L'art d'Almodovar est celui de la transfusion sanguine. C'est exactement ce que montre le générique de "Tout sur ma mère". C'est l'art d'effacer toutes les dichotomies, toutes les frontières au profit d'un continuum. Un seul et même flux lie masculin et féminin, homosexualité et hétérosexualité, vie et mort, maman et putain, Madrid et Barcelone, sacré et profane, spirituel et charnel, planches et coulisses, théâtre et rue. C'est ce flux qui unit des personnages à priori disparates. Manuela la mater dolorosa (Cecilia Roth), sœur Rosa (Penelope Cruz), le père de leurs fils Estéban-Lola (Toni Canto) et Agrado le travesti (Antonia San Juan) ont en commun un altruisme poussé à l'extrême. Chacun s'élève en sacrifiant (sanctifiant?) quelque chose de lui-même (transformations corporelles, dons d'organe, maladie mortelle...) Par ailleurs, chacun de ces personnages entretient un lien fort avec le monde de l'art et de la fiction ce qui les lie à une actrice, Huma Rojo (Marisa Paredes). Actrice de théâtre mais aussi actrice du drame qui les frappe. Le travail de l'actrice est aussi un don de soi ce qui explique les hommages d'Almodovar à celles qui étaient capables de s'abandonner corps et âme à la caméra comme Romy SCHNEIDER et Gena Rowlands (la séquence dramatique qui lance véritablement l'intrigue est une citation directe d'Opening night.) D'autre part le titre fait référence à celui du film de Mankiewicz "All about Eve", en montre un extrait et rend hommage à Bette Davis qui jouait le rôle principal. "Tout sur ma mère" est en effet le reflet inversé de "All about Eve" car Manuela (assistante un temps d'Huma Rojo puis doublure de Stella dans la pièce de Tennessee Williams) n'est que générosité là où Eve n'était qu'arrivisme.
Ce court-métrage est un excellent complément au film "Les Indestructibles". Il montre une séquence (tournée et coupée car elle "spoliait" la fin!) qui reste hors-champ dans le long-métrage, celle des démêlés de la jeune Kari avec Jack-Jack, le bébé qu'elle est chargée de garder au moment où le reste de la famille part sauver le monde. La levée du déni des super-pouvoirs de cette famille qui a tout fait pour faire croire qu'elle était comme les autres a donc des répercussions immédiates sur le bébé et c'est la baby-sitter qui fait les frais de ses talents digne des X Men (qui vont de la lévitation à la téléportation en passant par l'inflammabilité, les rayons-laser sortant des yeux et la capacité à traverser les murs).
Quand les studios Pixar s'attaquent à "la question humaine", le résultat est toujours détonnant et loin des lieux communs. L'idée géniale de ce film est de montrer dans sa première partie la contradiction inhérente à l'imaginaire américain qui se rêve en super-héros sauveur de l'humanité mais qui reçoit en réalité l'injonction de rentrer dans le rang étriqué de l'American way of life (famille-boulot-dodo) sous peine d'être mis au ban de la société. Les difficultés d'adaptation de ces personnages "bigger than life" obligés de réprimer leurs super-pouvoirs pour tenter de se fondre dans la masse les rendent d'emblée attachants car leur mal-être est retranscrit avec finesse. Citons par exemple les débordements causés par la force musculaire du père, la mèche sur l'œil de la timide violette, l'air renfrogné de Flèche qui ne peut pratiquer de sport ou les récriminations de la mère qui s'est tellement aliénée qu'elle en a oublié son "identité secrète". Les tensions dans le couple de Bob et Hélène (disputes, soupçons, mensonges) ancrent encore un peu plus cette famille peu banale dans un cadre réaliste et un registre mature (une caractéristique des studios Pixar).
La suite est un film d'action plus léger et ludique en forme de libération cathartique. Les films d'espionnage à la James Bond et l'univers des comics à la Marvel sont joyeusement cités avec un visuel rétrofuturiste années 50-60 très réussi. Les métamorphoses d'Elastigirl sont utilisées avec beaucoup d'inventivité. Enfin le cerveau du spectateur n'est pas pour autant laissé au vestiaire. En témoigne le passage où Hélène met en garde ses enfants contre le danger qui les menace en écho aux tragédies contemporaines (génocides et terrorisme) et celui où l'associée de Syndrôme affirme que "mépriser la vie" ce n'est pas être fort (et la respecter à l'inverse ce n'est pas être faible).
