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Ma vie en rose

Publié le par Rosalie210

Alain Berliner (1997)

Ma vie en rose

Pink is the new black. En tout cas pour les banlieusards conformistes vivant dans des lotissements pavillonnaires standardisés sous la surveillance les uns des autres. J'ai beaucoup pensé à l'Edward de Tim BURTON en revoyant "Ma vie en rose". Parce que c'est la même histoire d'un "fondamentalisme" social taillé au cordeau qui ne supporte aucune fantaisie, aucun écart. Le "freak" n'y a pas sa place et en cela, cette banlieue est métaphorique de la société toute entière.

Edward et Ludovic sont deux innocents sacrifiés sur l'autel des conventions. Edward le gothique avait pour malheur d'avoir des ciseaux à la place des mains. Ludovic est un petit garçon qui se ressent fille, aime le rose, la série Pam et les robes de princesse et veut vivre en conformité avec son genre psychique. Non seulement c'est naturel pour lui mais c'est essentiel. Et c'est ce qui provoque la zizanie dans sa famille et l'ostracisation de son entourage. Car si les garçons manqués peuvent à la rigueur être tolérés, les "filles manquées" elles n'ont tout simplement pas droit à l'existence. Cette inégalité de traitement est révélatrice du fait que l'un des piliers de la société conservatrice que ce soit en France ou aux USA est une conception stéréotypée de la masculinité qui passe par une phobie de tout ce qui est féminin (des cheveux longs au rose en passant par les bijoux, le maquillage etc.) Le film souligne très bien la cause de cette phobie qui est la confusion entre le transsexualisme et l'homosexualité, vue comme une calamité. Ludovic se fait ainsi traiter de "tapette" parce qu'il veut épouser un garçon. Mais lui ne se vit pas comme un garçon donc s'agit-il vraiment d'homosexualité? (Guillaume GALLIENNE se pose la même question dans "Les Garçons et Guillaume, à table !") (2013).

Le film pose donc des questions pertinentes, bénéficie d'une distribution impeccable que ce soit Georges du FRESNE dans le rôle de Ludovic ou Michèle LAROQUE et Jean-Philippe ÉCOFFEY dans le rôle de parents aimants mais incapables de prendre la mesure des enjeux puis désemparés et broyés par la grande machine normalisatrice multiforme (école, travail, logement) qui menace de détruire leur vie et leur amour pour Ludovic. L'hypocrisie des habitants de leur quartier qui agissent sournoisement pour les chasser tout en feignant de les accepter est bien relatée même si leur portrait individuel n'est pas très fin. Enfin le film bénéficie d'une chanson-titre bien trouvée de Dominique Dalcan chantée par Zazie et qui fait écho au titre ainsi que d'une esthétique binaire oscillant un réel de plus en plus terne au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue et un imaginaire hyper-kitsch inspiré d'une série girly "Pam" qui est le refuge de Ludovic. La fin, un peu trop appuyée est cependant maladroite.

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Le Cercle rouge

Publié le par Rosalie210

Le Cercle rouge

Après "Le Samouraï" (1967) et sa citation extraite du Bushido (le code d'honneur des samouraï) « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle… Peut-être… » Jean-Pierre MELVILLE poursuit dans la voie du polar zen avec "Le Cercle rouge" qui fait référence cette fois à une citation attribuée au Bouddha « Quand des hommes, même s'ils l'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge.» La présence d'un Alain DELON plus hiératique que jamais lie les deux films ainsi que l'épure des dialogues et une stylisation des actions tendant vers l'abstraction. Les scènes d'appartement font plus que jamais ressortir le vide que ce soit celui du malfrat Corey, abandonné à la poussière depuis cinq ans ou celui du commissaire Mattei ( BOURVIL dans un contre-emploi dramatique pour lequel il a récupéré son prénom au générique), d'une blancheur clinique où celui-ci accomplit toujours les mêmes gestes, véritables rituels millimétrés. La mise en scène dans son ensemble est admirable de précision et de sobriété. Par exemple, la façon dont on comprend que l'ancien comparse Corey, Rico (André EKYAN) s'est enrichi sur son dos et lui a volé sa petite amie est d'une économie de moyens qui en redouble l'impact.

