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Les Pétroleuses

Publié le par Rosalie210

Christian-Jacque (1971)

Les Pétroleuses

S'il n'y avait pas Brigitte BARDOT et surtout Claudia CARDINALE, il ne resterait rien de "Les Petroleuses" (1971) tant c'est mauvais. Et encore, "BB" paraît quand même limitée alors que sa compatriote s'amuse comme une petite folle sur un terrain de jeu fait pour elle. Ce film éclaire en effet particulièrement bien le côté garçon manqué de Claudia CARDINALE qui mène ses quatre frères "Dalton" à la baguette, est comme un poisson dans l'eau sur un cheval, braque les trains et ne craint pas la bagarre. Seulement, Claudia CARDINALE a fait tant de beaux films, y compris dans le genre du western qu'on peut tout à fait se dispenser de celui-là, sauf éventuellement pour ceux qui voudraient se rincer l'oeil (bien que centré sur des cow-girls, c'est un monument de male gaze, notamment sur les décolletés plongeants, des poitrines généreuses ou des fesses rebondies). Pour le reste, l'intrigue est anémique, la plupart des acteurs jouent en roue libre et l'humour tombe complètement à plat: "Bougival junction" qui repose sur l'idée de transplanter la France rurale avec son beaujolais, sa baguette, ses courses cyclistes, ses coiffes bretonnes ou alsaciennes en Arizona ça ne marche jamais. CHRISTIAN-JAQUE qui est arrivé en cours de route sur le tournage n'a pas réussi à redresser la barre et pour cause: j'ai retrouvé dans ce film la désinvolture, la vacuité, le ton infantile et le regard lubrique déjà présents dans "Fanfan la Tulipe" (1951).

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Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (1976)

Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Un western magistral qui aurait dû adouber dès ce cinquième film Clint EASTWOOD comme un grand cinéaste si les préjugés de l'époque n'avaient pas aveuglés les critiques. Il y a eu tout de même une célèbre exception, Orson WELLES, pas vraiment un manchot en matière de réalisation qui à juste titre a dit que Clint EASTWOOD était le cinéaste le plus sous-estimé du monde. Il n'a pas vu le temps lui faire justice. En attendant, "Josey Wales hors-la-loi" qui renoue avec brio avec le western classique alors moribond est une odyssée qui part de la pire déchirure qu'aient connus les USA à savoir la guerre de Sécession (dont on découvre à cette occasion les ramifications complexes et peu ragoûtantes) pour recoudre peu à peu le tissu national en y intégrant toutes ses composantes. Mais nul aspect ronflant ou démonstratif, ce travail de reconstruction s'effectue au travers du parcours d'un individu, Josey Wales qui à la suite du massacre de sa famille se transforme en un impitoyable vengeur insaisissable et quasi-invincible. Sauf que sur son parcours et plutôt malgré lui toute une galerie de personnages hauts en couleur viennent se greffer, qu'ils soient esseulés ou en mauvaise posture si bien que le solitaire farouche se retrouve à la tête d'une petite communauté qui le moment venu vient lui prêter main-forte: Josey Wales n'a plus à jouer les super-héros, il n'est plus seul et on pense alors à Howard HAWKS et à son formidable "Rio Bravo" (1959) sauf qu'il y a des femmes de tous âges et des indiens autour de lui, et même un chien pas rancunier, au vu des nombreux jets de chique qu'il se prend dans le museau (l'un des gimmicks qui rend Josey Wales inoubliable). On pense aussi à John FORD pour la beauté époustouflante des paysages traversés et pour la réflexion humaniste (sur la place des indiens notamment - eux aussi avec leurs traumatismes historiques - et la possibilité d'une réconciliation). Mais avec une touche seventies et personnelle que ce soit sur les cicatrices de la guerre du Vietnam (les politiques en prennent pour leur grade, les charlatans aussi) ou sur le statut des femmes qui ne jouent pas les utilités mais sont de véritables protagonistes.

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Le salaire de la peur

Publié le par Rosalie210

Henri-Georges Clouzot (1953)

