Deux films pour le prix d'un:"Les Trois mousquetaires" (1973) a été présentée au casting comme un seul film de 3h et ceux-ci n'ont pas apprécié l'arnaque de sa division finale en deux films au point d'intenter un procès à la production et de le gagner. "On l'appelait Milady" est donc la suite de "Les Trois mousquetaires". Une suite plus délicate à négocier pour Richard LESTER. Globalement c'est toujours plaisant à suivre mais il y a moins d'inventivité dans les scènes de combat que dans le premier volet (hormis celle qui se déroule sur la lac gelé et le duel final) et le burlesque se marie mal avec la tonalité plus sombre de la deuxième partie du roman de Alexandre Dumas. Une deuxième partie dans laquelle plusieurs personnages majeurs de la saga trouvent la mort et d'autres deviennent des assassins, c'est sans doute pourquoi la mémoire collective (et nombre d'adaptations) préfèrent ne retenir que le buddy movie de cape et d'épée plein d'aventures et de romanesque. En restant fidèle à l'écrivain, Richard LESTER se retrouve en porte-à-faux par rapport à son propre style ce qui parfois vire à l'incohérence: son d'Artagnan reste un personnage léger, adepte du libertinage (on sent bien l'influence des années 70) et en même temps il est confronté à des situations et à des décisions graves face auxquelles il manque de crédibilité. Porthos (Frank FINLAY) est toujours aussi insignifiant tout comme Constance Bonacieux (Raquel WELCH). En revanche celui qui se réserve la part du lion est Oliver REED avec son passé tragique l'enchaînant à Milady de Winter (Faye Dunaway) plus diabolique que jamais.
"La Rose et la flèche" (1976) était jusqu'à présent le seul film que je connaissais de Richard LESTER. "Les Trois mousquetaires" réalisé trois ans auparavant a pour point commun son regard iconoclaste sur le héros populaire. D'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis sont transformés en personnages burlesques et tout en étant documenté historiquement, le film se permet des anachronismes qui font penser à "The Three Must-Get-Theres" (1922) de Max LINDER. Richard LESTER s'est également inspiré de Buster KEATON en instaurant des gags millimétrés lors des scènes d'action lorsque Athos se retrouve par exemple pendu par sa cape à un moulin à eau alors qu'il allait triompher de son ennemi. Le sérieux des combats cape et d'épée est systématiquement désamorcé soit par le contrepoint de la scène où ils se déroulent (un monastère de femmes, des lavandières qui se retrouvent au milieu des combattants), soit par des gags burlesques comme la scène où le combat devient un numéro d'illusionniste destiné à escamoter de quoi faire un bon repas ou bien celle qui remplace les boucliers par des lanternes portatives ou encore celle qui est sans cesse perturbée par des feux d'artifices. On peut ajouter que les mousquetaires sont loin d'être de fines lames. Leurs combats sont laborieux (comme le seront ceux du Robin des bois vieillissant joué par Sean CONNERY) et souvent maladroits. D'Artagnan, le plus jeune et le plus fougueux rate nombre de ses cascades, les trois autres passent leur temps à se blesser. Comme Robin des bois également, l'origine paysanne de d'Artagnan est soulignée dans fait notamment qu'il est illettré. Mais si Richard LESTER soigne remarquablement les détails (son film est vivant, rempli de détails charmants comme une partie d'échecs grandeur nature avec des animaux) il est quelque peu desservi par son casting international hétéroclite. Ainsi Raquel WELCH et Geraldine CHAPLIN ne sont pas convaincantes en Constance Bonacieux et la reine Anne d'Autriche tout comme Jean-Pierre CASSEL en Louis XIII benêt affublé d'un doublage ridicule. Michael YORK est en revanche très bon dans le rôle de d'Artagnan tout comme Faye DUNAWAY dans celui de Milady et Christopher LEE dans celui de Rochefort. Les mousquetaires sont inégaux: Athos (Oliver REED) et Aramis (Richard CHAMBERLAIN) sont charismatiques mais Porthos (Frank FINLAY) nettement moins.