Mais ce "film en creux", taiseux, méticuleux et d'une froideur chirurgicale est traversé par des éclairs cauchemardesques qui le relient au film précédent de Melville "L'Armée des ombres (1969). Le délirium tremens de Jansen (Yves MONTAND) dont l'appartement est aussi inhabité que celui des autres personnages en est un parfait exemple. La figure circulaire d'où on ne peut s'échapper est également commune aux deux films. La façon dont Philippe Gerbier revit son exécution renvoie aux rôles quasi interchangeables de flics et de voyous dans "Le cercle rouge". Le film est également hustonien en ce qu'il célèbre d'une part l'amitié virile tout en étant hanté par l'échec et la fatalité.

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My Lady (The Children Act)

Publié le par Rosalie210

Richard Eyre (2017)

My Lady (The Children Act)

J'ai voulu voir ce film pour Emma THOMPSON qui est une de mes actrices préférées. Et c'est effectivement son principal atout car pour le reste le film souffre d'une réalisation très plate et d'un scénario confus. En fait il semble qu'en cours de route, le film change de direction mais sans en assumer les conséquences. La première partie qui est de loin la plus intéressante nous montre le travail qu'effectue la juge aux affaires familiales Fiona Maye et les délicates décisions de justice qu'elle doit prendre mettant en jeu des questions morales et religieuses qui s'opposent parfois aux lois. C'est ainsi qu'elle est appelé à trancher sur le cas d'Adam Henry, un jeune garçon leucémique membre des témoins de Jéhovah qui refuse la transfusion sanguine qui pourrait le sauver. En choisissant un cas limite, celui d'un adolescent qui est à 3 mois de sa majorité, le film (adapté d'un livre) analyse les limites de la notion "d'intérêt supérieur de l'enfant", principe international traduit au Royaume Uni par le Children Act de 1989 (titre en VO du film). En effet la deuxième partie du film s'attache à décrire les conséquences "humaines" malheureuses de la décision de justice. Mais hélas, il le fait de façon extrêmement peu convaincante. D'une part il fait de Adam un jeune homme dont la vie semble tellement vide après l'effondrement de son système de valeurs qu'il ne trouve pas mieux que de harceler la juge sans lui dire clairement ce qu'il veut exactement d'elle (une mère? Une confidente? Une amante? Sans doute les trois.) Mais Fiona Maye est tout aussi trouble que consternante dans sa façon de lui opposer une fin de non-recevoir glaçante sans répondre à ses questions alors qu'elle s'est permis une intrusion peu professionnelle dans sa chambre d'hôpital pour prendre sa décision, intrusion dont elle refuse ensuite d'assumer les conséquences. Comme sa vie personnelle est aussi vide que celle d'Adam (un mariage qui part à vau l'eau, pas d'enfant, un dérivatif dans la musique qui ne suffit pas à percer sa cuirasse), on peut se demander ce qu'elle fuit exactement.

Cela aurait pu être passionnant mais sans doute qu'il aurait fallu beaucoup de courage au romancier et au réalisateur pour sortir des non-dits et affronter tout ce qu'aurait impliqué une relation intime entre les deux personnages que ce soit en terme de barrière sociale, de croyance ou d'âge. Rien de tout cela n'advient, on patauge dans la semoule avant une fin terriblement convenue qui "évacue le problème" posé par le jeune homme. Frustrant.

