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Mission: impossible - Dead Reckoning Part 1

Publié le par Rosalie210

Christopher McQuarrie (2023)

Mission: impossible - Dead Reckoning Part 1

Mais qu'est-ce qui fait courir film après film Ethan Hunt/Tom CRUISE? La réponse pourrait être contenue dans cet avant-dernier opus qui confronte le héros à une IA maléfique et insaisissable après laquelle courent toutes les puissances dans l'espoir d'en prendre le contrôle, soit le dernier avatar en date du mythe de Prométhée qui hante l'homme occidental depuis le berceau. Pour la neutraliser, le héros et l'acteur qui l'incarne repoussent leurs limites physiques et défient plus que jamais la mort. Le final à bord d'un train saboté lancé à toute vitesse vers un pont dynamité impressionne avec ces wagons qui basculent un par un dans l'abîme de même que le saut dans le vide qu'effectue Tom CRUISE pour monter à bord. Dans ce mano à mano entre "L'entité" et le héros de chair et d'os, on peut également lire entre les lignes un défi lancé à la technologie qui tend à se substituer à l'engagement humain. A l'algorithme désincarné, Tom CRUISE oppose ses exploits bien physiques de casse cou sous un masque "blanc" qui rappelle fortement Buster KEATON, l'homme qui ne souriait jamais mais réalisait d'incroyables cascades plus folles les une que les autres sans trucage. Même si cet énième "Mission impossible" est sans doute trop long et quelque peu alambiqué sur le plan scénaristique, il constitue l'un des jalons du parcours de cet acteur "christique" pour qui le cinéma est une affaire très personnelle.

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Kill Bill: Volume 2

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (2002)

Kill Bill: Volume 2

J'ai une nette préférence pour le deuxième volet de Kill Bill qui est moins sanglant et mécanique que le premier, plus lent, plus explicatif. Cependant, contrairement à "Pulp Fiction" (1994) par exemple, Kill Bill est un film fataliste, un film sans issue: nulle rédemption n'est possible avec des enfants pris dans l'engrenage de la violence de leurs parents à la manière de "Le Parrain" (1972) ou de "Chinatown" (1974) mais sans le caractère tragique (alors qu'il s'agit pourtant bien d'une malédiction). Croire que le fait de "tuer le père", but ultime de Beatrix Kiddo est libérateur est un leurre. On le découvre enfin, ce "parrain" dont on entendait la voix mais dont ne voyait que la main posée sur ses "créatures" dans le premier volet. Et David CARRADINE (que je n'avais vu auparavant que dans la série "Nord et Sud") (1985) offre une prestation de première classe. Pour le reste, le deuxième volet de "Kill Bill" conserve une structure en chapitres mais apparaît plus hétérogène que le premier qui était très axé sur les arts martiaux asiatiques. Le second l'est encore un peu avec la séquence d'apprentissage (dommage que le grand maître fasse un peu toc), il fait également un détour marquant par le film de zombies mais le genre dominant est le western. Parce que l'on connaît l'amour de Quentin TARANTINO pour les films de Sergio LEONE mais il y a un plan de cadre dans le cadre qui rappelle quand même beaucoup "La Prisonniere du desert" (1956).

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Kill Bill: Volume 1

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (2002)

Kill Bill: Volume 1

J'étais, je suis et je serai toujours réservée sur "Kill Bill". J'avais vu la première partie au cinéma à sa sortie et j'étais sortie malade de la salle, me traînant jusqu'à mon domicile en proie à des douleurs abdominales ce qui n'était peut-être qu'une coïncidence. N'empêche cela ne m'est plus arrivé et cela fait plus de vingt ans maintenant. L'ayant revu, je constate qu'il m'impressionne beaucoup moins qu'à l'époque notamment sur la dernière demi-heure qui m'avait révulsée à la première vision et qui maintenant m'apparaît comme un vaste grand-guignol. A défaut de partager le ressenti de tous ceux qui trouvent ce spectacle de massacre au katana jouissif, il est le fruit d'un ballet aérien parfaitement exécuté dans le plus pur style des films d'art martiaux de Hong-Kong. On reconnaît bien l'influence de YUEN Woo-Ping, celui-là même qui avait chorégraphié les scènes de kung-fu de "Matrix" (1998). A l'image de O-Ren Ishii, le film synthétise le manga et le film de sabre japonais, les arts martiaux chinois (Bruce LEE dans son costume jaune et noir étant de retour sous des traits féminins), l'intrigue d'un film d'un réalisateur de la nouvelle vague ("La Mariee etait en noir") (1968), le western-spaghetti etc. Sur le plan visuel comme sur le plan sonore, le film envoie du bois avec nombre d'idées brillantes jouant sur le contraste entre zénitude et violence. Rappelons qu'un jardin de pierre se trouve juste sous les pieds des assassins masqués du Crazy 88 lorsqu'ils se font massacrer alors que Beatrix et O-Ren Ishii se battent en duel au beau milieu d'un splendide jardin japonais enneigé ponctué par le bruit régulier de la fontaine de type shishi-odoshi. Même chose au début lorsqu'à la violence d'un tir succède la version mélancolique de la chanson "Bang Bang" interprétée par Nancy Sinatra. Chanson dont les paroles commentent ce que l'on vient de voir, le meurtre d'une femme (enceinte qui plus est) par son ancien compagnon.

