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Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (Harry Potter and the Prisoner of Azkaban)

Publié le par Rosalie210

Alfonso Cuaron (2004)

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (Harry Potter and the Prisoner of Azkaban)

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban marque un premier tournant dans la saga vers un récit plus sombre et plus adulte. Harry et ses amis ont 13 ans, l'âge du basculement de l'enfance à l'adolescence. Le changement de réalisateur pour le 3° film s'avère donc d'autant plus pertinent que Cuaron avait déjà réalisé un film sur ce thème. Contrairement à son prédécesseur, il n'hésite pas à imprimer sa marque sur le film en opérant toutes sortes de changements: la panoplie des sorciers se modernise, le relief du château de Poudlard se valonne, le saule cogneur devient un marqueur des saisons qui passent (une jolie idée poétique qui fonctionne très bien au cinéma), les mouvements de caméra sont moins statiques et plus nerveux, le montage est plus dynamique bref tout paraît plus mature et réaliste. Quant aux nouveaux acteurs, tous issus du gratin de la british academy, ils sont tout simplement excellents avec notamment un nouveau Dumbledore (Michael Gambon) dont l'esprit hippie est beaucoup plus proche du personnage créé par JK Rowling que celui du vieux sage à barbe blanche représenté dans les deux premiers volets. David Thewlis et Gary Oldman apportent toute l'ambiguité nécessaire à leurs magnifiques personnages et Emma Thompson est géniale en voyante foldingue.

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Harry Potter et la chambre des secrets (Harry Potter and the Chamber of Secrets)

Publié le par Rosalie210

Chris Columbus (2002)

Harry Potter et la chambre des secrets (Harry Potter and the Chamber of Secrets)

Toujours réalisé par Chris Columbus, ce deuxième opus souffre des mêmes défauts que le premier à savoir une succession de (trop) longues scènes illustratives du deuxième roman dont le film est l'adaptation. L'énergie de Kenneth Branagh, irrésistible en Gilderoy Lockart donne quelques bons moments mais ne réussit pas à insuffler de la pêche au film qui se traîne en longueur. Davantage de soin a été accordé à l'atmosphère, plus sombre que dans le premier volet mais hélas cela ne suffit pas même si cela reste un divertissement honnête avec des effets spéciaux bien réalisés (Dobby, la voiture volante, la poudre de cheminette, le polynectar ou encore le basilic).

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Harry Potter à l'école des sorciers (Harry Potter and the Philosopher's Stone)

Publié le par Rosalie210

Chris Colombus (2001)

Harry Potter à l'école des sorciers (Harry Potter and the Philosopher's Stone)

Premier film de la saga réalisé par Chris Columbus qui réalisera également le deuxième. Adaptation honnête et appliquée du premier livre de JK Rowling, cette introduction à la saga pose un certain nombre de bases qui seront réutilisées par la suite. Même si Rowling avait fourni des indications précises, on peut voir que beaucoup de travail a été effectué pour donner vie aux objets magiques, aux animaux et créatures fantastiques, aux lieux et aux personnages. A cela il faut ajouter le fait d'avoir introduit le gratin de la royal Shakespeare Company dans un blockbuster hollywoodien, permettant à plusieurs de ses membres de connaître enfin une notoriété mondiale (Maggie Smith et Alan Rickman en tête.) Enfin la musique de John Williams est magique!

Mais pour le reste, le film est platement illustratif et lourdement didactique. Quant aux jeunes acteurs, ils sont inégaux. Dès le premier opus, on peut voir que Daniel Radcliffe ne brille pas par sa vivacité ni son expressivité, il passe beaucoup de temps les yeux dans le vide et les bras collés le long du corps (il ne savait sans doute pas quoi en faire...)

