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Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid)

Publié le par Rosalie210

Carl Reiner (1982)

Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid)

Des images en noir et blanc, un accident de voiture en pleine nuit, le bureau d'un privé revenu de tout à la ressemblance plus que troublante avec Dana ANDREWS, la silhouette d'une superbe femme fatale se découpant contre la vitre du bureau, des flingues, du poison, des chambres d'hôtel où l'on ne trouve pas "Le Grand sommeil" (1946), des tavernes mal famées, des ports de l'angoisse, des blondes et des brunes qui vampent, des nazis qui complotent, des indices, des fausses pistes, des meurtres, des trahisons... en bref un pastiche très réussi en forme d'hommage aux films noirs américains des années quarante et cinquante. Le soin maniaque avec lequel les dix-neuf extraits de films de cette époque sont insérés dans l'intrigue originale et la haute dose d'autodérision font penser aux films de Michel HAZANAVICIUS et plus précisément à ses deux OSS 117. Sauf que Jean DUJARDIN n'y rencontrait pas des acteurs ou des figures historiques des années cinquante et soixante "en chair et en os" (ou plutôt à l'écran). Le travail de Carl REINER se rapproche davantage de celui d'un Robert ZEMECKIS. Il s'agit de rendre possible l'interaction entre un acteur des années quatre-vingt (Steve MARTIN) et ses compatriotes de l'âge d'or d'Hollywood ayant officié dans le genre à savoir Humphrey BOGART, Barbara STANWYCK, James CAGNEY, Veronica LAKE, Fred MacMURRAY, Ingrid BERGMAN, Cary GRANT, Ava GARDNER, Burt LANCASTER et tant d'autres. Certes, les trucages sont moins sophistiqués que chez Robert ZEMECKIS car constitués principalement de champs et de contrechamps et non d'interactions dans un même plan comme dans "Forrest Gump" (1994) ou "Qui veut la peau de Roger Rabbit?" (1988) (également un bel hommage au film noir en plus d'être un éblouissant film cartoonesque mêlant animation et prises de vues réelles). Mais ils fonctionnent. On se délecte aussi de l'humour omniprésent (l'extraction des balles avec les dents, le pelotage renommé "repositionnement des seins" etc.) et des nombreux clins d'oeil (la tirade sur le sifflement dans "Le Port de l'angoisse" (1944) qui se transforme en leçon d'apprentissage de la composition d'un numéro de téléphone sur un cadran etc.) Bref le père du cinéaste Rob REINER a signé avec un film un petit bijou dont se régalent les cinéphiles du monde entier depuis bientôt quatre décennies.

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J'ai perdu mon corps

Publié le par Rosalie210

Jérémy Clapin (2019)

J'ai perdu mon corps

Après plusieurs occasions ratées, j'ai enfin pu voir la sensation de l'année 2019 dans le domaine du cinéma d'animation à savoir "J'ai perdu mon corps". Il s'agit effectivement d'une oeuvre qui sort de l'ordinaire. Si j'ai une réserve sur le scénario qui aurait mérité un substrat plus solide et une narration plus rigoureuse, on participe à une expérience sensorielle de premier ordre avec un monde vu partiellement à la hauteur d'une main coupée. La référence à "L'Homme qui rétrécit" de Richard Matheson est pertinente dans le sens où cette amputation est à la fois une calamité et une chance, en permettant de voir le monde autrement. La main qui traverse la ville pour retrouver son propriétaire doit affronter de multiples dangers qui font l'objet de moments inventifs, aussi bien en terme esthétiques que de mise en scène*. La parcellisation du corps est d'ailleurs ce qui donne au film ses meilleures séquences à l'image de celle où Naoufel (le propriétaire de la main) rencontre Gabrielle par l'intermédiaire d'un interphone. Naoufel étant obsédé par les sons qu'il enregistre et répertorie un peu à la manière de l'ingénieur du son joué par John TRAVOLTA dans "Blow Out" (1981) de Brian DE PALMA, il est logique qu'il tombe amoureux d'une voix. Dommage que son mystère (et la poésie qui va avec) se dissipe un peu trop rapidement à mon goût alors que les maladresses de Naoufel qui cumule les handicaps (orphelin, déraciné, inadapté) auraient gagné à être traitées sur une plus grande variété de ton et approfondies**. Il s'agit donc d'un film perfectible mais prometteur.

