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Dans la peau d'une blonde (Switch)

Publié le par Roslie210

Blake Edwards (1991)

Dans la peau d'une blonde  (Switch)

La fin de la carrière de Blake Edwards recèle de belles pépites. Dans la peau d'une blonde n'a pas le cachet visuel de Victor/Victoria avec ses tenues vestimentaires et coupes de cheveux ringardes et sa photographie proche de la telenovela. Mais peu importe le flacon pourvu que l'on ait l'ivresse et de ce point de vue on est comblé. Blake Edwards réalise une comédie solide, maîtrisée de bout en bout, débridée et joyeusement satirique sur les rapports hommes-femmes. Mais surtout le film est un époustouflant numéro d'actrice. Ellen Barkin porte le film sur ses épaules et réalise une performance absolument prodigieuse. Avec un abattage phénoménal, elle campe un homme macho dans la peau d'une femme plus vrai(e) que nature. La discordance entre le corps et le comportement est une source majeure de situations comiques. Outre une vulgarité masculine portée à des sommets de drôlerie et de mauvais goût, le personnage nous fait ressentir à chaque instant à quel point il est mal dans sa nouvelle peau. Il ne supporte pas ses cheveux, est gêné par ses vêtements trop serrés et ne parvient pas à marcher avec des talons qui sont pour lui une torture perpétuelle. De même, il est dans une confusion sexuelle totale, ne se sentant à l'aise ni avec les femmes, ni avec les hommes. Il a bien conscience de son pouvoir de séduction sur les deux sexes mais il est bloqué par son sexisme et son homophobie. Soit il passe pour une lesbienne soit il vit la situation de la femme abusée. La seule chose qui au final l'apaise et le réconcilie avec lui-même c'est la maternité. Lui dont la rédemption passe par l'amour sincère d'une femme doit donner la vie pour pouvoir enfin rencontrer cet amour et reposer en paix. La comédie fantasque s'achève sur une quête de sens qui n'est pas dénuée de gravité.

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Un jour sans fin (Groundhog Day)

Publié le par Rosalie210

Harold Ramis (1993)

Un jour sans fin (Groundhog Day)

Il y a des films qui rencontrent un succès durable et mérité dès leur sortie, des films surestimés qui sombrent rapidement dans l'oubli et puis il y a des films qui passent dans un premier temps inaperçus avant peu à peu de conquérir la place qui leur revient au panthéon de l'histoire du cinéma. Un jour sans fin relève de cette dernière catégorie.

Dire qu'un jour sans fin est le film le plus spirituel du monde est sans doute le terme le plus juste pour le qualifier. En effet le mot spirituel a un double sens. Celui de l'humour étant donné que le film s'inscrit dans le registre de la comédie, une comédie à la drôlerie irrésistible. Et celui du conte métaphysique à l'image des nuages qui ouvrent et referment le film. Celui-ci s'inscrit en effet au carrefour de plusieurs philosophies et spiritualités: le bouddhisme et le samsara (cycle des renaissances de l'être non éveillé), le christianisme avec le thème central de la rédemption, la philosophie nietzschéenne avec le concept de l'éternel retour, le travail psychanalytique dont le film est en quelque sorte une illustration. Le film est avant tout une réflexion sur le temps. La boucle temporelle dans laquelle est enfermé Phil peut s'avérer être un fardeau ou un espace de liberté, une malédiction ou une bénédiction, un "verre à moitié vide ou à moitié plein" selon le point de vue dans lequel on se place. On passe ainsi progressivement du mythe de Sisyphe à celui de Superman. Le film est une démonstration du libre-arbitre que conserve l'être humain au sein de ce qui le dépasse.

