Irma Vep d’Olivier Assayas illustre la rencontre entre la Nouvelle vague et le cinéma de Hong-Kong. Maggie Cheung est engagée par un cinéaste (Jean-Pierre Léaud) pour tourner un remake des Vampires de Louis Feuillade, un film muet de 1915. Elle reprend le rôle d'Irma Vep (anagramme de Vampire) tenu par Musidora, une voleuse dans la lignée d’Arsène Lupin. Ce qui intéresse Léaud dans le cinéma de Hong-Kong, c’est le mouvement des corps des actrices et acteurs (qui tous ont au moins des bases en arts martiaux). Peu d’acteurs/d’actrices français sont véritablement corporels à l'exception de Denis Lavant ou d'Isabelle ADJANI. C'est pourquoi devant l'incapacité du réalisateur à tourner le film, Maggie Cheung décide de se mettre en scène elle-même en dérobant pendant la nuit un collier dans une chambre d'hôtel.
Le film bien qu'intéressant manque d'enjeu dramatique, est assez théorique et ennuyeux mais Maggie Cheung a une présence phénoménale à l'écran et marque les esprits dans son costume de vamp en latex.
Lorsque nous avons découvert ce film, nous pensions qu'il s'agissait d'un documentaire sur la victoire des socialistes aux élections de 2012. Au lieu de quoi nous nous sommes retrouvés face à une fiction hystérico-bobo se regardant le nombril avec des prétentions naturalistes à hurler de rire (ça ose se comparer à Cassavettes qui est à la Bataille de Solférino ce que Coluche est à Bigard).
Bergman avait réalisé un film qui s'intitulait "cris et chuchotements". Celui de Justine Triet aurait pu s'intituler "cris et hurlements". Du début à la fin (sans doute pour dissimuler la vacuité d'un scénario tenant sur un timbre de carte postale) ça crie, ça vocifère, ça hurle, ça s'étripe, ça s'étire en longueur encore et encore sous les yeux du pauvre spectateur qui pris au piège finit par demander grâce quand il ne sort pas de la salle avant la fin (ce qu'ont fait plusieurs personnes). Mais quelle mouche a piqué ce courant du cinéma français pour ne plus savoir interagir avec le public autrement qu'en l'agressant? Et comment expliquer ce comportement pavlovien de la presse française qui crie au génie sans aucun discernement dès que ce genre de film sort? Sans doute par la conscience de classe (tout ce petit monde appartient au même milieu bourgeois-bohème parisien ou veut en être, ce qui est encore pire) qui se traduit par une adhésion à des codes idéologiques bien précis très néo-nouvelle vague (caméra à l'épaule "virevoltante", distanciation, cynisme, intentions-prétentions naturalistes, narcissisme, mépris pour le grand public, jalousie-haine larvée ou ouverte pour le cinéma populaire américain etc.)
Sous le naïf prétexte de vérité, d'authenticité, d'énergie, de spontanéité et j'en passe on se dispense d'être rigoureux et de fournir un vrai travail sur le scénario, la direction d'acteurs et la réalisation, on croit en mettre plein la vue avec quelques plans virtuoses pris sur le vif de la soirée électorale, des effets de mode et des gens bien en vue (visiblement les postillons et l'apparence négligée du hurleur professionnel Vincent Macaigne ainsi que la glotte et les fesses de Laetitia Dosch sont très tendance). Certains peuvent adhérer, moi je comprends de plus en plus pourquoi le cinéma français suscite de tels ricanements de pitié face au cinéma américain qui quoi qu'on en pense est d'une tout autre envergure question professionnalisme. Je conseille vivement la lecture de la trilogie de Pierre Berthomieu sur Hollywood pour s'en convaincre. Et également la lecture des 100 plus beaux films français selon les Inrocks, c'est idéologiquement édifiant.