* Evidemment la référence dans le domaine de l'animation en matière de traversée dangereuse pour cause d'échelle disproportionnée reste "Toy Story 2" (1999).

** La main coupée renvoie aussi bien à la chose de "La Famille Addams" (1992) qu'à la castration symbolique présente dans Star Wars.

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Transamerica

Publié le par Rosalie210

Duncan Tucker (2005)

Transamerica

"Transamerica" est un film américain indépendant qui joue beaucoup dans son titre comme dans les thèmes qu'il aborde à brouiller les frontières entre le cinéma mainstream (le road et le buddy movie, la famille et filiation à travers une rencontre entre un père et un fils qui ne se connaissent pas) et le cinéma underground au travers de deux portraits fort peu conventionnels. Tout d'abord la star, Bree (Felicity HUFFMAN) qui accomplit une énorme performance à savoir celle de nous faire croire qu'elle est une transsexuelle en pleine transition. Et pour nous faire croire qu'elle est un homme en train de devenir une femme, elle engage son corps et sa voix qui sont les instruments essentiels de sa crédibilité en tant que personnage. On la voit donc se battre contre une biologie et des réflexes comportementaux récalcitrants en dépit des hormones qu'elle prend et des exercices quotidiens qu'elle accomplit notamment pour féminiser sa voix. Elle s'est enfermée dans une certaine rigidité physique et morale que l'on peut interpréter comme un extrême contrôle de soi mais ce corset craque parfois et l'on voit alors Bree adopter des attitudes typiquement masculines comme le manspreading... en jupe! Il y a aussi les effets secondaires des médicaments censés la féminiser mais qui l'obligent à de fréquentes mictions dévoilant l'appareil génital qui la révulse puisqu'elle est en attente d'opération. C'est ce travail d'acteur fouillé, sensible et juste qui fait sortir le film du lot. Il faut ajouter également le fils de Bree, Toby (Kevin ZEGERS) qui est lui aussi un marginal dans la lignée des protagonistes de "My Own Private Idaho" (1991). Il est d'ailleurs amusant de constater que la famille de Bree l'accueille bien plus chaleureusement que Bree en raison de son apparence "normale" sans savoir qu'il sort de prison, qu'il se drogue et se prostitue et a pour objectif de travailler dans le porno.

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Dans un jardin qu'on dirait éternel (Nichinichi Kore Kôjitsu)

Publié le par Rosalie210

Tatsushi Omori (2018)

Dans un jardin qu'on dirait éternel (Nichinichi Kore Kôjitsu)