Le regard décalé et distancié du réalisateur finlandais Kaurismäki peut déconcerter car il est anti-réaliste au possible. Jeu blanc/inexpressif des acteurs à la Bresson, décors minimalistes datés, atmosphère (atmosphère!) tout droit sortie d'un film de Marcel Carné (qui avait tourné "Quai des brumes" au Havre et à qui Kaurismäki rend un hommage appuyé au travers du personnage d'Arletty), objets et costumes rétros (toujours en hommage à un certain cinéma français: Becker, Melville...), personnages de fable se réduisant à quelques traits archétypaux (le délateur, le clandestin, le policier, l'artiste-bohème), humour pince-sans-rire, il y a de quoi se sentir dépaysé dans son univers.
Il serait dommage cependant d'être arrêté par ces conventions. La réalisation de Kaurismäki est avant tout pudique et respectueuse de l'humain. Par exemple s'il a refusé le réalisme lors de la scène où l'on découvre les migrants dans le conteneur c'est pour leur redonner une dignité. Ce simple choix de mise en scène est en soi un engagement (contre le voyeurisme et le misérabilisme). Il en est de même avec l'esthétique dépouillée et datée. Elle permet de mettre la relation humaine au centre tout en ayant valeur d'engagement contre le matérialisme (ce n'est pas pour rien que le personnage principal s'appelle Marcel Marx.) Enfin le "masque" des acteurs ainsi que la brièveté de leurs dialogues poursuit le même objectif de concision, de dépouillement, de réduction à l'essentiel. Il ne faut pas en déduire pour autant que le film est dépouillé de chaleur humaine. C'est même tout le contraire: il magnifie le lien, la chaîne de solidarité, le partage. Et l'art. Le bienveillant commissaire s'appelle Monet en hommage au peintre impressionniste qui a souvent installé son chevalet au Havre. Et une authentique star locale "Little Bob" fait un concert de rock qui attire la foule pour réunir les fonds nécessaires au départ du jeune clandestin pour l'Angleterre.
Le magazine Première a très bien résumé "Le Havre": "Symbole de ce cinéma qui n’obéit à aucun canon, Marcel Marx (André Wilms, génial) est, pour paraphraser un slogan de Mai 68, 'marxiste tendance Groucho' : à côté de la plaque sur bien des points mais raccord sur l’essentiel".
Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner (2012)
La France est un grand pays d'animation, le troisième du monde derrière les USA et le Japon. Ce film, César 2013 du meilleur film d'animation en est une énième preuve. Il s'agit d'une adaptation des histoires d'Ernest et Célestine écrites par Gabrielle Vincent. Le producteur Didier Brunner, qui lisait les livres à sa fille, a eu l’idée de rassembler une équipe de réalisateurs ainsi que l'auteur de renom Daniel Pennac en tant que scénariste, afin d’en faire un film. Pour ma part, c'est après avoir vu et beaucoup aimé "Le grand méchant renard et autres contes" de Benjamin Renner que j'ai eu envie de découvrir sa précédente réalisation (en collaboration avec Vincent Patar et Stéphane Aubier).
Ernest et Célestine est une belle fable sur la différence et la tolérance réalisée avec beaucoup de poésie et sans une once de mièvrerie. Les deux héros sont des marginaux dans leur propre communauté. Ernest vit seul dans une masure délabrée à l'écart des autres. Il est musicien de rue ce qui ne rapporte guère, il est donc affamé. Quant aux attentes des souris, elles passent visiblement au-dessus de la tête de Célestine qui dessine à longueur de journée (au lieu de collecter des dents de lait, indispensables à ces rongeurs) en rêvant d'être amie avec un ours (alors qu'on leur bourre le crâne sur leur supposée dangerosité). Conséquence: Ernest et Célestine se découvrent tant de points communs qu'ils deviennent inséparables en dépit de leur soi-disant "incompatibilité". Mais les autorités ne l'entendent pas de cette oreille et se lancent à leur poursuite, utilisant comme prétexte les petits délits qu'ils ont commis.
D'un côté la pression sociale, la ségrégation, les traditions, les préjugés et la coercition incarnée par les représentants de la loi et de l'ordre (juges et policiers ours et souris), de l'autre la singularité de quelques individus qui luttent pour faire respecter leurs choix dont dépend au final le progrès humain dans son ensemble. Une liberté précieuse et fragile comme un trait de peinture à l'aquarelle.
Je n'aime pas l'expression "feelgood movie" (de quel droit décide-t-on des réactions émotionnelles du spectateur à sa place?) mais c'est une expression qui conviendrait bien à ce film en forme de délicieuse gourmandise. Une quinzaine d'années après leur dernière collaboration, le couple Allen-Keaton se reforme le temps d'un film et leur complicité est un plaisir de tous les instants. Allen qui était alors en pleine séparation conflictuelle avec Mia Farrow a dû trouver une formidable compensation à ses problèmes en faisant tourner son ancienne muse.
