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Coeurs

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (2006)

Coeurs

"Private Fears in Public Places" est la seconde pièce de théâtre de Alan Ayckbourn adaptée par Alain Resnais après "Intimate Exchanges" qui avait été à l'origine de "Smoking/No Smoking". Mais l'ambiance de "Coeurs" est très éloignée de "Smoking/No Smoking". On pense plutôt à "L'Amour à mort"... mais sans l'amour. Les personnages de "Cœurs" aimeraient aimer, croient aimer ou ont aimé mais ils ont tous en commun d'avoir le cœur froid. Cette glaciation des sentiments est symbolisée par la neige qui tombe en permanence derrière les fenêtres et les écrans, saupoudre les manteaux et s'immisce parfois jusque dans les appartements. L'impossibilité de la rencontre est quant à elle surlignée par l'omniprésence des cloisons et des rideaux, autant de barrières qui permettent de se voir, de se parler mais pas vraiment de se toucher. Ces obstacles coupent la communication, restreignent l'espace (Nicole visite des appartements de plus en plus petits et cloisonnés) et emmurent les personnages dans la solitude et la misère affective et sexuelle. Et le fait qu'ils aillent par deux fait encore plus ressortir leur détresse. Dan et Nicole (Lambert Wilson et Laura Morante) forment un couple au bord de la rupture. Thierry et Gaëlle (André Dussollier et Isabelle Carré) sont frère et sœur et vivent ensemble en essayant de se cacher leurs tourments intimes. Enfin Lionel (Pierre Arditi) est un veuf accablé de chagrin qui a pris en charge son vieux père malade (Claude Rich) qui s'avère être un homme tyrannique, odieux, lubrique et grossier. Cette dernière variante donne d'ailleurs une clé de compréhension de la déroute sentimentale des personnages. Tous sont sous l'emprise d'un paternel castrateur qu'il soit physiquement présent pour Lionel, représenté sous forme de peinture murale chez Thierry et Gaëlle ou à travers une institution patriarcale, l'armée pour Dan et Nicole. Mais la plus belle expression du patriarcat est incarné par le septième personnage de l'histoire, Charlotte (Sabine Azéma) qui tire les ficelles de ce petit monde en étant la collègue de l'un et l'aide à domicile du père de l'autre. Charlotte est l'exemple parfait du personnage clivé. D'un côté la créatrice de mises en scènes pornos à tendance SM pour tous les pauvres types qu'elle fournit sans doute par "charité chrétienne", de l'autre la bigote puritaine qui s'offusque du baiser sur la bouche qu'elle reçoit d'un Thierry chauffé à blanc par ses vidéos. C'est encore une fois l'illustration que puritanisme et débauche vont de concert, l'un se nourrissant de l'autre.

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Le Lauréat (The Graduate)

Publié le par Rosalie210

Mike Nichols (1967)

Le Lauréat (The Graduate)

Le "Lauréat" est avec "Bonnie and Clyde" le film qui a marqué en 1967 la naissance du Nouvel Hollywood, mouvement du renouveau cinématographique américain autour d'une jeune garde de réalisateurs brillants depuis passés à la postérité. Influencés par le néoréalisme italien et la nouvelle vague française, ils prirent le pouvoir au sein des studios, s'affranchirent des conventions et imposèrent une contre-culture marquée par la contestation (vis à vis des générations précédentes) et un grand désir de liberté perceptible aussi bien dans la forme de leurs films que dans les thèmes abordés.