Car cela aurait pu être cela "Kill Bill": un film de revanche sur la violence faite aux femmes. En le revoyant, je n'ai pu qu'être frappée par des scènes qui font écho à des affaires récentes ayant défrayé la chronique. Je pense en particulier au fait que l'héroïne subit le même sort que Gisèle Pélicot, le cerveau du trafic, un soignant véreux, ayant exactement les mêmes propos aux clients (ne pas laisser de traces) que Dominique Pélicot.

Seulement "Kill Bill" ce n'est pas cela. C'est un film avant tout destiné à divertir et à donner du plaisir, pas à faire réfléchir. Et surtout c'est un film, à l'image de l'héroïne qui se contredit en permanence. Les femmes qu'elle combat sont en apparence toute-puissante mais en réalité totalement sous l'emprise de leur commanditaire, Bill pour qui elles éprouvent un dévouement fanatique et qui a droit de vie et de mort sur elles. Et si la soif de vengeance de Beatrix Kiddo est compréhensible, la froideur mécanique avec laquelle elle l'accomplit pour coller aux films du genre (et à celui de Francois TRUFFAUT à qui elle doit son surnom) fait d'elle non une femme mais un fantasme, un pur objet à la "Terminator" (1984). Car abattre une mère sous les yeux de sa petite fille et lui dire en gros "si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à te venger plus tard" c'est tout sauf une émancipation, c'est une malédiction. Pouvait-il en être autrement quand on sait que le film s'est fait sous la houlette de Harvey WEINSTEIN et que Uma THURMAN a gardé des séquelles à vie de l'accident de voiture qu'elle a eu sur le tournage, une cascade qu'elle ne voulait pas faire et qui lui a été imposée par Quentin TARANTINO?

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Hatari !

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1962)

Hatari !

Je suis complètement tombée sous le charme de ce film mêlant aventure, comédie et romance dans lequel Howard HAWKS s'est surpassé. Comme dans "Rio Bravo" (1959) réalisé juste avant, il créé de toutes pièces une petite communauté hétéroclite par l'âge et les origines (devant comme derrière la caméra) mais soudée à travers laquelle circule une chaleur humaine rare. Plusieurs scènes emblématiques scellent l'union du groupe avec ses éléments les plus perturbateurs lorsque Gerard BLAIN donne son sang ou lorsque Elsa MARTINELLI joue au piano l'hymne américain. Le pouvoir fédérateur de la musique est célébré comme dans "Rio Bravo" (1959) mais cette fois, les femmes ne sont pas tenues à l'écart du groupe et de leurs péripéties, elles en font partie intégrante, même si c'est un peu par "effraction". Un malentendu sur un prénom pour l'une, l'image d'une éternelle enfant pour l'autre, illusions qui se dissipent assez vite ce qui permet à Howard HAWKS d'introduire un soupçon de rivalité masculine et de guerre des sexes au sein de sa joyeuse confrérie masculine. "Hatari!" se distingue également par la qualité de sa photographie, des prises de vue des scènes de capture immersives et époustouflantes de réalisme et une bande originale envoûtante de Henry MANCINI. S'il est important de se replacer ce safari africain dans le contexte colonial de l'époque du tournage où l'on ne se posait pas les questions d'aujourd'hui quant au pillage des ressources et au respect de l'environnement, les animaux ne sont pas là pour faire tapisserie, ils font partie intégrante de l'intrigue. Ils symbolisent ce que chacun porte en soi. D'ailleurs on retrouve au sein de la ménagerie l'emblématique léopard apprivoisé de "L'Impossible monsieur Bebe" (1937). Si l'objectif fondamental est de "capturer des coeurs", les modes de capture comme les animaux capturés diffèrent d'un individu à l'autre. Cela va de la dangereuse chasse aux bêtes à cornes pour les plus intrépides à l'astucieuse méthode du comique de la troupe pour attraper les singes au filet tandis que ce sont les éléphanteaux qui choisissent Dallas comme mère adoptive jusqu'à une hilarante scène de fin où elle ne parvient plus à s'en dépêtrer!