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L'Extravagant Mr.Deeds (Mr. Deeds goes to Town)

Publié le par Rosalie210

Frank Capra (1936)

L'Extravagant Mr.Deeds (Mr. Deeds goes to Town)

Film sur le choc des cultures et l'exploitation de l'homme par l'homme, "M. Deeds go to town" jette une des figures christiques dont Capra a le secret dans le panier de crabes (exactement comme dans "M. Smith go to Washington" par exemple). En effet si le comportement d'enfant-adolescent de Deeds est une énigme pour ceux qui ne jurent que par l'argent ou la gloire, son fabuleux héritage (dont il ne veut pas) lui vaut d'être la proie de tous les escrocs de New-York. Ils le prennent d'abord pour un idiot puis lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il ne l'est pas et qu'il sait se défendre, ils tentent de le faire passer pour un fou. Jusqu'à ce qu'au tribunal s'engage un débat mémorable sur les notions de normalité et de différence, Deeds renvoyant à chacun le reflet de sa propre étrangeté.

A cette dimension de fable humaniste il faut rajouter un contexte politique, celui de la crise économique et du New Deal. Deeds incarne Roosevelt et Keynes c'est à dire celui qui aide les chômeurs (principalement les fermiers expropriés) à se reconstruire alors que son antagoniste l'homme de loi M. Cedar qui l'accuse de subvertir le système incarne le capitalisme corrompu.

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Fisher King

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1991)

Fisher King

Un des meilleurs films de Terry Gilliam avec Brazil et L'armée des 12 singes. En effet l'imagination débridée du réalisateur qui dans ses films plus récents peut tourner à vide ou bien partir dans tous les sens est ici efficacement canalisée. Sans doute parce qu'il s'agit de l'adaptation d'une oeuvre déjà préexistante (comme Brazil dont le point le départ est 1984 d'Orwell et L'armée des 12 singes qui est un remake de la Jetée de Chris Marker).

Fisher King est à l'origine un scénario de Richard LaGravenese auteur également de celui de l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Les productrices de la société Columbia Tristar pensèrent à Terry Gilliam pour le réaliser. Preuve que la relation de celui-ci avec les studios ne fut pas toujours conflictuelle, il accepta, séduit par cet écrivain brillant qui avait la même vision du monde que lui.

En effet le film non seulement porte la signature de Gilliam mais semble avoir été écrit pour lui tant il traite de thématiques qui lui sont chères. La folie, les marginaux, le surgissement d'un monde médiéval en plein New-York contemporain avec sa cour des miracles, son chevalier rouge et sa quête du Graal, le mélange de trivialité et de poésie...

Il y a quatre personnages importants dans le film. Jack Lukas (joué par Jeff Bridges) est un animateur radio arrogant et cynique qui ne jure que par le hit "I've got the power" depuis le sommet de sa tour d'ivoire. Plus dure sera sa chute (avec un jeu de plongées/contre-plongées particulièrement réussi), car il finit par déraper et causer indirectement un carnage. Mais même au fond du trou c'est à dire suicidaire, alcoolique, écrasé de culpabilité il n'en reste pas moins incapable d'aimer (d'où la référence explicite à Pinocchio non à cause de son nez mais de son inhumanité).

Sa route croise dans des circonstances particulièrement dramatiques un clochard illuminé, Parry (Robin WILLIAMS) persuadé d'avoir trouvé en lui le héros capable de lui ramener le graal. Jack ne peut pas se débarrasser de Parry car celui-ci est en fait un ancien professeur d'histoire médiévale devenu fou à la suite du carnage que Jack a indirectement causé. Au dégoût de soi et au rejet du monde que porte Jack en lui, Parry répond par sa foi et son idéalisme. Mais sa raison plus que vacillante menace de s'effondrer à tout moment alors que Jack s'ouvre peu à peu au monde bigarré, poétique et humaniste dans lequel vit Parry.