Le "Lauréat" porte un titre parfaitement ironique puisqu'il s'agit d'un film sur l'absence de perspectives offertes aux jeunes par une société bouchée et l'extrême incertitude qui accompagne "les lendemains qui chantent" (?) de l'après 1968. Renverser la table oui, mais pour quoi faire après? C'est notamment en cela que le film de Mike Nichols est remarquable car alors qu'il a été tourné "à chaud", il a suffisamment de recul pour s'extraire de la béate euphorie du contexte au profit d'une tonalité douce-amère parfaitement illustrée par les magnifiques chansons de Simon & Garfunkel (l'énergie de "Mrs Robinson" d'un côté, le mélancolique "Sound of silence" de l'autre qui exprime le vertige du vide créé par le démantèlement de l'ordre ancien). Mais avant d'en arriver à ce constat en demi-teinte, le film est déjà remarquable dans sa manière de dépeindre la sujétion de son personnage principal joué par Dustin Hoffman, le bien nommé Benjamin (Ben signifiant "fils de") aux adultes qui l'entourent. Le célèbre générique (repris par Tarantino pour celui de "Jackie Brown") dépeint celui-ci comme le rouage d'un système social mécanique parfaitement huilé qu'il subit avec résignation. On ne compte plus les scènes où, à l'image de son aquarium il est enfermé dans le cadre, acculé contre un mur, engoncé dans un costume étouffant ce qui exprime son angoisse d'un avenir dans lequel il ne parvient pas à se projeter. Ces scènes sont complétées par celles où il se laisse porter par les éléments comme autant de symboles de sa passivité face au milieu bourgeois qui fait des projets sur son dos. C'est donc logiquement qu'il tombe dans les filets de Mrs Robinson (Anne Bancroft), une cougar* dominatrice et manipulatrice qui se sert de lui pour assouvir ses besoins sexuels et lui dicte sa conduite. Si le réalisateur parvient à éviter de tomber dans le scabreux, c'est justement parce que l'initiation sexuelle de Ben prend la forme d'une emprise prédatrice qui menace de le dévitaliser à jamais**. Jusqu'à ce qu'il rencontre Elaine (Katharine Ross), la fille de Mrs Robinson, aussi triste, perdue et aliénée que lui. C'est alors que Ben va révéler des trésors de combativité insoupçonnés pour prendre le dessus sur ceux qui le violentent (c'est le sens par exemple de ces plans furtifs quand Mrs Robinson s'exhibe nue devant lui et qui s'apparentent à un viol du regard ainsi que de la scène où celui qui l'héberge et les voisins font intrusion chez lui quand il est avec Elaine). Si le schéma de la mariée enlevée est conventionnel, la manière dont se déroule cet enlèvement fait penser au banquet bourgeois de "Hair" mis sans dessus dessous par les hippies avec une touche burlesque qui rend la scène très drôle en plus de son caractère transgressif. Mais c'est à ce moment là que le film devient visionnaire en refusant le happy-end facile au profit d'une fin ouverte qui souligne le progrès accompli par le fait même qu'elle est ouverte mais comporte une large part d'incertitude face à l'inconnu qui s'ouvre sous les pieds de Ben et d'Elaine. Le film révéla par ailleurs Dustin Hoffman dont la tête de premier de la classe façon Beatles des débuts cache des trésors de plasticité qu'il mettra en œuvre brillamment par la suite.

* Terme qui est ici approprié pour désigner une prédatrice d'âge pas si mûr étant donné que Anne Bancroft n'avait que 6 ans de plus que Dustin Hoffman au moment du tournage.

** A l'époque du "Lauréat", les films qui abordaient frontalement le thème des abus sexuels qu'ils soient commis par la violence ou par la ruse sur des êtres vulnérables n'étaient pas légion. Et ils ne le sont toujours pas actuellement.

 

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La Piscine

Publié le par Rosalie210

Jacques Deray (1969)