Métaphorique, le film prend pour héros un présentateur météo dont l'âme est plongée dans un éternel hiver. Ce n'est pas par hasard s'il porte le même prénom que la marmotte de Punxsutawney dont le jour de célébration va devenir pour lui un jour sans fin. Imbu de sa personne, méprisant, cynique, Phil Connors (Bill Murray dans le rôle de sa vie) clame sur tous les tons qu'il est une super vedette et qu'il fait la pluie et le beau temps. En réalité c'est un misanthrope aigri, un minable, un raté qui de son propre aveu ne se supporte pas lui-même et passe ses frustrations sur ses collègues et tous les "ploucs" des bleds paumés couverts par la chaîne de télé régionale où il travaille. Bref un cas désespéré, irrécupérable. Pourtant lorsque Rita (Andie MacDowell) est engagée comme productrice, quelque chose se passe en lui, si enfoui sous son épaisse carapace qu'il faut plus de la moitié du film pour qu'il en prenne conscience. Il ne lui reste plus qu'à ramer encore et encore pour devenir un jour enfin digne d'elle. Un jour qui mettra fin à la malédiction. Celle-ci se révèle être au final une deuxième chance. A défaut de pouvoir changer le cours du temps, il peut se changer lui-même et changer son rapport au monde. Il a toute l'éternité pour ça (d'après les calculs de certains fans, l'épreuve de Phil a duré entre 34 et 40 ans). Incroyable paradoxe que ce temps cyclique, routinier que la métamorphose du héros empêche cependant de bégayer et le film de se répéter. "Je me suis suicidé tellement de fois que je n'existe plus." Mais je est un autre. Il y a comme un accouchement dans cette mue dans le même, dans cet éveil (à la connaissance, à l'amour, à l'altruisme, à l'art) dans le réveil au son de la rengaine I got you Babe de Sonny & Cher.

Enfin le film est aussi une mise en abyme du cinéma lui-même. Outre les manipulations de l'espace-temps, Phil, ce personnage que son épreuve rend omnipotent et omniscient est aussi un metteur en scène hors-pair qui tire les ficelles du petit monde dans lequel il est enfermé. La séquence du cambriolage ou de la cafétéria dans lesquelles il prédit ce qui va se passer à la seconde près sont de ce point de vue exemplaires.

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La Marquise d'O...

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1976)

La Marquise d'O...

Adaptation élégante et raffinée de la nouvelle d'Heinrich von Kleist, La marquise d'O qui obtint le prix spécial du jury à Cannes en 1975 est aussi un passionnant "conte moral/immoral" à multiples facettes. Tous les personnages s'y révèlent ambivalents, complexes à des années lumières de leurs comportements stéréotypés et de leurs cadres de référence manichéens. La marquise est une jeune veuve qui s'attache à donner d'elle une image maternelle et filiale de sainte éthérée. Mais son nom ambigu et les miroirs placés derrière elle révèlent une autre marquise tenaillée par des désirs inavouables. Et ce même si Rohmer attribue son inconscience durant le viol à un narcotique et non à un invraisemblable évanouissement. Même chose pour le comte qu’elle prend d’abord pour un ange (le sauveur tombé du ciel comme le suggère le plan où il apparaît) puis pour le diable (le violeur bestial). Ni l’un, ni l’autre il est tout simplement humain. Comme la marquise à qui il ressemble comme deux gouttes d’O, il est tiraillé entre sa morale chevaleresque et ses pulsions animales. Pour la marquise il est inconcevable que l’on puisse à la fois sauver une femme et abuser d’elle. C’est l’ambivalence de la nature humaine qu’elle doit assimiler afin de devenir pleinement femme. Ce qui redéfinit aussi les rapports à ses parents, des parents pas moins ambigus qu’elle derrière leurs attitudes outrancières. Le père a un comportement ouvertement incestueux et la mère a une manière particulièrement retorse de manipuler sa fille en prêchant le faux pour savoir le vrai. Symboliquement, le film commence lorsque l’ennemi russe (dont fait partie le comte qui est lieutenant-colonel) assiège, bombarde et pénètre la forteresse tenue par la père de la marquise. La guerre étant une métaphore bien connue du sexe, il est facile d’établir un rapport avec la fille du commandant qui est aussitôt assaillie par cinq soudards russes prêts à lui faire subir les derniers outrages. Le film se termine d’ailleurs sur un intertitre ambigu « Dès lors toute une série de jeunes russes vit le jour à la suite du premier »…