"Dans un jardin qu'on dirait éternel" qui se déroule sur plus d'une trentaine d'années cite trois fois "La Strada" (1954) de Federico FELLINI, l'héroïne ayant à chaque fois une vision différente du film en fonction de son âge et de son expérience. Cette comparaison est intéressante parce que "La Strada" épouse une temporalité linéaire, celle du road movie alors que "Dans un jardin qu'on dirait éternel" évoque le temps cyclique, celui des rituels toujours recommencés dans lequel se trouve le secret du bonheur. Pourtant "La Strada" et "Dans un jardin qu'on dirait éternel" racontent deux itinéraires plus spirituels que temporels au bout desquels les personnages finissent par être "touchés par la grâce" et sortir de leur condition humaine pour accéder à une dimension supérieure. Si "Dans un jardin qu'on dirait éternel" est loin d'atteindre la puissance du film de Federico FELLINI, il s'avère être d'une superbe délicatesse, une ode à la joie de goûter l'instant présent où tous les sens sont convoqués (le goût du thé et des pâtisseries, leur présentation raffinée qui est un régal pour les yeux, l'ouïe qui s'affûte au fur et à mesure que la maîtrise du rituel de la cérémonie du thé grandit ou encore la précision millimétrée de chaque geste) procédant à un élargissement des perceptions que nous avons du monde. "Dans un jardin qu'on dirait éternel" est une expérience cinématographique de méditation en pleine conscience. Dommage que l'arrière-plan narratif soit un peu faible, les héroïnes étant esquissées trop schématiquement ou trop allusivement pour susciter un véritable intérêt. La critique sous-jacente du patriarcat japonais est donc assez convenue et décevante. En revanche elles bénéficient d'une enseignante de premier ordre, le professeur Tadeka étant joué par la magnifique Kirin KIKI dont ce fût le dernier rôle avant son décès en 2018. Pour les cinéphiles français amoureux du Japon dont je fais partie, Kirin Kiki est indissociable de Hirokazu KORE-EDA, notamment de sa palme d'or "Une Affaire de famille" (2018) et de Naomi KAWASE dans "Les Délices de Tokyo" (2015) où elle interprète l'inoubliable Tokue, une philosophe culinaire assez proche de son rôle dans le film de Tatsushi OMORI.

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Mystic River

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (2003)

Mystic River

J'aime beaucoup Clint EASTWOOD en tant que réalisateur mais j'avoue ne pas être au diapason des louanges qui accompagnent "Mystic River" depuis sa sortie et en ont fait un film culte. Peut-être parce que c'est un film très froid, mettant en scène des personnages dévitalisés voire vraiment glaçants. La tragédie initiale qui frappe l'un d'entre eux a un caractère déterministe étant donné que tout ce qui advient après semble en découler: Jimmy est devenu un mafieux adepte de la justice privée (Sean PENN), Sean s'est engagé dans la police (Kevin BACON) et Dave, est restée l'éternelle victime, le bouc émissaire de tous les maux de la société (Tim ROBBINS). Quant à la notion d'amitié, si elle a existé dans leur enfance, elle n'est plus ce qui définit leurs interactions basées sur la méfiance, l'indifférence ou la violence. Si l'on rajoute des conjointes tout aussi effrayantes, chacune dans leur genre (l'une qui se fait la complice des meurtres de son mari, l'autre qui semble terrorisée par les agissements du sien au point de le trahir et la troisième qui est ectoplasmique), il m'a été d'autant plus difficile d'adhérer à ce sado-masochisme généralisé. De plus l'intrigue policière est très classique dans son déroulement voire se traîne par moments et son dénouement semble noyer le poisson dans une culpabilité collective ce qui est une façon de prôner au final l'irresponsabilité de chacun. Il faut dire que je ne crois pas à la fatalité (sauf dans les histoires mettant en scène des héros ou des demi-dieux) bien pratique pour ne pas assumer les conséquences de ses actes mais plutôt au libre-arbitre. Comme ce n'est pas réalisé par un manche et que c'est très bien joué, je mets quand même la moyenne mais il est clair que ce n'est pas ma tasse de thé.

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Peppermint Candy (Bakha satang)

Publié le par Rosalie210

Lee Chang-Dong (2000)

Peppermint Candy (Bakha satang)

