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Boire et déboires (Blind Date)

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1987)

Boire et déboires  (Blind Date)

Boire et déboires, moins connu et moins apprécié que d'autres oeuvres de Blake Edwards (peut être à cause de son esthétique datée) est le pendant burlesque années 80 du sombre Le jour du vin et des roses des années 60. Les deux films reposent en effet sur les ravages de l'alcoolisme qui fut l'un des démons du réalisateur. Mais dans Boire et déboires, il transforme le pouvoir dévastateur de cette addiction en moyen d'émancipation jubilatoire. Après Victor/Victoria et avant Dans la peau d'une blonde, il confie à une femme (Kim Basinger) le soin de semer la zizanie partout où elle passe. Mais il ne s'agit pas d'une zizanie gratuite. Les "délires" de Nadia lorsqu'elle est sous l'emprise de l'alcool fustigent les apparences et l'hypocrisie comme lorsqu'elle dévoile que la coiffure de la geisha n'est qu'un postiche ou qu'elle déchire le costume de Walter (Bruce Willis alors peu connu) que celui-ci n'arrive pas malgré tous ses efforts à porter avec élégance. Elle révèle ainsi le rôle de femme-objet dévolu aux épouses d'hommes d'affaires et l'imposture de Walter qui a délaissé sa véritable passion (la musique) pour la vitrine de la finance. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'un des gags récurrents du film est la voiture de David (le rival dégénéré de Walter joué par John Larroquette) qui enfonce des vitrines. On a même l'impression qu'inconsciemment, Walter cherchait à faire exploser sa fausse vie puisqu'il a fait boire Nadia alors qu'on lui avait formellement déconseillé de le faire (et le titre en VO "Blind Date" renforce cette impression). On retrouve comme dans La Party le goût pour la mise en pièces des soirées guindées (et derrière de l'american way of life et son cortège d'hypocrisies) et l'utilisation d'une maison comme source infinie de gags (ballet de portes, chassés-croisés, chutes, poursuites, dissimulations).

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Charlot musicien (The Vagabond)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot musicien (The Vagabond)

Troisième film réalisé pour la Mutual, Charlot violoniste (ou Charlot musicien "The Vagabond" en VO) est un des plus beaux. Il s'agit en effet du premier film où Chaplin introduit des éléments dramatiques dans le scénario. La trame en est des plus classiques. Une enfant volée puis maltraitée par des bohémiens (Edna Purviance) est sauvée par Charlot qui est musicien des rues. Tous deux s'enfuient dans sa roulotte et se débrouillent pour survivre mais peu de temps après, un peintre paysagiste remarque Edna et fait son portrait qu'il expose dans une galerie. C'est ainsi que la mère -une grande bourgeoise- reconnaît la tache de naissance de l'enfant qu'on lui a volée et part la chercher. Le film repose sur un mélange admirable, mêlant humour burlesque, critique sociale (la manière pleine de dignité avec lequel Charlot refuse l'argent que lui tend la mère), scènes de tendresse (entre Edna et Charlot), chagrin de Charlot, inconsolable (et dont la sensibilité bouleverse)... A tous points de vue, ce petit bijou aussi drôle que poignant contient en germe de nombreux chefs-d'oeuvre à venir comme Le Kid, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes ou encore les Feux de la rampe.

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Charlot et le comte (The Count)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot et le comte (The Count)

Cinquième film Mutual de Chaplin où un pauvre se fait passer pour un riche prétendant afin de séduire une jolie héritière (chez Keystone c'était Charlot garçon de café et chez Essanay, Charlot veut se marier). Comme dans les deux autres films la supercherie finit par être découverte ce qui donne lieu à une course-poursuite endiablée avec lancer de tartes à la crème. Ce n'est pas le seul aliment-gag du film. Il y a aussi un camembert puant dont Charlot essaie de se débarrasser sans succès et une pastèque qu'il mange avec les dents et non à la fourchette ce qui le trahit. Ajoutons un travelling au ras du sol sur la piste de danse, une touche de satire sociale comme toujours chez Chaplin (La prétendante s'appelle Mademoiselle Porte-monnaie!) et un duo réussi avec l'ogre Éric Campbell qui campe un tailleur qui n'apprécie guère les bêtises de son apprenti mais veut lui aussi se faire passer pour le compte...euh le comte!

