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Le procès de Bobigny

Publié le par Rosalie210

François Luciani (2006)

Le procès de Bobigny

Rien de tel que ce téléfilm (disponible en DVD) inspiré de faits réels pour mieux comprendre ce qu'a pu changer la loi légalisant l'IVG défendue par Simone Veil en 1974-75. Simone Veil alors ministre de la santé de Giscard était une des neuf femmes élues à l'assemblée nationale et a dû défendre sa loi devant un parterre de 481 hommes. De même dans le téléfilm, on voit une avocate célèbre, Gisèle Halimi (Anouk Grinberg, habitée par le rôle) plaider devant un parterre de juges exclusivement masculins.

Le procès de Bobigny en 1972 a été en effet une étape majeure vers la légalisation de l'avortement car il s'est transformé en procès de l'archaïque loi nataliste de 1920 adoptée dans un contexte de France malthusienne (les français faisaient alors moins d'enfants qu'aujourd'hui). Pour mémoire cette loi interdisait la contraception et criminalisait l'avortement. En 1967 la loi Neuwirth avait bien légalisé le recours à la pilule mais elle n'était pas remboursée rendant son accès difficile. De plus sa publicité était interdite et l'éducation sexuelle était inexistante. Par conséquent en 1972 comme le rappelle Gisèle Halimi seules 8% des femmes y avaient recours dont 1% seulement dans les classes populaires.

Lorsque l'on regarde ce téléfilm, on découvre une France où l'héritage de mai 68 n'a pas encore infusé dans l'ensemble de la société et où les inégalités sociales sont criantes. Le poids du catholicisme est toujours aussi oppressant, désignant de sa vindicte toujours les mêmes cibles: les "filles-mères" des classes populaires. Sandrine Bonnaire joue le rôle de l'une de ces mères célibataires ayant les plus grandes difficultés à joindre les deux bouts, vivant en HLM avec ses trois filles dont l'aînée tombe enceinte à la suite d'un viol. On découvre à cette occasion l'hypocrisie et l'injustice de la loi de 1920 qui fonctionne à deux vitesses: "l'angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres", non sans avoir auparavant risqué sa vie ou son intégrité physique entre les mains d'avorteuses clandestines.

C'est contre la barbarie de cet ordre moral et social que se battent les féministes Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir avec leur association "Choisir". Le téléfilm rappelle à l'aide d'images d'archives les manifestations du MLF, le manifeste des 343 "salopes" (qui déclarent avoir avorté sans avoir été inquiétées car célèbres ou riches) et la forte résistance de l'ordre patriarcal masculin même si le téléfilm n'est pas manichéen. Il montre certes des hommes brutaux (du petit violeur voyou au commissaire) mais aussi des médecins et scientifiques capables de faire passer l'humain avant leurs croyances idéologiques.

Ce téléfilm didactique et remarquablement interprété nous rappelle aussi que le combat contre les inégalités sexistes et sociales est loin d'être fini et que ses acquis restent fragiles face aux coups de boutoir de ceux qui veulent les remettre en cause.

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La Momie (The Mummy)

Publié le par Rosalie210

Alex Kurtzman (2017)

La Momie (The Mummy)

Comparativement à "Lego Batman" qui mélangeait tout et n'importe quoi dans un climat complètement hystérique, "La Momie" 2017 est un modèle d'épure. Bien sûr c'est du cinéma commercial où les grands studios hollywoodiens (ici Universal) recyclent à l'infini leurs vieilles recettes (la première version de "La Momie" chez Universal date de 1932 et son inventeur est Louis Feuillade en 1913). Le scénario n'a ni queue ni tête et sombre parfois dans le ridicule mais les scènes d'action valent largement le détour notamment celle de l'avion en chute libre. Et puis il y a Tom Cruise. Tom et Cruise. Jeckyll et Hyde (même si c'est Russell Crowe qui le joue). Le film est un parfait condensé de sa personnalité à multiples facettes: apparence lisse et solaire dissimulant une attirance (morbide) pour les forces obscures (Kubrick en avait génialement tiré parti dans "Eyes wide shut"), sens poussé de l'autodérision (comme dans "Entretien avec un vampire"), fuite en avant à 200 à l'heure contre le temps qui passe (comme dans les "Mission: impossible"). Comme le dit Télérama "La star hante chaque plan, chaque cascade". Si vous êtes allergique à cet acteur passez votre chemin mais sinon on passe plutôt un bon moment. Outre la/les inévitables suites que ce reboot va générer, les studios iront-ils jusqu'à reprendre Tom Cruise pour les autres monstres de leur catalogue qu'ils veulent relifter? (Dracula, Frankenstein, le Loup-garou...)

