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Hôtel Chevalier (Hotel Chevalier)

Publié le par Rosalie210

Wes Anderson (2007)

Hôtel Chevalier (Hotel Chevalier)

Bien que pouvant être vu et apprécié en lui-même, "Hôtel Chevalier" est le prologue du long-métrage de Wes Anderson sorti la même année, "A Bord du Darjeeling Limited". Il a pour personnage principal l'un des trois frères Whitman, Jack (Jason Schwartzman) qui fait une escale à Paris dans un hôtel de luxe (l'hôtel Raphael renommé "Chevalier" dans le film) quelques semaines avant de s'embarquer à bord du fameux périple en train qui constitue la colonne vertébrale du long-métrage de Wes Anderson. On reconnaît notamment sa valise qui fait partie de la même gamme que celle de ses frères. Mais à ses côtés, un autre personnage joue un rôle important alors qu'il est à peine montré dans le long-métrage, c'est son ex(?) petite amie, jouée par Natalie Portman qui vient lui rendre visite pour peut-être tenter de réparer les pots (les ponts?) cassés entre eux.

"Hôtel Chevalier" a beaucoup fait parler de lui à sa sortie parce que Natalie Portman y joue en partie dénudée. Cela n'a cependant rien de gratuit car la beauté plastique de l'actrice ne fait pas oublier les bleus qui recouvrent son corps et qui parlent d'eux-même, tout comme la fin où Jack lui fait contempler la "vue" qu'il a de Paris depuis sa fenêtre avant qu'un mouvement de caméra nous révèle que celle-ci est complètement bouchée. On peut également souligner le fait que Jack commande des plats auxquels il ne touche pas, déshabille son amie tout aussi appétissante mais ne fait pas l'amour avec elle ou encore regarde "Stalag 17" à la TV, un film de Billy Wilder ayant pour cadre un camp de prisonnier. Cette atmosphère d'impuissance dépressive s'allie à un écrin magnifique que ce soit au niveau des lumières et des couleurs (le blues du dehors contrastant avec la dominante curry de la chambre qui annonce le but du voyage à venir) ou de la balade entêtante et très élégante qui accompagne la plus grande partie du film, "Where Do You Go To (My Lovely)" de Peter Starstedt qui fait écho aux plats en français commandés par Jack. 

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Les choses de la vie

Publié le par Rosalie210

Claude Sautet (1970)

Les choses de la vie

Le décès de l'acteur Michel Piccoli puis du scénariste et dialoguiste Jean-Loup Dabadie à une semaine d'intervalle m'a donné envie de revoir "Les Choses de la vie", un film emblématique des années 70 et du "style Sautet". 

En effet, ce qui frappe d'emblée quand on regarde ce film, c'est à quel point il est ancré dans une époque révolue tant sur le plan technologique que culturel. Sur le plan technologique, la lenteur avec laquelle Pierre (Michel Piccoli) est secouru (il reste étendu dans le champ au moins une demi-heure avant l'arrivée de l'ambulance) rappelle ce que c'était de vivre dans un monde non connecté (peut-être d'ailleurs son destin en aurait-il été changé? Car cette absence de connexion n'était pas que technologique, elle était aussi civilisationnelle, j'y reviendrai.) Sur le plan culturel, il est inimaginable aujourd'hui de voir des acteurs avec la clope au bec en permanence dans des atmosphères enfumées (sauf dans les reconstitutions). La loi Evin est passée par là ainsi que l'augmentation vertigineuse des prix, une meilleure connaissance des effets sur la santé mais aussi une image ringarde désormais associée à ce produit. Enfin les problèmes matrimoniaux de Pierre semblent eux aussi terriblement datés. En 1970 le divorce par consentement mutuel n'existait pas encore et le mariage était davantage la norme. La femme ne semblait d'ailleurs pas pouvoir se réaliser autrement (le personnage d'Hélène joué par Romy Schneider n'envisage pas un instant de partir seule à Tunis). Des rigidités amplifiées par le milieu social bourgeois dans lequel s'inscrit le film où il faut en plus gérer un patrimoine qui après le départ de l'époux se détériore. Le bateau qui prend l'eau, le volet de la maison secondaire à l'île de Ré qui bat la breloque symbolisent le fait que l'épouse de Pierre ne peut pas se débrouiller seule ce qui a quand même changé depuis (même si le fait que beaucoup de familles bourgeoises ont une maison secondaire à l'île de Ré reste d'actualité).