L'amitié très puissante qui se noue entre les deux hommes est le moteur du film. Mais il y a aussi deux femmes. La copine de Jack Anne (Mercedes Ruehl) est une belle femme plantureuse et sexy, pleine d'humour et d'énergie mais qui souffre que son amour ne soit pas payé de retour. Parry lui est amoureux de Lydia (Amanda Plummer), une employée de bureau terne, gauche et solitaire chez qui il perçoit -tout comme pour Jack- une beauté cachée. Mais très timide, il n'ose pas l'aborder. C'est pourquoi Jack peut aider Parry à rencontrer Lydia et Parry peut aider Jack à clarifier ses sentiments envers Anne.

Le film a obtenu le lion d'argent à Venise et Mercedes Ruehl a reçu l'Oscar du meilleur second rôle. Le plus drôle c'est que dans le film elle tient un vidéo-club et qu'elle donne à un client particulièrement libidineux une cassette (on est en 1991) en lui disant "Cramouille contre Cramouille, ça a eu un Oscar!"

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La Garçonnière (The Apartment)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1960)

La Garçonnière (The Apartment)

Moins connu que ses films avec Marilyn et moins utilisé comme référence cinéphilique que Boulevard du crépuscule ou Assurance sur la mort, La Garçonnière est pourtant l'un des plus grands chef-d'oeuvre de Billy Wilder, récompensé par un Oscar mérité. Une radiographie sans concession de l'American way of life dans ce qu'il a de plus cauchemardesque.

La grande réussite du film est sa tonalité "aigre-douce" pour reprendre l'expression de Shirley Mac Laine. De nombreux passages satiriques prêtent à sourire. Par exemple lorsque Baxter veut regarder un film à la TV, il est inondé de messages publicitaires et finit par y renoncer. Ses petits arrangements avec ses supérieurs (prêt de son appartement pour des parties fines contre une promotion) donnent lieu à des scènes cocasses. Mais derrière la satire, la solitude abyssale des personnages et leur tristesse prend à la gorge. Le décor de bureau d'Alexandre Trauner (Oscar pour lui aussi) noie l'individu dans un immense espace où il se dilue au milieu d'une armée d'autres employés anonymes. Baxter passe les fêtes de noël à se saouler dans un bar avec d'autres paumés. On le voit également souvent errer seul dans des lieux déserts ou faire semblant d'être accompagné. Il est seul mais n'a droit à aucune intimité. Du moins jusqu'à sa rencontre avec Fran, la liftière de l'entreprise pour laquelle il travaille.

La compromission est au coeur du film. Comme dans Boulevard du crépuscule Baxter "couche" pour réussir, certes par supérieur interposé. Il est à la fois victime et complice du système. Tout comme Fran, la maîtresse du patron qui ne supporte plus d'être traitée en prostituée et tente de se suicider dans l'appartement de Baxter. Le voisin qui est docteur exhorte Baxter à devenir un "mensch" c'est à dire un homme et non plus un pantin. C'est pourquoi la relation Baxter-Fran qui se noue dans le film offre une alternative à celle omniprésente des "exploiteurs-exploités". Comme l'a dit Jack Lemmon, Wilder finit par faire pousser une rose sur du fumier.

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Passion d'amour (Passione d'amore)

Publié le par Rosalie210

Ettore Scola (1981)

Passion d'amour (Passione d'amore)

Adapté de Fosca, le roman d'Iginio Ugo Tarchetti (disponible en France aux éditions du sonneur) le film sous-estimé du regretté Ettore Scola sur la laideur et la beauté s'avère passionnant et intense, remarquablement interprété de surcroît par Valeria d'Obici (enlaidie pour l'occasion) et Bernard Giraudeau (qui lui est au summum de sa beauté).