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Fanfan la Tulipe

Publié le par Rosalie210

Christian-Jaque (1951)

Fanfan la Tulipe

J'ai dû voir "Fanfan la tulipe" quand j'étais très jeune mais il ne m'avait guère marquée. En le revoyant, je comprends pourquoi. C'est un film de cape et d'épée mené certes tambour battant mais d'une vacuité totale. Cette frivolité assumée en fait un pur divertissement familial qui dans les années cinquante a permis aux français de s'évader et a contribué à construire à l'étranger l'image de la France comme paradis du libertinage. Pour ma part, la seule chose qui tient aujourd'hui la route dans ce film, c'est le charme des interprètes. Gerard PHILIPE cabotine mais son charisme est indéniable et il donne de sa personne dans les scènes d'action, ouvrant la voie à d'autres "jeunes premiers" français amateurs d'escrime tels que Jean MARAIS, Alain DELON (dans "La Tulipe noire" (1964) du même Christian JAQUE) ou bien sûr, Jean-Paul BELMONDO. Gina LOLLOBRIGIDA est piquante même si la caméra lorgne lourdement sur ses généreux attributs plastiques. Enfin on a droit à une galerie de seconds rôles plaisants à voir. Je pense particulièrement à Noel ROQUEVERT, à Genevieve PAGE dans le rôle de la Pompadour et à Marcel HERRAND, éternel Lacenaire de "Les Enfants du paradis" (1945), ici dans le rôle d'un Louis XV porté comme tous les personnages sur la gaudriole.

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Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1948)

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Vu dans le cadre de l'ouverture de la rétrospective consacrée à Robert WISE à la Cinémathèque, une démonstration magistrale de mise en scène qui tient le spectateur en haleine. Donnant l'impression d'être tourné en temps réel et faisant ainsi figure de premier chef d'oeuvre du genre avant des classiques comme "Le Train sifflera trois fois" (1951), ce film court mais dense contient en son sein une séquence d'anthologie, celle du combat de boxe opposant le vétéran Bill Thompson (Robert RYAN dont le passé de boxeur joue à plein dans la crédibilité qu'il donne à son personnage) au jeune Tiger Nelson (Hal FIEBERLING). Faisant démonstration de sa science du montage, Robert WISE alterne les plans larges et rapprochés du ring dans lequel Bill Thompson joue son honneur avec ceux d'une arène surchauffée par des spectateurs-voyeurs alléchés par l'odeur du sang, filmés au plus près et de plus en plus pris par le spectacle ce qui fait monter la mayonnaise avec une redoutable efficacité. Mais le prologue et l'épilogue ne sont pas en reste. Le prologue dans les vestiaires laissant la salle hors-champ a un très fort pouvoir de suggestion comme si Bill Thompson attendait son tour pour l'échafaud* puisqu'il est considéré comme fini et qu'il est trahi à son insu par son entraîneur qui fait un deal avec la mafia pour truquer le match et emporter la mise. L'épilogue est quant à lui est cruel et plein d'ironie: le pays de l'Oncle Sam vend du rêve (l'enseigne "Dreamland" accolée à la salle de boxe) mais est montré comme une jungle corrompue dans laquelle l'intégrité se paie au prix fort.

"Nous avons gagné ce soir" est donc l'un des meilleurs si ce n'est le meilleur film de boxe jamais réalisé. Il a inspiré Martin SCORSESE pour "Raging Bull" (1980) et à l'évidence Quentin TARANTINO pour le personnage de boxeur joué par Bruce WILLIS dans "Pulp Fiction" (1994). Il était temps que l'oeuvre de Robert WISE soit reconnue à sa juste valeur d'autant que de l'aveu même de la Cinémathèque, elle a été moins bien conservée que celle de réalisateurs plus prestigieux.

* L'errance nocturne et angoissée de l'épouse de Bill, jouée par Audrey TOTTER fait d'ailleurs penser au premier film de Louis MALLE qui s'intitule justement "Ascenseur pour l'echafaud" (1957).