Mais cette sujétion de la femme à l'homme dans le mariage, cadre normatif qui paraissait alors indépassable n'est pas aliénante que pour la femme, elle l'est aussi pour l'homme. Car l'accident de voiture, morceau de bravoure qui rythme la narration et transforme ce qui paraît n'être qu'un banal drame bourgeois en tragédie symbolise la crise existentielle de Pierre qui comme beaucoup de personnages de Sautet (comme Sautet?) sont coupés d'eux même. Ne parvenant plus à jouer son rôle de pater familias, il ne parvient pas cependant à se débarrasser de la pesante culpabilité qui pèse sur lui et encore moins à réinventer un autre modèle de couple et de famille. L'homme de cette époque ne communique pas, communiquer c'est féminin. L'homme de cette époque ne montre pas ses sentiments pour ne pas être considéré comme une femmelette. L'homme de cette époque a tellement bien appris dès le plus jeune âge à se blinder qu'en fait, il ne ressent même plus rien. L'état comateux de Pierre qui ne souffre même pas alors que son corps est moribond en dit très long sur la nature d'un personnage qui voit sa vie lui échapper une fois que le blindage a sauté, à tous les sens du terme. Et Michel Piccoli avec son jeu distancié excelle dans ce type de rôle tandis que les dernières visions de sa conscience (certaines poignantes, d'autres barrées*) démontent tout comme l'incroyable montage de la séquence l'accident l'idée préconçue que certains se font du cinéaste.

* Comme la scène du banquet de mariage qui s'avère être un repas de funérailles quand la caméra découvre que les convives à droite sont les témoins de l'accident avec parmi eux Boby Lapointe.

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My Blueberry Nights

Publié le par Rosalie210

Wong Kar-Wai (2007)

My Blueberry Nights

"My Blueberry Nights" est considérée comme une œuvre mineure de Wong Kar-Wai mais je la préfère à "2046" par exemple car il a le mérite de la simplicité tout en dégageant une atmosphère envoûtante et en étant plus original qu'il n'y paraît. Certes, c'est un film inégal, conçu à partir de l'un des sketches qui devait constituer "In the Mood for love" à l'origine. Celui-ci devait comporter trois parties tournant autour de la nourriture (entrée, plat et dessert). La partie "plat" a pris toute la place dans "In the Mood for love" si bien que Jude Law et Norah Jones ont remplacé Tony Leung et Maggie Cheung pour déguster le dessert dans un café délocalisé quelque part à New-York. Le scénario de "My Blueberry Nights" repose sur une déception amoureuse, une attente, des rencontres, il se construit en creux, sur des histoires d'objets abandonnés par leurs propriétaires qui font écho à des âmes esseulées, celle de l'héroïne et des gens qu'elle croise au gré de ses pérégrinations et avec lesquels elle fait un bout de chemin.  Le changement de cadre géographique inspire Wong Kar-Wai en lui permettant de jouer sur plusieurs tableaux: les lieux clos et les grands espaces, la nuit et le jour, la sédentarité et le mouvement, le blues et la fleur bleue. L'idée de faire réorchestrer l'un des thèmes phare de "In the Mood for love" par Ry Cooder (auteur de l'inoubliable BO de "Paris, Texas" autre film d'exilé magnifiant l'Amérique) établit un élégant trait d'union entre Hong-Kong et les USA. Aux couleurs à dominante rouge et verte des ambiances nocturnes urbaines écrites le plus souvent au néon s'opposent les couleurs chaudes du désert (beau travail du chef opérateur Darius Khondji créateur de bulles colorées comme dans les films de Jeunet et Caro). Le premier écrin est conçu pour Jeremy (Jude Law) qui dans un renversement des rôles assignés aux hommes et aux femmes dans les récits traditionnels attend le retour de sa belle partie en mer… ou plutôt dans l'Amérique profonde en lui concoctant de bons petits plats dans son chaleureux cocon ^^. Le second est conçu pour la flambeuse Leslie (Natalie Portman) qui se déplace en jaguar et met au tapis ses partenaires masculins. Entre ces deux pôles splendides il y a un segment assez mauvais autour d'une rupture amoureuse hystérique et cliché entre un flic (David Strathairn) et son épouse (Rachel Weisz) avec deux acteurs lourdement démonstratifs. Cette faute de goût est seul véritable maillon faible du film.