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Reservoir Dogs

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (1992)

Reservoir Dogs

Le premier film de Quentin TARANTINO en tant que réalisateur est parfaitement représentatif de l'ensemble de son œuvre. La filiation avec son deuxième film "Pulp Fiction" (1994) est frappante que ce soit dans les personnages (des truands en costume sombre dont l'un, Vincent Vega semble être apparenté au Vic Vega de "Reservoir Dogs" joué par Michael MADSEN), sa narration éclatée façon puzzle (grandement inspirée du "Rashômon" (1950) de Akira KUROSAWA), ses longs dialogues d'ouverture disséquant la pop culture (l'analyse du texte de "Like a Virgin" dans "Reservoir Dogs", les différences entre fast food européens et américains dans "Pulp Fiction"), sa violence graphique, son juke-box d'enfer, véritable machine à recycler les standards vintage, son "plan-signature" en contre-plongée depuis le coffre d'une voiture.

Cependant "Reservoir Dogs" est un film bien plus fermé que "Pulp Fiction" (1994). Et ce pour au moins trois raisons:
- Le film est en grande partie un huis-clos théâtral qui se déroule dans un garage.

- Ce huis-clos en forme d'impasse mexicaine se dénoue en tragédie shakespearienne.

- L'absence d'échappatoire est renforcée par un casting 100% masculin et une intrigue 100% nihiliste (les personnages n'ont pas d'identité mais des surnoms, leurs relations sont délétères ou basées sur le mensonge).

Il existe néanmoins un décalage entre la tragédie que vivent les personnages et ce que le spectateur en perçoit, décalage lié au traitement ludique (certains diront jouissif) qu'en fait Quentin TARANTINO. Mais si le film est clivant (culte pour certains qui en redemandent, détestable pour d'autres qui ne supportent pas ce déferlement de vulgarité, de machisme, de racisme et d'hémoglobine), il n'est pas pour autant irréfléchi. D'abord parce que le film narre l'histoire de l'échec d'un casse (comme dans "L'Ultime razzia" (1956) de Stanley KUBRICK qui utilise également la narration éclatée) suivi d'un règlement de comptes qui se termine en massacre généralisé. On ne peut pas dire que Tarantino fait l'apologie du crime et des criminels, d'ailleurs ce sera la même chose dans les films suivants. Ensuite la manière dont la violence est filmée est paradoxale car elle n'est pas montrée frontalement (comme dans l'insoutenable "Salò ou les 120 jours de Sodome" (1975)) mais suggérée. Si la séquence dite du "découpage de l'oreille" est si marquante, c'est parce qu'elle fonctionne sur un décalage complet entre la légèreté de la musique et de la chorégraphie et l'horreur de la situation qui est celle d'un tortionnaire sadique s'amusant avec sa victime même si l'acte en lui-même reste hors-champ. Cet art du décalage est au cœur du cinéma de Tarantino. On le retrouve par exemple dans la séquence d'ouverture de "Inglourious Basterds" (2009) avec son nazi courtois et faussement badin prenant un verre juste au-dessus des juifs terrés qu'il vient débusquer."Pulp Fiction" (1994) en offre une belle variante avec l'histoire de la montre de Butch cachée pendant la guerre du Vietnam dans un endroit intime du corps humain pour ne pas tomber aux mains des ennemis.

Pour finir, "Reservoir dogs" est une illustration du flair de Harvey KEITEL pour choisir de tourner dans les premiers films de grands cinéastes (après "Who s That Knocking at My Door" (1967) de Martin SCORSESE et "Les Duellistes" (1977) de Ridley SCOTT). Il a d'ailleurs également produit le film ce qui l'a considérablement aidé à élargir son budget.

