Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Mariage blanc (Phil-for-short)

Publié le par Rosalie210

Oscar Apfel (1919)

Mariage blanc (Phil-for-short)

Le cinéma muet fut un espace d'expérimentation et de liberté pour les hommes mais encore plus pour les femmes. La mémoire de cette période a été largement tronquée mais avant l'instauration du parlant et la transformation du cinéma en industrie commerciale*, les femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans des postes clés du cinéma hollywoodien. Ainsi l'américaine Clara BERANGER écrivit près de 80 scénarios pour le muet entre 1913 et 1929 et seulement quatre pour le cinéma parlant, le dernier datant de 1934. " De toutes les différentes industries qui ont offert des opportunités aux femmes, aucune ne leur a ouvert autant de portes que celle du cinéma " disait-elle en 1919, année de la sortie de "Phil-for-Short" (1919), le titre en VO de "Mariage blanc" alors qu'elle avait déjà écrit la moitié de sa prolifique production.

"Mariage blanc" est une comédie féministe dans laquelle une jeune femme est élevée très librement par son père hélléniste à qui elle doit son prénom Damophilia, qu'elle abrège en "Phil" ce qui est bien pratique pour se faire passer pour l'autre sexe. En effet son éducation de "sauvageonne" est réprouvée par l'entourage puritain du père qui à sa mort veut reprendre les choses en main et dans la plus pure tradition patriarcale, marier le garçon manqué à un vieux barbon. Mais Phil ne l'entend pas de cette oreille et fuit, habillée en homme. Sur son chemin, elle rencontre un professeur de grec qui à la suite d'une déception sentimentale est devenu misogyne. Mais comme il croit que Phil est un homme, ils sympathisent ce qui rend plus compliqué pour ce professeur l'hostilité vis à vis de la soi-disant soeur jumelle de Phil qui vient opportunément enseigner le grec à ses côtés.

Si la mise en scène n'est pas terrible car assez décousue (peut-être est-ce dû également à l'ancienneté du film) et parfois théâtrale (avec un jeu sur un paravent dissimulateur qui devient répétitif à la longue), le scénario est astucieux, les intertitres sont élégamment incrustés dans les plans et l'actrice principale, Evelyn GREELEY a un sacré abattage pour défendre son indépendance, ses goûts (notamment pour la danse grecque) et pour faire tourner en bourrique ceux qui lui résistent.

* La crise de 1929 et la syndicalisation de la profession dont les femmes étaient exclues a également contribué à leur marginalisation. Pour plus d'information, voir le documentaire des soeurs Kuperberg, "Et la femme crea Hollywood" (2015).

Commenter cet article