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Le mystérieux Dr Korvo (Whirpool)

Publié le par Rosalie210

Otto Preminger (1949)

Le mystérieux Dr Korvo (Whirpool)

Moins connu que "Laura" (tout simplement parce que ce n'est pas un chef d'œuvre ni même un très bon film), "Le mystérieux docteur Korvo" tourné cinq ans après en constitue pourtant le prolongement. Une intrigue de film noir sur un fond psychanalytique (qui était alors à la mode à Hollywood, on la retrouve à la même époque chez Lang, Hitchcock etc.), un triangle amoureux ayant pour sommet la sublime Gene Tierney dont c'était la deuxième collaboration avec Otto Preminger, une ambiance onirique dans un appartement où trône un grand portrait de femme, un personnage en clair-obscur sous l'emprise d'un criminel, des mouvements de caméra à la grue d'une grande élégance. Ainsi la séquence où Ann Sutton (Gene Tierney) se rend sous hypnose dans la demeure de Theresa Randolph (Barbara O'Neil) est un rêve éveillé qui ressemble beaucoup à celle où l'inspecteur découvrait Laura. Comme ce dernier, le film interroge le malaise de la femme (aisée) dans la société patriarcale américaine.

Mais le film souffre d'un scénario franchement bancal et de personnages mal définis (à l'exception de celui de Ann Sutton). Si José Ferrer dans le rôle de l'hypnotiseur machiavélique a beaucoup de charisme (il me fait penser à Vincent Price, autre acteur utilisé chez Preminger ou chez Mankiewicz pour assoir sa domination sur Gene Tierney), son personnage n'a aucune profondeur. Mais le pire reste l'époux (Richard Conte), un grand psychanalyste qui apparaît aussi benêt que monolithique. Il ne soupçonne pas un instant les tourments de sa femme et rien ne semble l'atteindre (l'interprétation est catastrophique, rendez-nous Dana Andrews!) Par ailleurs trop d'invraisemblances rocambolesques dénaturent le film en le rapprochant d'un feuilleton fantastique de série Z. Le Dr Korvo possède des pouvoirs quasi magiques qui lui permettent d'envoûter sa victime mais aussi lui-même au point de ne plus ressentir de souffrance. En même temps le scénario essaye d'expliquer (laborieusement) de façon rationnelle que ses prétendus pouvoirs relèvent de la charlatanerie. Heureusement que le scénario (écrit pourtant par Ben Hecht qui n'était pas un second couteau) ne fait pas tout dans un film qui reste mineur mais très agréable à regarder. 