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Leaving Las Vegas

Publié le par Rosalie210

Mike Figgis (1995)

Leaving Las Vegas

"Leaving Las Vegas" est l'un des films qui fait le mieux ressentir ce qu'est le "blues" et au-delà les abysses de la dépression. C'est un film que certaines critiques (français) méprisent alors qu'il est d'une justesse terrible. Peut-être d'ailleurs ce mépris est-il lié justement à cette justesse terrible, viscérale, crue. L'auteur du roman qui a inspiré le film, John O'Brien était comme Ben, son personnage, un scénariste alcoolique et autodestructeur (il s'est suicidé deux semaines après la vente des droits d'adaptation de son livre) et la manière dont il décrit la déchéance de Ben s'en ressent. C'est viscéral. On est au plus près du corps, de l'esprit et du cœur d'un homme dont la santé comme la vie part en lambeaux. Et ce sans aucune complaisance. Car comme dans "Le Feu follet" (1963) et son remake "Oslo, 31 Août" (2011), Ben a choisi de mourir et sa résolution est irrévocable. Nulle mièvrerie, nulle pleurnicherie. Et Nicolas CAGE traduit tout cela de façon remarquable. Il y a du naturalisme dans son jeu, au point que l'on peut rapprocher "Leaving Las Vegas" de "L'Assommoir" pour la façon dont est dépeinte la progression de la maladie (les crises de manque ou les bouffées de violence par exemple) et la descente aux enfers qui va avec. Mais il y a aussi la palpable souffrance de l'âme qui l'accompagne dans sa dérive solitaire en raison du dégoût que celui-ci suscite autour de lui.

En effet le film est également puissant dans le jeu de miroirs qui se tisse entre Ben et son environnement. L'atmosphère décadente de Las Vegas dans laquelle il part se noyer dans l'alcool s'oppose à celle de Los Angeles où il a perdu tous ses cadres (travail, famille, amis). Et puis il y a son "alter ego", Sera (Elisabeth SHUE). Leur relation est au coeur du film. Elle est d'une logique implacable cette relation tant les personnes qui ont une faible estime d'elle-même sont attirées par celles qui leur ressemblent ou qui semblent être encore dans un état pire que le leur. Sera comme Ben est une solitaire, une âme errante, une fille perdue qui est rejetée de partout. Les nombreuses scènes où elle se fait chasser des lieux qu'elle occupe sont glaçantes, cette violence sociale étant aussi insoutenable que celles qu'elle subit dans sa chair en raison de sa condition de prostituée subissant la tyrannie masculine. C'est parce que Ben n'est pas en état de la dominer qu'elle envisage de vivre avec lui, juste pour "se tenir chaud", sans rien exiger en retour. Mais en dépit de la tendresse et de la compréhension mutuelle qui imprègnent leurs rapports, leur vie commune est sans issue et leur sexualité longtemps empêchée s'accomplit dans l'urgence du désespoir (ne parlons même pas de la vie sociale marquée par la stigmatisation, l'exclusion et l'errance). On est quelque part entre "Une journée particulière" (1977) et "Head-on" (2004). La superbe bande-son interprétée par Sting participe pleinement du climat poisseux et mélancolique qui imprègne le film.

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L.A. Confidential

Publié le par Rosalie210

Curtis Hanson (1997)

L.A. Confidential

J'avais adoré ce film à sa sortie et le revoir plus de 20 ans après m'a confirmé qu'il n'avait pas pris une ride. "L.A. Confidential" est un somptueux néo-noir qui se situe dans la tradition des grands classiques du genre qui ont contribué à alimenter l'âge d'or du cinéma hollywoodien dans les années 40 et 50. D'ailleurs l'action du film de Curtis HANSON se déroule justement dans les années 50 et il est adapté d'un roman de James Ellroy qui n'a rien à envier question intrigue alambiquée à ceux de Raymond Chandler (on l'a souvent comparé à "Le Grand sommeil" (1946) même si je trouve tout de même que "L.A. Confidential" est plus facile à comprendre et à suivre).