Film historique se déroulant au début du XX° siècle aux USA, Ragtime est l'un des opus les moins connus de Milos Forman. Il mérite cependant d'être (re)découvert. Bien que polyphonique, le film se concentre sur un jeune pianiste noir, Coalhouse Walker Junior. Il aspire à réussir socialement mais son destin se transforme après une agression raciste en descente aux enfers. De façon édifiante, Milos Forman montre que les dés sont pipés et que le rêve américain est fermé aux noirs. Walker est un homme méritant dont les signes extérieurs d'embourgeoisement (symbolisés par sa voiture) déclenchent la jalousie et la haine des "petits blancs" incarnés par les pompiers. A toutes ses demandes de réparation, les institutions dominées par les blancs opposent une fin de non recevoir. On lui demande de ravaler sa fierté et de se soumettre ce qu'il refuse. Ayant épuisé tous les moyens légaux, il ne lui reste plus que la violence pour se faire entendre et restaurer sa dignité bafouée. Autour de Walker gravitent toute une série de personnages plus ou moins liés à lui. Une famille bourgeoise qui recueille sa femme et son fils et dont l'un des membres épouse sa cause au point de lui apprendre à fabriquer des explosifs et de rejoindre sa bande, grimé en noir. Une starlette prête à tout pour réussir. Un juif immigré d'Europe de l'est qui veut devenir cinéaste etc.
A noter la présence de Samuel L. JACKSON dans un petit rôle et d'Elisabeth Mac Govern, la Cora de Downton Abbey qui avait tout juste 20 ans.
Grosse déception que ce film. L'oeuvre de la Comtesse de Ségur passée à la moulinette du cinéma boboïsant de Christophe Honoré en ressort défigurée. Passe encore les nombreux anachronismes (à commencer par les cheveux courts d'actrices adultes et enfants) mais RIEN ne justifie l'incapacité d'une partie du casting enfant à articuler correctement surtout quand on prétend faire "naturel" et qu'on leur colle des répliques qui ne le sont pas. Pauvre public qui capte un mot sur dix des répliques de la petite Marguerite, sacrifiée par le scénario au même titre que Camille, Madeleine ou Paul. Il n'y en a que pour Sophie. Certes la petite actrice est mignonne mais elle n'est pas aussi espiègle qu'on aurait pu l'espérer et le récit de ses aventures (dont une partie a pourtant été coupée lors de l'adaptation) manque terriblement de rythme et d'enjeu. Il faut dire que le choix de montrer sa mère comme une dépressive neurasthénique qui finit par ne plus parler n'aide pas (et n'est pas du tout conforme au personnage original d'ailleurs). De même Camille et Madeleine n'ont rien de petites filles modèles et rien ne demeure de l'esprit du XIX° siècle, à ce point c'est bien dommage. N'est pas Sophia Coppola qui veut! Quant à Madame Fichini alias Muriel Robin elle n'est pas assez cruelle même si elle joue de façon très pro elle au moins. Bref tout cela est bien mou, décousu, inabouti, plein de tics (ah ce format d'image à l'ancienne totalement gratuit, ces ridicules monologues face caméra de Baptistin puis Mme de Fleurville, cette idée qu'il suffit de se tremper pour paraître libre et qui se répète 3 fois au moins, cette caméra "virevoltante" dixit Télérama qui tourne au procédé!!) Le film manque de simplicité et ne sait pas filmer à hauteur d'enfant. Les quelques bonnes idées qui surnagent (par exemple le fait de faire figurer des animaux en animation ou le naufrage en peinture) ne suffisent pas à sauver ce film prétentieux et ennuyeux. Les fans d'un certain jeune cinéma français (celui des précédents films d'Honoré, de Valérie Donzelli ou de Justine Triet par exemple) y trouveront sans doute leur compte. Pas le grand public qu'il soit enfant (les miens ont détesté, ceux qui étaient dans la salle parlaient, s'agitaient...) ou adulte. Comme le dit la critique des fiches du cinéma "le projet théorique passe avant le plaisir du spectateur." Et aussi visiblement le besoin éperdu de reconnaissance d'Honoré face au milieu bourgeois parisien (le complexe du petit breton a encore frappé, pour le pire hélas...)