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Charlot patine (The Rink)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1916)

Charlot patine (The Rink)

Huitième petit bijou de la période Mutual, Charlot patine est à la fois burlesque et élégant "entre croche-pieds et pas de deux". Le film repose sur des quiproquos vaudevillesques amusants, contient des bagarres, beaucoup d'acrobaties et des courses-poursuites. Le père d'Edna (Purviance) s'éprend d'une grosse dame mariée à un butor (Eric Campbell) qui poursuit Edna de ses assiduités. Edna tente de le semer à la patinoire où il ne brille pas par ses qualités de patineur (euphémisme). Charlot qui est serveur dans un restaurant et adore patiner à la pause-déjeuner l'envoie facilement au tapis de multiples fois ainsi que tous ses poursuivants.

Chorégraphié comme un ballet, le film met en évidence la virtuosité de Chaplin sur des patins. Son duo avec Edna est particulièrement gracieux et contraste avec la bouffonnerie ambiante. On retrouvera des traces de ce film dans Les Temps modernes. Le patinage bien sûr mais aussi la mauvaise utilisation des portes in et out dans un restaurant.

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Entretien avec un vampire (Interview With The Vampire)

Publié le par Rosalie210

Neil Jordan (1994)

Entretien avec un vampire  (Interview With The Vampire)

Entretien avec un vampire est adapté d'un roman d'Ann Rice. Ce n'est pas un grand classique comme Nosferatu, ni un flamboyant film de studio comme Dracula, ni un film de série B de référence comme le Cauchemar de Dracula de la Hammer ni une parodie géniale de ce même type de films de série B comme Le bal des vampires ni un film ambigu poétique et décalé comme Morse. C'est un film dont les principaux atouts sont l'élégance dans le choix des décors, costumes et photographie et un casting d'acteurs tous plus charismatiques les uns que les autres (Brad Pitt, Tom Cruise, Antonio Banderas et Kirsten Durst qui n'avait que 11 ans mais crevait déjà l'écran comme Nathalie Portman dans Léon à la même époque). En revanche le film est assez impersonnel dans sa forme. Il y a des longueurs et les passages humoristiques quoique très réussis sont trop rares: les "caprices" de Claudia et l'humour noir tordant de Lestat, surtout dans la scène finale face à un Louis dont les états d'âme finissent par lasser. Tom Cruise fait une prestation déjantée mémorable alors que Brad Pitt est plus proche de la statue de cire. On peut néanmoins relever une contradiction que l'on retrouve dans nombre de films de vampires à savoir le fait de prêter à ces morts-vivants, ces créatures inhumaines des sentiments humains comme de l'amour, du chagrin, de la mélancolie ou pour Claudia de la souffrance liée à la perte de sa mère et au fait qu'elle mûrit sans pouvoir grandir.

Mais si Entretien avec un vampire est devenu un film culte, c'est surtout à cause de son aspect crypto gay. La bonne vieille leçon d'Hitchcock "filmer les scènes d'amour comme des scènes de meurtres et les scènes de meurtres comme des scènes d'amour" n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Les morsures de Lestat à Louis baignent dans l'érotisme, Louis et Armand sont à deux doigts de s'embrasser, Lestat et Armand ne cachent pas qu'ils recherchent un compagnon et qu'ils désirent Louis, de même le journaliste Malloy est lui aussi complètement envoûté par Louis (quel tombeur ce Brad Pitt!). Quant à Claudia, devenue la fille adoptive de Louis et Lestat, elle forme avec eux la parfaite petite famille homoparentale. Quant à la petite communauté de vampires parisiens dirigée par Armand, elle se livre à des sacrifices humains qui ressemblent à des soirées libertines. Mais de façon plus générale, toutes les scènes de vampirisation sont très sexuelles, de nombreuses victimes étant des prostituées se faisant posséder à la faveur de la nuit. 