Pour le reste, cette parodie comique de grands films noirs (Assurance sur la mort de Billy Wilder et La Dame de Shanghai d'Orson Welles) qui donne lieu à quelques scènes très réussies, drôles ou spectaculaires est le moyen d'interroger la vie de couple au long cours. Comment éviter l'usure du quotidien, l'enlisement dans la routine? En prenant des risques et en se surprenant constamment semble répondre Woody Allen. À l'image du personnage de Diane Keaton et de ses complices (Alan Alda et Angelica Huston), le goût du jeu (ici un Cluedo live) est un moyen de conserver l'éternelle jeunesse, seul ou à deux. Woody Allen s'est peut-être également souvenu que Billy Wilder avait réalisé ses comédies les plus drôles comme un antidote au désespoir.
L'année 2017 a été fertile en anime japonais de qualité. Une semaine après "Lou et l'île aux sirènes" qui a reçu le cristal du long métrage au festival d'Annecy, le prix du jury attribué à "Dans un recoin de ce monde" vient de sortir. L'occasion unique d'apprécier la diversité de la production nippone même s'il faut pour cela quitter le circuit des grandes salles et se rendre dans les quelques cinémas art et essai qui la diffusent (encore qu'à Paris, le MK2 Bibliothèque a déroulé le tapis rouge aux deux films, invitant même le réalisateur de "Dans un recoin de ce monde", Suano Katabuchi à une projection en avant-première.)
"Dans un recoin de ce monde" contrairement à "Lou et l'île aux sirènes" est un film plutôt réservé aux adultes. Il s'agit d'une chronique familiale qui se déroule sur 13 ans, de 1933 à 1946 soit durant la dictature militaire et la seconde guerre mondiale. L'époque est dépeinte avec beaucoup de réalisme et certains passages ne sont pas exempts de dureté. Mais l'originalité du film est liée au fait qu'il adopte le point de vue d'une jeune fille un peu particulière, Suzu. Si extérieurement, elle paraît soumise, faisant tout ce qu'elle peut pour se conformer à ce que la société attend d'elle, elle est toujours en retrait et le plus souvent, complètement dans sa bulle. Intérieurement, elle fait preuve d'une grande liberté d'esprit allié à des talents artistiques notamment pour le dessin. On voit ainsi comment tout en subissant son destin (un mariage arrangé, les privations, les bombardements, les traumatismes physiques et moraux) son imagination et son art viennent à son secours pour l'aider à s'y adapter, à le surmonter et même à le recréer.
Ce que j'aime chez Bertrand Blier, c'est moins son humour noir et son goût pour les situations surréalistes que son romantisme fulgurant. Dans "Le bruit des glaçons" c'est encore plus évident que dans ses autres films.
Le combat d'Eros contre Thanatos en est le sujet principal. L'ouverture, abrupte comme souvent chez Blier donne le ton "Je suis votre cancer, je me suis dit que ce serait bien si on faisait un peu connaissance". D'un bout à l'autre du film Albert Dupontel et son pendant féminin Myriam Boyer jouent un rôle des plus originaux, celui du démon intérieur chargé de tourmenter sa proie sans répit avant de l'achever. La proie de Dupontel c'est Charles Faulque (Jean Dujardin), un écrivain qui a fichu sa vie en l'air et semble en panne de tout sauf de vin blanc. Dupontel pense qu'achever Faulque n'est qu'une formalité mais il se heurte à un os: Faulque a encore des désirs qui le tiennent en vie. Un surtout: il éprouve une puissante attirance pour Louisa sa bonne entre deux âges ("Laissez-moi aimer cette femme avant de mourir") mais il ne parvient pas à le lui avouer. Pire encore, l'intensité et l'objet hors-norme de ses désirs et sentiments (comme dans "Tenue de soirée" et "Trop belle pour toi") le panique et le fait fuir (dans l'alcool, la maladie, les liaisons sans âme etc.) Louisa c'est l'ombre de Charles, la servante dévouée, discrète mais dont les yeux perçoivent tout. Louisa c'est Anne Alvaro et quand on a dit ça on a tout dit. Anne Alvaro interprète la passion qui consume, qui dévore comme personne. Elle est bouleversante dans son rôle de madone sacrificielle prête à déverser des torrents d'amour pour vaincre ce cancer qui la dévore et dévore l'homme qu'elle aime. Pas étonnant que l'étouffant huis-clos finisse par prendre de la hauteur et au final, le large.