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In the Cut

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2003)

In the Cut

"In the Cut" est un polar urbain très travaillé sur la forme, peut-être trop d'ailleurs parce qu'il y a une distorsion entre l'ambition affichée et le rendu final. L'ambition affichée consiste comme le titre et le début du film l'indiquent à plonger dans les entrailles du mystère féminin écartelé par l'éducation traditionnelle entre rêverie romantique et désirs sensuels. On a donc une alternance entre le blanc virginal des fiançailles idéalisées sur la glace et le rouge du sexe incarné par des objets phalliques et en particulier un phare écarlate où se dénoue l'action. L'impossible unification entraîne une autre dichotomie, celle d'Eros (scènes torrides à l'appui) et de Thanatos (d'atroces meurtres de femme en série dans un New-York bien glauque nageant dans un flou artistique). L'héroïne, Frannie (Meg Ryan bien connue pour ses rôles dans des comédies romantiques et qui joue ici à contre-emploi) est coincée dans une période d'abstinence sexuelle jusqu'au jour où elle voit ses désirs inconscients remonter à la surface lorsqu'en se rendant aux toilettes d'un bar elle surprend une scène pornographique entre un homme et une femme dont elle ne peut détacher son regard. Mais peu de temps après la femme est retrouvée assassinée et démembrée avec une bague au doigt et l'enquêteur arbore le même tatouage au poignet que celui qui se faisait faire une gâterie dans les toilettes. Il devient très vite l'amant de Frannie mais celle-ci a en même temps peur de lui, ce qui stimule son désir.

Tout cela forme un programme très intéressant et pourtant cela ne fonctionne pas vraiment. Déjà parce que le moins que l'on puisse dire c'est que le propos de Jane Campion manque de subtilité (rien n'est tout blanc ou tout rouge ^^) et ensuite parce que la forme étouffe le fond. Les personnages sont bâclés, parfois à peine esquissés et manquent d'humanité. Bref "In the Cut" se veut brûlant et dérangeant alors qu'il s'agit d'un film complètement cérébral. Si Jane Campion voulait montrer la réconciliation d'une femme avec elle-même, et bien c'est raté.

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Girl

Publié le par Rosalie210

Lukas Dhont (2018)

Girl

"Girl" est un film qui en abordant un sujet sensible a déchaîné les passions. D'un côté ceux qui l'ont encensé (notamment les critiques qui lui ont décerné de nombreux prix (Caméra d'or, queer palm, meilleur premier film au festival de Londres, plusieurs Magritte etc.), de l'autre, ceux qui l'ont rejeté à commencer par les principaux intéressés, les transgenres, du moins ceux qui ont eu assez d'influence pour faire entendre leur voix. "Girl" ne prétend toutefois pas représenter la communauté dans son ensemble mais un parcours individuel inspiré d'une danseuse transgenre d'origine flamande bien réelle, Nora Monsecour qui a conseillé le réalisateur. Autre aspect important qui a mon avis invalide une partie des critiques et qui est occulté par la problématique transgenre, le film raconte l'histoire d'une trans de 15 ans qui par son entraînement acharné et le traitement qu'elle suit espère infléchir sa transformation dans le sens qu'elle souhaite. Le fait de beaucoup se regarder dans le miroir et de se focaliser sur les manifestations génitales de la puberté n'est donc pas déplacé dans un film qui traite autant de l'adolescence que de la transidentité. Et le fait que ce soit un acteur et danseur androgyne qui interprète le rôle n'est peut être pas réaliste mais sa composition n'en est pas moins remarquable.

Néanmoins le film n'est pas exempt de maladresses. Personnellement, j'en vois au moins deux. La première, c'est le fait que la mue de l'héroïne s'apparente à un chemin de croix dépourvu de joie. Lukas Dhont me semble avoir trop lu "La petite sirène" pour s'acharner à ce point sur la souffrance physique que s'inflige Lara par la danse. Une souffrance qui est montrée par ailleurs de façon aussi complaisante que dans "Whiplash" qui pourtant n'a rien à voir avec la transidentité mais qui illustre cette façon navrante d'associer art, compétition acharnée (avec les autres et/ou avec soi) et masochisme. On peut se demander d'ailleurs si Lara aime la danse ou si elle n'instrumentalise pas cet art pour modeler (ou plutôt torturer) son corps selon la conception qu'elle se fait de la féminité. Quoiqu'il en soit le réalisateur n'a aucun recul critique sur ce qu'il filme. La deuxième maladresse, c'est la manière dont le monde extérieur est dépeint. L'entourage de Lara est dépeint comme "compréhensif", "tolérant" etc. mais je l'ai ressenti comme intrusif, cherchant à connaître voire diriger de façon intolérable sa vie privée (je ne parle pas de ses soi-disant copines qui l'air de rien la mettent à l'écart et l'humilient mais du père qui entre dans la chambre quand elle est nue, lui pose des questions sur son orientation sexuelle et de son docteur qui la pousse à avoir une vie amoureuse, mais de quoi je me mêle?) Il est d'ailleurs étonnant que Lara qui vit de nos jours dans un pays développé avec de nombreux moyens pour rencontrer des personnes vivant la même expérience reste totalement coupée d'elles comme si elle était seule sur terre.