Le salaire de la peur

En le revoyant, j'ai été frappée par les similitudes entre la première heure de "Le salaire de la peur" et le début de "Le Trésor de la Sierra Madre" (1947) avec son échantillon d'épaves occidentales croupissant dans un bled paumé et poisseux d'Amérique latine*. Sauf que la sortie de secours (ou plutôt son simulacre) n'est pas la quête d'un filon aurifère au coeur de la montagne mais une grosse somme d'argent à empocher au terme d'une mission-suicide pour une compagnie pétrolière américaine tenue par un homme véreux. Elle consiste à acheminer sur de mauvaises routes pleines de chausse-trappe des camions remplis de bidons de nitroglycérine prêts à exploser à tout moment. Cette construction faisant se succéder l'aventure, l'action et le thriller en lieu et place de l'immobilisme en huis-clos n'a rien d'une libération et tout d'une descente aux enfers avec des pièges mortels à chaque pas. Il y a quelque chose d'absurde dans le destin des personnages, tous des morts en sursis qui pourtant n'ont pas hésité à écraser plus faibles qu'eux pour obtenir le job au terme d'une séquence de darwinisme social impitoyable. Tout cela pour tomber sous le joug d'une domination plus grande encore, celle de la colonisation américaine. Que l'on pense par exemple à Luigi, le cimentier calabrais aux poumons rongés par la silicose et qui choisit la mission kamikaze plutôt que la mort à petit feu. Son compagnon de route, Bimba a fui le nazisme pour se retrouver dans un trou à rats. Monsieur Jo (Charles Vanel) est un truand en cavale vieillissant qui veut prouver qu'il est encore le caïd sauf qu'il se révèle lâche et pathétique, tombant sous l'emprise de Mario (Yves Montand dans son premier grand rôle) que l'épreuve révèle courageux, déterminé mais également implacable et cruel. Contrairement à Luigi et Bimba qui ont des relations égalitaires, ceux de Jo et Mario faits de renversements de domination et de sujétion à la "The Servant" (1962) se teintent d'un sado-masochisme trouble, à connotation homosexuelle, surtout après la traversée très organique de la mare de pétrole. Chaque nouvel obstacle à franchir, véritable morceau de bravoure filmé avec un suspense haletant dépouille en effet un peu plus les personnages de leurs faux-semblants et le chemin de croix finit par acquérir une dimension existentielle que la fin, tragique et si possible plus absurde encore que le reste ne fait que confirmer.

*Et je me demande également si le film de Henri-Georges CLOUZOT n'a pas inspiré l'image introductive des insectes pris au piège de "La Horde sauvage" (1969).

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L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Publié le par Rosalie210

John Sturges (1976)

L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Des acteurs anglo-saxons jouent des nazis qui se font passer pour des parachutistes polonais, vous suivez? Il vaut mieux parce qu'en plus le commando kamikaze dirigé par le lieutenant-colonel Kurt Steiner (Michael CAINE) obéit au code d'honneur de la chevalerie et non à l'idéologie nazie. Concrètement, cela signifie qu'il fait passer la protection de la veuve et l'orphelin avant d'accomplir sa délicate mission, y compris quand ils sont juifs. Aucun ne semble être au courant en 1943 de "la solution finale" car le film qui date de 1976 et adapte un roman de 1975 épouse la théorie des gentils soldats de la Wehrmacht contre les méchants SS. Enfin, ils ne sont pas si gentils que ça puisque leur mission consiste tout de même à enlever voire assassiner Winston Churchill. C'est paraît-il tiré d'une histoire vraie et je ne doute pas que des tentatives aient eu lieu en ce sens pendant la guerre mais les circonstances semblent ici farfelues car cette poignée d'hommes en territoire ennemi n'a clairement pas les moyens de ses ambitions en dépit de quelques alliés eux aussi joués par des acteurs improbables (Donald SUTHERLAND en irlandais par exemple). On soulignera également la présence du futur "JR" de "Dallas" (1978) alias Larry HAGMAN avec son unité de cowboys dans le rôle d'un commandant peu efficace. Ceci étant, si on oublie ce scénario invraisemblable (pour ne pas dire grotesque) et ce micmac de nationalités, on passe plutôt un bon moment, le film est divertissant et le casting est étincelant. Dernière incongruité cependant pourquoi avoir traduit par "L'aigle s'est envolé" un titre en VO qui semble dire exactement le contraire?

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Outsiders

Publié le par Rosalie210

Francis Ford Coppola (1983)