Une des meilleures comédies françaises de ces dernières années. Albert Dupontel a une vraie personnalité et une excellente maîtrise du langage cinématographique (le plan-séquence inaugural a été remarqué de même que les séquences tordantes du vol filmées et montées à la Jeunet). La durée est resserrée au maximum pour éviter les longueurs, la narration est enlevée, le ton est incisif, parfois vachard, parfois tendre et n'hésite pas à s'aventurer sur des terrains risqués (humour noir, gore, absurde à l'image de ce dialogue hilarant "Vous avez raison, je vais ouvrir l'œil! Ah ben non, surtout pas, fermez-les de peur qu'il vous les bouffe.") L'interprétation est remarquable du premier au dernier rôle. Sandrine Kiberlain révèle des qualités comiques insoupçonnées (qui ont complètement changé l'image que j'avais d'elle) Dupontel est excellent tout comme Benoît Marié en avocat bègue. Les caméos de Jean Dujardin parlant la langue des signes (un hommage à "The Artist"?) et de Terry Gilliam, le "père spirituel" de Dupontel qui joue un cannibale (Meatson!!) aux mains tatouées "Love" et "Eat" (Des références fortuites au "Silence des agneaux" et à la "Nuit du chasseur"? Mon œil!) sont à mourir de rire. Et soulignons que Dupontel connaît ses classiques en faisant jouer une authentique juge, Michèle Bernard-Requin, célèbre pour ses prestations dans les films de Raymond Depardon. Il aurait eu d'ailleurs l'idée du scénario de "9 mois ferme" après avoir vu "10eme chambre -Instants d'audience". Un scénario primé aux César tout comme la formidable prestation de Sandrine Kiberlain. Cette filiation tout comme celle de Gilliam permet de comprendre que derrière la farce il y a un esprit critique qui s'exprime sur les dysfonctionnements d'une institution kafkaïenne prête à dénicher des coupables idéaux plutôt que d'enquêter sérieusement ou de juger impartialement. Le cas social délinquant multirécidiviste fait un parfait criminel ce qui économise temps et argent.
Le seul tout petit reproche que j'aurais à faire à ce film, ce sont ses 5 dernières minutes. La chute est un peu bâclée. Mais ce n'est pas grave tant le reste est parfait.
"A desert road from Vegas to nowhere some place better than where you're been A coffee machine that needs some fixing In a little cafe just around the bend I am calling you Can't you hear me I am calling you A hot dry wind blows right through me The baby's crying and I can't sleep But we both know a change is coming coming closer, sweet release."
Comment oublier cette sublime chanson, véritable cri dans le désert interprétée par Jevetta Steele et qui se marie à la perfection aux images d'un film unique en son genre. Encore que l'unité de lieu dans un no man's land et la galerie de personnages excentriques fasse penser à un Délicatessen dans l'univers de Paris, Texas (ou du premier Cars qui développe des thèmes semblables). Si le style du film peut faire débat aujourd'hui (les cadrages penchés années 80, les filtres colorés...) l'humanité vibrante et le mysticisme qui s'en dégage toujours emporte largement le morceau.
C'est un concentré de l'Amérique des laissés pour compte (ou plutôt, au bord de la route) que dépeint le film. Ceux-ci forment un microcosme qui vivote tant bien que mal et plutôt mal que bien. Leur centre de gravité est le "Bagdad café", un motel/bar/station-service miteux perdu au bord de la route 66, véritable repaire de marginaux de tous poils qui viennent y prendre pension pour soigner leurs âmes blessées (soit exactement l'histoire de Cars sauf que "Bagdad café" s'appelle "Radiator springs"). Mais à l'intérieur, c'est le chaos, plus rien ne tourne rond à l'image de la machine à café en attente de réparation. Brenda, la tenancière irascible et dépressive compense son sentiment d'impuissance en criant sur son mari et ses enfants qui finissent tous par prendre le large sans pouvoir vraiment partir (l'un dans la musique, l'autre dans sa voiture, la troisième avec des routiers de passage). Chacun attend un "miracle" fait de petits signes: un thermos de café allemand ramassé sur la route, une photo de Bach et une peinture "Lumières dans le ciel" qui annonce la venue d'un messie. Ou plutôt d'une messie, la plus improbable qui soit: une grosse bavaroise en loden et chapeau à plumes, larguée sur la route après une dispute avec son mari et qui, guidée par les fameuses "lumières" atterrit au "Bagdad café". Jasmine est le miracle de l'histoire, la fleur du désert, peinte par Rudi Cox en icône matricielle à la manière de Botero. Mi magicienne, mi fée du logis, elle insuffle la vie, la paix, l'harmonie et la joie dans un lieu qui n'était qu'hurlements et désolation. Le boomerang qui tourne autour du réservoir (l'eau, la vie) pendant que Jasmine et Phyllis (la fille de Brenda) enlacées dos à dos tournent sur elles-mêmes symbolisent remarquablement bien cette unité cosmique retrouvée, de même que l'étreinte entre Jasmine et Brenda et la parhélie, la vision du halo solaire commune à Jasmine et à Rudi Cox, le décorateur hippie campé par Jack Palance.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)