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Le Jour se lève

Publié le par Rosalie210

Marcel Carné (1939)

Le Jour se lève

"Le jour se lève" c'est d'abord ce décor incroyable imaginé par Alexandre Trauner. Un immeuble de 5 étages dont la verticalité et la hauteur menaçante tranchent avec l'environnement encore très villageois d'une ville ouvrière d'avant guerre.

Il en va de même avec les plans extérieurs de l'usine. Le "temple de la révolution industrielle" est une architecture surdimensionnée et son éclairage à contre-jour par le chef-opérateur Curt Courant renforce encore l'impression d'un monstre écrasant ses proies comme dans Métropolis de Lang ou Les Temps modernes de Chaplin réalisé seulement trois ans avant "Le jour se lève".

L'intérieur de l'usine est tout aussi cauchemardesque. Des alignements de scaphandres qui travaillent dans la poussière et dans le bruit. "Je t'l'avais dit, c'est tout ce qui a de sain ici" dit ironiquement François (Jean GABIN) à Françoise (Jacqueline Laurent) qui contemple avec désolation son bouquet de fleurs fané en quelques minutes au contact de l'air vicié. C'est un poète insurgé contre l'aliénation de l'homme à la machine qui parle: Jacques Prévert.

On retrouve d'ailleurs son personnage fétiche du Roi et l'Oiseau: l'aveugle au costume noir et aux lunettes rondes. Dans les deux films, il fait partie de ce monde ouvrier filmé en plongée, écrasé, opprimé, balayé par la police qui désire faire place nette (adieu les espoirs du Front Populaire et bonjour Vichy!)

Mais ce n'est pas un roi qui trône tout en haut de la tour d'ivoire. C'est un ouvrier qui s'est barricadé dans sa chambre après avoir craqué et tué l'homme qui le torturait psychologiquement (Jules Berry, pervers à souhait). Un drame passionnel indissociable de sa révolte contre sa condition d'éternel soumis:"Y'a une place à prendre, une bonne petite place, un bon ptit boulot avec des heures supplémentaires. Alors allez-y qu'est ce que vous attendez. Un bonheur là, tout un ptit bonheur!"

Oui François a changé comme tous ne cessent de le dire, il ne se reconnaît même plus dans la glace au point de la briser en mille morceaux. Certes, sa révolte solitaire est sans issue, condamnée à l'image de sa porte murée par l'armoire normande. Mais qu'on ne vienne pas me dire que le réalisme poétique est incapable de contestation et de courage politique. Ce sont ces critiques là qui sont aveugles.

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Stand by me

Publié le par Rosalie210

Bob Reiner (1986)

Stand by me

"When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we'll see

No, I won't be afraid
No, I won't be afraid
Just as long as you stand, stand by me

So darlin', darlin'
Stand by me
Oho, stand by me
Oh, stand, stand by me
Stand by me"

La puissance d'évocation de "Stand by me", c'est d'abord ce classique de 1961 interprété par Ben E. King repris plus de 400 fois et que l'on entend au début et à la fin du film lorsque Gordie, le héros adulte des années 80 se remémore avec nostalgie le moment où il a quitté le monde de l'enfance. Mais toute la bande-son du film est magique (de Every Day de Buddy Holly à Great balls of fire de Jerry Lee Lewis en passant par Lollipop des Chordettes) et nous plonge dans l'ambiance retro des années 50.

"Stand by me" est l'adaptation d'une nouvelle de Stephen King "The body". On retrouve un thème commun à plusieurs de ses œuvres: une attention particulière aux zones d'ombre de l'enfance, sans l'aspect paranormal. Le cadavre du garçon que recherchent les quatre jeunes héros peut ainsi symboliser leur mue car "grandir c'est mourir un peu". Comme pour tout rite de passage qui se respecte, les garçons doivent affronter de multiples épreuves: traverser une étendue d'eau pleine de sangsues, un casse-auto gardé par un soi-disant terrifiant cerbère (qui s'avère être un toutou inoffensif, première expérience de la différence entre mythe et réalité), un viaduc perché à une hauteur de 30 mètres alors qu'un train surgit juste derrière eux etc. A chaque fois, on les voit mettre en péril leur virilité, jouer à se faire peur voire pour certains, jouer à la roulette russe.