Interstellar qui s'inscrit clairement dans la lignée de 2001 l'Odyssée de l'espace tout en recyclant les obsessions géométriques de Christopher Nolan réussit à instruire tout en réenchantant l'exploration spatiale. Le film s'appuie sur les travaux de l'astrophysicien Kip Thorne et s'avère visionnaire sur les dernières découvertes concernant la théorie de la relativité. J'ai récemment assisté à une conférence de vulgarisation sur le sujet au Palais de la découverte et pour illustrer le phénomène des trous noirs (dont on vient de prouver l'existence grâce à des appareils capables de capter les ondes gravitationnelles qu'ils émettent), il y avait une photo de Gargantua, celui que l'on voit dans Interstellar (trou noir qui illustre également nombre de revues spécialisées).
D'autre part le film rappelle qu'il n'y a pas que la lumière et les ondes gravitationnelles qui sont capables de franchir le vide intersidéral, il y a aussi l'amour. Le lien très fort qui unit Cooper et sa fille Murphy par-delà l'espace et le temps est ce qui sauve au final l'humanité. Et la puissance de cet amour filial est un nouvel hommage au génial théoricien de la relativité, Albert Einstein. Ce dernier avait en effet écrit à sa fille une lettre qui disait en substance: "Il y a une force extrêmement puissante pour qui jusqu’à présent, la science n’a pas trouvé une explication officielle. C’est une force qui comprend et régit toutes les autres et est même derrière tout phénomène qu’elle opère dans l’univers et qui a été identifié par nos soins. Cette force universelle est l’Amour. Lorsque les scientifiques étaient à la recherche d’une théorie unifiée de l’univers, ils ont oublié la plus invisible et la plus puissante des forces: L’Amour est Lumière, parce qu’il éclaire celui qui s’y donne et la reçoit. L’Amour est gravité, car elle rend certaines personnes attirées par l’autre. L’Amour est la puissance, car elle démultiplie la meilleure chose que nous ayons et permet que l’humanité ne s’éteigne pas dans son égoïsme aveugle. L’Amour révèle et se révèle. Par l’Amour, meurt et vit. L’Amour est Dieu, et Dieu est Amour".
Les allusions religieuses d'Interstellar (vaisseau arche de noé, héros nouveaux Adam et Eve pouvant vivre plusieurs centaines d'années, puissance de l'amour) sont donc profondément fidèles à la vision d'Einstein et rappellent que la science sans humanité n'a pas de sens. Les critiques français qui dénoncent la dimension religieuse des films de SF américains sont donc complètement à côté de la plaque (c'est d'ailleurs sans doute pour cela que nous sommes incapables de réaliser un film de ce genre).
Film matrice de la SF d'exploration métaphysique de l'univers (Contact de Zemeckis en 1997, Wall-E des studios Pixar en 2008 et Interstellar de Nolan en 2014 pour ne citer qu'eux en sont ses héritiers directs) 2001 est un film d'une grande richesse thématique et formelle. Le film s'appuie sur la fiction puisqu'il a été conçu conjointement avec le savant et écrivain Arthur C Clarke qui a écrit le roman et ses suites (2010 Odyssée deux est d'ailleurs tout aussi passionnant que 2001) mais également sur un solide substrat scientifique issu de la collaboration de Kubrick avec la NASA. Le résultat est à la fois d'une grande crédibilité (le bruit comprimé de la respiration par exemple) et d'une grande beauté avec notamment le "trip" hallucinogène de Bowman, la station spatiale qui "valse" dans l'espace au rythme du Beau Danube Bleu, traduction de l'euphorie de la conquête spatiale ou bien le thème du progrès (de singe à homme, d'homme au surhomme nietzschéen) accompagné du Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss et/ou du fameux et mystérieux monolithe envoyé par des extra-terrestres qui restent invisibles. L'un des traits les plus géniaux de Kubrick consiste en effet à réunir le passé et le futur en soulignant leurs similitudes. Tout le monde connaît la séquence de l'os lancé en l'air par l'homme-singe qui vient de découvrir son usage en tant qu'arme et que la magie d'un raccord transforme en navette spatiale de forme similaire. Volontairement abscons avec peu de dialogues, le film est fait pour faire réfléchir plus que pour apporter des réponses. Ainsi en est-il par exemple du rapport homme-machine où Hal s'avère plus "humain" que ses maîtres.
