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La Jeune fille à la perle (Girl with a pearl earring)

Publié le par Rosalie210

Peter Webber (2003)

La Jeune fille à la perle (Girl with a pearl earring)

Quel mystère se cache derrière le tableau de Johannes Vermeer, "La jeune fille à la perle", l'un des plus célèbres du monde au point d'avoir gagné le surnom de "Joconde du Nord"? Fascinée par le tableau, L'autrice Tracy Chevalier a imaginé en 1999 une histoire racontant sa genèse, celle d'une adolescente entrée comme domestique au service de la famille Vermeer à Delft aux Pays-Bas dans la deuxième moitié du XVII° siècle et qui aurait inspiré le peintre. Le réalisateur Peter WEBBER a ensuite adapté le roman pour le cinéma en 2003. Si le film n'est pas parfait, je lui ai trouvé des qualités. Le choix de Scarlett JOHANSSON tout d'abord pour incarner le modèle du tableau est parfait. Même si cette comparaison paraît absurde au premier abord, je ne l'ai pas trouvé si différente de "Lost in translation" (2004) ou de "Match point" (2005) films qui datent de la même période. Dans toutes ces oeuvres, Scarlett JOHANSSON apparaît en porte-à faux par rapport à son environnement et son incapacité manifeste à se conformer à la place qui lui est assignée est source de drame mais aussi d'instants de grâce. Ainsi dans "La jeune fille à la perle", le réalisateur souligne sa sensibilité artistique instinctive qui la rend immédiatement proche du peintre alors même que la famille de Vermeer, mesquine et matérialiste est séparée de lui par une barrière infranchissable. L'art faut-il le rappeler transcende les classes sociales comme l'a récemment rappelé Martin PROVOST dans "Séraphine" (2008). Ensuite, la reconstitution historique est assez minutieuse, que ce soit en ce qui concerne la vie de la servante ou celle de ses maîtres bourgeois qui dépendent en grande partie des commandes d'un mécène peu scrupuleux. Enfin le film est une merveille d'esthétisme et n'est pas dépourvu de tension érotique, culminant lorsque Vermeer (Colin FIRTH) perce l'oreille de la jeune femme pour lui glisser la fameuse perle à l'oreille.

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Un métier sérieux

Publié le par Rosalie210

Thomas Lilti (2023)

Un métier sérieux

"Un métier sérieux" est un film pris entre le marteau et l'enclume. D'un côté, à la manière de ses films/séries sur le monde de la médecine, Thomas LILTI cherche à dépeindre la réalité du monde de l'éducation façon "petites tranchettes de vie" et parvient souvent à toucher juste, notamment sur des détails: les travaux assourdissants qui empêchent d'entendre les cours, la fenêtre qui ne ferme pas comme si c'était une fatalité qui ne pouvait être changée, l'inspectrice sans empathie qui met un peu plus la tête sous l'eau de la prof déjà dépressive, l'exercice "attentat-intrusion" qui tourne au fiasco car mal préparé faute de formation préalable suffisante, les premiers postes éloignés, mal desservis, le cas des contractuels précaires etc. Autre aspect réussi, l'enseignement n'est pas idéalisé: il n'y a pas de Zorro pour venir sauver le navire éducation ou bien un super-prof capable d'éveiller une classe aux joies de la culture et encore moins de relation privilégiée prof-élève. D'ailleurs la séquence consacrée au conseil de discipline est particulièrement nuancée et ne débouche sur aucun miracle mais une sensation de gâchis collectif. Ce qui ressort et est également réaliste, c'est l'usure du quotidien et l'ennui qui pointe son nez des deux côtés: chez les élèves mais aussi chez les profs les mieux aguerris qui ont l'impression de ronronner. A côté de tous ces éléments sortis du vécu quotidien de nombreux établissements, le film est un feel-good movie qui montre une équipe de profs aux caractères archétypaux (le je m'en-foutiste, l'ex-cancre plus animatrice que prof et celle au contraire qui est trop appliquée, le vieux briscard et le petit jeunot qui débute etc.) et âges différents mais ultra-soudés et épaulés par une direction un peu faiblarde question charisme mais pleine de bonne volonté. Outre le fait qu'il s'agit d'une simplification considérable de la vie d'un établissement qui comporte bien d'autres acteurs clés (les CPE, l'intendant, le chef des travaux, les secrétaires pédagogiques, l'infirmière, l'assistante sociale...), le cas de figure montré dans le film est loin d'être une généralité. Il y a des équipe de profs qui s'entraident (par exemple les plus anciens qui ramènent les jeunes non véhiculés à la gare RER ce qui est également l'occasion de discuter) mais il y en a aussi qui se bouffent le nez pour des questions parfois de statuts, de classes, de missions ou d'horaires à se répartir. Le film s'intéresse par ailleurs assez peu aux élèves et occulte presque complètement la crise d'attractivité du métier et ses causes. Bref un essai qui ne manque pas d'intérêt mais quelque peu inabouti.