Giorgio et Fosca forment un couple profondément subversif
Fosca est l'antithèse de la jeune fille de bonne famille du XIX° siècle. La jeune fille idéale du XIX° c'est un visage d'ange sur un corps de madone. Au moral, elle doit être douce, soumise et sage. Dans tous les cas, elle doit être belle. Fosca n'est rien de tout cela. "Monstre", "vampire", "ver", "mouche", "tentacules glacés" etc. c'est en ces termes qu'elle est définie par les personnages du film. Non seulement son humanité est niée mais les créatures auxquelles elle est comparée appartiennent au monde des ténèbres et de la mort. Fosca détonne d'abord par un visage sorti tout droit d'un film d'épouvante, celui du Nosferatu de Murnau en l'occurrence: teint verdâtre, extrême maigreur, début de calvitie, yeux et bouche trop grands, nez trop long. Le corps est à l'image de ce visage: si maigre qu'il est plus proche du squelette que d'autre chose. Mais ce qui anime ce corps malade en est d'autant plus fascinant, plus brûlant. Fosca n'est absolument pas sage, douce et soumise. Son intelligence est acérée, sa sensibilité extrême, son ironie mordante et sa lucidité extrême. Sa révolte s'incarne dans de spectaculaires crises d'hystérie qui la font ressembler au Cri de Munch. Le désir qui s'empare d'elle jusqu'à la consumer entièrement est justement celui d'être une fois au moins dans sa vie pleinement vivante, reconnue et aimée comme une femme par-delà son apparence. Pour vivre cet amour absolu, elle est prête à sacrifier sa vie, déjà chancelante.

Giorgio est quant à lui un homme insolite dans son époque et dans son milieu. L'objet de sa passion est à priori tout ce qu'elle n'est pas. Giorgio est au début du film une sorte "d'imbécile heureux": jeune, beau, solaire, fringant. Il est de surcroît passionnément épris d'une jeune femme mariée tout aussi belle que lui et qui l'aime en retour tendrement. Sa rencontre avec Fosca l'obscure va le mettre en contact avec des zones d'ombre en lui qu'il ne connaît pas et qui lui font peur. Car Fosca a repéré deux anomalies en lui: sa beauté et sa sensibilité, deux caractéristiques profondément féminines indésirables chez un homme de ce temps et de ce milieu: "Vous êtes beau et sensible, vous êtes le type d'homme que Fosca pourrait aimer. Malheur à ceux qui naissent avec ce péché originel". En dépit de ses sentiments ambivalents faits de répulsion et d'attraction, Giorgio va subir une telle pression physique et psychologique de la part de la jeune femme qu'il va finir par sortir de sa médiocrité, de sa banalité, de sa vacuité et accéder à une autre dimension, plus riche et plus profonde. Le tout dans l'opprobre ("J'aime Fosca! C'est contre-nature?") et au prix de son identité, de son équilibre, de son bonheur, de sa santé et de sa beauté.


La seule nuit d'amour entre Fosca et Giorgio met en jeu les peurs les plus enfouies et les plus primitives au sujet de la sexualité. Pour Giorgio, il s'agit de l'achèvement d'un processus de vampirisation qui aboutit à sa totale absorption dans le monde féminin de Fosca. Le lendemain, il fait sa première crise d'hystérie, expression de la répression de la sexualité féminine chez la femme mais désormais aussi chez l'homme. Du côté de Fosca, sexualité et mort sont indissolublement liés. En effet avant cette nuit-là, la jeune femme était restée vierge. Et son état de santé lui interdit d'avoir des rapports sexuels. Mais elle passe outre...et meurt. La Belle au bois dormant déjà se piquait le doigt à un fuseau...et mourrait.

Petit détail significatif Fosca (l'obscure) n'apparaît pas sur les affiches et photos ou bien son visage est caché. 4 fois sur 5 Giorgio est montré en compagnie de Clara sa maîtresse mariée qui n'est pourtant pas du tout importante dans le film...

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Vice-Versa (Inside Out)

Publié le par Rosalie210

Pete Docter (2015)

Vice-Versa (Inside Out)

Un film d'animation totalement original, réussissant à inventer un univers traduisant de façon compréhensible l'univers psychique d'une pré-adolescente confrontée à un bouleversement majeur.