Outre l’aspect très littéraire de cette adaptation, le film ressemble à un tableau vivant. La photographie, les décors et costumes, les attitudes des personnages s’inspirent de nombreuses références picturales : David (La marquise ressemble à Juliette Récamier, elle s’appelle d’ailleurs elle-même Julietta), Ingres, Delacroix, Le cauchemar de Johan Heinrich Füssli (pour la scène de « l’évanouissement » de la marquise) etc. Enfin Rohmer a fait appel à trois merveilleux comédiens de la prestigieuse Schaubühne (la comédie-française berlinoise) dirigée alors par Peter Stein : Bruno Ganz (le comte), Otto Sander (le frère de la marquise) et Edith Clever (la marquise). Les deux premiers deviendront célèbres sur le plan international 11 ans plus tard avec Les anges des Ailes du désir de Wim Wenders.

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Les vacances de monsieur Hulot

Publié le par Rosalie210

Jacques Tati (1953)

Les vacances de monsieur Hulot

Un été au début des années cinquante qui résonne comme celui des congés payés de 1936 sauf que c'est le début des 30 Glorieuses, de la civilisation des loisirs et du tourisme de masse. Des hordes de vacanciers prennent d'assaut les autocars et les trains alors que quelques familles aisées partent en voiture (celle-ci ne s'est pas encore généralisée, les routes sont quasi-désertes.) Sur le chemin, on rencontre une automobile qui ne ressemble à aucune autre, trafiquée, décalée, lente, pétaradante et qui a bien du mal à monter les pentes et à contenir le corps de son trop grand propriétaire. Un peu plus tard dans le film, les vacanciers sont arrivés dans une pension de famille plutôt bourgeoise bon teint. Tout ce petit monde continue à vivre comme s'il n'était jamais parti de chez lui, à se plier à des rituels et des règlements scandés par la cloche des repas. Soudain, la porte s'ouvre, un vent de liberté envahit la pièce et dérange l'ordonnancement de cette petite société étriquée. C'est ainsi que M. Hulot, double de Tati fait son entrée en scène, une scène qu'il quittera 4 films plus tard à la manière de Chaplin dans Les Temps modernes. Héros burlesque, Hulot est cet original toujours décalé, perpétuellement encombré de son corps déséquilibré, un corps trop grand qu'il tient le plus souvent incliné. Pas plus qu'il ne maîtrise son corps il ne maîtrise son langage quasi-inaudible qui se réduit à des borborygmes ou des onomatopées. Le comique et l'empathie pour le personnage naît du contraste entre la timidité de Hulot qui n'aspire qu'à la discrétion, qu'à se fondre dans le décor, qu'à disparaître (en référence à l'Homme invisible de James Whale il ne laisse que ses empreintes de pas sur le sol) et son incapacité à rentrer dans le rang, à s'adapter, à s'intégrer. Son comportement est une source de perturbations permanentes pour la plupart des autres qui le prennent pour un grand enfant irresponsable. D'ailleurs les enfants sont ses principaux alliés avec quelques personnes âgées malicieuses ayant trouvé en lui un remède contre l'ennui. En réalité Hulot est profondément anti-conformiste. Les injonctions, prescriptions, orientations auxquelles il faudrait se conformer (panneaux indicateurs, hauts-parleurs, parcours fléchés...) sont avec lui systématiquement brouillées ou déjouées. Tati n'a-t-il pas fondé sa geste créatrice sur le refus de se laisser "encadrer" par son père? 