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La Tulipe noire

Publié le par Rosalie210

Christian-Jacque (1964)

La Tulipe noire

C'est par l'animation japonaise que j'ai découvert "La Tulipe noire". Le film de CHRISTIAN-JAQUE a été en effet l'un des plus gros succès français au box-office mondial et a contribué à faire de Alain DELON un "Dieu vivant" au Japon. Aussi il m'a paru assez évident que le personnage du Masque noir qui possède un double dans le manga "La Rose de Versailles" (1973) était inspiré de l'intrigue du film avant que la série animée "La Tulipe noire" en 1975 ne fasse la synthèse entre le manga de Riyoko Ikeda et le film de Christian JACQUE.

Pour le reste "La Tulipe noire" qui emprunte son titre à un roman de Alexandre Dumas mais n'a strictement rien à voir avec lui appartient à un genre de films de cape et d'épée bâtis autour d'une star très à la mode dans les années 50 et 60. Le parallèle avec "Cartouche" (1962) saute aux yeux, Jean-Paul BELMONDO étant l'autre grande vedette de cette génération à cette époque et on pense aussi évidemment à "Fanfan la Tulipe" (1951) réalisé une décennie plus tôt déjà par Christian JAQUE avec Gerard PHILIPE. On peut également mettre dans cette catégorie les films de Andre HUNEBELLE avec Jean MARAIS comme "Le Capitan" (1960). Les exemples ne manquent pas!

"Fanfan la tulipe" est un divertissement sans prétention, pas le plus flamboyant dans le genre (les américains ont fait beaucoup mieux) mais sympathique avec des effets spéciaux réussis (l'incrustation indétectable des deux Delon sur la même image). Les versions japonaises ont fait de la Tulipe noire une sorte de Robin des bois alors que le personnage de Alain DELON est dual avec un Guillaume cynique face à un Julien naïf et idéaliste qui finit par se substituer à lui, la morale est sauve! Quant à la double identité, aristocrate et voleur masqué, elle fait penser à Zorro (créé en 1919 et popularisé au cinéma par Douglas FAIRBANKS), à Batman (apparu en 1939) mais aussi à Arsène Lupin (le film avec Robert LAMOUREUX sorti en 1957).

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Mickey 17

Publié le par Rosalie210

Bong Joon-ho (2025)

Mickey 17

Un excellent sujet traité toutefois de façon trop légère pour qu'il puisse développer tout son potentiel. "Mickey 17" se laisse regarder car la mise en scène virtuose de BONG Joon-ho est plaisante. Mais hélas, elle s'éparpille dans toutes les directions et le ton uniformément cartoonesque du film transforme ce qui est tout de même à la base une sombre dystopie en une bouffonnerie. Le personnage de Mickey 17 (Robert PATTINSON) qui est une version 2.0 de l'esclave, taillable et corvéable pour l'éternité puisqu'il peut être recyclé à l'infini ressemble plus à un lapin crétin qu'à un forçat ou à un cobaye. Les questions éthiques soulevées par l'exploitation de son être par la "science sans conscience" sont aussi vite expédiées que sa conscience politique est proche de zéro. La preuve, sa principale préoccupation quelle que soit sa version consiste à s'envoyer en l'air avec Nasha ce qui limite la compassion que le spectateur peut avoir vis à vis de ses morts répétées dans d'atroces souffrances. Cette superficialité généralisée empêche également les deux versions en activité de Mickey (le gentil soumis et le macho rebelle) de s'opposer de façon véritablement pertinente. Les autres personnages sont à l'avenant, le summum étant atteint par le ridicule dictateur Marshall (joué par Mark RUFFALO) qui s'inspire à l'évidence des aspects les plus grotesques de la personnalité de Trump. Quant à la fable écologique, anticolonialiste et antispéciste, elle sent un peu le réchauffé. BONG Joon-ho est une fois de plus après "Okja" (2016) allé chercher son inspiration chez Hayao MIYAZAKI en reprenant sous le nom de Rampeurs les Omus de "Nausicaa de la vallee du vent" (1984). Mais la comparaison ne tourne vraiment pas à l'avantage du blockbuster de BONG Joon-ho, divertissant mais inoffensif.