Car ces gamins ont un point commun, leur profond mal-être qui rend cette opération périlleuse. A un titre ou à un autre, ils se sentent rejetés de leur famille ou de leur communauté: le chef de la bande Chris (joué par River Phoenix alors tout jeune et déjà brillant) est poursuivi par la mauvaise réputation de sa famille, Teddy le binoclard un peu déjanté (Corey Feldman) est maltraité par son père, Vern (Jerry O'connell) est l'enrobé de service et enfin Gordie (Wil Wheaton) frêle et mélancolique vit dans l'ombre de son frère Denny (joué par John Cusack) dont il doit en plus porter le deuil. Vern et Teddy jouant des rôles de faire-valoir, on se focalise sur le destin de Gordie et de Chris qui sont très proches (et le restent spirituellement à l'âge adulte même s'ils ne se voient plus). Le premier a une sensibilité littéraire et le second, révolté par l'injustice cherche à s'extraire de l'atavisme familial symbolisé par son grand frère surnommé "Eyeball" et sa bande de voyous.

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Pas de printemps pour Marnie (Marnie)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1964)

Pas de printemps pour Marnie  (Marnie)

"Un certain degré de cinéphilie encourage parfois à préférer dans l'œuvre d'un metteur en scène son grand film malade à son chef-d'œuvre" (François Truffaut à propos de Pas de printemps pour Marnie). Sauf que tous les chefs d'oeuvre d'Hitchcock sont de "grands films malades" ou plutôt de "grands films sur des malades" déguisés en thrillers où le metteur en scène ne cache pas sa jubilation à manipuler le spectateur et le spectateur, son plaisir à être manipulé (oui, oui, lorsqu'il est sublimé, le sado masochisme a du bon ^^^^^).

Pas de printemps pour Marnie est donc le dernier grand film/chef-d'oeuvre d'Hitchcock. C'est aussi l'un des films de lui que je préfère. Il conclut en beauté une période de créativité exceptionnelle, fruit de la collaboration de toute une équipe (on a tendance à l'oublier). Peu après le tournage, son directeur de la photographie Robert Burks et son monteur George Tomasini moururent. Quant au compositeur Bernard Herrmann, véritable signature sonore de cette époque glorieuse, il cessa de travailler pour Hitchcock à la suite de divergences d'opinion sur son film suivant "Le rideau déchiré."

Comme Psychose, Hitchcock entraîne le spectateur sur une fausse piste, celle du thriller pour mieux basculer dans son véritable sujet qui est le drame psychologique: "La vie n'est qu'un thriller, une enquête qu'on mène chaque jour sur soi-même pour tenter d'élucider ses propres zones d'ombre." (Jean-Christophe Grangé)

La virtuosité de la mise en scène éclate dans les scènes de suspense. Celle, muette, où Marnie pille le coffre dans la pièce de droite alors qu'à sa gauche la femme de ménage avance inexorablement et risque de la découvrir. Celle qui suit où Marnie essaye de s'éclipser sans bruit en enlevant ses chaussures mais l'une d'elles glisse de sa poche et tombe sur le sol. Celle où la caméra plonge et zoome vers la porte d'entrée pour révéler l'entrée de Strutt chez les Rutland dans un cadrage identique à celui du début du film où il découvre qu'il a été volé. Va-t-il démasquer Marnie?

Mais les aspects techniques ne constituent pas le seul intérêt du film (sinon ce serait juste un exercice de style). Ils accompagnent une histoire à tiroirs et des personnages complexes aux motivations troubles. Pas de printemps pour Marnie est un film psychanalytique, un des plus freudiens d'un cinéaste fasciné par les profondeurs tourmentées de l'âme humaine. L'héroïne (remarquablement interprétée par Tippi Hedren qui alterne moments de glaciation et moments de crise où elle régresse à l'état infantile) est un "cas clinique" dont le traumatisme d'enfance non soigné perturbe toute sa vie adulte. Hitchcock multiplie les signes et les symboles de sa névrose: le premier plan du film montrant un sac fermé en gros plan symbolise la frigidité de Marnie, sa phobie de la couleur rouge renvoie au sang du meurtre et du viol etc. Mais son mari, Mark (joué par Sean Connery) n'est pas moins intéressant. Dès leur première rencontre, son ambivalence (il est à la fois un prédateur, un protecteur et un sauveur) est mise en lumière "Sophie est un jaguarondi. Je l'avais dressée/A quoi faire?/A me faire confiance/C'est tout?/C'est beaucoup pour une chatte sauvage." Marnie (que l'on peut assimiler aux chevaux qu'elle vénère) devient son nouveau trophée de chasse "Vous m'avez prise au piège comme un animal/C'est vrai, j'ai attrapé l'indomptable. Je vous ai prise et je ne vous lâche plus." On sent chez lui une excitation à dominer cette femme qui lui résiste (très perceptible lors de la scène de viol) qui peut s'apparenter à de la perversion. Richissime et beau gosse, il peut avoir toutes les femmes qu'il désire or il jette son dévolu sur celle qui le fuit et hurle à son approche. En même temps il manifeste une patience et une persévérance à toute épreuve aussi bien pour apprivoiser le "fauve" que pour percer son mystère et l'aider à guérir.