Dans les années 80, je regardais à la TV la série "Nord et Sud" (1985) qui racontait l'histoire d'une amitié entre deux américains, l'un du Nord et l'autre du Sud qui s'étaient rencontrés à l'académie militaire de West Point mais par la suite s'étaient retrouvés dans des camps ennemis lors de la guerre de Sécession. "La Piste de Santa Fe" qui se déroule quelques années avant l'éclatement de la guerre civile américaine est également une histoire de camaraderie entre jeunes officiers formés à West Point, école montrée comme le creuset des USA lors de la cérémonie de remise des diplômes où les Etats dont sont originaires les jeunes officiers sont mentionnés. Cet aspect de propagande patriotique s'explique par le contexte du tournage alors que la seconde guerre mondiale avait débuté et que les USA étaient divisés sur le principe d'une intervention en Europe. Bien que la plupart des officiers mis en avant dans la film aient réellement existé et qu'ils se soient affrontés durant la guerre de Sécession (ce que prédit dans le film une vieille indienne, ne récoltant qu'une incrédulité hilare de la part des principaux concernés), le film met en avant une communauté de valeurs qui transcende les clivages. La cohésion du groupe est assurée par le combat contre "l'ennemi de l'Union", John Brown (Raymond MASSEY), un abolitionniste fanatique prêt à mettre les USA à feu et à sang pour sa cause, certes noble, mais qu'il dessert par les méthodes jusqu'au-boutistes qu'il emploie. Face à lui, Jeb Stuart le sudiste (joué par l'élégant Errol FLYNN dont c'était la onzième collaboration avec Michael CURTIZ, la plus connue étant "Les Aventures de Robin des Bois" (1937) où il est d'ailleurs déjà accompagné par Olivia de HAVILLAND qui sera sa partenaire à huit reprises) ne cesse de répéter que le Sud trouvera lui-même la solution à l'esclavage si on lui en laisse le temps (ce qui n'a pas été le cas). Il est secondé par un nordiste, George Custer joué par Ronald REAGAN, futur président des USA qui reste dans son ombre.
Même si l'aspect historique de ce western est fort intéressant, surtout au vu du contexte actuel où les clivages du passé refont surface, le plaidoyer en faveur de l'unité des USA semble une fois de plus bien embarrassé par la question afro-américaine. Certes, on est plus au temps de "Naissance d une nation" (1915) mais les quelques personnages noirs que l'on voit dans le film ont bien peu de temps d'écran et sont montrés comme les otages silencieux d'une querelle entre blancs. De même, comment ne pas sourire devant les nombreux cartons situant l'action à la frontière de la "civilisation" (la seule, l'unique!!), un terme qui rappelle au spectateur d'aujourd'hui que la conquête de l'ouest a été une forme de colonisation. Il est donc nécessaire de prendre du recul par rapport au discours du film. Par ailleurs, son réalisateur, Michael CURTIZ réussit de spectaculaires scènes d'action, bien secondé par Errol FLYNN: celle de la grange en flammes et celle de l'assaut final à Harper's Ferry sont dirigées de main de maître.