Deuxième film de Lee Chang-Dong et son premier a avoir été présenté au festival de Cannes (sur un total de cinq à ce jour) "Peppermint Candy" raconte vingt ans de l'histoire tourmentée de la Corée (1979-1999) au travers d'un parcours d'un homme qui à chaque étape s'enfonce un peu plus dans l'abjection et la folie jusqu'au drame final. L'originalité du film consiste à présenter cette histoire en remontant le fil du temps et de façon compartimentée d'où la métaphore filée des rails et du train qui ponctue l'ensemble du film. Chaque étape nous éclaire sur ce qui à pu le pousser à bout. Disons qu'il s'est particulièrement mal sorti des divers rôles qu'il a dû endosser au cours de ces vingt années: il a été un soldat incapable de garder son sang-froid qui a commis un meurtre sans le vouloir, un affreux policier tortionnaire, un amoureux candide qui a tourné au cynique absolu, un mari brutal et infidèle et un homme d'affaires qui s'est fait rouler et plumer. Inutile de dire qu'un personnage aussi sinistre suscite bien peu d'empathie d'autant qu'il passe l'essentiel de son temps à pleurer, à crier ou à rire avec un rictus inquiétant lorsqu'il devient manifeste qu'il est dérangé mentalement. L'autre faiblesse du film finalement pas si éloigné de la première est sa linéarité. Une fois qu'on a compris le dispositif, la structure devient répétitive et m'a fait penser à "La Famille" (1987) de Ettore Scola qui était certes construit de façon chronologique mais qui présentait également une structure en compartiments temporels entrecoupés de travellings sur un couloir. Le film de Lee Chang-Dong a une puissance d'évocation bien supérieure mais dans le genre, j'ai largement préféré "Memories of murder" (2003) de Bong Joon-ho qui me semble mieux rafraîchir la mémoire des coréens sur leurs années sombres que les bonbons à la menthe de l'amour de jeunesse de Kim Yong-ho (Sul Kyung-gu). Tout est une question de relief. Là où "Pettermint Candy" ne possède qu'une seule tonalité (le mélodrame), "Memories of murder" n'hésite pas à jouer la carte du burlesque sans amoindrir pour autant l'horreur de ce qu'il dénonce. Bien au contraire.

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Frankenweenie

Publié le par Rosalie210

Tim Burton (2012)

Frankenweenie

"Frankenweenie" est le troisième long-métrage d'animation sur lequel a travaillé Tim Burton après "L'étrange noël de monsieur Jack" et "Les noces funèbres". Mais il n'avait pas réalisé le premier et n'avait pas sorti le second sous le label Disney (le premier non plus d'ailleurs, Touchstone étant une filiale de Disney destinée à produire des films plus adultes et Laïka étant le studio des productions de Genry Selick, réalisateur de "L'étrange noël de monsieur Jack" et de "Coraline".

Par ailleurs "Frankenweenie" est un remake du court-métrage live au titre éponyme que Tim Burton
 avait réalisé en 1984. Changement de format et de style oblige, l'histoire est bien plus développée et fait autant penser à "Vincent" qu'à "Edward aux mains d'argent" ou à "Ed Wood". Victor est un enfant différent comme Vincent, un solitaire à l'imagination débordante. Comme Ed, c'est un artiste qui réalise des films bricolés plein de créativité. Comme le "père" d'Edward, il joue les Prométhée pour donner naissance à une créature bien plus touchante et belle intérieurement que tout ce qui l'entoure et comme son nom de famille est Frankenstein, il convoque tout l'imaginaire (et l'atmosphère expressionniste) du film éponyme de James Whale (et de sa suite, la petite chienne dont Sparky est amoureux se dotant de la coiffure zébrée de la fameuse fiancée après son électrisation). Les efforts de Victor pour ressembler à un enfant WASP de la middle class lambda aboutissant à la mort de son chien adoré, il bascule dans une autre dimension aux apparences morbides mais qui l'est moins en réalité que celui dans lequel il vit. L'intolérance qui gangrène les banlieues pavillonnaires aboutit à l'excommunication du professeur de biologie lequel ne se prive pas par ailleurs de dire ce qu'il pense de la mentalité des parents. Et la fin prend la forme d'une chasse aux sorcières contre les monstres nés des expérimentations d'enfants tous plus bizarres les uns que les autres qui sèment la panique sur leur passage. On reconnaîtra toutes sortes de clins d'oeil à Godzilla, aux Gremlins, à la Momie, à Dracula alors que l'ensemble du casting de l'épouvante est représenté d'une manière ou d'une autre (Vincent Price, Christopher Lee, Boris Karloff...) Le résultat est moins horrifique que poétique et émouvant avec cette fragilité propre à l'animation en stop-motion qui fait de ce "Frankenweenie" une petite pépite.