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Little miss Sunshine

Publié le par Rosalie210

Jonathan Dayton et Valérie Faris (2006)

Little miss Sunshine

Voilà un film qui fut un succès surprise il y a 10 ans et qui aujourd'hui encore est une sorte de référence de ce que le cinéma indépendant américain a produit de meilleur (mais non sans difficultés puisque sa gestation a duré 6 ans).

Little miss Sunshine, c'est une galerie de portraits aussi réussis les uns que les autres d'une famille américaine qui aimerait se fondre dans le moule sans y parvenir. Le père, Richard Hoover qui est coach enseigne la philosophie américaine de la réussite, celle des winners et des losers mais tout indique dans le film qu'il fait partie de la seconde catégorie. La mère Sheryl Hoover est dépassée. Le grand-père a un comportement d'adolescent rebelle (il se drogue, il parle vulgairement, il s'habille jeune) qui lui a valu d'être exclu de sa maison de retraite. Le frère de Mme Hoover, Frank est encore plus marginal qu'eux: spécialiste de Proust et homosexuel, il n'a pas obtenu la bourse qu'il espérait et son ami l'a quitté. Le fils lunaire et nietzschéen Dwayne rêve d'être pilote d'essai mais il est daltonien et n'a pas le physique d'un sportif. Enfin la fille boulotte et bigleuse, Olive rêve de participer au concours Little miss Sunshine alors qu'elle est loin de correspondre aux canons de beauté d'une mini-miss.

La qualification d'Olive permet de souder cette drôle de famille éclatée autour d'un projet commun: rallier la Californie où se déroule le concours. Le trajet et le dénouement confirment en tous points ce que nous savions dès le départ à savoir l'incapacité de cette famille à s'intégrer au rêve américain. Du minivan délabré qu'il faut pousser pour faire démarrer (comble d'horreur aux USA) au numéro de striptease d'Olive qui choque l'Amérique puritaine, tout n'est que dissonances et dysfonctionnements. Mais la beauté du film est le changement d'attitude des membres de la famille vis à vis de leur identité profonde. De subie voire niée, elle finit par être assumée et devient même un motif de fierté. Cette réconciliation avec soi-même aboutit à une communion avec les autres membres de la famille au moment où ils montent sur scène dans la joie et la bonne humeur pour soutenir Olive. C'est la norme américaine incarnée par des mini-miss transformées en ridicules poupées Barbie qui apparaît alors pour ce qu'elle est: un mirage monstrueux.

"Little Miss Sunshine" est par ailleurs un film qui a révélé des acteurs au diapason de son état d'esprit auxquels je me suis fortement attachée au fil des années et des rôles qu'ils ont interprété, en premier lieu Steve CARELL (Frank, l'oncle homosexuel et dépressif) et Paul DANO (Dwayne, le neveu mutique et nihiliste). Il s'est donc à mes yeux bonifié au fil du temps en devenant un porte-voix de la fierté de la différence.

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Charlot policeman (Easy Street)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1917)

Charlot policeman (Easy Street)