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Action vérité

Publié le par Rosalie210

François Ozon (1994)

Action vérité

"Action vérité" est le premier court-métrage de Francois OZON réalisé après sa sortie de la Fémis au milieu des années 1990. Il est d'une extrême simplicité: quatre adolescents, deux filles et deux garçons, jouent au jeu "action vérité", la caméra filmant alternativement leurs visages en plans rapprochés. Sans surprise, les questions et les défis tournent exclusivement autour de la sexualité avec un goût marqué pour la transgression. Il s'agit déjà de "choquer le bourgeois", milieu d'où est issu Francois OZON. Très efficace sur une durée de quatre minutes et se terminant par une image-choc, particulièrement dans le contexte de 1994, le film annonce les obsessions de Francois OZON tout en constituant un témoignage quasi-documentaire sur la jeunesse de cette époque. Une jeunesse à la fois proche et lointaine de celle d'aujourd'hui. Le film a en effet conservé la spontanéité du jeu des comédiens amateurs qui devaient être à l'époque collégiens ou lycéens et en même temps leur jeu témoigne d'une culture en partie révolue, celle d'avant l'ère du numérique où il fallait tâtonner artisanalement et collectivement pour découvrir ce qui maintenant peut se dévoiler, seul devant son écran en quelques clics.

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Meurtre dans un jardin anglais (The Draughtsman's Contract)

Publié le par Rosalie210

Peter Greenaway (1982)

Meurtre dans un jardin anglais (The Draughtsman's Contract)

Si on accepte le "contrat" (pour reprendre un terme clé du titre en VO et du film lui-même) que propose le réalisateur Peter GREENAWAY au spectateur, on ne peut qu'être comblé par un film raffiné jusqu'au bout de ses plumes et de ses pinceaux. Personnellement, je suis partagée entre fascination pour la splendeur esthétique que dégage "Meurtre dans un jardin anglais" (tant par sa musique que par la composition de ses cadres et sa photographie) et exaspération envers le refus de ce dernier d'aller au-delà d'une mise en scène mécanique au service d'un jeu social froid et abstrait dans lequel les personnages ne sont que des pions manipulés par de super calculateurs*. Alors certes, il s'agit d'une satire au vitriol de la haute bourgeoisie et de son obsession pour la propriété et le patrimoine mais de là a ôter toute vie au tableau comme s'échine à le faire Neville (Anthony HIGGINS, sans doute le double du réalisateur) il y a une marge et si humour il y a, il est si écrit, si métaphorique qu'il faudrait comme dans les opéras posséder le livret pour en saisir toutes les subtilités: cela rajoute un écran supplémentaire à un film qui en contient déjà beaucoup à la façon des poupées russes. Il est beaucoup question de fruits par exemple: prunes, grenades, ananas et toujours comme substituts au sexe ou à la mort. Mais dans ce jardin où tout est sous contrôle, même les éléments incongrus qui s'immiscent dans le paysage (vêtements perdus, échelle oubliée, animal abandonné) ont été disposés sciemment pour renvoyer à des actes qui restent largement hors-champ et que le spectateur est invité à élucider en tant que participant à ce grand jeu qu'est le film. Toute cette complexité est au service d'une histoire pourtant très simple que l'on retrouve dans une nouvelle de Maupassant, "L'Héritage" à ceci près que celui qui croit mener le jeu alias Neville est en réalité le dindon de la farce et qu'il finira mangé tout cru.

