LUCHINI qui n'est absolument pas drôle et l'autre par Camille COTTIN qui n'a droit qu'à une scène où elle peut jouer normalement, le reste du temps, elle est une sorte d'ectoplasme parlant une langue inconnue (sous-titrée heureusement). Leurs émissaires sur terre se disputent un bébé dont on ne comprend pas bien ce qu'il représente (Jésus? Satan? Les deux?) mais surtout batifolent dans les prés, les deux filles, Jane et Line (Anamaria VARTOLOMEI et Lyna KHOUDRI) avec leurs crop tops et leurs jupes au ras des fesses servant surtout à taquiner le goujon du pseudo-héros, un pêcheur-cavalier qui joue comme une brêle. La seule qualité du film est esthétique, ce sont les paysages de la côte d'Opale, superbement filmés et le design des vaisseaux spatiaux, une cathédrale et un château volants.

Voir les commentaires

Just a kiss (Ae fond kiss...)

Publié le par Rosalie210

Ken Loach (2004)

Just a kiss (Ae fond kiss...)

En regardant "Just a kiss" (2004), j'ai pensé à "My Beautiful Laundrette" (1985) de Stephen FREARS qui racontait également une histoire d'amour (gay de surcroît) entre deux jeunes, l'un d'origine britannique et l'autre d'origine pakistanaise cherchant à réussir, le tout dans un contexte difficile (les années Thatcher pour Stephen FREARS, les retombées du 11 septembre pour le film de Ken LOACH). Les premières images joyeuses de "Just a kiss" (2004) sont assez éloignées de l'univers habituel de Ken LOACH et de fait, "Just a kiss" est atypique dans sa filmographie même si à y regarder de plus près, le cinéaste s'est essayé à employer un ton plus léger dans d'autres réalisations ("La Part des anges" (2012) par exemple). De fait, "Just a kiss" peut être rangé dans la catégorie des comédies romantiques même si le film a également une portée sociale et critique. En témoigne des gags très efficaces comme celui du moyen inventé par le père de Casim pour empêcher les chiens d'uriner sur la réclame située devant son épicerie, la parenthèse espagnole où les amoureux batifolent en toute liberté et les scènes festives de boîte de nuit. C'est tout à fait adapté à l'âge des personnages principaux qui par ailleurs sont issus de la classe moyenne et non du prolétariat, c'est frais et agréable à suivre. Néanmoins, Ken LOACH n'a pas oublié ses combats et s'en prend avec virulence aux communautarismes et à l'intolérance religieuse. Et ce dès l'introduction de son film où la soeur cadette de Casim, Tahara refuse qu'on la réduise à sa confession. Son discours ressemble à celui de Sidney POITIER qui voulait que l'on prenne en compte les autres facettes de sa personnalité (artiste, américain etc.) et pas seulement sa couleur de peau. Tahara doit se battre sur deux fronts, le racisme blanc d'un côté, le patriarcat pakistanais de l'autre qui veut l'empêcher de s'émanciper. Son frère Casim n'a quant à lui pas le courage de s'affirmer face à sa famille qui fait des projets pour lui en lui préparant un mariage arrangé avec une cousine et en construisant un logement annexe à leur pavillon. Or il est tombé amoureux d'une belle prof de musique blonde et catholique et il rêve d'ouvrir un club dont il serait le dj. Sa copine Roisin se heurte de son côté au puritanisme religieux de l'école catholique où elle travaille ce qui nous vaut la scène la plus violente du film. Du pur Ken LOACH où un prêtre refuse de lui renouveler son certificat de bonne conduite, indispensable pour qu'elle conserve son travail sous prétexte qu'elle a une relation hors-mariage avec un musulman. Cette scène est une véritable piqure de rappel pour tous ceux qui ont oublié ce que la religion pouvait avoir de paternaliste et d'intrusif en cherchant à régenter la vie privée de ses ouailles. Quant à la famille de Casim, elle est renvoyée aux limites consistant à élever des enfants en Ecosse tout en faisant comme si elle résidait toujours au Pakistan. Mais l'histoire du père de Casim qui se confond avec celle de son pays aide à mieux comprendre son comportement. Bref un film qui allie avec réussite légèreté relative et réflexion.