Hugo Cabret nous propose une passionnante et émouvante relecture de la genèse du cinéma à l'ère du numérique en 3D. Un automate qui rappelle le robot de Métropolis de Fritz Lang et qui dessine la lune de son créateur Meliès. Méliès, ancien magicien et cinéaste oublié dans les années 30 qui par le biais de deux enfants Hugo et Isabelle "ressuscite" en tant qu'artiste. Hugo suspendu à une horloge à la façon de Harold Lloyd dans Monte là-dessus. Hugo rêvant puis vivant une scène où il se retrouve sur les rails de la gare et voit le train foncer sur lui à la façon de l'arrivée d'un train en gare de la Ciotat des frères Lumière (et de la célèbre photo de l'accident de la gare Montparnasse en 1895, année de la naissance du cinéma et gare où Méliès a vendu des jouets pour survivre après avoir été oublié).
Loin d'être "un cinéma de grenier" naphtalisé comme l'ont proclamé stupidement certains critiques, Hugo Cabret est un hommage vibrant au cinéma, un pont jeté entre les époques et les générations, un rappel du fait que toute oeuvre importante s'appuie sur un solide héritage.
Film romantico-gothique (la filiation avec Dracula est évidente) où le réalisateur accomplit un remarquable travail sur l'espace-temps, la mémoire, les symboles et le processus créatif. La petite bourgade californienne où se déroule l'histoire ressemble à une ville-fantôme burtonienne-hichcokienne avec sa forêt brumeuse, son beffroi aux 7 cadrans indiquant 7 heures différentes son hôtel hanté et son lac où campent quelques jeunes motards gothiques que les habitants du village (des personnages grotesques sortis tout droit des films des frères Coen) accusent de satanisme. Comme tous les repères temporels sont brouillés, plusieurs temporalités se superposent et aussi plusieurs niveaux de réalité. La jeune fille suppliciée de l'histoire c'est Virginia, l'une des victimes du pasteur de la ville qui assassina dans l'hôtel 13 enfants dans les années 50. Soi-disant pour sauver leur âme (des tentations du satanisme) en réalité parce que lui même était torturé par des désirs inavouables pour Virginia, la plus grande des enfants (la scène où il l'emmure vivante est explicite). Mais Virginia c'est aussi Vicky, la fille de l'écrivain en panne d'inspiration venu vendre sa camelote dans la ville. Vicky morte adolescente dans un accident de bateau et qui hante Hall Baltimore est une allusion à la mort dans les mêmes circonstances de Gian Carlo, le fils de Coppola. Virginia et Vicky s'incarnent enfin dans une troisième jeune fille morte avec un pieu dans le coeur et qui inspire à Baltimore une histoire de vampire qui s'écrit/se filme sous nos yeux façon palimpseste. Le tout sous le signe de la grande littérature du XIXe siècle: Poe, Dickens, Whitman, Hawthorne et Baudelaire qui insufflent leur âme à un écrivain sans génie (une sorte de sous-Stephen King).
Si loin si proche est la suite des Ailes du désir. Wenders a voulu faire un dyptique avant/après la chute du mur. Peut-être parce qu'elle ne bénéficie pas de l'effet de surprise du premier film, cette suite a été moins bien accueillie bien qu'elle ait quand même remporté à Cannes le grand prix du jury ce qui n'est pas rien! Elle est surtout pénalisée par le fait d'être peu diffusée depuis sa sortie cinéma. Le film est en effet introuvable en DVD zone 2 (il existe seulement en DVD zone 1.)
Si le premier film se concentrait sur Damiel et son désir d'embrasser la condition humaine, le second fait la part belle à Cassiel que son désir de sauver les gens finit également par transformer en humain. Mais contrairement à Peter Falk qui a trouvé sa voie dans l'art ou à Damiel qui s'est construit une famille et une vie dans le milieu alternatif berlinois entre l'association où sa femme et sa fille font du trapèze et sa pizzeria la "casa della angelo" (j'adore!) la vie terrestre de Cassiel tourne au tragique. Il est traqué par Emit Flesti c'est à dire "Time itself" (Daniel Defoe), un ange noir qui veut raccourcir sa vie pour le punir de sa désertion. Sa naïveté se conjugue à la malchance: il accumule les mauvaises rencontres et expériences jusqu'à tremper dans un trafic sordide qu'il finit par démanteler avec d'aide des amis trapézistes de Marion.