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Le Mépris

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1963)

La nouvelle Eve?

La nouvelle Eve?

L'un des films régulièrement parmi les mieux classés de l'histoire du cinéma par les critiques (avec "Vertigo" qui d'ailleurs joue aussi sur le dédoublement blonde/brune comme le fait aussi l'abscons "Mulholland Drive") et qui est comme ces deux derniers un méta-film. Autrement dit c'est un film qui met en scène le tournage d'un film. Une mise en abyme du cinéma quelque peu nombriliste dont les critiques sont bons clients.

Mais ce qui fait du "Mépris" un monument du septième art est ailleurs. Il est dans le fait qu'il met en scène ni plus ni moins que la culture (occidentale) des origines ce qui en fait un objet d'art intemporel.

Il baigne en effet dans la civilisation gréco-romaine de part le choix de l'œuvre adaptée qui est "L'Odyssée" d'Homère (autrement dit le premier bouquin de notre histoire à être parvenu jusqu'à nous avec l'Illiade du même "auteur") mais aussi les lieux du tournage, Rome et Capri avec des vues époustouflantes sur la mer et le golfe de Salerne depuis la villa Malaparte (dont Godard tire un admirable parti de l'architecture, j'y reviendrai). La tragédie intime qui se noue en ces lieux s'effectue sous l'égide des dieux comme au temps du théâtre grec qui sont représentés par des statues. Michel Piccoli feuillette des livres remplis de photos de peintures érotiques sur des objets de l'époque antique. Enfin Brigitte Bardot qui passe la moitié du temps dans le film en tenue d'Eve fait figure de réincarnation de la première femme de la Genèse qui est au fondement des croyances juives mais aussi chrétiennes (et le christianisme est né dans l'Empire romain).

En recréant les origines de la culture occidentale, Godard n'a pas oublié celles du cinéma qu'il situe quelque part au carrefour de la France, de l'Allemagne et des USA. La France, c'est lui, "l'homme invisible", le grand manitou qui dirige le méta-film ainsi que les acteurs principaux. L'Allemagne, c'est Fritz Lang qui interprète son propre rôle pour les diriger dans une version sixties de "l'Odyssée". Fritz Lang à qui Piccoli et Bardot (enfin "Paul" et "Camille") rendent hommage en temps que maître de l'expressionnisme allemand ("M. Le Maudit") mais aussi pour sa carrière américaine ("L'Ange des maudits", façon aussi de rappeler que le cinéma des USA s'est nourri de l'immigration européenne). Mais les USA sont surtout représentés par le producteur Jeremy Prokosch (Jack Palance) qui est caricaturé en homme d'affaires bling-bling macho à qui Paul "vend" Camille, du moins l'interprète-elle ainsi. 