"Scarface" est un film énorme, fruit de la rencontre de trois génies du cinéma alors au sommet de leur art: Al PACINO, Oliver STONE et Brian DE PALMA. Et on peut même doubler la mise si on ajoute les créateurs du film original auquel est dédié le remake, Howard HAWKS et Ben HECHT sans oublier l'idée de génie de Sidney LUMET (premier réalisateur pressenti) de transposer l'histoire originale dans le milieu de la pègre cubaine à Miami. Le résultat est un film culte qui réussit la fusion entre la tragédie antique et shakespearienne et le grand-guignol pop et kitsch. Tragédie par les thèmes abordés (l'ascension et la chute implacable d'un caïd de la drogue empêtré dans des contradictions insurmontables, sa jalousie incestueuse vis à vis de sa soeur qui s'inspire de l'histoire des Borgia) mais traitement outrancier, caricatural qui tourne en dérision le rêve américain et par extension, la réussite capitaliste. Tout n'est que mensonge, vacuité, sauvagerie et vulgarité bling-bling. De ce point de vue, Tony Montana est l'antithèse absolue de Michael Corleone et bien que l'on sache qu'ils sont incarnés par le même acteur, il est impossible de les confondre. Personnages bigger than life, ils ont droit tous les deux à une sortie théâtrale mais là où le second inspire selon les propos d'Aristote la terreur et la pitié, le premier n'est qu'un risible bouffon qui gesticule le nez dans la semoule ou plutôt la coke et n'a que trois mots à son vocabulaire (dont le mot "fuck", répété 182 fois!) La bêtise du bonhomme qui tombe dans tous les panneaux du mirage américain n'a d'égale que sa sauvagerie incontrôlée. Celui-ci allant logiquement de frustration en déception au fur et à mesure que ses illusions se dissipent avance inéluctablement vers sa propre fin. J'ai pensé au court-métrage diffusé récemment sur Arte "Camille" qui raconte par la bouche d'une petite fille la chute de Jérôme Kerviel qui croyait "tenir le monde par les couilles". Le globe terrestre orné de la formule "The world is yours" qui orne le hall de la villa de Tony Montana en est un avatar. On sait quel traitement Charles CHAPLIN a réservé à ceux qui se prennent pour les maîtres du monde. Tony Montana a oublié que la formule qu'il a fait graver sur le globe, il l'a d'abord aperçue sur un ballon dirigeable qui a fini par lui exploser à la figure, libérant le néant qui l'habitait.
Oh non! Avais je pensé, consternée en voyant la bande-annonce. Ils n'avaient pas osé. Et bien si. Et sans la manière en plus, ne cherchant même pas à cacher le cynisme de l'entreprise d'exhumation d'une saga vieille de presque 20 ans. Ce n'était ni fait, ni à faire. Voilà ce que j'ai pensé en me décidant finalement à regarder cette consternante... quoi au juste? Suite? Reboot? Remake? Peu importe au fond. S'il y a quelque chose à retenir de ce film, c'est que les studios hollywoodiens pressent tellement leurs franchises comme des citrons qu'ils en arrivent à des summums d'absurdité. C'est d'ailleurs un cauchemar pour les auteurs de ces univers qui se retrouvent enfermés pour le reste de leur vie avec ces personnages à succès dont ils ne peuvent plus se débarrasser. C'est d'ailleurs je pense ce qu'a voulu maladroitement exprimer Lana WACHOWSKI (sa soeur ayant préféré jeter l'éponge) sous couvert de donner une vision méta au film. Ce qui créé une sensation de malaise, la réalisatrice ne cherchant nullement à cacher son mépris vis à vis de la Warner et de la soupe qu'elle se sent obligé de concocter pour eux et "les spectateurs-moutons" qui veulent toujours qu'on leur serve les mêmes recettes. De fait "Matrix: Résurrection" sent fort le cadavre réanimé à la manière des Inferi de Harry Potter (autre franchise Warner), notamment avec un Keanu REEVES qui semble se demander ce qu'il fait là. On se demande d'ailleurs ce que son personnage a fichu depuis 18 ans ainsi que celui de Carrie-Anne MOSS qui n'est guère mieux en point (et je ne parle même pas du passage-éclair de Lambert WILSON qui s'avère totalement ridicule). Mais eux aussi, ont-ils le choix? Le scénario de "Matrix Revolutions" (2003) les faisait mourir, la nouvelle les ressuscite. Si les acteurs refusent de revenir, on les remplace par d'autres et peu importe que ce ne soient que de pâles copies de Laurence FISHBURNE et de Hugo WEAVING. Ou bien, autre possibilité, on les recréé à l'aide d'effets spéciaux comme dans "Rogue One: A Star Wars Story" (2016). D'ailleurs, la dernière mouture de Matrix s'inspire du VIIe épisode avec une jeune génération de fans de Neo qui cherchent à lui prouver qu'il a changé le monde. Sauf que ces nouveaux personnages sont inconsistants tout comme le nouveau grand méchant, ennuyeux à mourir. L'histoire reprend en fait la trame du premier volet quasiment à l'identique sous une couche de complexification nébuleuse (l'échec à créer une intrigue qui se tient explique les abondantes images d'archives histoire de ne pas totalement perdre le spectateur) et les rares aspects qui auraient pu apporter une plus-value ne sont pas creusés (comme la nouvelle relation de coopération entre humains et certaines machines qui prennent des formes animales). Cette profonde médiocrité se ressent jusque dans les scènes d'action, brouillonnes et paresseuses sans plus rien de ce qui faisait la patte caractéristique de cet univers (car il n'y a pas qu'une partie du casting et l'une des réalisatrices qui a déclaré forfait, c'est le cas aussi du chorégraphe Woo-Ping YUEN, du chef-opérateur Bill POPE, du compositeur Don DAVIS ou du superviseur des effets spéciaux John Gaeta, bref les rats ont quitté le navire avant qu'il ne coule). Lana WACHOWSKI et Lilly WACHOWSKI avaient à l'origine des ambitions mais leur pacte avec le diable a finit par avoir leur peau (créatrice). Ceci étant, l'acte suicidaire de Lana WACHOWSKI a eu au moins une vertu: les spectateurs ont boudé un film qui les méprisait ouvertement ce qui semble être la seule manière aujourd'hui d'arrêter le massacre de l'art populaire (comme d'ailleurs pour les animaux fantastiques, autre saga à rallonge de la Warner mal fichue qui a contribué à ternir l'aura de J.W Rowling).