Malgré l'aspect maudit du destin de Cassiel, les passages drôles et poétiques ne manquent pas dans ce second volet. Poésie des dialogues (j'aime particulièrement le "petit klaxon de ton oreille" par lequel Doria définit la présence de l'ange Cassiel auprès de son père Damiel) des images (les trapézistes en apesanteur qui se balancent au plafond tout en se faisant passer les caisses d'armes et de vidéos dérobées au trafiquant Tony Baker ou encore le bateau de l'amicale des ex-anges l'Alekhan, allusion au directeur de la photographie) et de la musique (avec un nouveau ex-ange artiste jouant son propre rôle: Lou Reed). Passages ludico-comiques aussi avec Tony Baker les pieds dans une bassine de ciment en voie de solidification et Karl Engel (l'identité terrestre de Cassiel amusante allusion à son statut d'ex-ange tout autant qu'hommage aux pères fondateurs du socialisme) qui le sauve dans la tradition du film noir.
Le parcours de Cassiel croise (comme dans le premier film) celui de la grande Histoire. Gorbatchev fait une apparition au début du film et Cassiel est mêlé à l'histoire d'une famille qui résume celle de l'Allemagne.
The Truman Show porte son insoutenable contradiction dans son titre "le show de l'homme vrai". Et pour cause. Dans un futur (2020) où manifestement les droits de l'homme les plus élémentaires ne sont pas respectés, un bébé orphelin est "adopté" par un studio de télévision qui décide de monter un docu-soap autour de sa personne, sans jamais rien lui révéler bien entendu tout en l'empêchant par tous les moyens possibles de se rendre compte qu'il est enfermé, dirigé et violé dans son intimité. Parallèlement, la vie de Truman est censée incarner l'american way of life le plus stéréotypé: la petite ville se nomme sea heaven, tout le monde vit dans un pavillon propret standardisé, la femme de Truman arbore un sourire éclatant etc. Sauf que vers l'âge de 30 ans Truman (alias Jim Carrey) finit par se rendre compte que tout sonne faux dans sa vie soi-disant si parfaite. Il découvre les caméras et des micros qui l'espionnent et le filment 24h sur 24. Il découvre que les gens se comportent de façon mécanique (ils ont une oreillette qui leur dicte des instructions). Ceux qu'il croie être ses parents, sa femme ou son meilleur ami débitent des slogans publicitaires dès qu'ils sont dans le champ de la caméra, l'ignorant le reste du temps presque complètement. Enfin lorsqu'il se décide à quitter la ville par tous les moyens, il découvre que celle-ci est un décor et que le producteur de l'émission est prêt à tout pour l'empêcher de s'enfuir.
On a beaucoup parlé du voyeurisme et des dérives de la télé-réalité; de la mythologie grecque et de l'allégorie de la caverne (un thème repris par Matrix). Du producteur qui se prend pour Dieu tout-puissant, de 1984 et du meilleur des mondes. Du cauchemar qui se cache derrière le rêve américain. Mais le film nous laisse sur une interrogation: vaut-il mieux vivre dans un bonheur illusoire ou rechercher la vérité fut-elle cruelle? Le vrai problème est encore une fois que Christof le producteur, partisan du bonheur factice a décidé de la vie de Truman "pour son bien" sans le consulter, agissant comme un parent abusif. Truman veut pouvoir choisir le monde réel et la vérité d'autant qu'il n'est pas heureux dans le monde fabriqué pour lui. Il se rend parfaitement compte par exemple que sa femme ne le supporte pas et refuse d'avoir un enfant avec lui. C'est d'ailleurs sur cette question qu'achoppe Christof alors que Truman est motivé par son désir de retrouver une figurante du show dont il est tombé amoureux et qui a essayé de lui avouer la supercherie avant d'être licenciée.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)