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Charlot fait la noce/En bombe/A l'hôtel (A Night Out)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Charlot fait la noce/En bombe/A l'hôtel (A Night Out)

A Night Out est du pur slapstick c'est à dire un festival de coups en tous genre ce qui entraîne inévitablement des répétitions et des longueurs. L’histoire est une variante du film "Charlot et Fatty font la bombe" qui réunissait Chaplin et Roscoe « Fatty » Arbuckle en 1914. Cette fois, Ben Turpin est le partenaire de Chaplin. Chaplin et Turpin jouent des ivrognes faisant une virée en ville qui commence par un simple café et se termine dans un hôtel où a lieu un quiproquo osé avec la fille du maître d'hôtel, Edna Purviance, dont c’est la première apparition au cinéma et qui deviendra la partenaire privilégiée de Chaplin pour les sept années suivantes. On peut d'ailleurs relever de nombreux moments grivois dans le film par exemple quand Charlot tente de s'asseoir sur la croupe d'une femme ou quand celle-ci le bouscule avec ses fesses ou encore quand une femme lui touche la cuisse par inadvertance.

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La vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1970)

La vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes)

Film réalisé après plusieurs échecs successifs et amputé d'une bonne partie de son intrigue initiale (à l'origine il devait durer 4h), La vie privée de Sherlock Holmes respire la brume, le blues, l'amertume. Non que le film soit dépourvu d'humour. On retrouve les dialogues ciselés habituels chez Wilder et des quiproquos hilarants, comme celui superbement chorégraphié où lors d'une fête dans les coulisses de l'opéra des danseurs se substituent aux danseuses autour de Watson au fur et à mesure que la rumeur de son homosexualité se répand. Mais l'arrière-plan est crépusculaire. Cinéaste des faux-semblants, Wilder a voulu sonder le célèbre personnage de fiction à la perfection inhumaine et en révéler les failles. D'où la métaphore limpide du monstre du Loch Ness qui oblige à plonger sous la surface des eaux pour en explorer les profondeurs. Son Sherlock Holmes est mélancolique, drogué et impuissant. Sa relation ambiguë avec Watson est un paravent qui lui permet de fuir le contact avec l'autre sexe. Lorsque Ilse s'offre à lui nue mais sous une fausse identité (celle de Gabrielle Valladon), il se laisse abuser psychologiquement tout en restant physiquement paralysé. Une situation réitérée tout au long du film tel un leitmotiv douloureux. En témoigne la scène où ils se surnomment par leurs noms d'emprunt, ceux d'un couple marié, alors qu'ils dorment dans deux lits-couchettes de train, jumeaux mais séparés. Celle-ci fait écho en négatif au rapprochement transgressif des corps au sein de ces mêmes trains-couchettes propices à la promiscuité dans "Certains l'aiment chaud" et "Uniformes et jupons courts". On pense également à la scène où il trouve Ilse nue dans son lit et la recouvre. Rarement la sexualité réprimée n'aura été aussi finement évoquée. Cela ne rend que plus poignantes les déclarations d'amour muettes ou codées que s'envoient l'espionne et le détective car la distance qui les sépare est infranchissable.

Derrière Sherlock Holmes, c'est aussi en arrière-plan un autoportrait de Robert Stephens, grand acteur shakespearien écrasé durant toute sa carrière par la figure de Laurence Olivier et souffrant de troubles bipolaires, d'alcoolisme et d'addiction sexuelle. Les exigences de Billy Wilder l'ont tellement fragilisé qu'il a fait une tentative de suicide pendant le tournage, fragilité qui ressort dans le film.

Rajoutons que la reconstitution de l'époque victorienne est somptueuse grâce notamment au travail d'Alexandre Trauner sur les décors, absolument fabuleux.

