"Harold à la rescousse" est l'un des premiers courts-métrages d'Harold Lloyd dans son personnage de "l'homme aux lunettes d'écaille". Il s'agissait de le tester auprès du public américain pour voir si celui-ci allait mordre à l'hameçon. Bien entendu la réponse fut oui et Lloyd devint le troisième grand comique burlesque américain de cette période avec Chaplin et Keaton.
"Harold à la rescousse" est une comédie irrésistible par son rythme échevelé, la variété de ses gags et sa justesse d'observation. En endossant frauduleusement le costume du maître-nageur pour faire tomber toutes les filles à ses pieds, Lloyd caricature avec jubilation un emploi qui dans le film consiste plus à se faire mousser qu'à sauver son prochain. Le vrai maître-nageur de l'histoire est d'ailleurs vieux, gros et antipathique ce qui ne l'empêche pas d'avoir du succès. S'y ajoute une séquence vaudevillesque hilarante où Lloyd en véritable sale gosse intervertit les panneaux accrochés aux portes des cabines de douche et de déshabillage ce qui crée toutes sortes de quiproquos mettant en péril la paix des ménages
"Vacances à Venise" de David Lean sorti en 1955 est un peu l'ancêtre de "Chambre avec vue" de James Ivory ou encore des comédies "cartes postales d'Europe" ("Vicky, Christina Barcelona", "To Rome with love", "Midnight in Paris") de Woody Allen. Ce rapprochement est d'autant plus pertinent que:
-Ivory est un américain fasciné par les us et coutumes de la bonne société britannique qu'il a abondamment filmé. -Woody Allen est le plus européen des cinéastes américains. -David Lean est à l'inverse un britannique qui a connu la gloire internationale en tournant des superproductions à Hollywood.
C'est pourquoi "Vacances à Venise" est le film passerelle par excellence. Entre l''Amérique et l'Europe, entre ses films britanniques intimistes majoritairement noirs et blancs et petits formats et ses fresques épiques en technicolor et cinémascope. "Vacances à Venise" qui précède "Le pont de la rivière Kwai" est en effet le premier film que Lean n'a pas tourné dans son pays d'origine. Et s'il garde un format 1,33 classique, il utilise le technicolor pour magnifier la ville sous toutes ses coutures, connues et moins connues.
Mais le principal intérêt du film est d'offrir un beau portrait de femme. Certes aujourd'hui les rêves et le puritanisme du personnage sont un peu surannés. L'amant est falot. La romance est pleine de clichés. Mais la solitude et le désarroi de cette femme d'âge mûr laissée sur le carreau ne peuvent que toucher. D'autant plus que Lean prend le temps de filmer ses errances, ses moments de vide et de souffrance dans une ville qui ne fait pas de cadeaux aux célibataires. Katherine Hepburn est superbe.
"Le vent de la plaine" où une petite indienne est enlevée après le massacre de sa tribu pour être élevée par des blancs est en quelque sorte le reflet inversé de "La prisonnière du désert" où une petite blanche était enlevée après le massacre de sa famille pour être élevée par des indiens. La proximité de ces deux films s'explique par le fait qu'il s'agit d'adaptations de romans du même auteur, Alan le May.
Mais si la haine raciale et l'intolérance jouent un rôle important dans le film, ce n'est pas son sujet principal. Avec "Le vent de la plaine", Huston a réalisé dans des conditions difficiles un grand western psychanalytique. Celui-ci est en effet centré sur la famille et surtout sur le secret de famille. Tant que celui-ci n'est pas révélé, le film l'exprime par des symboles: la vache sur le toit (quelque chose "pèse" comme un couvercle sur cette maison), le cheval fougueux apprivoisé par Rachel (Audrey Hepburn) puis par Portugal (John Saxon) qui a en commun avec elle des origines obscures, les apparitions surréalistes d'Abe Kelsey (Joseph Wiseman) qui, tel un "retour du refoulé" vient lâcher sa bombe et semer la zizanie pour se venger, les moments où Ben (Burt Lancaster) ne peut maîtriser sa jalousie et sa peine lorsque sa petite sœur est courtisée alors que son frère Cash (Audie Murphy, éruptif et inquiétant à la ville comme à la scène) exprime une haine vis à vis des indiens aux confins de la démence. Tous deux nagent en effet en plein brouillard puisque seule la mère (Lilian Gish) connaît la vérité.
Après la révélation du secret, lorsque la famille se retranche dans sa maison assiégée par les indiens le film perd en puissance et souffre de longueurs. C'est dans cette partie que les mutilations que la production a infligé au film se font ressentir, notamment avec la réduction au montage du rôle de Portugal qui était un des personnages les plus intéressants. Il n'en reste pas moins que la mise en scène est superbe de bout en bout avec un plan final de toute beauté sur la famille réconciliée contemplant un horizon retrouvé dans le vol des oies sauvages.