La période Mutual de Chaplin correspond à des films plus affinés dans leur réalisation, leur écriture ou les thèmes abordés. Charlot policeman, 9° film de la série alterne ainsi avec bonheur les ballets de course-poursuite burlesques, l'émotion et la satire sociale. Tombé amoureux d'une jeune dame de bienfaisance (Edna Purviance), Charlot le vagabond s'engage comme policeman et est envoyé au casse-pipe c'est à dire dans la rue la plus mal famé des taudis de Londres, Easy Sreet (une rue en T qui deviendra récurrente dans sa filmographie et évoque plus ou moins le quartier de son enfance). Le nom de la rue est ironique car y règnent la misère, la faim, la drogue, la violence. Charlot doit affronter le caïd du coin (Eric Campbell), un colosse capable de repousser six hommes comme lui. Charlot est obligé d'utiliser l'agilité et la ruse pour en venir à bout et remettre de l'ordre dans le quartier où une nouvelle mission de bienfaisance est ouverte. Le fait que ce soit les mêmes comédiens qui jouent les policeman et les missionnaires montre qu'il s'agit de deux facettes du même ordre bourgeois et bien-pensant. Chaplin n'hésite pas en effet à égratigner les oeuvres de charité en envoyant par exemple les pop-corn aux nombreux enfants d'une famille pauvre à la volée comme s'il nourrissait les poules.

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Soyez sympas, rembobinez (Be Kind Rewind)

Publié le par Rosalie210

Michel Gondry (2008)

Soyez sympas, rembobinez  (Be Kind Rewind)

Le film de Michael Gondry rattrape ses faiblesses budgétaires, esthétiques et rythmiques (le démarrage est laborieux et on se demande pendant 3/4 d'heure où il veut en venir) par un bouillonnement créatif jubilatoire et une grande richesse dans les domaines explorés.

Tout d'abord la filiation du cinéma de Gondry avec celui de Meliès saute aux yeux. On retrouve chez ces deux cinéastes le goût de la magie, des effets spéciaux, des trucages et de l'animation artisanale. Cette science du bricolage est ici mise en abyme: Gondry fabrique un film où deux personnages fabriquent des films suédés. Le suedage est un remake raccourci (15 minutes maximum) et parodique de films plutôt commerciaux et/ou cultes (Ghostbusters, 2001, Men in Black, Rush hour 2, King Kong etc.) réalisés avec des bouts de ficelle. Le plaisir jubilatoire ressenti par les personnages et le réalisateur est transmis au spectateur pour qui soudain le cinéma devient accessible. Avec cette technique, n'importe qui peut faire un film. De plus la durée très courte des films suédés fait penser aux clips et pubs que Gondry a réalisé au début de sa carrière.

Ensuite au travers de la démagnétisation des cassettes vidéos dont toutes les données disparaissent avant leur réenregistrement en suédé on retrouve le thème de l'effacement de la mémoire déjà exploré dans son 3° film Eternel sunshine of the spotless mind. En 2007, les VHS avaient déjà disparu et le DVD était en crise, le film est donc volontairement anachronique.

Enfin Soyez sympas rembobinez est un double hommage. D'abord à la comédie américaine classique et plus précisément celle de Capra, Vous ne l'emporterez pas avec vous où une communauté chaleureuse façon village gaulois résiste aux prédateurs capitalistes qui veulent raser leur immeuble (les exproprier de leur video-club et détruire les films piratés chez Gondry). Hommage aussi au sous-genre de la comédie qu'est le buddy movie (film de potes). Et hommage enfin à la musique noire populaire à travers la figure du jazzman Fats Waller qui serait né dans l'immeuble du video-club (Gondry est aussi musicien.)

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Les animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them)

Publié le par Rosalie210

David Yates (2016)

Les animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them)

Fantastic Beasts and Where to Find Them est à l'origine un livre court écrit par J. K. Rowling en 2001, en même temps que Le Quidditch à travers les âges, pour l'association humanitaire Comic Relief. C'est un dictionnaire des animaux fantastiques apparaissant dans les livres de la saga Harry Potter. Il fait partie des nombreux livres de la bibliothèque de Poudlard. Comme pour le Quidditch à travers les âges ou ultérieurement les Contes de Beedle le Barde, un livre de fiction (une copie de l'exemplaire de Harry annoté par lui-même qui plus est!) finit par s'incarner dans la réalité pour la plus grande joie des fans de la saga.