La Piscine

Il est intéressant qu'un film sur l'illusion du bonheur ait été pris comme cible par la campagne publicitaire Dior pour le parfum "Eau sauvage" qui a ressorti en 2010 des clichés d'époque d'un Alain Delon qui était alors au sommet de sa beauté. Comme si cinquante années avaient été effacées d'un coup. Mais si le parfum (né en 1966) a pu traverser le temps sans rides, ce n'est certainement pas le cas d'Alain Delon d'où l'aspect étrange et factice de cette résurrection. A l'image du film d'ailleurs qui repose sur une distorsion complète entre l'apparence et la réalité avec la piscine comme miroir de vérité. Le début est effectivement conçu comme un pur travail d'image façon publicité du gagnant du loto ou soap opera pour la vie de luxe, calme et volupté à Saint-Tropez avec deux acteurs beaux comme des dieux n'ayant rien d'autre à faire que de bronzer au bord de la piscine et de se désirer ardemment (et narcissiquement ^^). Pourtant il y a un hic car ce que l'eau reflète, c'est un arbre mort. Il y a donc quelque chose de pourri au royaume de la villa tropézienne qui s'avère être en réalité une cage dorée dans laquelle Jean-Paul (Alain Delon, opaque à souhait) a enfermé Marianne (Romy Schneider, tout aussi insaisissable*). Elle semble acquiescer mais saute sur la première occasion qui se présente pour briser le tête à tête en accueillant chez eux Harry (Maurice Ronet), un ancien ami à eux m'as-tu-vu et sa fille Pénélope (Jane Birkin**) dont il se sert pour se mettre en valeur (et paraître plus jeune). A partir de ce moment, le pseudo-paradis devient un huis-clos d'autant plus étouffant qu'il repose sur le non-dit. En effet ce n'est pas par le dialogue que la tension s'installe mais par les regards et les silences lourds de sens. Harry méprise Jean-Paul parce que lui a réussi alors que Jean-Paul n'a connu que l'échec. Marianne devient implicitement un enjeu de leur rivalité, attisé par son comportement ambigu envers Harry (dont elle ne veut pas dire clairement ce qu'il représente pour elle ni ce qu'elle cherche exactement). Jean-Paul se tourne alors perversement vers Pénélope pour atteindre son père (et Marianne) à travers elle. La piscine, lieu de désir devient alors un lieu mortifère, les deux allant souvent de pair (voir "L'Inconnu du lac" par exemple où le lieu de drague aquatique devient le théâtre d'un meurtre). Et Marianne de choisir in fine la réclusion volontaire à perpétuité de par son choix de couvrir le meurtrier. A la fin comme au début, la piscine reflète l'arbre mort, sauf que les images séductrices illusoires du début ont été brisées. Il occupe désormais toute la place, celle du couple se trouvant derrière les barreaux…. de la fenêtre.

* On peut faire une mise en abyme intéressante entre le film et la carrière de Romy Schneider qu'Alain Delon (son ex petit ami) réussit à imposer à Jacques Deray. En effet le film a changé son image héritée de "Sissi" et relancé sa carrière, donnant à Claude Sautet l'idée de l'engager pour "Les Choses de la vie". Il est arrivé la même chose à Dirk Bogarde, longtemps prisonnier d'une image de jeune premier dans des soap sans intérêt jusqu'à ce qu'il tourne "La Victime" de Basil Dearden, rôle beaucoup plus proche de ce qu'il était en réalité et qui l'a révélé aux yeux de Visconti avec la suite que l'on connaît.

** "La Piscine" est le premier vrai rôle au cinéma de Jane Birkin qui avait alors 23 ans et vivait avec Serge Gainsbourg. Celui-ci était d'ailleurs inquiet de la voir tourner avec deux séducteurs patentés dont l'un (Alain Delon) était particulièrement empressé.

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Buena Vista Social Club

Publié le par Rosalie210

Wim Wenders (1999)

Buena Vista Social Club

Si l'inspiration de Wim Wenders en matière de films de fiction s'est tarie à partir du début des années 90, son talent de documentariste a pris le relai pour offrir quelques pépites supplémentaires à sa filmographie, dont ce superbe "Buena Vista Social Club" qui a transformé un groupe de (géniaux) vieux musiciens cubains en stars mondiales.

Le Buena Vista Social Club était à l'origine une boîte de nuit située dans la banlieue de la Havane où ces musiciens se produisaient dans les années 40 et 50 pour des américains en goguette venus se payer des prostituées (la Havane était alors surnommée "le bordel des Caraïbes" et toute une industrie du tourisme sexuel en découlait). Mais avec la révolution castriste, le lieu, symbole de la sujétion de Cuba aux USA fut détruit. Les musiciens furent les victimes collatérales de l'effondrement de ce système néo colonial mafieux car ils perdirent leur travail et furent réduits pour la plupart d'entre eux au silence et à la misère. Jusqu'au jour où au milieu des années 90 un britannique, le producteur Nick Gold fondateur du label World Circuit et un américain le guitariste et producteur Ry Cooder eurent l'idée d'aller à Cuba pour faire des enregistrements avec ces vieilles légendes oubliées qui ne s'étaient plus côtoyées depuis des lustres*. L'album du groupe fut un succès international et conduisit Ry Cooder à retourner à Cuba en 1998 pour l'enregistrement d'un second album collectif, cette fois accompagné de son ami et collaborateur Wim Wenders bien décidé à filmer la résurrection du groupe et par la même, rétablir un pan oublié de l'histoire cubaine**. 