20 ans avant "Victor/Victoria", Blake Edwards jouait déjà avec la confusion des genres. Son sixième film "Opérations jupons" est un modèle de subversion burlesque. Il y détourne en effet tous les codes virilistes et héroïques du film de guerre des années 50. Le symbole le plus éclatant étant le sous-marin repeint en rose vif (la couleur assignée socialement aux filles) abritant des parturientes, des infirmières et une chèvre pour le lait des enfants! On ne pouvait rêver mieux que Cary Grant pour jouer le rôle du commandant du "Sea Tiger" (en réalité un pétard mouillé dont le moteur explose et glougloute à chaque poussée) qui ne commande plus rien et est totalement dépassé par les événements. A commencer par le fait que l'armée américaine lui coupe les vivres et qu'il doit compter pour son ravitaillement sur le système D. Système incarné par les méthodes peu orthodoxes du lieutenant Holden (Tony Curtis), un play-boy mondain ultra coquet et un peu escroc. C'est lui qui introduit les femmes à bord. Si l'exiguïté des lieux n'est pas propice au déploiement du slapstick, Edwards peut jouer sur l'érotisme qu'une telle promiscuité instaure à la manière de Billy Wilder (la vue en contre-plongée sous les jupes lorsque les filles descendent les échelles, les frôlements des bustes dans les couloirs etc.) D'autre part comme Hawks, il montre au travers des situations conflictuelles que la cohabitation ne manque pas de générer comment les hommes parviennent progressivement à apprivoiser leur part féminine. Au départ vues comme des porteuses de malheur, les femmes révolutionnent le quotidien de l'équipage en le rendant moins pénible. Pas seulement en jouant les infirmières mais en ayant des idées pour améliorer le fonctionnement du sous-marin. Elles introduisent également de la fantaisie et une certaine douceur de vivre symbolisée par l'opulent repas pris sur le bateau.
L'image la plus célèbre d'Harold Lloyd après celle où il est suspendu à une horloge est celle où ses cheveux se dressent sur sa tête. Elle provient du "Manoir hanté" qui en dépit de son titre n'est pas qu'une histoire de fantômes. C'est avant tout un court-métrage burlesque qui progressivement glisse dans le fantastique ou plutôt dans l'illusion du fantastique car après-coup, toutes les apparitions trouvent une explication rationnelle. Il y a l'oncle avide d'hériter du manoir qui cherche à faire déguerpir les jeunes gens en les effrayant. Il y a aussi l'intervention aggravante des serviteurs noirs, crédules et morts de peur selon les clichés racistes en vigueur à l'époque.
Il n'y a pas que le fantastique qui est déjoué dans ce film que l'on pourrait renommer "La perte des illusions" et ce à plusieurs niveaux. Les tentatives de suicide de Lloyd qui se soldent toutes par un échec jouent beaucoup sur l'illusion (le pistolet est factice, le lac est peu profond, le tramway change de direction au dernier moment etc.) D'autre part le mariage en prend pour son grade. Ainsi le jeune premier élégant joué par Harold Lloyd déploie une énergie considérable pour demander la main d'une fille qui pendant ce temps se console dans les bras d'un autre. Ce n'est pas mieux avec l'héritière du manoir qui a besoin d'un mari juste pour pouvoir hériter. L'avocat débarque alors avec un kit prêt à l'emploi: Lloyd (attrapé dans la rue alors qu'il allait tenter une énième fois de se suicider), des alliances, un prêtre et un livre de cuisine (la vision de la femme est tout aussi cliché que celle des noirs). Seule l'épreuve de la nuit dans le manoir transforme le mariage d'intérêt en vrai couple.
En 1925 Vive le sport! obtint plus de succès que La Ruée vers l'or. Sans doute parce qu'à la différence de Chaplin, Harold Lloyd jouait un personnage intégré au jeu social. En effet ses films reflètent parfaitement la culture de l'américain moyen.
Vive le sport! peut être considéré comme le premier teenage movie de l'histoire. Il se situe en effet dans le milieu universitaire où le nec plus ultra n'est pas d'être le meilleur (on ne verra jamais Harold étudier ou suivre des cours) mais d'être le plus populaire. C'est à ça qu'Harold travaille en prenant pour modèle le champion de l'école mais comme c'est un "bleu" ("The Freshman" en VO) naïf et tendre (d'où son nom "Lamb" qui signifie "agneau") il s'y prend très mal et multiplie les gaffes. Le comique naît du décalage entre l'image qu'Harold se fait de lui-même (il se prend pour un héros et croit être la coqueluche de l'école) et la réalité dans laquelle il est celui dont tout le monde se moque et que l'on n'hésite pas à exploiter. La scène du bal avec sa métaphore du costume sur mesure qui part en morceaux en dépit des efforts d'Harold et de son couturier pour le maintenir en une seule pièce montre que sa situation est intenable. De fait Harold devra surmonter la perte de ses illusions pour prouver sa valeur au terme d'un match de football américain d'anthologie démontrant qu'il est possible de faire gagner une équipe même lorsqu'on en est le mouton noir.