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Rain Man

Publié le par Rosalie210

Barry Levinson (1988)

Rain Man

"Rain Man", c'est le sparadrap qui colle aux basques des représentations sur l'autisme au cinéma. Référence quelque peu écrasante et datée qui depuis a été certes rectifiée mais sans que cela ne déboulonne pour autant la statue du commandeur puisque tout film qui sort mettant en scène un autiste est aussitôt comparé à "Rain Man". Tout n'est certes pas mauvais dans cette représentation. On y voit que la place d'un autiste n'est pas à l'asile, que la différence se situe dans le cerveau et est donc neurologique (et non psychologique) et qu'il ne peut évoluer qu'en fréquentant le reste de la société. On précise également que le cas de Raymond Babbitt est exceptionnel, la majorité des autistes étant non verbaux. Il n'est pas précisé que c'est parce qu'il est atteint du syndrome d'Asperger c'est à dire d'une forme d'autisme sans déficience intellectuelle ni retard de langage. Pour autant le film a contribué à fixer des clichés tels que celui de l'autiste savant, surdoué d'un côté (pour les maths, forcément!), inadapté de l'autre. Evidemment c'est caricatural, beaucoup de ces formes d'autisme ne se manifestant pas de façon aussi voyante et extrême, ni d'un côté, ni de l'autre d'ailleurs. Le but est d'offrir à Dustin Hoffman de quoi réaliser un beau (quoique too much) numéro de composition. En face de lui, il n'y a franchement pas grand-chose à se mettre sous la dent. Son frère joué par un tout jeune Tom Cruise est un yuppie tête à claques obnubilé par les questions d'argent et qui ne tient pas en place. On se demande comment Raymond peut le supporter plus de cinq minutes à s'agiter dans tous les sens. Leur road movie est censé narrer comment des liens se créent entre eux mais la séquence à Las Vegas laisse un arrière goût amer d'exploitation de son don à des fins mercantiles qui donne une tonalité définitivement roublarde à l'ensemble.

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Poetry (Shi)

Publié le par Rosalie210

Lee Chang-Dong (2009)

Poetry (Shi)

"Poetry" est l'histoire d'une héroïne ordinaire. Une sorte de "grand-mère courage" prise dans une situation inextricable mais qui se débat et finit par en sortir par le haut. Autour d'elle, les relations humaines se caractérisent par leur médiocrité voire leur caractère sordide. Pour leur échapper, Mija se réfugie dans un club de poésie. Elle aimerait écrire mais avec tout ce qui lui arrive (et pompe son énergie vitale, la tire vers le bas), elle n'y arrive pas. Elle y arrive d'autant moins qu'elle perd peu à peu la mémoire des mots, étant atteinte d'un début de maladie d'Azheimer. Elle tente aussi le réconfort de la religion mais on la regarde avec désapprobation. Elle est en effet enchaînée au crime commis par son petit-fils qui vit chez elle et elle subit les pressions incessantes de la part des autres parents des gamins impliqués dans le viol collectif (suivi du suicide) d'une collégienne. Tous des hommes qui ne cherchent qu'à étouffer l'affaire en indemnisant la mère de la victime et en évitant les fuites dans la presse. Tout son corps désapprouve au point qu'elle ne peut pas rester plus de quelques minutes dans le même espace qu'eux (façon de dire qu'elle ne peut pas les sentir). De même et sans rien en laisser paraître, elle résiste à leurs injonctions. Devant la mère de la victime qu'ils l'ont forcé à rencontrer, espérant ainsi l'amadouer, elle n'échange que sur de belles choses, gratuitement, et se fait ainsi l'air de rien son alliée contre le club des riches mâles séouliens qui veulent l'acheter (le sexisme se double en effet de la différence de classe sociale, la mère de l'adolescente suicidée étant agricultrice). Mija s'identifie en effet à la jeune fille morte alors que toute communication avec son petit-fils s'avère impossible (un abruti que la culpabilité n'étouffe pas et dont le comportement chez sa grand-mère oscille entre la larve et le porc) et qu'elle ne peut compter sur personne puisque sa fille avec laquelle est est en mauvais terme lui a abandonné l'enfant. Mais Mija dans toute cette désespérance suit une lumière intérieure et finit par rencontrer une porte de sortie dans son club de poésie. Ironiquement, le flic aux textes grivois lui inspire d'abord de l'antipathie avant qu'elle n'apprenne ses actions anticorruptions qui vont à l'opposé de tout ce qu'elle a rencontré jusque là. Lee Chang Dong travaillant beaucoup dans la soustraction c'est à dire le hors champ dans un climat de pudeur et de retenue, on ne saura jamais ce qui s'est passé ensuite sauf que l'on en voit le résultat: le rétablissement d'une justice et la libération d'une voix que l'on a tenté de réduire au silence. Pas seulement celle de Mija mais aussi celle de la jeune fille suicidée qu'elle porte en elle. Donc oui, le titre a raison, c'est la poésie qui triomphe. 