Le résultat est une galerie de portraits attachants et hauts en couleur célébrant la vitalité intacte et le talent incroyable de ces musiciens qui ont été ainsi immortalisés par la caméra de Wim Wenders. Le grand public a pu ainsi découvrir entre autre au moment du tournage:

- Le chanteur et joueur de guitare cubaine Compay Segundo, 90 ans alors au compteur mais toujours vert (il évoque quand même face caméra le bonheur des nuits d'amour et son désir d'avoir un sixième fils), son éternel cigare, l'élégance de ses costumes et de ses panamas;

- Le chanteur Ibrahim Ferrer, 70 ans, issu d'un mélange sino-africain, sa panoplie de casquettes et sa grande douceur (à l'image de sa musique);

- Ruben Gonzalez, 80 ans le pianiste prodige à la barbe blanche et aux chemises bariolées;

- Eliades Ochoa, 50 ans (il est d'ailleurs encore en vie contrairement à ses trois aînés et d'autres membres du club), le chanteur et guitariste aux chapeaux de cowboy.

Avec eux et d'autres, le public international a découvert le son cubain, un genre musical ancêtre de la salsa, du mambo et du cha-cha-cha, mais plus lent et mélancolique. Le tube planétaire "Chan-Chan" donne un bon aperçu de ce genre musical.

* La genèse du premier album est en fait le fruit d'un heureux concours de circonstances. Ni Nick Gold, ni Ry Cooder ne connaissaient l'histoire et les membres du Buena Vista social club. Ils étaient allés à Cuba pour rechercher des musiciens dans l'idée de faire un album de musique cubaine et africaine dans la ligne éditoriale du label World Circuit Records. Mais les musiciens maliens n'obtinrent pas leur visa pour rejoindre la Havane et restèrent bloqués à Paris. Dans l'urgence, Ry Cooder se tourna vers le coordinateur du projet à la Havane, Juan de Marcos Gonzales qui en quelques jours parvint à retrouver Ibrahim Ferrer qui en était réduit à faire les poubelles pour vivre, Ruben Gonzales qui n'avait plus touché un piano depuis dix ans et de fil en aiguille tous les autres avec la suite que l'on connaît.

** On le devine, gérer le succès triomphal et international d'un groupe lié à une histoire que Castro avait voulu effacer s'est avéré délicat pour le régime cubain.

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Ballroom Dancing (Strictly Ballroom)

Publié le par Rosalie210

Baz Luhrmann (1992)

Ballroom Dancing (Strictly Ballroom)

"Ballroom Dancing" est le premier long-métrage de Baz Luhrmann mais en un sens, c'est aussi un aboutissement logique de ses précédentes expériences artistiques: la danse, le théâtre et l'opéra. Il s'agit également du premier volet de la trilogie du Rideau rouge (qui ouvre et ferme chaque film), complété par la suite avec "Roméo + Juliette" et "Moulin Rouge". Mais contrairement à ses deux successeurs, "Ballroom Dancing" est une comédie à petit budget mi-satirique, mi-success story qui se situe quelque part entre "Little Miss Sunshine", "La fièvre du samedi soir" et "Dirty Dancing". Il partage avec le premier une peinture satirique d'un milieu kitschissime, celui des concours de danse de salon encadré par des règles rigides qui font ressembler les participants quelle que soit la qualité de leur technique à des mannequins de cire. Mais il partage avec les deux autres un héros aussi talentueux que rebelle qui se trouve une partenaire qui lui correspond hors de son milieu social et du cadre imposé par la Fédération de danse. On remarquera en effet que celle-ci est d'origine latino et vit dans un quartier modeste alors que les danseurs vedettes sont tous WASP (l'histoire se déroule en Australie mais elle pourrait tout aussi bien se dérouler en Amérique). Telle Cendrillon ou le vilain petit canard, celle-ci va se métamorphoser au contact de son "prince charmant" dont elle partage le non-conformisme. La spontanéité et la fraîcheur du couple tranchent radicalement avec l'académisme des autres danseurs mais aussi avec les membres du jury qui ressemblent à des poupées fardées grotesques façon Michou peroxydées et bronzées. C'est cette exubérance ainsi que l'énergie des numéros de danse qui rendent le film intéressant en dépit de son intrigue hyper convenue.