L'un des aspects du film que je trouve admirables réside dans la caractérisation d'un trio d'enquêteurs qui dès les premières secondes suscitent l'intérêt tant ils sont croqués et interprétés avec précision et justesse. Aucun n'est particulièrement sympathique. Jack Vincennes (Kevin SPACEY) est une diva combinarde qui alimente en scoop un journal de presse à scandale dirigé par Sid Hudgens (Danny DeVITO) en faisant sa publicité au passage. Bud White (Russell CROWE alors inconnu) est une brute épaisse qui ne sait s'exprimer que par des coups. Ed Exley (Guy PEARCE également inconnu à l'époque) est un froid technocrate dont les dents rayent le parquet ^^. Bud et Ed se détestent d'ailleurs cordialement. Mais aucun n'est univoque non plus. Ed est intègre, idéaliste et courageux puisqu'au nom de ses convictions il n'hésite pas à se mettre ses collègues à dos. Bud est sensible, ses déchaînements de violence ayant pour déclencheur son besoin de défendre les femmes battues. Ed et Bud finissent donc logiquement par "se trouver" car chacun défend au final une vision de la justice qui plonge ses racines dans une histoire personnelle similaire. Cela n'empêche pas l'un d'être capable de tuer de sang-froid et l'autre de cogner méchamment. Quant à Jack, sa crapulerie est contrebalancée par son profond désenchantement et une sourde envie de se racheter dont il va payer le prix en renonçant à la notoriété à laquelle il aspirait puisqu'il disparaît avant la fin du récit au profit de Ed et de Bud.

Ce trio de personnages principaux particulièrement forts ne doit pas masquer le fait que les personnages secondaires sont tout aussi remarquablement écrits. Deux sont particulièrement emblématiques de la dualité à l'œuvre dans le film. Lynn (Kim BASINGER) est une prostituée grimée en Veronica Lake selon le fantasme de l'époque qui consistait à se payer des sosies de stars faute de pouvoir les approcher en chair et en os. Et Dudley Smith (James CROMWELL), est le "double" chef, chef de la police de Los Angeles et chef de la pègre après l'arrestation du mafieux Mickey Cohen. Ces deux personnages révèlent l'envers peu reluisant du rêve hollywoodien, gangrené par la corruption du sexe et de l'argent. La frontière entre l'image glamour et la réalité sordide est d'ailleurs très poreuse comme le montre la scène où Ed prend Lana Turner pour une pute de luxe.

L'ensemble du film est à l'image de la caractérisation des personnages. C'est un travail d'orfèvre, une mécanique de précision où chaque détail compte que ce soit dans le scénario ou dans la reconstitution historique particulièrement soignée, donnant au film une densité, une maîtrise du rythme et des enjeux et une classe lui permettant de se hisser au niveau des chefs d'œuvres qui l'ont précédé tant dans le noir que dans le néo-noir (on peut le comparer par exemple à "Chinatown") (1974).

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Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice)

Publié le par Rosalie210

Joe Wright (2006)

Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice)

Cette version de "Orgueil et préjugés" qui est la plus connue à l'international est moins convaincante à mes yeux que celle de Simon LANGTON pour la BBC. Et ce n'est pas une question de format car la scénariste du film de Joe WRIGHT réussit plutôt habilement à condenser le roman de Jane Austen. L'autre aspect que je trouve réussi dans le film, c'est son atmosphère. Il y a un vrai travail impressionniste sur le climat et la lumière qui se ressent dans plusieurs scènes-clés comme la première déclaration de Darcy sous la pluie et la deuxième où il émerge de la brume matinale avant que le soleil ne se lève sur les amoureux. Le lac qui borde la maison des Bennett est particulièrement photogénique.

