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Le port de l'angoisse (To Have and Have Not)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1945)

Le port de l'angoisse (To Have and Have Not)

Adaptation très libre de To Have and have not, qu'Ernest Hemingway estimait être le plus mauvais de ses romans. Une rumeur prétend qu'il aurait mis au défi Hawks, son partenaire de chasse et de pêche de réaliser un bon film à partir de cette oeuvre (à moins que ce ne soit le contraire). Peu importe de toutes façons puisqu'au final, il ne reste rien du roman d'aventures initial et que le film est en revanche la quintessence du cinéma de Hawks (l'influence du film Casablanca est réelle -similitudes dans l'intrigue; le décor et même acteur principal- mais superficielle) Tous les autres films de ce cinéaste qu'ils le précèdent ou en découlent sont bâti sur le canevas de To Have and have not, à savoir:

- Etude des liens de camaraderie d'un petit groupe de personnalités disparates mais partageant la même philosophie de la vie: Morgan (Humphrey Bogart) le mercenaire qui loue son bateau de pêche à de riches clients, Frenchy (Marcel Dalio) le maître d'hôtel, Eddie le vieillard alcoolique gaffeur qui veille à ce que l'âme de Morgan ne se déssèche pas trop (Walter Brennan) etc.

- Respect absolu pour certaines valeurs: professionnalisme, fidélité, loyauté, transparence (se livrer imparfait, tel que l'on est, sans crainte du jugement des autres). Harry Morgan a beau être mercenaire, mauvais payeur et allergique à l'engagement, il obtient plus de considération de la part de Frenchy que n'en reçoivent ses collègues résistants, des "petites natures" amateuristes et idéalistes. De même, le riche client de Morgan, Johnson est descendu en flammes par Howks à cause de sa malhonnêteté, sa maladresse, son arrogance, son manque d'humour, son mépris vis à vis d'Eddie etc.

-Atmosphère chaleureuse et décontractée dans un cadre défini comme une scène de théâtre (ici le port et l'hôtel) permettant de particulièrement mettre en valeur les personnages et les acteurs qui les incarnent au détriment de tout le reste et particulièrement des codes du cinéma de genre. Il y a peu d'action et peu de meurtres dans le film et une partie d'entre eux sont situés hors-champ. En revanche il y a beaucoup plus important: ce cinéma "à hauteur d'homme" qui réduit au maximum la distance qui sépare les personnages de leurs interprètes nous permet d'être très proches de leur ressenti. Et c'est particulièrement important dans To Have and have not où s'accomplit sous nos yeux le coup de foudre Bogart-Bacall au travers de leurs rôles. La première scène, incandescente à tous points de vue ("Anybody got a match?") avec Frenchy/Marcel Dalio en témoin médusé (est-ce son personnage ou est-ce l'acteur qui comprend que quelque chose se passe?), est inoubliable. Grandiose moment de vie intime capté par une caméra.

-Bien qu'elle ait échappée à son pygmalion pour se mettre en couple avec Bogart (Hawks n'avait pas prévu d'aller jusque là et était même plutôt vexé et jaloux!) Lauren Bacall est l'une de ces formidables actrices de caractère qu'il savait découvrir et immortaliser. Dans To Have and have not, elle incarne la femme androgyne hawksienne type, regard qui tue et voix rauque, cette femme qui tout en ayant tous les attributs de la féminité sait tenir tête aux hommes et prendre les initiatives. C'est elle qui séduit, elle qui embrasse, elle qui met au défi son partenaire individualiste de s'engager "si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à siffler. Vous savez comment faire, Steve? Vous n'avez qu'à serrer les lèvres et souffler.", réplique mythique mainte et mainte fois parodiée ou reprise par la suite.