Si dans la réalité le livre a été écrit comme tous les autres par JK Rowling, dans la fiction il est censé être l'oeuvre de Newt(on) Scamander (Norbert Dragonneau en VF) un sorcier britannique spécialiste des créatures magiques ou "magizoologue". Comme Hagrid ou Charlie Weasley avec les dragons, Dragonneau est un défenseur acharné de la faune magique souvent incomprise, parfois persécutée. Son livre a pour but de mieux la faire connaître afin de faire cesser la peur et la haine à leur égard. Norbert a pour principal soutien Albus Dumbledore qui préface son livre et dans le film a tenté sans succès d'empêcher son exclusion de Poudlard, exactement comme il l'a fait pour Hagrid.

Dans le livre, il est mentionné que la première édition date de 1927. Or le film se déroule un an avant en 1926 et développe une intrigue presque totalement inédite scénarisée par JK Rowling. La femme de Dragonneau, Porpentina est mentionnée dans l'à propos du livre mais dans le film ils font tout juste connaissance si bien qu'elle n'est mentionnée que sous son nom de jeune fille Goldstein.

La première chose qui frappe dans le film est que l'univers de JK Rowling se suffit à lui-même et qu'il existe très bien sans Harry. Ce nouveau volet de la saga qui se déroule 55 ans avant la naissance du jeune sorcier est en effet centré sur des adultes. Pourtant il reste accessible au jeune public tout comme aux non-connaisseurs de l'univers. Comme le film se déroule à New-York, il nous permet de découvrir un autre pan du monde magique avec sa propre école (Ilvermorny), son propre ministère (le MACUSA), son propre vocabulaire (les moldus sont surnommés les "non-maj"). Ces différences permettent de mesurer la relativité de toutes les civilisations. D'autre part JK Rowling s'appuie sur l'histoire pour faire des USA un territoire plus intolérant que le Royaume-Uni. L'épisode bien réel des sorcières de Salem en 1692 est réactivé avec un groupuscule obscurantiste "les fidèles de Salem" dont la directrice est une fanatique qui adopte des enfants abandonnés vraisemblablement de sang-mêlé pour les "rééduquer" à coups de ceinture. En effet les communautés sorcière et non maj sont strictement séparées avec interdiction des relations amicales et du mariage ce qui fait allusion à la ségrégation raciale en vigueur dans les Etats du sud jusque dans les années 60. Enfin le nom de Porpentina (Golstein) et le prénom de Kowalski (Jacob) font allusion à l'antisémitisme qui s'apprête à se déchaîner en Europe et qui est latent aux USA.

Le contexte historique d'intolérance auquel se réfère JK Rowling lui permet de traiter avec brio d'un thème qui lui est cher: la haine de soi et ses conséquences dévastatrices. La force maléfique à l'oeuvre, l'Obscurus n'est qu'un magma de souffrance et de haine produit par un sorcier (l'Obscurial) qui est contraint par la maltraitance dont il est victime de refouler sa puissance magique. Lorsqu'elle ne peut plus être contenue, elle se libère sous forme d'Obscurus qui ravage tout sur son passage et tue la plupart du temps celui ou celle qui l'a produit avant qu'il n'atteigne l'âge de 10 ans. On comprend pourquoi un mage noir suprématiste que nous connaissons bien (Grindelwald) cherche à manipuler cette force obscure pour prendre le pouvoir sur les non maj. On a souvent comparé Voldemort à Hitler mais Grindelwald lui est également comparable (ce n'est pas un hasard si Dumbledore parvient à le vaincre en 1945 comme le souligne le tome 1 de la saga).