Voir les commentaires

Les Accusés (The Accused)

Publié le par Rosalie210

Jonathan Kaplan (1987)

Les Accusés (The Accused)

"Les Accusés" réalisé en 1988 m'a fait penser à un film français plus ancien de dix ans "L'Amour viole" (1977) de Yannick BELLON. Parce que dans les deux cas, la scène du viol est éprouvante mais aussi parce qu'il s'agit d'un viol collectif et dans le cas de "Les Accusés", commis dans un lieu public bondé. De fait, "Les Accusés" met en lumière les mécanismes de la culture du viol. Le renversement des rôles pour commencer puisque le statut de victime est dénié à Sarah sous prétexte qu'elle avait bu, fumé du cannabis, portait une tenue sexy et avait aguiché le premier de ses violeurs. Bref "elle l'avait cherché", une expression lourde de sous-entendus patriarcaux: les femmes trop libres doivent être matées. A cette domination patriarcale se rajoute une domination sociale: Sarah est serveuse, vit dans une caravane et a même un casier. Tous ces éléments réunis poussent son avocate (Kelly McGILLIS) à suivre les conseils de son cabinet et à s'arranger avec celui qui défend les violeurs plutôt qu'à risquer un procès, en escamotant les faits au passage. Autre fil directeur du film, l'attitude des témoins de la scène, non seulement passifs mais complices pour la plupart, se comportant en voyeurs surexcités par le spectacle et en réclamant toujours plus. Le viol collectif relève de la psychologie des foules qui encourage le passage à l'acte et dans un contexte d'entre-soi masculin, il s'agit de montrer sa virilité aux autres et de renforcer la cohésion de son groupe, souvent homogène en terme d'âge et de classe. Ce sont ces pousse-au-crime qui sont finalement jugés et à travers eux, l'attitude de la société face au viol est interrogée. Ceux qui encouragent sont accusés mais ceux qui font semblant de ne rien voir ou ne font rien le sont aussi. Un seul témoin réagit en se faisant lanceur d'alerte mais il manque d'assurance, subit des pressions pour ne pas témoigner au procès et la valeur de sa parole est même mise en doute. Le film trouve le ton juste pour parler du problème et Jodie FOSTER n'a pas volé son Oscar, elle est phénoménale. A l'image de Clarisse, elle est fragile et forte à la fois, un petit bout de femme déterminée et parfois rageuse lorsqu'elle emboutit la voiture d'un des témoins qui la harcèle.

Voir les commentaires

Gene Tierney, une star oubliée

Publié le par Rosalie210

Clara Kuperberg et Julia Kuperberg (2016)

Gene Tierney, une star oubliée

"Ce n'est pas une femme, c'est une apparition". Ces mots prononcés par Antoine Doinel/Jean-Pierre LEAUD à propos de Fabienne Tabard/Delphine SEYRIG vont comme un gant à Gene TIERNEY dont l'image la plus célèbre est le portrait que contemple fasciné le flic joué par Dana ANDREWS dans "Laura" (1944) de Otto PREMINGER. Réalisé par les soeurs Clara KUPERBERG et Julia KUPERBERG, le documentaire tente d'expliquer pourquoi cette sublime actrice qui tourna dans 34 films principalement dans les années 40 et 50 fut si peu reconnue de son vivant (une seule nomination aux Oscars et aucun prix) et ensuite relativement oubliée. Sa discrétion sans doute mais aussi son refus de s'enfermer dans un type de rôles, son caractère insaisissable, son goût pour la retenue et les silences, un jeu subtil plus européen qu'américain, des prestations souvent teintées d'exotisme. Ses drames personnels (une enfant lourdement handicapée suite à une rubéole contractée pendant la grossesse, des amours malheureuses, des dépressions, des internements) qui provoquèrent sa décision d'abandonner le cinéma jouèrent sans doute également un rôle. Mais à défaut d'avoir marqué la mémoire du grand public, Gene TIERNEY est adulée par les cinéphiles dont Martin SCORSESE qui lui voue un culte. Mais on se rend compte qu'en dehors de ses films, Gene TIERNEY a laissé peu de traces publiques. Le documentaire s'appuie donc essentiellement sur des témoignages (ceux de ses petits-enfants notamment) et sur son autobiographie dont certains doutent qu'elle en soit l'autrice. Une énigme de plus?

Voir les commentaires