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L'émigrant (The Immigrant)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1917)

L'émigrant (The Immigrant)

L'émigrant, avant-dernier film réalisé pour la Mutual est l'un des courts-métrages les plus accomplis de Chaplin et ce alors qu'il s'est construit de façon chaotique. Chaplin est parti de la scène du restaurant qui forme la deuxième partie du film puis pour expliquer le fait qu'Edna et Charlot se connaissent, il a eu une idée de génie, celle du prologue expliquant comment ils se sont rencontrés sur un bateau d'émigrants en provenance de l'Europe. De façon encore plus harmonieuse que Charlot violoniste, il mélange le burlesque et le drame social à caractère documentaire sans que jamais l'un ne nuise à l'autre. C'est même l'inverse, chacun de ces deux versants de l'expérience humaine se répondent l'un l'autre et forment un circuit rire-émotion d'une efficacité redoutable. La première partie du film évoque les conditions précaires de voyage en bateau des émigrants pauvres, la deuxième s'attache plutôt à raconter leur difficile intégration. Dans les deux cas, le film juxtapose les joies (les gestes d'attention et de tendresse entre Edna et Charlot, l'artiste providentiel qui les sauve) et les peines (la mort de la mère d'Edna et le vol de ses économies, la pauvreté). Le comique est constant que ce soit dans l'utilisation du roulis du bateau ou dans la figure patibulaire d'Eric Campbell en serveur très près de ses sous et aux méthodes musclées pour faire payer l'addition aux récalcitrants. La vision âpre de l'arrivée des émigrants aux USA, parqués comme des animaux et maltraités a nourri nombre de films ultérieurs sur le sujet comme America America d'Elia Kazan et a également donné de l'eau au moulin des maccarthystes lorsqu'ils accusèrent Chaplin d'antiaméricanisme au début des années 50.

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Les enfants de la chance

Publié le par Rosalie210

Malik Chibane (2016)

Les enfants de la chance

L'intérêt de ce film ne réside ni dans sa mise en scène, très classique, parfois même un peu lourde (les chansons des enfants qui tombent comme un cheveu sur la soupe hormis lors du repas, quelle coïncidence!) ni dans ses personnages pour la plupart archétypaux. L'histoire a un air de déjà vu tant elle est souvent traitée au cinéma (M. Batignolle, Le voyage de Fanny, La Rafle, Au Revoir les enfants etc.) mais elle est tirée de l'histoire vraie d'un survivant de la Shoah, Maurice Grosman (le créateur de l'entreprise de prêt-à-porter CELIO), et a donc valeur de témoignage à l'heure où justement les derniers protagonistes de ces événements disparaissent les uns après les autres. On entend d'ailleurs la voix de Maurice Grosman âgé aujourd'hui de 86 ans à la fin du film. Ce sont ses souvenirs qui forment la trame du film et lui donne au final sa personnalité. Pour survivre, il fallait avoir beaucoup de chance et le destin de Maurice est marqué par la chance. Il se casse la jambe au moment où a lieu la rafle du Vel d'hiv ce qui lui permet d'y échapper puis il est pris en charge par un docteur qui s'avère être un Juste et qui réussit à le garder pendant des années dans son hôpital, prétextant une tuberculose osseuse. Le dortoir de l'hôpital est un refuge même s'il n'est pas totalement à l'abri des exactions des allemands et de la police de Vichy. Le film casse les réflexes manichéens avec le personnage du collaborateur qui n'est autre que le frère du docteur et que celui-ci place sous sa protection quand le vent aura tourné. Ou encore avec les américains qui donnent à l'hôpital un médicament frelaté mortel alors que les allemands ont fait don d'un remède qui sauve deux enfants. Le film vaut enfin par toutes sortes de petits détails qui rappellent le contexte de la guerre, du venin antisémite distillé par Radio Paris aux repas de choux et de carottes liés aux privations.