* Notamment Mrs Talmann interprétée par Anne LAMBERT, inoubliable beauté botticellienne du merveilleux film de Peter WEIR, "Pique-nique a Hanging Rock" (1975).

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La Porte du diable (Devil's Doorway)

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1950)

La Porte du diable (Devil's Doorway)

Enfin j'ai réussi à voir le premier western réalisé par Anthony MANN, avant son fabuleux quinté avec James STEWART ("La Porte du diable" a en effet été tourné avant "Winchester 73" (1950) mais est sorti après lui). Un acteur à l'affiche de l'autre grand western pro-indien sorti en 1950, "La Fleche brisee" (1949) de Delmer DAVES.

Avant cette date en effet, les westerns, réussis ou non étaient pour la plupart des monuments de patriotisme qui célébraient les héros américains blancs de la conquête de l'ouest face à des indiens cantonnés le plus souvent à des rôles de méchants caricaturaux. Le plus souvent car si John FORD est le réalisateur de "La Chevauchee fantastique" (1939) qui est emblématique du western patriotique, il montre déjà une toute autre image des indiens dans "Le Massacre de Fort Apache" (1947) ". Cependant ce sont bien La Fleche brisee" (1949) et "La Porte du diable" (1950) qui marquent un tournant décisif. Tous deux sont d'ailleurs cités dans le Blow up d'Arte consacré à l'histoire de la représentation des indiens au cinéma. On peut également citer "Bronco Apache" (1954) de Robert ALDRICH avec Burt LANCASTER. En effet, si le discours a changé, les indiens restent interprétés à cette époque par des blancs grimés qui s'expriment en anglais. Une concession à l'industrie hollywoodienne pour permettre sans doute l'adhésion du grand public. Peu importe. Lance Poole, le héros indien de "La Porte du diable" est interprété par Robert TAYLOR qui est absolument remarquable, donnant à son personnage beaucoup de charisme et de dignité.

"La Porte du diable" impressionne par la rigueur de son scénario, sa maîtrise formelle et son refus de toute concession. Anthony MANN applique les caractéristiques du film noir dont il est un spécialiste à son western, lui donnant dès les premières images l'allure d'une tragédie écrite d'avance en clair-obscur sans pour autant oublier la profondeur de champ nécessaire à une histoire de guerre de territoire. Alors que Lance revient de la guerre avec les honneurs et est reçu chaleureusement par ses amis dans le saloon, le coin de l'image fait apparaître la figure menaçante de celui qui sera son ennemi juré, l'avocat Coolan (Louis CALHERN qu'on associe justement à un célèbre film noir, "Quand la ville dort") (1949). Le film adopte alors une trajectoire linéaire dont il ne déviera jamais, montant progressivement en tension jusqu'au dénouement tragique mais logique. En effet, les individus quels que soit leurs sentiments personnels sont broyés par ce qui les dépasse. Non la fatalité divine mais les lois discriminatoires du gouvernement qui ne reconnaissent aucun droit aux indiens, notamment celui de posséder de la terre. Les blancs racistes comme Coolan ont donc la loi de leur côté alors que ceux qui apprécient Lance sont réduits à l'impuissance comme son avocate Orrie Masters (Paula RAYMOND) ou se retrouvent face à un dilemme impossible comme le shérif (Edgar BUCHANAN). Les tentatives d'Orrie pour aider Lance s'avèrent particulièrement pathétiques, puisqu'en appelant la cavalerie pour l'empêcher de se faire lyncher par les éleveurs elle le condamne tout aussi sûrement, n'ayant le choix qu'entre Charybde et Scylla. La délicate question de l'amour interracial, ultra-tabou aux USA est évoquée avec la même forme de lucidité désespérée. "La Porte du diable" est un réquisitoire sans appel contre le racisme institutionnel et annonce le soulèvement pour les droits civiques des minorités.