Le contexte n'empêche pas Rowling de créer de nouveaux personnages attachants aux relations intéressantes. L'amitié entre Dragonneau et Kowalski ressemble à celle de Harry et de Ron en ce que chacun envie chez l'autre quelque chose qu'il n'a pas. Dragonneau est timide, gauche, marginal, légèrement misanthrope sur les bords voire autiste. De son propre aveu il ennuie les gens et fuit leur regard. Il n'est à l'aise qu'avec ses animaux (il n'est pas difficile de comprendre qu'il s'identifie à eux tout comme Hagrid.) Son ami Kowalski a à l'inverse un don pour attirer la sympathie des gens et les mettre en confiance. Sympathique et chaleureux, il a quelque chose d'enfantin dans le regard et l'attitude qui lui permettent malgré son ébahissement initial d'accepter l'existence du monde magique. Un monde qui lui donne les moyens de sortir de la grisaille de sa vie et de se réaliser. Mais il est moldu (une première en tant que personnage principal) si bien que son amitié avec Dragonneau et l'amorce de sa relation amoureuse avec Queenie, la soeur télépathe extravertie et plutôt charmeuse de Porpentina sont donc compromises. Porpentina à l'inverse de sa soeur est introvertie et austère mais cache une sensibilité à fleur de peau. On remarquera au passage que Rowling en créant un quatuor évite le triangle amoureux qui était au coeur de la saga. Même si la mention d'une certaine Leta Lestrange (un nom bien connu des fans de la saga) pour laquelle Dragonneau semble avoir des sentiments peut brouiller le jeu.

Les animaux fantastiques est donc un film réussi. Il approfondit les thèmes de la saga car il porte l'empreinte humaniste de JK Rowling qui peut pleinement se déployer dans un monde adulte. Il alterne les passages drôles et les passages sombres avec bonheur. C'est le point fort de David Yates qui avait déjà bien fonctionné sur Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé, un réalisateur efficace à défaut d'imprimer une quelconque personnalité à la pellicule. Il nous fait découvrir un bestiaire fabuleux qui n'existait que dans les livres (botruc, niffleur, demiguise, éruptif...). Il fait exister de nouveaux héros attachants et sensibles qui parviennent à se hisser à la hauteur du trio de la saga voire à le dépasser. Il faut dire que face à Daniel Radcliffe qui rend Harry aussi charismatique qu'une bûche, ce n'est pas difficile. Mais Kowalski est plus intéressant que Ron en tant que personnage. Son duo d'Auguste face au clown blanc Dragonneau n'en fonctionne que mieux!

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Charlot garçon de café (Caught in a Cabaret)

Publié le par Rosalie210

Mabel Normand (1914)

Charlot garçon de café (Caught in a Cabaret)

comme un des meilleurs films des studios Keystone fondés en 1912 par Mack Sennett. Une incertitude subsiste quant au niveau d’implication de Chaplin dans la réalisation du film aux côtés de Mabel Normand. Bien qu’il semble certain qu'il ait écrit le scénario aux caractéristiques très chaplinesques seule Mabel est créditée comme réalisatrice. Alors que Sennett mentionne Chaplin comme co-réalisateur dans ses mémoires, Chaplin lui-même évacue sa collaboration sur ce film, considérant dans sa biographie Caught in the Rain comme le premier film qu’il aurait dirigé. Chaplin aurait laissé en marge toutes ses collaborations pour ne garder que ses réalisations personnelles. Une grande partie des spécialistes de Chaplin s’accordent à dire que Mabel a contrôlé les scènes dans lesquelles elle apparaît et que Chaplin a dirigé les siennes.

Quoiqu'il en soit, le film préfigure l'oeuvre de Chaplin à venir. A commencer par les différences de classes et la volonté de s'élever dans l'échelle sociale en se faisant passer pour quelqu'un d'autre. Une des sources de comique du film est en effet liée à l'usurpation d'identité de Charlot qui se fait passer pour un ambassadeur mais que ses manières (lorsqu'il est saoûl) et ses chaussures trouées trahissent. Le marginal/pauvre qui cherche s'intégrer par le mariage dans la société/le monde des riches se retrouve dans de nombreux films de Chaplin (Le Vagabond, Charlot veut se marier, Charlot et le Comte...) le rôle du serveur sera par ailleurs repris dans les Temps Modernes ainsi que certains gags. Quant au personnage de Charlot, il est encore bien mal dégrossi mais son caractère commence à s'affirmer (rêverie, courage, combativité...)

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