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Tigre et Dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (2000)

Tigre et Dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng)

"Tigre et dragon" c'est du cinéma à grand spectacle mêlant culture chinoise et budget hollywoodien. Si le film est conçu pour plaire au plus grand nombre avec un dosage savant entre action et romance qui manque un peu d'âme à mes yeux, il en met plein la vue quand même avec des chorégraphies splendides réglées par Yuen Woo-Ping, celui là même dont le savoir-faire a été déterminant pour les scènes de kung-fu de la trilogie "Matrix" et des deux parties de "Kill Bill". On a donc des personnages en apesanteur qui tournoient et volent au-dessus des cimes avec une grâce magique. Le film offre également un condensé des plus beaux paysages chinois (forêts de bambous, chutes d'eau, montagnes) et de ses meilleurs acteurs issus de Chine continentale ou des "provinces chinoises à système différent" pour reprendre la définition qu'elle donne de Hong-Kong et de Taïwan (territoire dont est également originaire le réalisateur, Ang Lee qui a voulu rendre hommage au cinéma de son enfance). Tous ont dû d'ailleurs apprendre leurs dialogues en mandarin alors que leurs langues natales étaient le cantonais ou l'anglais. Quant à l'histoire, elle mélange la tradition feuilletonesque occidentale avec ses combats de cape et d'épée version asiatique, ses multiples rebondissements rocambolesques et ses histoires d'amours impossibles et des figures typiques de la tradition chinoise comme la guerrière intrépide façon Mulan. On peut également souligner l'opposition entre le couple d'âge mûr formé par Li Mu Bai (Chow Yun Fat) et Yu Shu Lien (Michelle Yeoh) qui ont sacrifié leurs sentiments sur l'autel du devoir et de l'honneur à celui beaucoup plus jeune formé par Jen (Zhang Ziyi) et Lo (Chang Chen) qui sont insoumis et individualistes. Deux générations aux valeurs différentes qui représentent l'évolution récente de la Chine.

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Paterson

Publié le par Rosalie210

Jim Jarmusch (2016)

Paterson

Paterson, titre de la gémellité (il désigne à la fois la ville où se déroule l'action dans le New-Jersey et le patronyme du personnage principal, d'ailleurs il signifie père-fils) fait partie de ce que l'on peut appeler un "film en creux". Il est construit sur ce qui n'est pas: le non-événement, le non-mouvement, le non-changement, le non-agir. Son caractère épuré et l'intervention à la fin de Masatoshi Nagase qui avait joué 27 ans auparavant dans "Mystery Train" du même Jarmusch en font une sorte de balade contemplative zen où les poèmes qui s'affichent à l'écran résonnent comme des haïkus. Une manière de souligner que le jumeau spirituel de Paterson est japonais et vit à Osaka alors même que celui-ci semble ne jamais avoir de sa vie franchi la limite invisible qui sépare sa ville du New-Jersey du reste du monde.