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Camille ou la comédie catastrophique

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1971)

Camille ou la comédie catastrophique

Il y a parfois un gouffre entre les intentions et la réalité. Claude MILLER expliquait avoir conçu "Camille ou la comédie catastrophique" comme une réflexion sur l'hypocrisie des jeunes gens à l'égard de leurs pulsions. Au final que voit-on? Deux trouffions de la première guerre mondiale en manoeuvre, l'un interprété par Philippe LEOTARD et l'autre par Marc CHAPITEAU se faire ridiculiser par Camille (Juliet BERTO) la jeune femme qui excite leur libido ainsi que sa famille ultra bourgeoise jusqu'au retournement grand-guignolesque final. Le jeu de massacre tombe en effet complètement à plat. C'est atrocement mal joué, c'est brouillon, ça manque de rythme et en fait ça s'avère totalement ridicule. On est à des années-lumière de "Docteur Folamour" (1964) qui utilisait lui aussi certains ressorts burlesques pour établir une équivalence entre les pulsions guerrières et les pulsions sexuelles. La seule chose à sauver dans cette mauvaise blague qui porte bien son titre, c'est la photographie impressionniste, onirique et légèrement érotique. Le reste est un gloubiboulga (au sens propre: merde, faux sang, tartes à la crème...) complètement indigeste.

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Ondine (Undine)

Publié le par Rosalie210

Christian Petzold (2019)

Ondine (Undine)

es Ondines sont des nymphes de la mythologie germanique dont le milieu naturel est l'eau douce, principalement les lacs, les rivières, les fontaines ou encore les cascades. S'y ajoute une nouvelle allemande du XIX° aux allures de conte retravaillé au XX° siècle par Jean Giraudoux selon laquelle l'homme dont Ondine tombera amoureuse mourra s'il la trompe et Ondine retournera à sa condition première sous les eaux ce qui fait bien évidemment penser au conte d'Andersen "La petite sirène" (êtres surnaturels aquatiques marins à queue de poisson à la différence des Ondines).

Christian PETZOLD propose donc une relecture contemporaine de ce mythe, premier volet d'une trilogie sur les éléments dont le deuxième vient de sortir ("Le Ciel rouge") (2023). Il n'y a pas à proprement parler d'élément fantastique dans "Ondine", celle-ci (jouée par l'actrice fétiche du cinéaste Paula BEER) apparaît comme un être humain ordinaire à ceci près qu'elle est sans attaches et qu'elle menace de mort Johannes (Jacob MATSCHENZ), l'homme qui veut la quitter dès les premières images comme si c'était inscrit dans le marbre du temps. Mais ce n'est que le point de départ d'une variation de l'histoire qui lui fait rencontrer une sorte d'alter ego en la personne d'un soudeur scaphandrier (Franz ROGOWSKI) avec lequel elle entame une grande histoire d'amour sous le signe de l'eau mais aussi de la mort. Si l'arc narratif avec Johannes suit donc de près le mythe, celui avec Christoph emprunte des chemins plus inattendus, proches du chamanisme et du mysticisme (la guérison de l'un passe par le sacrifice de l'autre comme dans un "Breaking the Waves" (1996) dénué de perversité). S'y ajoute une dimension historique avec le métier d'Ondine qui fait des conférences sur l'évolution de l'urbanisme berlinois profondément marqué par un passé qui ne peut être si facilement rayé de la carte. Christian PETZOLD établit ainsi des correspondances poétiques entre les personnages, les lieux, la légende, l'histoire, le passé, le présent, la surface et la profondeur. Son film bien qu'imparfait est étrange et beau, mélancolique et romantique.

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Le Ciel rouge (Roter Himmel)

Publié le par Rosalie210

Christian Petzold (2023)

Le Ciel rouge (Roter Himmel)