Blake Edwards regrettait de ne pas être né au temps du burlesque des origines. Mais comme au cinéma tout est possible, le voilà qui se cinétransporte (et nous avec) à la Belle Epoque et pour enfoncer le clou, il dédicace son film à Laurel et Hardy.
De fait "La grande course autour du monde" mélange avec un brio jubilatoire ce sens aigu du burlesque primitif avec une maîtrise tout aussi confondante des mécanismes du cartoon façon Tex Avery. A tel point d'ailleurs qu'a posteriori, le film se déclinera en série animée sous le titre "Les fous du volant" (de la même façon que pour "La panthère rose" créée pour des génériques du film de Blake Edwards puis déclinée en série).
L'ouverture du film est tout simplement tordante. Elle fonctionne selon le principe du premier film de comédie de l'histoire du cinéma "L'arroseur arrosé" qui est aussi un mécanisme cartoonesque. S'y rajoute le duo complémentaire de "Certains l'aiment chaud" clown blanc (Tony Curtis) et Auguste (Jack Lemmon).
Le professeur Fate (Fatalitas en VF), un super méchant (Jack Lemmon, déchaîné!) ourdit avec Max son assistant (Peter Falk, excellent lui aussi) des plans plus diaboliques les uns que les autres pour anéantir son rival, le Grand Leslie, un bellâtre au costume immaculé (Tony Curtis dont les dents étincellent comme celle du rival de Hugo/Godai dans le dessin animé japonais "Juliette je t'aime/Maison Ikkoku"). Evidemment ces machinations déraillent à un moment ou à un autre et se retournent contre son concepteur, provoquant comme dans tout cartoon qui se respecte moultes explosions spectaculaires. Comme il n'en sort pas le moindre du monde découragé ni amoché, le comique de répétition (avec des variations internes) joue à plein. Mention spéciale à sa maison qui s'écroule à chaque nouveau dérapage. Là-dessus se rajoutent des séquences slapstick millimétrées comme celle où Maggie (Nathalie Wood), Lemmon et Falk s'envoient des pif-paf au visage et aux fesses. Ou bien encore une méga séquence de lancer de tartes à la crème qui produit un effet esthétique prodigieux à la manière de l'action painting.
Si Edwards s'était cantonné à cela, le film serait un chef-d'oeuvre absolu du genre (et mériterait 5 étoiles). Mais hélas il a voulu rallonger la sauce et rendre hommage à un maximum de genres: le western (le nom de la ville "Borracho" est un clin d'œil à l'état d'ivresse qui est récurrent dans ses films), l'aventure (type "Le tour du monde en 80 jours"), le film de cape et d'épée, la chronique sociale historique (les suffragettes), le film politique (avec son royaume prussien d'opérette où se trame un coup d'Etat). Si bien que son film dure 2h37 et souffre de sérieux ralentissements de rythme voire de passages à vide (ce qui en fait en fait dans sa globalité un film 3 étoiles). D'où une moyenne de 4 étoiles. Mais que c'est dommage!
Film sorti la même année que "La grande course autour du monde" à partir du même sujet tiré d'un fait réel à savoir l'organisation d'une course à la Belle Epoque permettant de mettre en compétition des prototypes plus délirants les uns que les autres. Mais "Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machine" est nettement en dessous du film de Blake Edwards. Il repose sur des clichés nationalistes qui devaient faire rire à l'époque mais qui aujourd'hui paraissent affligeants. Nous avons donc notre frenchy national Pierre Dubois (Jean-Pierre Cassel et son sourire ravageur) plus occupé à séduire à tour de bras qu'à gagner la course, les fritz casque à pointe dirigés par le colonel Manfred Von Holstein (Gert Fröbe) obnubilés par la discipline et plus doués pour la théorie que pour la pratique, Orville Newton (Stuart Whitman) un yankee cow-boy jusqu'au bout des bottes, Richard Mays (Jame Fox) un gentleman english et un autre englishman, sir Percy (Terry-Tomas "Big moustache" allusion à son rôle dans "La grande vadrouille") particulièrement fourbe, un italien, le comte Emilio Ponticelli (Alberto Sordi) poussant la chansonnette et entouré de sa nombreuse famille etc. Ce n'est pas mieux en ce qui concerne les personnages féminins. D'une part on a la fille interchangeable jouée par Irina Demick dont le rôle se cantonne à se faire toucher les fesses par Dubois-Cassel et à aimer ça. Et de l'autre Patricia, la fille de l'organisateur (Sarah Miles) qui remise rapidement son pseudo féminisme pour se prêter au jeu de la séduction dans un triangle amoureux des plus classiques.