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Boire et déboires (Blind Date)

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1987)

Boire et déboires  (Blind Date)

Boire et déboires, moins connu et moins apprécié que d'autres oeuvres de Blake Edwards (peut être à cause de son esthétique datée) est le pendant burlesque années 80 du sombre Le jour du vin et des roses des années 60. Les deux films reposent en effet sur les ravages de l'alcoolisme qui fut l'un des démons du réalisateur. Mais dans Boire et déboires, il transforme le pouvoir dévastateur de cette addiction en moyen d'émancipation jubilatoire. Après Victor/Victoria et avant Dans la peau d'une blonde, il confie à une femme (Kim Basinger) le soin de semer la zizanie partout où elle passe. Mais il ne s'agit pas d'une zizanie gratuite. Les "délires" de Nadia lorsqu'elle est sous l'emprise de l'alcool fustigent les apparences et l'hypocrisie comme lorsqu'elle dévoile que la coiffure de la geisha n'est qu'un postiche ou qu'elle déchire le costume de Walter (Bruce Willis alors peu connu) que celui-ci n'arrive pas malgré tous ses efforts à porter avec élégance. Elle révèle ainsi le rôle de femme-objet dévolu aux épouses d'hommes d'affaires et l'imposture de Walter qui a délaissé sa véritable passion (la musique) pour la vitrine de la finance. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'un des gags récurrents du film est la voiture de David (le rival dégénéré de Walter joué par John Larroquette) qui enfonce des vitrines. On a même l'impression qu'inconsciemment, Walter cherchait à faire exploser sa fausse vie puisqu'il a fait boire Nadia alors qu'on lui avait formellement déconseillé de le faire (et le titre en VO "Blind Date" renforce cette impression). On retrouve comme dans La Party le goût pour la mise en pièces des soirées guindées (et derrière de l'american way of life et son cortège d'hypocrisies) et l'utilisation d'une maison comme source infinie de gags (ballet de portes, chassés-croisés, chutes, poursuites, dissimulations).

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Charlot musicien (The Vagabond)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot musicien (The Vagabond)

Troisième film réalisé pour la Mutual, Charlot violoniste (ou Charlot musicien "The Vagabond" en VO) est un des plus beaux. Il s'agit en effet du premier film où Chaplin introduit des éléments dramatiques dans le scénario. La trame en est des plus classiques. Une enfant volée puis maltraitée par des bohémiens (Edna Purviance) est sauvée par Charlot qui est musicien des rues. Tous deux s'enfuient dans sa roulotte et se débrouillent pour survivre mais peu de temps après, un peintre paysagiste remarque Edna et fait son portrait qu'il expose dans une galerie. C'est ainsi que la mère -une grande bourgeoise- reconnaît la tache de naissance de l'enfant qu'on lui a volée et part la chercher. Le film repose sur un mélange admirable, mêlant humour burlesque, critique sociale (la manière pleine de dignité avec lequel Charlot refuse l'argent que lui tend la mère), scènes de tendresse (entre Edna et Charlot), chagrin de Charlot, inconsolable (et dont la sensibilité bouleverse)... A tous points de vue, ce petit bijou aussi drôle que poignant contient en germe de nombreux chefs-d'oeuvre à venir comme Le Kid, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes ou encore les Feux de la rampe.

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Charlot et le comte (The Count)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot et le comte (The Count)

Cinquième film Mutual de Chaplin où un pauvre se fait passer pour un riche prétendant afin de séduire une jolie héritière (chez Keystone c'était Charlot garçon de café et chez Essanay, Charlot veut se marier). Comme dans les deux autres films la supercherie finit par être découverte ce qui donne lieu à une course-poursuite endiablée avec lancer de tartes à la crème. Ce n'est pas le seul aliment-gag du film. Il y a aussi un camembert puant dont Charlot essaie de se débarrasser sans succès et une pastèque qu'il mange avec les dents et non à la fourchette ce qui le trahit. Ajoutons un travelling au ras du sol sur la piste de danse, une touche de satire sociale comme toujours chez Chaplin (La prétendante s'appelle Mademoiselle Porte-monnaie!) et un duo réussi avec l'ogre Éric Campbell qui campe un tailleur qui n'apprécie guère les bêtises de son apprenti mais veut lui aussi se faire passer pour le compte...euh le comte!