Bien que "Serpico" soit un cran en dessous du chef-d'oeuvre qu'est "Un après-midi de chien" (1975) en ce qui concerne la tension dramatique il a en commun avec lui une histoire tirée de faits réels, un regard critique sur la société américaine, un style documentaire percutant et une figure centrale d'inadapté social porté par un Al PACINO intense. Dire que Serpico est un flic intègre qui part en croisade, tel un Don Quichotte des temps modernes contre la corruption qui gangrène à tous les étages l'institution pour laquelle il travaille est un résumé superficiel du film. Le réduire à cet aspect, c'est en effet passer à côté du personnage. Ce que Sidney LUMET filme avant tout, c'est le parcours d'un homme qui ne s'intègre pas au nom de son intégrité et qui donc de ce fait est profondément seul. Dans le film, il n'existe véritablement qu'un personnage qui est proche de lui, celui du commissaire: il symbolise le juif errant qui reconnaît en Serpico une figure christique et le pousse à assumer jusqu'au bout les conséquences de sa quête de justice et de vérité: "si nous obtenons des inculpations, il faudra que vous soyez témoin" (sous-entendu, quitte à en payer le prix). Les autres attendent de lui qu'ils se fondent dans un rôle: celui du flic ripoux qui présente bien afin de ne pas ternir l'image de la police, celui de l'époux et du père pour ses petites amies successives qui ne semblent pas imaginer pouvoir vivre par elles-mêmes. Or Serpico fait exactement l'inverse car il est incapable d'être autre chose que lui-même. Par conséquent il n'entre pas dans les cases. Son look hippie de plus en plus affirmé au fur et à mesure que les années passent (très semblable à celui de John LENNON) et son style de vie bohème détonent dans le milieu. Une des meilleures scènes du film le montre dans sa prime jeunesse participant à une soirée étudiante avec sa petite amie Leslie dont un des amis lui dit qu'elle n'est excitée que par les intellectuels et les génies. Pas étonnant qu'il ait bien du mal à croire que Serpico soit flic. A l'inverse, les ragots sur son homosexualité supposée circulent chez ses collègues de travail autant par son refus d'utiliser la violence sur les détenus que par sa culture qu'il ne cherche pas à dissimuler, y compris lorsqu'elle a des connotations efféminées. Une fois de plus, on constate que l'image est le cadet de ses soucis et que son parcours dans la police est une succession de faux pas qui l'amènent à s'aliéner à peu près tout le monde. D'autant qu'en découvrant qu'il ne peut obtenir aucun secours d'une hiérarchie qui couvre les agissements véreux de ses employés, il les balance à la justice et aux médias devenant ainsi un traître. Le film de Sidney LUMET par-delà le contexte de sa réalisation en pleine contre-culture contestataire a ainsi toujours un caractère actuel, Serpico étant un lanceur d'alerte d'avant l'ère numérique.