En effet un autre aspect marquant du film réside dans sa structure qui épouse l'agenda routinier et réglé au millimètre de Paterson (Adam Driver).  Comme dans "Un jour sans fin" mais sans une once de fantastique, celui-ci vit enfermé dans un temps cyclique et dans un périmètre étroit dont il ne sort jamais. Ses journées sont donc routinières et marquées par les mêmes rituels (le lever à heure précise, le petit déjeuner toujours identique, le départ au travail par le même chemin, les heures de boulot, le déjeuner près des chutes d'eau, le retour, le dîner, la promenade du chien et la bière au bar avec l'écriture pour combler les interstices). Paterson déteste tout ce qui peut troubler cet ordre. On le voit à trois reprises redresser le poteau qui soutient la boîte aux lettres lorsqu'il rentre le soir, poteau qu'il retrouve de travers le lendemain après le passage de Marvin le bouledogue (seul personnage imprévisible qu'il n'aime d'ailleurs pas). Le moindre petit accroc (comme la panne du bus qu'il conduit) le laisse démuni. Jarmusch en profite pour faire de l'humour en le montrant téléphonant avec le smartphone customisé d'une petite fille puisque lui-même n'en possède pas tant il vit en dehors de son temps. Ce qui nous ramène à la gémellité. Paterson est double, son corps est enfermé dans un ici et maintenant étriqué mais son esprit vagabonde sur une autre planète hors du temps.

Car et c'est tout l'intérêt du film, Paterson est un poète qui sait déceler la beauté dans les moindres détails du quotidien. "Paterson" rejoint de ce point de vue "Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" en dressant le portrait d'introvertis à la riche vie intérieure qui savent célébrer le plaisir du petit détail qui tue comme le logo d'une boîte d'allumettes en forme de mégaphone ou les sonorités du mot "waterfall" ou encore les récits entendus dans le bus. Sa femme Laura (Golshifteh Farahani) bien qu'ayant un tempérament opposé au sien manifeste le même caractère paradoxal, sa créativité bouillonnante (qu'elle exprime dans la musique, la décoration, la fabrication de vêtements ou encore la pâtisserie) tournant de façon obsessionnelle autour des mêmes couleurs (noir et blanc) et des mêmes motifs géométriques avec une prédilection pour le cercle (en cela elle ressemble bien à Paterson). De plus à l'exception de sa sortie au marché pour vendre ses créations, elle ne sort jamais de chez elle, son talent s'exprimant à huis-clos.

 

 

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Blue Velvet

Publié le par Rosalie210

David Lynch (1986)

Blue Velvet

Après un début en forme de spot publicitaire célébrant béatement les joies de l'American dream des années cinquante, ses clôtures immaculées et fleuries, ses jardins taillés au cordeau, la bonhommie de ses agents, voilà que la belle histoire déraille* avec la crise cardiaque d'un homme arrosant son jardin permettant à David Lynch de plonger dans le gazon jusqu'à rencontrer la vermine qui grouille**. Cette introduction annonce le principe du film qui fonctionne sur deux niveaux, celui de la romance cucul la praline et celui du thriller horrifique et érotique avec le personnage principal, Jeffrey (Kyle Maclachlan) à l'intersection des deux niveaux. Jeune homme d'apparence très lisse et sans histoire, le voilà qui glisse vers l'assouvissement de ses fantasmes inavoués via un conduit d'oreille coupée trouvée dans l'herbe. Un changement d'échelle suggéré par la caméra dès les première images qui évoque "Alice au pays des cauchemars". Jeffrey devient alors dual, satisfaisant la nuit ses penchants voyeuristes et sadomasochistes auprès de la sulfureuse et brune Dorothy*** (Isabella Rossellini) tout en courtisant le jour la blonde et un peu bécasse Sandy (Laura Dern). Et quand le sous-sol remonte à la surface pour parasiter les clichés du teen movie on est à la limite de la parodie jouissive. Par exemple lorsque le petit ami officiel de Sandy qui est un joueur de football américain (pléonasme) vient avec ses potes régler son compte à Jeffrey parce qu'il lui a piqué Sandy voilà que surgit sans prévenir Dorothy à poil couverte d'ecchymoses qui telle un zombie se jette dans les bras de Jeffrey. S'ensuit une autre scène décalée chez les parents de Sandy où Dorothy toujours aussi nue colle un Jeffrey très embarrassé et évoque leurs ébats torrides sous les yeux d'une Sandy éplorée dont les grimaces grotesques font penser aux meilleurs cartoons! Et puis cette galerie de tordus ne serait pas complète sans l'incroyable prestation de Denis Hopper en psychopathe shooté à l'oxygène dont le comportement déviant semble lié à une homosexualité refoulée. Encore une dualité paradoxale car d'un côté Frank surjoue la virilité en terrorisant Dorothy et malmenant Jeffrey, de l'autre il ne semble pas très net avec son ami efféminé Ben (Dean Stockwell) et semble trouver Jeffrey à son goût.