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Charlot patine (The Rink)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot patine (The Rink)

Huitième petit bijou de la période Mutual, Charlot patine est à la fois burlesque et élégant "entre croche-pieds et pas de deux". Le film repose sur des quiproquos vaudevillesques amusants, contient des bagarres, beaucoup d'acrobaties et des courses-poursuites. Le père d'Edna (Purviance) s'éprend d'une grosse dame mariée à un butor (Eric Campbell) qui poursuit Edna de ses assiduités. Edna tente de le semer à la patinoire où il ne brille pas par ses qualités de patineur (euphémisme). Charlot qui est serveur dans un restaurant et adore patiner à la pause-déjeuner l'envoie facilement au tapis de multiples fois ainsi que tous ses poursuivants.

Chorégraphié comme un ballet, le film met en évidence la virtuosité de Chaplin sur des patins. Son duo avec Edna est particulièrement gracieux et contraste avec la bouffonnerie ambiante. On retrouvera des traces de ce film dans Les Temps modernes. Le patinage bien sûr mais aussi la mauvaise utilisation des portes in et out dans un restaurant.

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Entretien avec un vampire (Interview With The Vampire)

Publié le par Rosalie210

Neil Jordan (1994)

Entretien avec un vampire  (Interview With The Vampire)

Entretien avec un vampire est adapté d'un roman d'Ann Rice. Ce n'est pas un grand classique comme Nosferatu, ni un flamboyant film de studio comme Dracula, ni un film de série B de référence comme le Cauchemar de Dracula de la Hammer ni une parodie géniale de ce même type de films de série B comme Le bal des vampires ni un film ambigu poétique et décalé comme Morse. C'est un film dont les principaux atouts sont l'élégance dans le choix des décors, costumes et photographie et un casting d'acteurs tous plus charismatiques les uns que les autres (Brad Pitt, Tom Cruise, Antonio Banderas et Kirsten Durst qui n'avait que 11 ans mais crevait déjà l'écran comme Nathalie Portman dans Léon à la même époque). En revanche le film est assez impersonnel dans sa forme. Il y a des longueurs et les passages humoristiques quoique très réussis sont trop rares: les "caprices" de Claudia et l'humour noir tordant de Lestat, surtout dans la scène finale face à un Louis dont les états d'âme finissent par lasser. Tom Cruise fait une prestation déjantée mémorable alors que Brad Pitt est plus proche de la statue de cire. On peut néanmoins relever une contradiction que l'on retrouve dans nombre de films de vampires à savoir le fait de prêter à ces morts-vivants, ces créatures inhumaines des sentiments humains comme de l'amour, du chagrin, de la mélancolie ou pour Claudia de la souffrance liée à la perte de sa mère et au fait qu'elle mûrit sans pouvoir grandir.

Mais si Entretien avec un vampire est devenu un film culte, c'est surtout à cause de son aspect crypto gay. La bonne vieille leçon d'Hitchcock "filmer les scènes d'amour comme des scènes de meurtres et les scènes de meurtres comme des scènes d'amour" n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Les morsures de Lestat à Louis baignent dans l'érotisme, Louis et Armand sont à deux doigts de s'embrasser, Lestat et Armand ne cachent pas qu'ils recherchent un compagnon et qu'ils désirent Louis, de même le journaliste Malloy est lui aussi complètement envoûté par Louis (quel tombeur ce Brad Pitt!). Quant à Claudia, devenue la fille adoptive de Louis et Lestat, elle forme avec eux la parfaite petite famille homoparentale. Quant à la petite communauté de vampires parisiens dirigée par Armand, elle se livre à des sacrifices humains qui ressemblent à des soirées libertines. Mais de façon plus générale, toutes les scènes de vampirisation sont très sexuelles, de nombreuses victimes étant des prostituées se faisant posséder à la faveur de la nuit. 

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Little miss Sunshine

Publié le par Rosalie210

Jonathan Dayton et Valérie Faris (2006)

Little miss Sunshine

Voilà un film qui fut un succès surprise il y a 10 ans et qui aujourd'hui encore est une sorte de référence de ce que le cinéma indépendant américain a produit de meilleur (mais non sans difficultés puisque sa gestation a duré 6 ans).