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I'm Not There

Publié le par Rosalie210

Todd Haynes (2007)

I'm Not There

"I'm Not There" est un bel objet arty ultra sophistiqué pensé par et pour les happy few qui se gargariseront avec les multiples références parsemées tout au long du film. Les autres soit l'immense majorité risqueront de rester à quai pour reprendre l'une des métaphores du film qui voit deux des avatars de Bob Dylan sauter à bord d'un wagon de marchandises. Par peur sans doute de tomber dans la soupe des innombrables biopics académiques reconstituant la vie et l'œuvre d'un artiste, Todd Haynes a choisi une démarche inverse radicale, celle d'éclater le récit en plusieurs fragments façon puzzle, chacun étant interprété par un interprète différent dans un style différent. Pour corser le tout et perdre un peu plus le néophyte, les séquences s'enchaînent sans lien entre elles comme on saute du coq à l'âne et aucun personnage ne se nomme Bob Dylan, son nom ne sera d'ailleurs jamais prononcé durant le film. Le problème est que le titre qui fait référence au caractère insaisissable de l'artiste aux multiples vies et identités EST une réalité. Il n'est tout simplement pas là, faute d'incarnation. Ce que l'on voit, ce sont des images au sens de représentations totémiques qui ne sont jamais ramenées à une simple dimension humaine. Poésie et intellectualisme ne font pas bon ménage. La première suscite l'émotion, le second tient à distance. Un peu plus de modestie aurait été de rigueur d'autant que Bob Dylan n'est pas le seul artiste génial sur terre. Quant à ses engagements, ils sont réduits à quelques images-signes en toile de fond qui contrastent cruellement avec l'univers showbiz-paillettes qui est lui surdéveloppé, de même que ses histoires de cœur tout aussi "poseuses" dont on a que faire: le segment avec Charlotte Gainsbourg mélangé à des images de guerre du Vietnam est particulièrement ridicule et c'est bien dommage car le talent de Heath Ledger tourne à vide. Celui avec Cate Blanchett qui offre la prestation la plus mimétique est cependant un monument de vanité narcissique et singe de façon fatigante le "Huit et demi" (1963) de Federico Fellini. Les autres segments sont parfaitement inutiles, notamment celui avec Ben Whishaw dont les propos abscons ne sont là que pour surligner lourdement le symbole rimbaldien du "je est un autre". Reste le plaisir d'entendre les chansons et les textes de Bob Dylan mais cela peut se faire aisément dans un autre cadre que celui-ci d'autant que en dehors du réseau des initiés, il est plus du genre à provoquer ennui voire rejet du bonhomme, assimilé à un personnage détestable infatué de lui-même.

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