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Malec l'insaisissable (The Goat)

Publié le par Rosalie210

Buster Keaton et Malcom St-Clair (1921)

Malec l'insaisissable (The Goat)

"The Goat" a été malencontreusement traduit en français par "La chèvre" même si "Malec l'insaisissable" est le titre le plus souvent employé en VF. "The Goat" fait en effet allusion au statut de bouc-émissaire de Buster Keaton ("scapegoat" en VO) un malchanceux pris à tort pour un dangereux criminel et poursuivi par le chef de la police. Réalisé en 1921, c'est l'un des courts-métrages les plus importants de Buster Keaton. Le degré de sophistication des gags, véritables chorégraphies millimétrées annonce ses longs-métrages. Le plan saisissant de Keaton assis à l'avant d'une locomotive fonçant sur la caméra annonce le "Mécano de la Général" par exemple. L'influence de "The Goat" déborde d'ailleurs l'œuvre de Keaton puisque Chaplin s'inspirera de la scène d'inauguration de la statue pour l'ouverture des "Lumières de la ville".

Malcolm St Clair, co-réalisateur du film avec Buster Keaton avait été précédemment scénariste puis réalisateur chez Mack Sennett. Il apparaît dans le film dans le rôle du vrai truand, Dead Shot Dan qui en se baissant au moment de se faire photographier laisse Keaton (qui se trouvait juste derrière lui) prendre sa place.

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Ce crétin de Malec (The Saphead)

Publié le par Rosalie210

Herbert Blaché (1920)

Ce crétin de Malec (The Saphead)

Ce crétin de Malec est le premier long-métrage de Buster Keaton. C'est Douglas Fairbanks, créateur du personnage sur les planches de Broadway (le film est tiré d'une pièce de théâtre "The new Henrietta") qui recommanda Keaton pour le rôle dans l'adaptation cinématographique, rôle qui lança sa carrière.

L'intrigue du film est assez confuse en particulier parce qu'elle s'appuie beaucoup sur des liens familiaux compliqués et un quiproquo autour du prénom Henrietta. Il s'agit du nom donné à une mine d'argent appartenant à un riche financier Nick Van Alstyne mais aussi du prénom de la maîtresse cachée de l'homme de confiance, gendre et quasi fils adoptif de Nick, Mark Turner. Enfin ce prénom'désigne une danseuse dont Bertie, le fils biologique de Nick (Buster Keaton) a acheté le portrait pour se donner un genre auprès d'Agnès, la fille adoptive de Nick dont il est amoureux.

On peut deviner à la lecture de ce scénario que le père préfère son gendre à son fils qu'il considère comme un bon à rien vivant à ses crochets. De fait Bertie est tellement lunaire qu'il ne sait même pas à quoi sert une bourse (il n'a aucune notion de l'argent). Sa naïveté, son étourderie et sa candeur l'exposent à toutes les gaffes et humiliations qu'il subit sans broncher et que parfois même il détourne de façon cocasse (la scène des chapeaux à la bourse ou des alliances qu'il a acheté en 5 exemplaires pour ne pas les perdre.) Cependant il ne se défend jamais ce qui fait de lui un masochiste de première catégorie. Ce personnage auquel Buster Keaton prête son corps d'acrobate et son visage énigmatique est le principal intérêt du film.