Little miss Sunshine, c'est une galerie de portraits aussi réussis les uns que les autres d'une famille américaine qui aimerait se fondre dans le moule sans y parvenir. Le père, Richard Hoover qui est coach enseigne la philosophie américaine de la réussite, celle des winners et des losers mais tout indique dans le film qu'il fait partie de la seconde catégorie. La mère Sheryl Hoover est dépassée. Le grand-père a un comportement d'adolescent rebelle (il se drogue, il parle vulgairement, il s'habille jeune) qui lui a valu d'être exclu de sa maison de retraite. Le frère de Mme Hoover, Frank est encore plus marginal qu'eux: spécialiste de Proust et homosexuel, il n'a pas obtenu la bourse qu'il espérait et son ami l'a quitté. Le fils lunaire et nietzschéen Dwayne rêve d'être pilote d'essai mais il est daltonien et n'a pas le physique d'un sportif. Enfin la fille boulotte et bigleuse, Olive rêve de participer au concours Little miss Sunshine alors qu'elle est loin de correspondre aux canons de beauté d'une mini-miss.

La qualification d'Olive permet de souder cette drôle de famille éclatée autour d'un projet commun: rallier la Californie où se déroule le concours. Le trajet et le dénouement confirment en tous points ce que nous savions dès le départ à savoir l'incapacité de cette famille à s'intégrer au rêve américain. Du minivan délabré qu'il faut pousser pour faire démarrer (comble d'horreur aux USA) au numéro de striptease d'Olive qui choque l'Amérique puritaine, tout n'est que dissonances et dysfonctionnements. Mais la beauté du film est le changement d'attitude des membres de la famille vis à vis de leur identité profonde. De subie voire niée, elle finit par être assumée et devient même un motif de fierté. Cette réconciliation avec soi-même aboutit à une communion avec les autres membres de la famille au moment où ils montent sur scène dans la joie et la bonne humeur pour soutenir Olive. C'est la norme américaine incarnée par des mini-miss transformées en ridicules poupées Barbie qui apparaît alors pour ce qu'elle est: un mirage monstrueux.

"Little Miss Sunshine" est par ailleurs un film qui a révélé des acteurs au diapason de son état d'esprit auxquels je me suis fortement attachée au fil des années et des rôles qu'ils ont interprété, en premier lieu Steve CARELL (Frank, l'oncle homosexuel et dépressif) et Paul DANO (Dwayne, le neveu mutique et nihiliste). Il s'est donc à mes yeux bonifié au fil du temps en devenant un porte-voix de la fierté de la différence.

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Charlot policeman (Easy Street)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1917)

Charlot policeman (Easy Street)

La période Mutual de Chaplin correspond à des films plus affinés dans leur réalisation, leur écriture ou les thèmes abordés. Charlot policeman, 9° film de la série alterne ainsi avec bonheur les ballets de course-poursuite burlesques, l'émotion et la satire sociale. Tombé amoureux d'une jeune dame de bienfaisance (Edna Purviance), Charlot le vagabond s'engage comme policeman et est envoyé au casse-pipe c'est à dire dans la rue la plus mal famé des taudis de Londres, Easy Sreet (une rue en T qui deviendra récurrente dans sa filmographie et évoque plus ou moins le quartier de son enfance). Le nom de la rue est ironique car y règnent la misère, la faim, la drogue, la violence. Charlot doit affronter le caïd du coin (Eric Campbell), un colosse capable de repousser six hommes comme lui. Charlot est obligé d'utiliser l'agilité et la ruse pour en venir à bout et remettre de l'ordre dans le quartier où une nouvelle mission de bienfaisance est ouverte. Le fait que ce soit les mêmes comédiens qui jouent les policeman et les missionnaires montre qu'il s'agit de deux facettes du même ordre bourgeois et bien-pensant. Chaplin n'hésite pas en effet à égratigner les oeuvres de charité en envoyant par exemple les pop-corn aux nombreux enfants d'une famille pauvre à la volée comme s'il nourrissait les poules.

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