Mais que ce soit dû à l'écriture des personnages ou à l'interprétation des acteurs, le film ne retranscrit pas suffisamment l'esprit du roman et arrondit tous les angles. Le caractère incisif du personnage d'Elizabeth (Keira KNIGHTLEY) par rapport à la société de son époque n'est pas vraiment mis en valeur, pas plus que les divisons qui traversent la famille Bennet. Dans le film, celle-ci s'entend bien avec sa mère et n'est pas plus choquée que cela par le comportement de ses sœurs ce qui jure avec le texte de Jane Austen. Le caractère frondeur de Elizabeth est souligné en mode individualiste pour en faire une jeune fille moderne je suppose à laquelle les spectatrices peuvent s'identifier. Les inégalités de classe et de sexe qui sont au cœur de la machinerie sociale dans laquelle elle est plongée ne sont montrés que d'une manière superficielle alors qu'ils sont au cœur du roman qui est d'abord une satire sociale avant d'être une rêverie romantique. Mais l'interprétation la plus problématique est celle de Matthew MacFADYEN qui ne retranscrit pas du tout la morgue aristocratique de Darcy. Celui-ci apparaît seulement timide, emprunté voire dépressif, bref c'est "the boy next door" même s'il vit dans un grand château ^^^^. Décontextualiser à ce point l'œuvre de Jane Austen c'est donner corps aux préjugés de tous ceux qui pensent que c'est juste de la littérature Harlequin pour les filles en mal de romantisme de gare et c'est vraiment dommage

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Judex

Publié le par Rosalie210

Georges Franju (1963)

Judex

Je vais tout de suite parler du principal problème que pose aujourd'hui "Judex": son scénario "abracadabrantesque". Nous ne sommes plus habitués aux romans feuilleton qui faisaient les choux gras de la presse au XIX° siècle et qui pour tenir en haleine le public ne lésinaient pas sur les péripéties sensationnelles, les rebondissements, un suspense haletant et les grands sentiments pour donner envie de lire l'épisode suivant. "Le Comte de Monte-Cristo" qui est pourtant devenu un classique use des mêmes ficelles que "Judex". La trame de base est celle d'une vengeance ou plutôt d'une "justice personnelle" où le héros doté de pouvoirs quasi surnaturels devient un deus ex machina qui peut manipuler ses ennemis grâce à ses super déguisements, les séquestrer et même les faire passer pour mort. Il y a toujours un moment également où pour donner du piment à l'histoire, le (super)héros ou bien l'un de ses proches tombe amoureux de la fille de l'ennemi, une blanche colombe par opposition au "vilain" qu'il combat. Si le "vilain" est une "vilaine" elle portera alors un masque et des collants noirs, diablesse certes mais terriblement sexy!

Tout cela pour dire que "Judex" qui date de 1963 est un formidable film-passeur qui fait le lien entre la culture populaire écrite puis cinématographiée des origines et celle d'aujourd'hui. "Judex" est en effet un hommage aux serial de Louis FEUILLADE, l'un des pionniers du cinéma muet qui a adapté pour le septième art au début du XX° siècle le concept du roman feuilleton qui paraissait dans la presse. Parmi ses sérials les plus célèbres, Fantômas, "Les Vampires" (1915) et Judex dont le film homonyme de Georges FRANJU est le remake. Si l'intrigue est rocambolesque c'est à dire invraisemblable avec des personnages archétypaux (parfois très mal interprétés) qui semblent surgir de nulle part et agir selon des motifs pas toujours clairs, la poésie visuelle du film est tellement fulgurante qu'elle a eu des répercussions dans le cinéma contemporain. La filiation entre les héros masqués et capés des serial et les super-héros des comics saute aux yeux et si Judex peut préfigurer Batman, il est encore plus évident que MUSIDORA et son avatar chez Franju, Diana Monti interprétée par Francine BERGÉ est l'ancêtre de Catwoman. D'autre part la séquence anthologique du bal costumé avec des masques en forme de têtes d'oiseaux a inspiré à la fois Stanley KUBRICK pour son dernier film "Eyes wide shut" (1999) et la costumière de "Au revoir là-haut" (2016) de Albert DUPONTEL.