Huis-clos ou presque entre quatre jeunes qui séjournent dans une maison de vacances située entre montagne et mer Baltique, "Le Ciel rouge" se rattache au genre du film d'été tel qu'on a pu le voir chez Jacques ROZIER ("Du cote d'Orouet") (1971) et surtout chez Eric ROHMER, référence revendiquée du réalisateur allemand Christian PETZOLD. Cependant, c'est moins à "La Collectionneuse" (1967) ou à "Pauline a la plage" (1983) que j'ai pensé qu'à "Le Rayon vert" (1986). Il se trouve qu'il s'agit de l'un de mes films préférés de Eric ROHMER et que l'on y retrouve tout ce que j'ai aimé dans le bien nommé "Le Ciel rouge" (il y est question de couleur et de phénomène naturel dans les deux cas, cela ne peut pas être un hasard!) Au coeur de l'histoire, un "coeur en hiver", personnage mal-aimé et mal-aimable, renfrogné, intranquille, mal dans sa peau, discordant avec son environnement. Dans "Le Ciel rouge", c'est Léon (Thomas SCHUBERT) qui respire le mal-être par tous les pores de sa peau ce qu'il dissimule (mal) sous ses prétentions littéraires. Sous prétexte d'écrire un livre qui ne le passionne guère (et pour cause, il est aussi vide que sa vie), il fuit les trois jeunes avec lesquels il cohabite et qui au contraire s'entendent comme larrons en foire. Les scènes se succèdent selon un schéma identique: Félix, l'ami de Léon (Langston UIBEL), Nadja (Paula BEER, l'actrice de "Frantz") (2015), la nièce d'une collègue de la mère de Félix (à qui appartient la maison) et Devid (Enno TREBS) son petit ami sauveteur prennent du bon temps dont Léon s'exclue systématiquement sous prétexte "que le travail ne le permet pas" mais comme il ne vit pas, il n'a rien à écrire et n'a plus qu'à se maudire lui-même. Cette incapacité à agir, nourrie de complexes et de frustrations (il ne conduit pas, il est gros et donc ne se montre jamais en maillot de bain, il ne trouve jamais les bons mots au bon moment, il entend la bruyante sexualité de ses amis alors qu'il n'y a pas accès) le tire inéluctablement vers le bas, vers l'échec, vers le dégoût de soi et le rejet des autres, vers l'inaction et l'impuissance. Pourtant les apparences sont trompeuses. Ses amis ne sont pas aussi sûrs d'eux-mêmes qu'ils le montrent (la chute de vélo de Nadja ou la panne de voiture de Félix en sont autant d'exemples). Ils sont coincés dans une vie qui ne leur convient pas forcément. Et c'est dans ce contexte que la menace environnementale sous-jacente au film lorsqu'elle devient catastrophe rebat les cartes, transformant brusquement la comédie légère en tragédie et mettant chacun à nu, à l'image de la révélation du secret intime de l'éditeur de Léon (Matthias BRANDT).

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Les Herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne)

Publié le par Rosalie210

Nuri Bilge Ceylan (2023)

Les Herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne)

J'ai beaucoup entendu parler de Nuri Bilge CEYLAN et de ses films monumentaux de plus de trois heures mais je n'en avais jamais vu. Je suis donc très contente d'avoir choisi d'inaugurer le visionnage de sa filmographie par son dernier film car ce cinéma-là s'apprécie particulièrement en salles. Nuri Bilge CEYLAN est un photographe et cela se voit. Plusieurs passages (bref) du film sont d'ailleurs constitués par une succession de photographies reliant une ou plusieurs personnes et les paysages qui les entourent. Car loin d'Istanbul où rêve d'être muté Samet, le professeur d'arts plastiques et personnage principal du film, "Les Herbes sèches" se déroule dans un village kurde d'Anatolie où la vie est rude. Il neige durant les 3/4 du film, les intérieurs sont sombres, pas toujours dotés d'un chauffage moderne et on découvre sur la fin qu'il n'y a que deux saisons, hiver (glacial) et été (brûlant). Samet donc se morfond depuis quatre ans dans ce village isolé et n'a guère de quoi satisfaire ses aspirations. Il est donc frustré, aigri, condescendant vis à vis du lieu où il vit, qualifié de "trou à rats", sans illusions mais comme la plupart des êtres humains, il est aussi un être contradictoire qui va tout de même chercher la beauté dans l'univers âpre où il est contraint d'exercer: les photographies sont un exemple de cette beauté qu'il parvient à arracher à la rudesse de l'existence. Le problème est qu'il veut en faire de même avec l'amour ce qui rend son comportement odieux. Favorisant certaines de ses élèves à qui il accorde des faveurs et des cadeaux, il entre en possession d'une lettre que l'on devine être une lettre d'amour de la part de l'une d'entre elles (mais pas forcément adressée à lui, de quoi de rendre jaloux). La relation déjà trouble entre lui et cette collégienne nommée Sevim prend une sale tournure: elle l'accuse (à tort) d'attouchements, il lui ment pour garder la lettre, la harcèle pour se venger de ses accusations et lui met la pression pour la faire avouer à qui elle l'adressait. Cette tentative d'emprise fondée sur la manipulation, on la retrouve avec son colocataire, Kenan prof et frustré comme lui et donc potentiel rival auprès d'une de leurs collègues d'une ville voisine, Nuray (Merve DIZDAR, prix d'interprétation à Cannes) qui comme la jeune Sevim possède un talent pour le dessin. Après dans un premier temps avoir dédaigné la jeune femme sous prétexte de ne pas vouloir s'enterrer dans la région, il est piqué au vif devant l'intérêt qu'elle manifeste à Kenan et ne recule devant aucune bassesse pour obtenir ses faveurs. Sauf que Nuray n'est pas une adolescente vulnérable comme Sevim mais une activiste kurde qui comme les vieux briscards traîne une jambe de bois et donc capable de le percer à jour et de lui tenir tête ainsi qu'à Kenan pour conserver sa liberté.