Car "Le Mépris" qui est une libre adaptation du roman éponyme d'Alberto Moravia est aussi une tragédie intime (soulignée par une musique magnifique de George Delerue), celle de la déréliction d'un couple qui n'en finit plus de se déchirer "à bas bruit". Les avances de Jeremy Prokosch servent de déclencheur (ainsi qu'une main aux fesses de sa secrétaire qui révèle le tempérament libidineux de Paul autant que le moment où il "mate" des peintures érotiques) mais ce sont les difficultés de communication entre Paul et Camille qui précipitent la fin de leur couple. Paul apparaît suffisamment ambigu pour instiller le doute dans l'esprit du spectateur. Au point que la célèbre scène d'introduction ("Tu aimes mes pieds/chevilles/genoux/épaules/fesses/seins/visage") peut s'interpréter a posteriori comme une sorte de publicité pour la "vente à la découpe" alors que Camille s'enferme dans une attitude boudeuse et distante qui retarde l'issue "fatale". La mise en scène de Godard atteint ici des sommets de génie dans l'utilisation de l'espace et des mouvements pour suggérer la séparation du couple (de la voiture du producteur qui se met entre eux aux plans sur la terrasse où Paul et Camille se ratent ou encore les tentatives de Paul pour évincer Jérémy du canapé où il s'est rapproché de Camille).

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La Vie devant soi

Publié le par Rosalie210

Moshé Mizrahi (1977)

La Vie devant soi

Le film de Moshé Mizrahi sorti deux ans après le formidable roman de "Emile Ajar" (alias Romain Gary) a très mal vieilli en raison d'une réalisation extrêmement terne et sans dynamisme qui fait cruellement ressortir la laideur des décors et de la photographie et prive l'histoire de tout sa sève. La sève du roman c'est la reconstitution d'un quartier parisien populaire et d'un parler pittoresque, une chaleur humaine, une solidarité et une poésie transcendant les difficultés économiques et sociales vécues par un groupe d'exclus, pour l'essentiel des enfants de prostituées immigrées gardés et protégés par une vieille dame elle-même ancienne prostituée et survivante de la Shoah. Le fait de passer d'un point de vue subjectif plein de richesse (celui de Momo, le plus âgé des pensionnaires qui voue un amour filial absolu à sa mère adoptive informelle) à un point de vue objectif joue dans cette neutralisation du propos. Heureusement la prestation de Simone Signoret dans le rôle de Madame Rosa est flamboyante et bouleversante tant l'actrice habite son rôle (elle n'a pas volé son César et est restée longtemps associée à cette prestation, du moins pour le grand public). C'est à la qualité du roman d'origine et à son interprétation magistrale que cette réalisation digne d'un mauvais téléfilm doit de ne pas avoir sombré dans l'oubli.

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Tchao Pantin

Publié le par Rosalie210

Claude Berri (1983)

Tchao Pantin

"Tchao Pantin" est un cimetière d'éléphants. L'immense Coluche tout d'abord qui a démontré de façon éclatante que les (grands) comiques sont aussi de grands acteurs dramatiques. Et pour cause, le rire pour reprendre l'expression le Chris Marker est "la politesse du désespoir". L'inspecteur Lambert devenu un pompiste alcoolique et dépressif c'est le "dark side" du clown qui remonte soudain à la surface et nous fait ressentir son insondable tristesse. Impossible de ne pas songer dans la scène où il raconte la mort de son fils au sentiment de culpabilité qui devait l'écraser après le suicide de son meilleur ami, Patrick Dewaere (lui aussi un clown tragique) avec l'arme qu'il lui avait donné*. Mais dans le genre acteur "au bout du rouleau", alcoolique, drogué, suicidaire, Philippe Léotard, bien que moins présent à l'écran se pose là aussi et a été poursuivi le restant de sa vie par la mort de ses deux amis (des jumeaux?) **. Même la toute jeune (à l'époque) Agnès Soral ne porte pas son personnage de punkette fragile et paumée à la légère. Quant à Richard Anconina qui n'est présent que dans les 45 premières minutes du film, il a obtenu l'un de ses meilleurs rôles dans la peau d'un petit délinquant qui rappelle à Lambert le fils qu'il a perdu et qu'il va ensuite venger pour exorciser ses propres démons. Le pompiste noyé dans le cafard trouve alors un ultime sursaut d'énergie dans la réalisation de sa pulsion autodestructrice.