L'un des premiers numéros de "Blow Up" que j'ai regardé sur Arte en 2014 avait pour thème "les lunettes au cinéma" et citait largement "Invasion Los Angeles", plus précisément la scène assez géniale où John Nada (Roddy PIPER que j'ai longtemps confondu avec l'acteur fétiche de John CARPENTER, Kurt RUSSELL) découvre grâce à elles la véritable nature du monde dans lequel il vit, que l'on peut comparer, en bien plus artisanal (série B oblige) à "Matrix" (1998). Dans ce monde, la grande majorité des hommes sont asservis à leur insu par des extra-terrestres qui ont colonisé la planète en prenant leur apparence, aidés par une élite humaine qui prospère sur le dos des masses laborieuses. Celles-ci sont exploitées et manipulées à coups de messages de propagande subliminaux que la plupart ne veulent pas voir: les lunettes sont alors une métaphore de la prise de conscience comme les pilules de "Matrix". A ceci près que "Matrix" en dépit de ses prétentions intellectuelles initiales a été rapidement récupéré par l'industrie hollywoodienne et est devenu du pur divertissement alors que le film indépendant de Carpenter utilise le cerveau reptilien (au lieu du "Néo"-cortex ^^) pour livrer une satire féroce du libéralisme reaganien qui gangrène les cerveaux à la manière des aliens de "L Invasion des profanateurs de sépultures" (1956). On peut même remonter plus loin dans l'histoire des USA. Le chômage de masse et les bidonvilles ressemblent aux Hooverville de la crise de 1929 (renommés ironiquement "Justiceville" dans le film) et l'arrivée de John Nada à Los Angeles au début du film s'inscrit dans la plus pure tradition du western ("I'm a poor lonesome cowboy"). Cet homme venu de nulle part et n'ayant aucune attache est un énième avatar de "L Homme des vallées perdues" (1953) et de "Pale Rider - Le cavalier solitaire" (1985) en attendant "Drive" (2011), une figure de justicier. Il n'est pas "sans nom" mais c'est tout comme puisque "Nada" son patronyme signifie "rien du tout". Il est donc destiné à disparaître comme il est venu après avoir accompli sa mission (cathartique).
Depuis le mauvais "Les Animaux fantastiques: Les Crimes de Grindelwald" (2018), je n'attends plus rien de cette préquelle dont le but est d'exploiter commercialement une franchise populaire à l'instar de Star Wars. J'ai d'ailleurs attendu sa sortie en VOD pour le regarder et je m'en suis félicité. Car si sur le plan technique, c'est toujours très bien fait, sur le plan du fond, désolé mais ça ne tient toujours pas la route. Certes, il est mieux structuré que le deuxième film qui partait dans tous les sens et nous perdait en chemin. Mais il a bien peu de choses à nous raconter. La plupart des secrets de Dumbledore (les circonstances de la mort de sa soeur ou la nature de son lien avec Grindelwald), on les connaît déjà. Tout au plus pourra-t-on porter au crédit d'un film aussi mainstream d'appeler enfin un chat un chat après douze ans à avoir tourné autour du pot (quinze si on compte depuis la parution du septième tome de la saga). Il n'y a qu'un seul scoop en fait qui est la révélation de la généalogie de Croyance. Mais comme le personnage n'est guère passionnant, pas plus que son père d'ailleurs, cela tombe à plat. Pour le reste, le film s'avère comme son prédécesseur extrêmement ennuyeux dans sa dimension politique (qui reste prédominante)*, ne sait toujours pas quoi faire de son quatuor du premier volet (Norbert, Jacob, Queenie et Tina que l'on ne voit presque pas) et donc multiplie les personnages "kleenex" ce qui est selon moi sa principale faiblesse. S'y ajoute un fan service persistant même si moins outré que dans le deuxième volet. Et une multitude d'incohérences liées à un scénario dont on sent qu'il s'écrit (comme pour certaines séries à rallonge) au fil de l'eau. L'une des plus grotesques concerne Croyance et Queenie qui semblent pouvoir changer de camp à leur guise et sans en subir la moindre conséquence. A ce rythme, le je-m'en-foutisme de Steve KLOVES et de J.K. ROWLING fera bientôt revenir des morts à la vie. Il est déjà acté que les acteurs (comme les personnages hormis ceux liés à la saga d'origine) sont interchangeables: on le voit avec le changement brutal d'interprète pour Grindelwald mais aussi pour Mac Gonagall (d'âgée, elle devient jeune suite aux critiques des fans après la sortie du deuxième volet).