* Les cinéastes qui soulignent le caractère factice des banlieues et des petites villes américaines en ouvrant la porte aux monstres refoulés sont nombreux. On pense par exemple à Hitchcock ("L'ombre d'un doute"), Burton ("Edward aux mains d'argent") ou Weir ("The Truman show").

** Evidemment cette ambivalence oscillant entre le conte de fée et le film de monstres en rejoint une autre qui est celle du sexe (féminin) et de la mort. Le premier est évoqué par le gazon mais aussi le velours bleu que porte Dorothy et qui est un substitut de la fourrure. La vermine qui grouille en dessous, le corps tuméfié ou le conduit de l'oreille en décomposition libère des images angoissantes d'anéantissement qui vont de pair avec celles que véhicule le sexe féminin auprès d'une partie de la gent masculine. 

*** David Lynch est un fervent admirateur du "Magicien d'Oz" qu'il cite dans "Blue Velvet" au travers du prénom du personnage d'Isabella Rossellini mais aussi dans "Sailor et Lula" qui peut être considéré comme une adaptation hallucinogène.

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Hostiles

Publié le par Rosalie210

Scott Cooper (2017)

Hostiles

« L'âme fondamentale de l'Amérique est dure, isolée, stoïque et meurtrière. Jamais encore elle ne s'est adoucie. » C'est par cette citation de l'écrivain britannique D.H. Lawrence que s'ouvre un film qui comme de nombreux westerns contemporains démythifient la légende de la conquête de l'ouest et tentent de se rapprocher de la vérité historique. Bref, le contraire de la célèbre citation extraite de "L Homme qui tua Liberty Valance" (1962), " Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende".

"Hostiles" est un film non manichéen qui montre que les Etats-Unis se sont construits dans la violence et s'il n'occulte pas un instant celle que les indiens ont infligé aux pionniers ou à eux-mêmes par des guerres intestines entre tribus, il est hanté par la barbarie génocidaire avec laquelle les soldats et les colons ont anéanti la civilisation indienne, soldats par ailleurs également coupables de massacres de civils lors de la guerre de Sécession qui a eu lieu trente ans avant l'histoire du film (qui se déroule en 1892). "Hostiles" montre le poids que cette violence fait peser sur les épaules d'une poignée de personnages, les terribles conséquences qui en découlent mais aussi comment il est possible d'en sortir. Ainsi la première et la dernière séquence se font écho. La première montre le massacre d'une famille de pionniers par les Comanches, la dernière montre la constitution d'une nouvelle famille à partir des survivants issus de groupes différents. Entretemps, le film montre le cheminement intérieur autant qu'extérieur d'un capitaine de cavalerie pré-retraité, Joe Blocker (Christian BALE) hanté par le souvenir de la mort de ses camarades lors des guerres indiennes et d'une veuve réchappée du massacre de sa famille, Rosalee Quaid (Rosamund PIKE) tous deux blessés jusqu'au fond de l'âme (dans des scènes quasi identiques, on les voit hurler leur souffrance) qui vont lentement se reconstruire, échapper au cercle vicieux de la haine et de l'autodestruction, trouver l'apaisement et ce alors même que les morts continuent de s'accumuler autour d'eux. Les soldats qui gravitent autour de Joe Blocker représentent pour la plupart une partie de lui-même; le jeunot sans expérience qui se fait dégommer à la première occasion (sauf que lui ne survit pas), le vieux briscard hanté par la mort subie et infligée, le psychopathe criminel etc. Mais en même temps, le chef cheyenne Yellow Hawk (Wes STUDI) qui est malade et qu'il est chargé bien malgré lui d'escorter avec sa famille jusqu'à ses anciennes terres tribales dans le Montana pour qu'il puisse y reposer en paix et Rosalee représentent autant de chances de rédemption. Il n'est pas faux de voir dans la relation d'estime réciproque qui se construit entre Blocker et Yellow Hawk un lointain écho de "La Grande illusion" (1937) de Jean RENOIR où le français et l'allemand fraternisaient en dépit du fait qu'ils étaient dans deux camps ennemis. Et une fois ses pulsions suicidaires et vengeresses apaisées, Rosalee, qu'il traite d'emblée avec un immense respect s'avère être d'une aide cruciale.