Malgré cette avalanche consternante de clichés, ce film reste divertissant à cause de son rythme enlevé (mais sans génie), de sa chanson entraînante, de ses machines plus loufoques les unes que les autres et de l'énergie que dégagent les acteurs.
"Le retour de Flash McQueen témoigne de l'épuisement de la série du studio d'animation de John Lasseter" écrit le Monde. Ce n'est pas vrai. Tout d'abord, rappelons que les suites de "valeurs sûres" permettent de financer des projets originaux comme récemment "Là Haut", "Vice Versa" et bientôt "Coco". A l'heure où Hollywood recycle ses vieilles recettes à l'infini, cette prise de risque mérite d'être soulignée et saluée. Ensuite parce que Pixar sait faire de bonnes suites. Celles de "Toy Story" sont même supérieures au premier volet qui était déjà un chef d'œuvre du genre. Et si "Cars 3" n'a pas tout à fait la même puissance d'évocation que le premier, il se situe dans la même lignée, faisant oublier le lamentable raté (technique excepté) du deuxième film qui était complètement hors-sujet.
"Cars 3" se situe dans la filiation du premier "Cars". Il est un peu l'équivalent du "Vingt ans après" d'Alexandre Dumas. Flash Mc Queen est confronté au même destin que jadis son mentor, Doc Hudson: il est has been et les petits jeunes n'ont qu'une hâte, l'envoyer à la retraite. Mais par fierté, Flash s'accroche car il veut être maître de sa sortie.
Comme dans le premier film, l'histoire est centrée sur l'hubris du héros et sa découverte des valeurs altruistes. Flash doit accepter le temps qui passe. Une notion qui fait l'ADN des studios Pixar et qui implique la nostalgie et le deuil. Peu à peu, Flash voit ses amis concurrents raccrocher les gants ce qui le renvoie à son propre déclin. Il doit admettre qu'il est devenu vieux et lent et qu'il ne peut donc pas rivaliser avec la rapidité des rookies high tech. D'autant qu'en dépit de ses efforts, il ne peut s'adapter aux nouvelles méthodes d'entraînement. Mais celles-ci sont suffisamment tournées en dérision pour que l'on comprenne que l'expérience "humaine" acquise par le bolide est également indispensable à l'étoffe d'un vrai champion. C'est ainsi que bien malgré lui, il entraîne à sa suite sa coach sportive, Cruz Ramirez, qui s'avère être une ancienne fan mais aussi une voiture de course inhibée à qui on a jamais donné sa chance (et le sexisme/racisme ambiant n'y est certainement pas étranger, il suffit de voir comment elle est traitée par son patron milliardaire Sterling ou par le leader de la course Jackson Storm). Il l'entraîne tant et si bien sur les traces de Doc Hudson qu'il finit par devenir son entraîneur. Et c'est une belle histoire de transmission qui s'esquisse par petites touches comme le fut dans le premier film celle de Doc et de lui-même. La transmission entre générations, un thème cher aux studios Pixar puisqu'on le retrouve dans "Toy Story 3" ou encore dans "Là-Haut."
"Cherche scénario désespérément" voilà le vrai titre de "Moi moche et méchant 3". En manque visible d'inspiration, le studio Illumination nous a pondu un film composé de petites histoires sans véritable lien entre elles. Gru retrouve un frère jumeau parachuté gratuitement dans l'histoire ce qui a pour effet de remiser la pauvre Lucy au placard. Ce qui est injuste car ce frère a l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette et n'est qu'un prétexte à quelques scènes d'action spectaculaires. Pauvre Lucy dont on se demande s'il n'aurait pas mieux valu qu'elle reste célibataire, au moins elle n'aurait pas perdu son travail. Quant à sa relation avec les filles, elle est d'autant plus convenue et bâclée qu'elle est redondante avec le premier film. Les filles ont été mises de côté dès le deuxième film mais le troisième bat leur record d'inutilité. Margo se fait de nouveau draguer, Edith a deux secondes d'antenne et trois phrases et la recherche d'une vraie licorne par Agnès sert surtout à surexposer sa bouille craquante. Enfin les mignons continuent à faire bande à part pour des séquences gag à l'humour particulièrement réchauffé. Le méchant est certes plus fun et décalé que celui du 2 mais il accentue le côté clipesque de ce film qui manque sérieusement de rythme. Cependant le studio n'est pas près de lâcher le filon. Le film se termine de façon ouverte ce qui annonce une suite.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)