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Speed

Publié le par Rosalie210

Jan de Bont (1994)

Speed

"Speed" est l'un des meilleurs films d'action de la fin du XX° siècle avec "Piège de cristal" (1988). Un film haletant, sans temps morts où la gestion intelligente de l'espace-temps et des rebondissements ne fait jamais retomber la tension. Il faut dire que les deux films sont des huis-clos plus propices au suspense qu'à l'action proprement dite qui se déploie dans de grands espaces. Les interactions entre les otages enfermés à l'intérieur des lieux clos jouent un rôle aussi important que les tentatives extérieures pour les délivrer. Le héros est lui-même enfermé avec les otages tout en étant distinct d'eux car il a plus de marge de manœuvre. Néanmoins il est faillible et ne peut s'en sortir seul ni physiquement, ni psychiquement. Dans "Piège de cristal" (1988), le soutien téléphonique du sergent Powell et les pieds nus ensanglantés du héros symbolisaient cette vulnérabilité. Dans "Speed", Jack (Keanu REEVES) échoue dans sa tentative de désamorcer la bombe placée sous le bus, n'est ramené à l'intérieur que grâce à l'aide des passagers avant de craquer lorsqu'il apprend la mort de son coéquipier. Il ne reprend le dessus que par le soutien psychologique de la passagère devenue conductrice Annie (Sandra BULLOCK qui a été révélée par le film). Car, d'une autre manière que dans le film de John McTIERNAN, "Speed" remet en cause les canons de la virilité de l'époque, l'invincibilité, l'appât du gain (principale motivation de terroristes très charismatiques, Dennis HOPPER étant un habitué des rôles de psychopathes), le goût du pouvoir, la tour phallique carcérale étant remplacée par une vitesse devenue piège mortel. Dans cette nouvelle donne, la femme se trouve une nouvelle place aux côtés du héros et non à sa remorque pour l'épauler et non subir sa loi. Enfin les deux films soulignent le rôle délétère que peuvent jouer les médias dans les situations de crise bien que Jack parvienne à les retourner à son avantage.

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Roméo et Juliette (Romeo e Giulietta)

Publié le par Rosalie210

Franco Zeffirelli (1968)

Roméo et Juliette (Romeo e Giulietta)

Franco ZEFFIRELLI n'est pas en soi un très bon réalisateur mais sa version de "Roméo et Juliette" est une merveille d'esthétisme mise au service d'un grand texte. Les décors, les costumes, la photographie restent plus d'un demi-siècle après un régal pour les yeux. La musique de Nino ROTA (le compositeur du film "Le Parrain (1972) et de nombreux Fellini) est merveilleuse. Autre point fort, le choix des acteurs et en particulier du couple vedette qui avait à peu près alors l'âge des personnages imaginés par William Shakespeare. Roméo et Juliette sont des adolescents, fougueux, passionnés mais également irréfléchis et puérils. Seule l'extrême jeunesse peut amener à aimer d'une façon aussi foudroyante et absolue et à braver les interdits sans se soucier des conséquences pourtant terribles que cet amour entraînera sur leurs deux familles rivales. En plus de cela Leonard WHITING et Olivia HUSSEY souvent filmés en gros plans sont beaux comme des dieux* et font penser à des peintures de la Renaissance. Il en va de même de la plupart des autres acteurs, je pense en particulier à Tybalt (Michael YORK) et à la nourrice (Pat HEYWOOD). En plus de cela la mise en scène est particulièrement dynamique avec de belles scènes de danse et des combats impeccablement chorégraphiés.

* Ils ont quelque chose d'angélique dans le visage et leurs costumes de couleur opposée (bleu pour les Montaigu, rouge pour les Capulet) m'ont fait penser à ceux que portent Catherine DENEUVE et Jacques PERRIN dans le film féérique de Jacques DEMY "Peau d'âne" (1970) qui est contemporain du film de Franco ZEFFIRELLI et qui utilise le même "code couleur".

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