*Le seul passage que j'ai trouvé vraiment réussi -celui de la prison dans laquelle Norbert (Eddie REDMAYNE toujours excellent mais hélas toujours sous-employé) imagine un moyen original de neutraliser l'agressivité des scorpions- me fait d'autant plus regretter le manque global de légèreté et de fantaisie de ce volet (comme du précédent).
"Novembre" de Cédric JIMENEZ est l'autre film à voir en ce moment au cinéma sur le sujet des attentats du 13 novembre 2015. Là où "Revoir Paris" (2021) portait un regard intimiste sur les victimes et leur reconstruction, Cédric Jimenez réalise un film d'action sobre et efficace qui s'intéresse à l'enquête et à la traque des terroristes durant les cinq jours qui ont suivi l'attentat. Son approche fait penser à "Zero Dark Thirty" (2012) de Kathryn BIGELOW notamment sur la fin qui culmine avec la spectaculaire intervention du RAID et du BRI dans la planque des derniers membres du commando à Saint-Denis. Si le spectateur est plongé en immersion durant 1h40 dans les opérations de filature, d'écoute, d'arrestations et d'interrogatoires musclés, le film a tendance à se répéter et surtout à survoler ses très nombreux personnages comme une machine bien huilée mais quelque peu désincarnée. Heureusement, il y a tout de même un aspect déterminant de cette enquête qui est creusé et qui va complètement à l'encontre de cette approche ultra "testostéronée". Il s'agit du choix de l'une des enquêtrices (jouée par Anaïs DEMOUSTIER) de s'écarter de la procédure pour se fier à son intuition, en s'appuyant notamment sur le témoignage d'une lanceuse d'alerte, Samia (Lyna KHOUDRI) qui au départ ne recueille quasiment que du scepticisme voire de la défiance au sein des enquêteurs alors qu'il va s'avérer déterminant pour parvenir à localiser Abdelhamid Abaaoud, le chef du commando terroriste. On peut déplorer de l'avoir représentée avec un foulard comme s'il était impossible que des maghrébins puissent être athées (ou juifs ou chrétiens ou bouddhistes!) ce que la principale intéressée a fait rectifier par une mention à la fin du film mais il est intéressant de voir comment cette jeune femme qui n'entrait décidément pas dans les cases a obligé la législation à s'adapter en mettant en place pour elle le statut de témoin protégé en principe réservé jusque-là aux repentis (du jihadisme).
Sorti six ans après "L'Arme fatale 3" et onze ans après "l'Arme fatale 1", "L'Arme fatale 4" est le film du bilan. Les personnages ont pris un coup de vieux, surtout Martin Riggs (Mel GIBSON) qui a coupé sa crinière et arbore un look de quadragénaire plus posé allant de pair avec sa situation personnelle en voie de "normalisation". Heureusement en dépit de ses dires sur sa supposée perte de forme physique, il en a encore sous le pied pour combattre le charismatique Jet LI dont c'était le premier film hollywoodien et qui fait une impressionnante démonstration de ses talents en arts martiaux. De façon plus générale, les scènes d'action sont toujours aussi bien orchestrées. Quant aux vannes entre potes (Riggs, Murtaugh alias Danny GLOVER, Leo Gletz alias Joe PESCI et le nouveau venu, Lee Butters alias Chris ROCK que je n'ai pas trouvé spécialement drôle), si elles ne se renouvellent pas vraiment, au moins elles aèrent une intrigue assez peu inspirée dans le fond. Les triades chinoises ont remplacé les néo-nazis dans le rôle des méchants dont on se paye la tête et si la maison de Murtaugh est encore une fois détruite, la photo de famille finale a un petit côté "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" avec un ancien kamikaze devenu respectable mari et père de famille et un ancien truand évoquant sa petite grenouille pour seul ami. Bref une fin très américaine mais un film qui clôt la série agréablement.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)