Cet univers possède un QG gouverné par de petits toons colorés incarnant les 5 émotions primaires: la joie (jaune en forme d'étoile), la tristesse (bleue en forme de larme inversée), la colère (rouge en forme de brique pour taper sur tout ce qui bouge), la peur (violet en forme de nerf) et le dégoût (vert en forme de brocolis, le légume détesté par Riley).

Les souvenirs de l'héroïne se matérialisent sous la forme de boules colorées par l'émotion dominante ressentie. De sa naissance à ses 11 ans, l'émotion reine de Riley est celle de l'enfance heureuse c'est à dire la joie. Les souvenirs sont donc à dominante jaune et les plus importants occupent la mémoire centrale. Il s'agit des principales sources de joie de Riley et leurs rayons donnent vie aux îles de la personnalité, des pôles d'équilibre psychique: famille, amies, hockey (la passion de Riley), bêtises...

Mais ce bel équilibre s'effondre à la suite d'un déménagement qui se passe mal. Riley perd tous ses repères et se laisse gagner par la colère et le dégoût. Car pour faire plaisir à ses parents elle refoule sa tristesse qui tout comme la joie est expulsée du quartier général et envoyée dans des zones inconnues de son cerveau. On découvre le train de la pensée, la bibliothèque de la mémoire à long terme, le studio des rêves, l'inconscient... dans une atmosphère de plus en plus sombre. Joie découvre alors le rôle essentiel de Tristesse dans l'équilibre de la personnalité de Riley. Si elle ne peut l'exprimer, elle risque de perdre le contact avec toutes ses émotions et de sombrer dans la dépression.

D'une inventivité formelle remarquable pour donner corps à des concepts abstraits, le film se double d'une analyse subtile du passage de l'enfance à l'adolescence et de la difficulté de grandir. Il montre que la perte et le deuil sont indispensables (celle de l'ami imaginaire par exemple) pour que d'autres choses puissent renaître (de nouvelles îles de la personnalité plus ado comme celle des boys band!) Il montre aussi que toutes les émotions sont nécessaires à l'équilibre d'une personne y compris celles que l'on considère comme indésirables. La peur assure la sécurité, le dégoût est un anti-poison tout comme la tristesse qui permet d'expulser son chagrin ou la colère (un personnage hilarant) qui défend la justice. Inversement la joie sans mélange mène à une impasse.
C'est pourquoi les émotions adolescentes et adultes deviennent hybrides (les souvenirs de la mémoire centrale deviennent bi ou tricolores). La joie n'est plus l'élément central comme on peut le voir avec les plongées dans l'esprit des parents.

Ne pas rater le générique de fin qui offre un supplément délectable!

Le film est transgénérationnel mais il est trop complexe pour les plus jeunes. Mieux vaut le découvrir vers 7-8 ans (mais c'est aussi l'âge indiqué pour la plupart des Harry Potter et d'autres oeuvres estampillées "jeunesse" qui sont aussi transgénérationnelles).

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Brazil

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1985)

Brazil

Film cultissime. Après l'avoir vu de multiples fois à domicile, j'ai eu la chance d'assister à une projection dans une salle art et essai peuplée d'aficionados qui le connaissaient par coeur et réagissaient à chaque séquence, décuplant son pouvoir humoristique.