Echec à sa sortie, "La vie privée de Sherlock Holmes" est devenu culte avec le temps et a inspiré à son tour d’autres oeuvres à commencer par la série "Sherlock"  dont les auteurs ont d’ailleurs dit que le film de Wilder était plus proche de l’esprit des histoires originales que les adaptations "canoniques". En se situant de nos jours, l’aspect sociopathe et déréglé du personnage ressort de façon encore plus évidente.

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Charlot veut se marier (A Jitney Elopement)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Charlot veut se marier (A Jitney Elopement)

Le sujet de A Jitney elopement (Charlot veut se marier en VF) a souvent été exploité par Chaplin. Il s'agit d'un pauvre qui veut s'insérer dans un monde de riches. Pour y parvenir, Charlot usurpe l'identité d'un comte pour demander la main de la fille d'un bourgeois. Le film se divise en trois parties distinctes. La première partie est consacrée à un déjeuner assez surréaliste chez le père de la fiancée où les aliments s'avèrent avoir des propriétés particulières (mention spéciale à la fumée du café brûlant qui sort par les oreilles de Charlot). La deuxième partie est du slapstick pur avec festival de chutes et de torgnoles. La dernière partie, la plus animée, est une course-poursuite en voiture assez amusante. Au final le film est inégal mais sympathique.

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Wall-E

Publié le par Rosalie210

Andrew Stanton (2008)

Wall-E

Wall-E qui fut assez controversé à sa sortie est un des meilleurs Pixar. A titre personnel, c'est mon préféré, à égalité avec Vice Versa. C'est une prouesse technologique et narrative qui parvient à offrir un univers riche, doté de plusieurs niveaux de lecture. A bien des égards, il est à contre-courant de la production contemporaine, notamment en matière de dessins animés. Par peur sans doute d'ennuyer, les films d'animation occidentaux grand public ont tendance à être hystériques avec des péripéties incessantes, des dialogues mitraillettes et une image remplie à ras bord. Peu importe que l'on atteigne l'indigestion, peu importe que le scénario et les personnages soient indigents, peu importe que l'on n'en retienne rien, il faut gaver les spectateurs à tout prix.

Wall-E en parfaite cohérence avec son discours critique sur la surconsommation est pour l'essentiel contemplatif et privé de dialogues. L'hommage aux films de Chaplin et Buster Keaton dont la mélancolie ressemble à celle de Wall-E n'est pas loin. Mais hommage à Kubrick aussi (Wall-E est bourré de clins d'oeil à 2001 l'Odyssée de l'espace) et à Miyazaki (allusions à Nausicaa et sa planète toxique). Riche de toutes ces références, Wall-E sollicite le spectateur autrement qu'en l'abrutissant. Le travail sur l'image (que de poésie dans le ballet spatial des deux robots par exemple) et sur le son (par exemple sur les intonations variées avec lesquelles sont prononcés Wall-E et Eve) oblige celui-ci à être actif ou à rejeter un film qui ne se "donne pas" de lui-même. Tati si incompris en France a été reçu 5 sur 5 aux USA tant sur la forme que sur le fond. Ainsi Playtime, descendant des Temps Modernes et du Mecano de la General où Chaplin et Keaton "déréglaient" la machine est à son tour pris pour référence dans Wall-E où ce dernier en nouveau M. Hulot désordonne le monde aseptisé de l'AXIOM.

Néanmoins Wall-E reste parfaitement accessible aux enfants à cause de l'incroyable travail d'humanisation effectué sur Wall-E et à un degré moindre sur Eve. Là encore, la critique sous-jacente tape dans le mille. Ces robots sont mille fois plus humains que les humains du film déshumanisés par leur dépendance à la technologie...et que tant et tant de comédiens insipides qui ressemblent eux à de vrais robots.