Nuri Bilge CEYLAN parvient à susciter l'intérêt autour d'une vision peu plaisante de la nature humaine mais dépeinte dans toute sa complexité. L'aspiration de Samet à l'élévation représente ce qu'il y a de meilleur en l'être humain mais sa manière vile d'agir relève de l'autodestruction. D'où "les herbes sèches" du titre auxquelles il se compare. Il y a de la philosophie dans cette oeuvre superbe mais amère.

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Peindre ou faire l'amour

Publié le par Rosalie210

Jean-François et Arnaud Larrieu (2005)

Peindre ou faire l'amour

Mon avis sur "Peindre ou faire l'amour" est très partagé. D'un côté, le film des frères Larrieu est une expérience d'immersion sensuelle séduisante. Cinéastes des montagnes, ils invitent le spectateur -à 80% urbain- à se mettre au vert et à reprendre contact avec la nature. L'une des plus belles scènes du film se déroule ainsi complètement dans le noir. William (Daniel AUTEUIL) et Madeleine (Sabine AZEMA), couple de bourgeois vieillissants en crise larvée qui a acheté une maison dans le Vercors traversent à pied, de nuit la forêt, guidé par le maire du village, Adam (Sergi LOPEZ) qui est aveugle. On "voit" donc par ses yeux ou plutôt par ses oreilles puisque faute d'images, les sons y sont exacerbés. Cette immersion étroite dans la nature, non exempte d'effroi de par la perte de contrôle qu'elle suppose rejoint évidemment le lâcher-prise du corps, invité à exulter sans entrave. C'est ainsi qu'une attirance naît entre les deux couples, William et Madeleine trouvant en Adam et Eva (bonjour le symbole) plus jeunes et plus libres d'esprit qu''eux de quoi raviver leur libido en berne. Leur réaction de peur, suite à leur première nuit d'amour est également très bien observée avec un retour en ville et à une sexualité de couple, dans des repères rassurants loin de l'étrange étranger dépeint comme le diable en personne, tout à fait dans la lignée de ce qu'observait déjà M.J. Forster dans "Maurice" (1987) adapté au cinéma par James IVORY.

Néanmoins, le film pèche de par le cadre social étriqué qu'il choisit, celui d'une bourgeoisie oisive pour qui "la propriété est une émotion", comme si la nature et la jouissance sexuelle s'achetaient. L'échangisme se pratique en effet entre gens du même monde, ayant les mêmes codes sociaux: les relations sexuelles s'y déroulent sous couvert de transactions immobilières, après l'apéro et le dîner et se terminent une fois le service rendu. Si Adam et Eva suscitent non seulement du désir mais des sentiments forts (tendresse, jalousie), le couple William-Madeleine referme vite la parenthèse et préfère s'adonner à un échangisme contrôlé avec des inconnus aussitôt consommés aussitôt oubliés: sous couvert de voyage, une routine succède à une autre routine et tout cela retombe comme un soufflé. On est à des années lumières d'un Pier Paolo PASOLINI qui en faisant découvrir l'extase à ses bourgeois dans "Theoreme" (1968) les convertissaient à jamais. Et en dehors de Sergi LOPEZ toujours parfait dans les rôles troubles (mais au lieu d'être maire il aurait dû être un hippie!), les autres personnages s'avèrent extrêmement convenus et tout à fait creux à l'intérieur.

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