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La Nuit de l'Iguane (The Night of the Ignana)

Publié le par Rosalie210

John Huston (1964)

La Nuit de l'Iguane (The Night of the Ignana)

L'iguane, animal reptilien comme le serpent peut symboliser les désirs refoulés de l'être humain et notamment sa peur de la sexualité. Tennessee Williams, l'auteur de la pièce est hanté par ce thème. Il met donc en scène des personnages tourmentés par leurs désirs et leurs frustrations qui se rencontrent en un même lieu pour une nuit de catharsis émotionnelle: un pasteur défroqué s'accrochant d'une main à sa croix et de l'autre à sa bouteille pour ne pas sombrer dans le désespoir (Richard Burton), l'adolescente tentatrice qui le harcèle de ses avances (Sue "Lolita" Lyon, deux ans après le film de Kubrick), son chaperon, une vieille fille bigote qui refoule ses tendances lesbiennes (Grayson Hall), la patronne de l'hôtel qui cache ses fêlures sous des dehors gouailleurs et libérés (Ava GARDNER) et enfin une cliente atypique, sorte de bonne sœur laïque qui parcourt le monde (ou plutôt le fuit?) avec son grand-père poète à qui elle a consacré sa vie (Deborah Kerr).

La réussite de ce film outre l'interprétation exceptionnelle des acteurs, j'y reviendrai est liée à la manière dont le solaire John Huston tempère les propos très noirs de Williams. Il y a d'abord le soleil et la chaleur du cadre mexicain dans lequel se déroule l'histoire, le choix d'un hôtel surplombant la mer faisant figure de paradis sur terre, une sensualité hédoniste qui rayonne lors des scènes de plage (Maxine-Ava et ses beach boys prenant un bain de minuit, le fessier de Sue Lyon filmé en gros plan tandis qu'elle se déhanche avec ces mêmes boys), des passages burlesques (notamment une irrésistible bagarre au son des maracas).

Mais surtout il y a la façon dont le réalisateur met en confiance ses acteurs, les magnifie et fait ressortir ce qu'ils ont de plus vrai en eux. Burton et Gardner irradient de sensualité et d'intensité, Deborah Kerr est grave, digne et sensible. La confession qu'elle livre à Burton lors de la fameuse nuit est le moment le plus fort du film à savoir la façon dont elle a pu trouver la paix intérieure en dépit de sa vie amoureuse ratée. On entrevoit d'ailleurs à travers son récit un plaidoyer pour la différence qui reflète la personnalité de Tennessee Williams qui était homosexuel: le plus important est de trouver un foyer et de ne pas être seul même si le cœur dans lequel on fait son nid n'est pas conforme aux attentes de la société.

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Le grand méchant renard et autres contes

Publié le par Rosalie210

Benjamin Renner et Patrick Imbert (2017)

Le grand méchant renard et autres contes

Comment faire pour élever trois poussins quand on est un renard? Comment un canard, un lapin et un cochon peuvent-ils livrer un bébé/des cadeaux alors qu'aucun d'eux ne vole comme une cigogne/ le père Noël dont c'est normalement le boulot?

C'est cet art du décalage et du brouillage des identités que cultive la petite ferme de Benjamin Renner dont les animaux-acteurs nous présentent 3 contes de 26 minutes chacun: "Un bébé à livrer"; "Le grand méchant renard" et "Il faut sauver Noël". Les influences sont nombreuses des fables de La Fontaine à la comédie américaine de Billy Wilder en passant par Les contes du chat perché de Marcel Aymé et Tex Avery.

Les plus jeunes se tordront de rire devant les nombreux gags burlesques déclenchés par le duo pas fûte-fûte du canard et du lapin qui ne comprennent pas que le loup prépare la soupe pour les mettre dedans, se portent au secours d'un père Noël en plastique qu'ils croient vrai, démarrent une camionnette en marche arrière, intervertissent les paquets, s'apprêtent à catapulter le bébé etc. Les adultes eux seront plus sensibles aux messages cachés dans les contes, particulièrement dans le deuxième, "Le grand méchant renard" qui donne son titre au film et qui est le plus audacieux. Il pose en effet la problématique des nouvelles familles: monoparentalité (un renard élève seul 3 poussins), adoption (2 espèces à priori incompatibles s'apprivoisent), question de genre (les poussins considèrent le renard comme leur maman), établissement d'une garde alternée entre le parent biologique (la poule qui a retrouvé sa progéniture) et le parent adoptif... Ce qui facilite les choses c'est que ces animaux transgressent les caractères qui leur sont assignés: le renard est un gros froussard qui rêve de pantoufler à la ferme, les poussins se prennent pour des renardeaux et agressent leurs congénères, les poules pratiquent le self-défense et terrassent le loup, le chien et la cigogne sont de gros paresseux qui se dérobent à leurs missions.

C'est drôle, fin, délicat, sensible, original, c'est une animation intelligente qui fait du bien. Et qui n'a pas de frontières, le clin d'œil à Totoro le montre.