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Charlot apprenti (Work)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Charlot apprenti (Work)

Tourné deux mois après Charlot Vagabond, Charlot apprenti en est le prolongement, teinté de critique sociale. Traité comme une bête de somme par son patron qui l'exploite et le frappe, Charlot suscite plus que jamais la compassion. Les cadrages penchés accentuent l'impression de pénibilité, en l'obligeant à grimper de fortes pentes alors qu'il tire un lourd chargement. Lorsqu'ils se rendent dans une maison bourgeoise pour refaire les tapisseries, l'occasion lui est donnée de se venger et de renverser les rôles. Le festival burlesque parfois un peu répétitif connaît sur la fin un emballement rythmique absolument réjouissant. La maison est dévastée de fond en comble par un Charlot devenu maître du chaos alors que les bourgeois et le patron sont rhabillés ou plutôt repeints pour l'hiver!

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Rio Bravo

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1959)

Rio Bravo

Howard Hawks est un réalisateur qui s'est toujours mis au service de ses personnages. Les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient d'ailleurs dit qu'il filmait à hauteur d'homme. C'est particulièrement frappant dans ce concentré d'humanité qu'est Rio Bravo, un "western de chambre" confiné dans le temps et dans l'espace. Cette approche théâtrale permet de mettre au centre de son film un petit groupe humain chaleureux et attachant. Comme dans Seuls les anges ont des ailes, il célèbre la camaraderie virile entre des professionnels embarqués sur le même bateau. L'individualisme affiché du shérif (sur le refrain du "je n'ai besoin de personne") est contredit tout au long du film par les liens tissés avec ses adjoints et l'aide décisive qu'ils lui apportent. Des liens plus filiaux que strictement professionnels. Dude (Dean Martin) qui souffre d'alcoolisme surnomme le shérif John T. Chance (John WAYNE) à un moment du film "papa" alors que le tout jeune, fier et fringant Colorado (Ricky Nelson, à peine 18 ans lors du tournage) qui a refusé l'association au shérif au nom de son indépendance finit par changer d'avis après l'assassinat de son ancien employeur. Enfin le gardien de la prison Stumpy (Walter Brennan) âgé et boîteux reprend auprès de Wayne le rôle pittoresque qu'il tenait auprès de Stewart dans Je suis un aventurier. Pour ces hommes insatisfaits ou diminués, le bien-nommé Chance représente l'espoir d'une amélioration, d'une rédemption ou de la restauration d'une image plus satisfaisante d'eux-même.

Bien que la mise en scène de Hawks reste discrète pour faire la part belle à ses personnages (et aux acteurs qui les interprètent, tous formidables), elle n'est pas dépourvue de morceaux de bravoure. A commencer par la première scène devenue culte. Hommage au muet, toutes les informations y passent par l'image dont ce célèbre plan en contre-plongée où Chance sauve moralement Dude de la déchéance. Autres scènes cultes, celle où Dude abat un des hommes de main de Nathan Burdette grâce à du sang qui goutte dans un verre de bière (une image symbolique de ce qui l'attend s'il continue à boire) et celle du duel final à la dynamite. Enfin la célèbre digression où les quatre hommes célèbrent en chanson leur cohésion est un pur moment de bonheur tout comme les nombreuses scènes où ils se chambrent.

A cette histoire d'hommes façon "les copains d'abord" il faut rajouter le "cinquième élément", à savoir l'une des femmes hawksienne les plus marquantes de sa filmographie, Feathers (Angie Dickinson) qui par bien des aspects rappelle Lauren Bacall dans le Port de l'Angoisse. Les scènes de séduction avec Wayne directement inspirées de la screwball comédie dont Hawks est l'un des maîtres sont un pur délice. Voir ce grand dadais se faire mener par le bout du nez (et couper la chique!) par cette bombe sexuelle particulièrement mutine est jubilatoire ce qui n'exclut pas une authentique tendresse.

En conclusion Rio Bravo est l'un des plus grands western de l'histoire de par son étude de caractères et cet équilibre miraculeux de rythmes et de genres (comédie, drame, romance, scènes d'action, scènes musicales...) Il fait également chaud au coeur. 

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