Mais le film ne serait pas non plus ce qu'il est sans son ambiance cafardeuse nocturne, créée par les décors de Alexandre Trauner, les lumières du chef opérateur Bruno Nyutten et la musique de Charlélie Couture.  Une ambiance typiquement eighties avec ses éclairages au néon, ses taudis parisiens lépreux et ses concerts punk "no future".

 

* Si l'acte a pu être déclenché par la rumeur que sa femme avait une relation avec Coluche, la véritable raison du suicide de Dewaere était liée aux actes pédophiles qu'il avait subi enfant et dont il n'avait jamais pu se libérer.

** Coluche est mort en 1986 en percutant un camion alors qu'il roulait à moto. Cela me fait penser à un autre amuseur public de la même génération, Takeshi Kitano qui faisait le pitre à la TV japonaise jusqu'en 1994 où il a eu un accident de scooter (en réalité une tentative de suicide). Sauf que lui a survécu (avec des séquelles), sans quoi il ne se serait pas révélé en tant que grand cinéaste et sa notoriété n'aurait jamais franchi les frontières du Japon.

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Mélodie en sous-sol

Publié le par Rosalie210

Henri Verneuil (1963)

Mélodie en sous-sol

"Mélodie en sous-sol" est un classique du film de casse surtout apprécié aujourd'hui pour deux raisons:

- Le tandem entre deux stars charismatiques de génération différentes, Jean GABIN (alors sexagénaire) qui reste en retrait dans le rôle du commanditaire et Alain DELON (vingt-sept ans au moment du tournage) qui capte une grande partie de la lumière dans le rôle de l'homme d'action. Le réalisateur, Henri VERNEUIL définissait cette association (qui se traduisit par des querelles d'ego sur le tournage en dépit de l'admiration que Delon portait à Gabin) comme celle du félin et du pachyderme " D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience. Quarante ans de carrière. Quelque soixante-dix films : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrées, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon."

- La scène finale dans laquelle les billets remontent à la surface depuis le fond de la piscine sous le regard consterné et impuissant des deux monstres sacrés à l'opposé l'un de l'autre outre sa belle utilisation de l'espace renvoie à toute une tradition moraliste (judéo-chrétienne?) illustrant par un dénouement aussi absurde que malheureux le fait que le crime ne paie pas allant de "L'Affaire Cicéron (1952) de Joseph L. MANKIEWICZ à "L'Ultime razzia" (1956) de Stanley KUBRICK.

Mais "Mélodie en sous-sol" a un autre aspect intéressant beaucoup moins mis en avant dans les analyses qui en sont faites c'est son caractère social. Le film s'inscrit en effet dans un contexte précis qui est celui des laissés pour compte des 30 glorieuses qui sont illustrées tant par le surgissement de la société des loisirs (les passagers du métro évoquant leurs vacances à la mer) que par la construction des grands ensembles à Sarcelles, ville que Mr Charles (Jean GABIN) qui sort de cinq ans de prison ne reconnaît plus. Son pavillon, incongru au milieu des barres et des tours apparaît comme la survivance d'un passé révolu car sa femme, Ginette (Viviane ROMANCE) qui l'a attendu a refusé de le vendre aux promoteurs (j'ai pensé à "Là-haut" (2008) qui présente une situation de départ assez similaire). Mr Charles scelle son destin dès le début en refusant les opportunités de promotion sociale permises par la croissance économique (trop longues et laborieuses à son goût) pour le mirage du "gros coup", rejoint en cela par un jeune loup ambitieux lui aussi issu d'un milieu défavorisé et cherchant à réussir par la délinquance, Francis Verlot (Alain DELON). Une grande partie de l'intérêt du film réside dans le décalage entre les manières du jeune homme mal dégrossi et le milieu de la jet-set cannoise qu'il tente d'infiltrer sur ordre de son boss. Les notations sociologiques sont particulièrement bien vues! Et si l'on rajoute que les dialogues sont écrits par Michel AUDIARD, l'ensemble en paraît d'autant plus savoureux.

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