Car si le fond du film est très noir, son traitement est un bijou d'humour noir. Et pour cause, Terry Gilliam est l'un des membres des célèbres Monty Python connus pour leur humour corrosif et absurde. Il applique au célèbre roman de George Orwell 1984 un traitement de choc. Brazil devait au départ s'intituler 1984 1/2 en référence à 8 1/2 de Fellini à qui le film fait des clins d'oeil (la mère qui se transforme en l'épouse ou la femme aimée). De façon plus générale, Brazil est un festival d'influences cinématographiques: Fellini donc, les Marx Brothers (on voit une courte séquence de Coconuts), Kurosawa (Sam Lowry en homme-oiseau combattant un samourai), Hitchcock (Psychose et Vertigo), Kubrick, Capra, Eisenstein (chute d'un aspirateur dans les escaliers, allusion au landau du cuirassé Potemkine), Fritz Lang (l'esthétique de Metropolis) Casablanca,... et c'est la même chose du côté de la littérature (Kafka, Verne, Cervantes...) et de la peinture (Bosch, Brueghel, Boticelli, Magritte...)

A cette superposition de références répond une superposition de lectures. Au premier degré bien sûr, Brazil dresse une satire à la fois effrayante et hilarante de notre société, mélangée aux systèmes totalitaires des années 30. D'un côté l'obsession de la réussite matérielle et du jeunisme, une technologie envahissante, une consommation effrénée. De l'autre des inégalités sociales criantes et une menace terroriste permanente à laquelle répond un Etat policier et bureaucratique qui fiche et surveille ses citoyens et parfois par erreur les enlève et les torture à mort. Au deuxième degré à travers la révolte du petit fonctionnaire Sam Lowry qui rêve en secret d'être un héros, Gilliam décrit sa lutte de cinéaste hors-norme face à la puissance de l'industrie cinématographique. Les studios Universal n'avaient pas hésité à mutiler la fin de Brazil pour en faire une stupide romance avec un happy end.

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Paris, Texas

Publié le par Rosalie210

Wim Wenders (1984)

Paris, Texas

"C'est l'histoire d'un homme né dans un paysage trop petit pour lui." Né en 1945 dans une Allemagne coupée en deux par la guerre froide, Wim Wenders décide d'élargir son horizon en réalisant son rêve américain. Mieux que cela même, son désir incendie la mythologie du grand ouest. Les paysages majestueux du désert mojave et les accords devenus mythiques de Ry Cooder qui ouvrent le film mettent tout simplement le frisson. Et tout petit dans cet immensité, un homme erre. On apprend bien plus tard qu'il a des doutes sur son origine. A-t-il été conçu au beau milieu du désert à Paris dans le Texas ou bien dans la capitale française? En tout cas ce doute fait le pont entre l'origine européenne du film et son ancrage américain.

Wenders choisit d'adapter un roman de Sam Shepard, Motel chronicles et de filmer l'itinéraire de cet homme perdu, privé de mémoire et de langage. Pourtant grâce à l'obstination de son frère Walt, le bien-nommé Travis (travel signifie voyager) revient parmi les hommes. Son voyage se transforme alors en quête pour renouer les liens familiaux brisés par sa faute. Il a en effet abandonné sa femme et son fils dans sa fuite. Il découvre que Jane a disparu et que le petit Hunter a été recueilli par son frère et sa belle-soeur qui l'élèvent comme leur propre fils.

Travis se donne alors pour mission rédemptrice de reprendre sa place de père auprès de Hunter, de retrouver sa mère et de les réunir. S'ouvre alors l'une des séquences les plus fortes du film, celle du Peep show où Travis et Jane monologuent puis dialoguent à travers un miroir sans tain comme à l'intérieur d'un confessionnal.

Les acteurs sont tous en état de grâce. Après une centaine de films dans des seconds rôles, Henry Dean Stanton trouve le rôle de sa vie, Nastasia Kinsky au faîte de sa jeunesse et de sa beauté est sublime, Dean Stockwell et Aurore Clément sont émouvants dans leur détresse de beaux-parents dépassés par la situation. Enfin Hunter Carson à l'époque âgé de 7 ans est d'une maturité bien au-dessus de son âge.

Paris-Texas est un road-movie d'une grande beauté et d'une grande densité émotionnelle. A mon avis le meilleur film de Wim Wenders, à égalité avec Les Ailes du désir.

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