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Kié la petite peste (Jarinko Chie)

Publié le par Rosalie210

Isao Takahata (1981)

Kié la petite peste (Jarinko Chie)

Film pré-Ghibli réalisé par Isao Takahata, "Kié la petite peste" préfigure "Mes voisins les Yamada". En effet il s'agit de l'adaptation dans les deux cas d'un manga à sketches ayant pour thème principal la famille. L'époque de publication des mangas et de réalisation des animés (années 70-80 pour le premier, 90 pour le second) diffère ainsi que le style graphique mais dans les deux cas, ils sont très fidèles à l'œuvre d'origine qui est minimaliste.

"Kié la petite peste" est une chronique familiale haute en couleurs et qui s'apprécie encore plus si l'on fait l'effort de saisir son contexte culturel. L'histoire se déroule en effet à Osaka, surnommée la "Méditerranée du Japon" à cause de son tempérament nettement plus fou-fou qu'à Tokyo. La région se caractérise notamment par un accent gouailleur (qui nécessite de voir le film en VO), des spécificités culinaires (l'okonomiyaki, sorte d'omelette garnie), un vocabulaire fleuri et un humour de mauvais goût* que l'on retrouve dans le film au travers d'une galerie farcesque de personnages masculins (Tetsu le père de Kié, le patron de la salle de jeu auprès duquel il a contracté des dettes, son ancien prof, les yakuzas) ainsi que leurs animaux de compagnie (des chats bipèdes d'une force...surhumaine qu'ils tiennent de leurs testicules, cet attribut viril proéminent se retrouvant à l'identique chez des tanukis de "Pompoko" également réalisé par Takahata. Rien de vulgaire mais plutôt une célébration de la fertilité au travers de la mise en évidence de cet appareil reproducteur). Kié elle-même a un caractère bien trempé et il lui bien ça pour gérer une famille compliquée.

Car derrière la farce, le film raconte l'histoire d'une famille dysfonctionnelle avec une petite fille qui grandit entre un père irresponsable qui semble porter sur lui tous les défauts de la terre (elle refuse d'ailleurs de l'appeler "père", préférant l'appeler par son prénom) et une mère qui a abandonné le foyer familial. Kié est donc obligée de remplacer les adultes défaillants qui lui tiennent lieu de parents en gérant notamment le restaurant de son père ce qui perturbe ses études. Le seul être mature sur lequel elle puisse s'appuyer est son chat, Kotetsu. Mais rien de misérabiliste dans tout cela, au contraire car tous les personnages (sauf la mère de Kié, effacée dans la plus pure tradition japonaise) sont comiques et la solidarité du quartier joue à plein pour rabibocher de gré ou de force Tetsu et son épouse afin que Kié retrouve un minimum de stabilité familiale. C'est donc un mode de vie traditionnel en train de se perdre haut en couleur que fait vivre Takahata tout en jouant avec les formes et les codes (l'extrait live de Godzilla, un duel de chats testostéronés orchestré comme un western de Sergio Leone etc.)

* Un bon aperçu de cet humour dans le film est le moment où le patron de la salle de jeu reconverti en restaurateur offre un okonomiyaki à Kié. Pendant qu'il cuisine, il repense à son chat décédé Antonio qu'il a fait empailler et se met à sangloter de manière outrancière tant et si bien qu'il finit par arroser l'omelette de larmes mais aussi de morve sous les yeux effarés de Kié qui ne sait pas comment refuser le "cadeau" empoisonné. Du moins jusqu'à ce qu'un yakuza ne confisque l'okonomiyaki (sans savoir ce qu'il y a dedans) au grand soulagement de celle-ci et pour son grand malheur à lui!

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