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Captain Fantastic

Publié le par Rosalie210

Matt Ross (2016)

Captain Fantastic

Voilà un film qui s'affiche écolo, altermondialiste et hippie baba-cool. De plus avec sa tribu bigarrée aux accoutrements originaux, on pourrait croire qu'il fait la part belle à l'enfance. Sauf que c'est une parfaite escroquerie. S'il fallait le qualifier je dirais qu'il est boursouflé d'orgueil, sectaire, patriarcal, phallocrate et d'une totale stupidité. Comme Whiplash de Damien Chazelle il investit un domaine que l'on peut considérer comme appartenant au champ du féminin pour le viriliser à l'extrême et ainsi le fasciser.

La première scène a suffi à m'inspirer un profond dégoût. Ben, un père néo-hippie à barbe de patriarche (Viggo Mortensen) adoube son fils aîné Bodevan (George MacKay) en lui faisant manger le foie encore chaud de l'innocent daim qu'il vient de tuer. Bien entendu le film n'a aucun recul sur cet archaïque rite de passage tribal, il s'agit juste de nous en mettre plein la vue. Voici ce qu'écrivait Gregory Mion à propos du livre "Il ne faut pas maltraiter les animaux" d'Antoine Fée "L'idée de meurtre symbolique des animaux culmine dans la coutume de l'adolescent qui, tuant son premier animal, peut enfin devenir un homme [...] Cela n'a aucune commune mesure avec le jeune animal qui doit apprendre à chasser pour continuer à vivre. Dans le contexte strictement humain d'une chasse rituelle, l'animal est abattu pour ériger son assassin, pour le confirmer sur le piédestal des hommes forts. Certes l'animal pourra être mangé [c'est le cas dans le film] mais qu'a-t-on besoin, en certaines occasions, de forcer l'enfant-tueur à ouvrir le ventre de l'animal et à lui faire manger un cœur ou un foie qui palpite encore de sa terrible agonie? [...] La mise à mort de l'animal est toujours susceptible de réveiller la démesure de ceux qui corroborent sa nécessité par tous les moyens."

Démesure, le mot est lâché. La suite le confirme, on est en plein délire mégalo. Les six enfants de la famille Cash ne sont jamais montrés comme des enfants, libres de jouer, de découvrir, d'expérimenter mais comme de braves petits soldats dont toute la vie est enrégimentée par leur gourou de père qui leur bourre le crâne à longueur de journée. Son objectif est celui de tous les régimes totalitaires: créer un homme nouveau et supérieur "nos enfants seront des philosophes-rois". Pour parvenir à ses fins, celui-ci a bien pris soin de les couper du monde, y compris de leur propre famille (grands-parents, oncles et tantes, cousins...) pour qu'ils ne soient pas "contaminés" par le modèle capitaliste-consumériste. Quant à la mère, "malade" et donc exclue depuis des mois du cercle familial, elle s'est opportunément suicidée laissant le père-messie dans son fantasme de toute-puissance. Le complexe de supériorité, le culte de la virilité et l'immaturité de ce dernier sont tout bonnement insupportables, qu'il exhibe sa nudité pour provoquer les passants, qu'il perturbe les obsèques de sa femme puis en profane la tombe (pour qu'elle manifeste dans son testament le désir que ses cendres soient jetées dans les toilettes c'est qu'il avait dû bien ruiner son estime d'elle-même), qu'il incite ses enfants à voler dans un supermarché, qu'il s'immisce (sous couvert de leçon de vie/de choses) dans leur sexualité ("quand tu fais l'amour à une femme, respecte-la même si tu ne l'aimes pas" ah ah ah!) ou qu'il fasse réciter aux plus jeunes la définition des amendements de la constitution américaine pour humilier son beau-frère, sa soeur et leurs enfants.

Il y a bien quelques éclairs de lucidité dans le film: quand le grand-père dit à Ben qu'il est la pire chose qui soit arrivée à sa famille, quand Bodevan son fils aîné lui dit qu'il ne sait rien à rien ou qu'un autre de ses fils Rellian (tous les enfants ont des prénoms improbables censés souligner l'anti conformisme des parents) lui dit qu'il a tué leur mère et a fait d'eux des monstres de foire. Mais cela ne dure pas. Les enfants rentrent vite dans le rang pour continuer à bêler en troupeau autour de leur Dieu-berger de père tout comme ce film en forme de prêchi-prêcha alter-bien-pensant qui s'il n'avait été si idéologisé aurait dû s'appeler "Captain Fanatic" et non "Captain Fantastic".

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