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Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre der zorn Gottes)

Publié le par Rosalie210

Werner Herzog (1972)

Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre der zorn Gottes)

Quand la nature façonne un film et dicte son scénario, cela donne cet extraordinaire film qu'est "Aguirre, la colère de Dieu", librement inspiré de faits historiques réels*. Un film que l'on peut résumer en un affrontement entre un chef ivre de toute-puissance, d'or et de sang et une nature écrasante dans laquelle lui et ses hommes sont ravalés à l'état d'insectes. De la première scène à flanc de montagne où serpente une interminable colonie de soldats espagnols et d'esclaves indiens avançant péniblement dans la boue comme des fourmis à la dernière sur un radeau qui prend l'eau envahi par des cohortes de petits singes, le film prend l'allure d'une fable pleine d'ironie sur la vanité humaine. Celle de prétendus conquistadors réduits à l'état d'épaves subissant un environnement hostile qui décide à leur place exactement comme les incidents réels liés à l'imprévisibilité de la nature ont infléchi la trajectoire du film, tels ces impressionnants rapides qui ont pris au piège l'un des radeaux ou la brusque montée des eaux qui a emporté une partie du matériel du tournage. Cette primauté donnée à la nature ainsi que l'escamotage systématique des scènes d'action par le montage donnent une image d'impuissance qui fait méditer sur le mythe de l'Eldorado qui aurait été créé pour que la soif d'or insatiable des espagnols les entraîne vers leur propre perte, pas seulement individuelle mais civilisationnelle (c'est, je le crois la raison de la présence de femmes à bord en tenue de cour contre toute vraisemblance historique ainsi que le fantasme incestueux d'Aguirre). Klaus Kinski, acteur complètement habité par la folie incarne à merveille l'ego surdimensionné et ridicule de leur chef, Aguirre qui fait tirer au canon sur des ennemis invisibles qui l'assaillent de tous côtés en prétendant que le monde est à lui alors que son pauvre radeau se délite sous ses pieds. 10 ans plus tard, le duo infernal formé par Werner Herzog et son acteur "fétiche" avec lequel il entretenait des rapports houleux allait accoucher d'un autre chef-d'oeuvre de démesure dans la jungle, "Fitzcarraldo".

* De l’histoire d’Aguirre telle qu’elle s’est déroulée, seule l’expédition pour trouver l’Eldorado, le nom des personnages principaux, la rébellion contre Pedro de Ursúa et le sécession de la couronne d’Espagne sont attestés, le vrai Aguirre a survécu à la jungle, a descendu tout l’Amazone jusqu’à son embouchure, a remonté l’Atlantique jusqu’au Venezuela actuel où il s’est emparé de l’île Margarita avant que l’Espagne réagisse, incite les troupes d’Aguirre à faire défection, capture le conquistador et le supplicie. 

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Rio Lobo

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1970)

Rio Lobo

Arte a eu bien raison de programmer le dernier film de Howard HAWKS pour les fêtes de fin d'année. "Rio Lobo" est le mal-aimé de la trilogie de westerns en couleur que le réalisateur a tourné avec John WAYNE et a souffert de la comparaison avec "El Dorado" (1965) et surtout "Rio Bravo" (1959), sommet du western et de la filmographie de Howard HAWKS. Pourtant, le plaisir est là. Celui de se lover dans un univers familier et chaleureux dont "Rio Lobo" offre une déclinaison peut-être en mode mineur mais savoureuse en compagnie du Duke, certes vieillissant et bedonnant mais qui fait office comme le dit l'un des personnages féminins du film (il y en a trois!) d'excellente "bouillotte". Ce n'est pas le seul trait d'auto-dérision qui nous régale, outre le qualificatif de "bébé baleine" relatif à son embonpoint il doit subir également un charcutage chez le dentiste parce qu'il serait un "trop mauvais acteur" (une façon intelligente de répondre à ses détracteurs). A ses côtés, l'ami fidèle et ancien adversaire (Jorge RIVERO), son jeune adjoint (joué par le fils de Robert MITCHUM) et un vieux briscard pittoresque râleur et amateur d'alcool. Non plus Walter BRENNAN mais Jack ELAM dont la gueule mal rasée et l'oeil à moitié fermé est resté célèbre pour l'ouverture de "Il était une fois dans l'Ouest" (1968). A ce "men's club" hétéroclite et retranché devant se défendre contre des ennemis plus nombreux et plus forts, il faut ajouter les trois jeunes femmes du film, au physique trop mannequin pour s'intégrer harmonieusement dans le western mais qui sont partie prenante du récit, maniant la gâchette et prenant les coups au lieu de regarder passer les trains. Il y a quelques longueurs mais aussi d'excellents morceaux de bravoure comme l'attaque du train par les sudistes au début du film. "Rio Lobo" a beau restituer toute la saveur de l'univers hawksien, le magnifique générique mélancolique à la guitare sèche nous rappelle que c'est son film-testament, son chant du cygne.

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