Outsiders

Autant "Rusty James" (1983) m'a laissé une impression mitigée malgré sa magnificence formelle (ou peut-être justement à cause d'elle tant ce bel objet arty se contemple à distance), autant j'ai aimé sans réserve son film jumeau* injustement mésestimé dans la carrière de Francis Ford COPPOLA. Formidable pépinière de talents (c'est l'un des premiers films de Patrick SWAYZE, Rob LOWE et Tom CRUISE), le film qui se déroule à l'époque de James DEAN s'appuie sur une intrigue proche de celle de "West Side Story" (1960) à savoir la rivalité de deux bandes, les greasers et les socs qui n'est pas fondée sur l'origine ethnique mais sur les inégalités de classe. Logiquement, le scénario s'intéresse beaucoup plus au gang de jeunes issu de milieux défavorisés, les greasers (surnommés ainsi parce qu'ils gominent leurs cheveux qu'ils portent plutôt longs) et contient une question sous-jacente relevant de la sociologie: à milieu égal, quels sont les facteurs qui font qu'on s'en sort ou pas? La réponse réside dans le fait que la pauvreté n'est qu'un paramètre parmi d'autres tout aussi déterminants dont la famille, l'un des thèmes privilégiés de Francis Ford COPPOLA. Johnny et Ponyboy qui s'aiment comme deux frères ont sensiblement le même âge (13-14 ans), la même origine sociale, la même sensibilité littéraire aussi. L'un veut lire dans le texte "Autant en emporte le vent", l'autre récite des poèmes. Tous deux, à l'image de Jim et Pluto dans "La Fureur de vivre" (1955) sont sensibles à la beauté du monde qu'ils contemplent non dans un planétarium mais directement sous les étoiles. Seulement Johnny n'a nulle part où aller, son foyer étant un enfer de violence et d'alcoolisme dont il s'extrait le plus souvent possible. La seule chose qui le rattache au monde, c'est la bande à laquelle il appartient et en particulier cet ami qui lorsqu'on s'attaque à lui l'amène à commettre l'irréparable. Ponyboy a la chance d'être protégé, non seulement par Johnny mais par sa fratrie dont il est le cadet et qui est dominée par la figure de Darry (Patrick SWAYZE avait déjà 30 ans au moment du tournage). Même si celle-ci n'est pas à l'abri de tensions et d'errements, la solidarité et l'amour qui circule entre les trois frères orphelins est remarquablement mise en scène. Mais on s'attache tout autant à Johnny (joué par Ralph MACCHIO), bouleversant lors d'un acte de rédemption qui lui brûlera les ailes. Même Dallas, le chef de bande dur à cuire tout juste sorti de prison (joué par Matt DILLON) est montré comme un être cherchant désespérément à sortir de son impuissance et de son enfermement. La bande originale est superbe

* "Outsiders" a été réalisé conjointement à "Rusty James" avec la même équipe, au même endroit (Tulsa dans l"Oklahoma) et est l'adaptation d'un roman de la même autrice, Susan Eloise Hinton qui a participé au scénario.

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Rusty James

Publié le par Rosalie210

Francis Ford Coppola (1983)

Rusty James

"Rusty James" est l'un des deux volets du diptyque que Francis Ford COPPOLA a consacré à l'adolescence au début des années 1980 à partir de deux romans de Susan E. Hinton (qui a participé à l'écriture du scénario) en conservant la même équipe et les mêmes lieux de tournage à Tulsa dans l'Oklahoma. D'ailleurs les films ont été réalisés en même temps. Mais si "Outsiders" (1983) est classique dans sa forme, "Rusty James" relève plutôt du cinéma expérimental. Tourné dans un noir et blanc expressionniste, "Rusty James" contient plusieurs trouvailles formelles, notamment celles qui se rapportent au dérèglement sensoriel de son grand frère surnommé "Motorcycle boy". Alors qu'on nous présente ce dernier comme un dangereux chef de gang dont le nom s'affiche sur tous les murs et dont l'aura est d'autant plus grande qu'il a disparu de la circulation pour une virée au soleil de la Californie, le voilà qui réapparaît, bien différent de la réputation qui l'accompagne. C'est sa vision du monde que le film épouse: privée de couleurs (il est daltonien) à l'exception de celles des poissons d'aquarium, les "rumble fish" du titre en VO à qui il souhaite rendre leur liberté*, et déréglée sur le plan sonore en référence à sa surdité. Lui-même parle avec une voix extrêmement douce qui est presque un murmure. Surtout, "Motorcycle boy" ne revient pas pour reprendre son rôle de gangster mais pour protéger et aider son petit frère à échapper à la fatalité à laquelle lui-même semble condamné (fatalité incarnée par le personnage du flic) dans une sorte de pulsion sacrificielle. Pour rajouter une couche de mythification, tout chez "Motorcycle boy" rappelle le Marlon BRANDO de "L'Equipee sauvage" (1953) et celui-ci est incarné par un Mickey ROURKE au visage alors magnétique, à la fois beau et désabusé. Rusty James, dont le patronyme est prononcé comme un mantra tout au long du film évoque quant à lui le James DEAN de "La Fureur de vivre" (1955) et est incarné par Matt DILLON. Au petit jeu des références, la première bagarre évoque très fortement "West Side Story" (1960) et les scènes de billard préfigurent "L'Impasse" (1993). Sans parler du père alcoolique des deux garçons, joué par Dennis HOPPER.

Mais derrière la forme travaillée d'un film qui ressemble à un songe mais frôle trop souvent l'exercice de style maniériste, on reconnaît les leitmotiv du cinéma de Francis Ford COPPOLA: la marginalité, la violence ou encore le désir d'échapper au déterminisme familial et/ou social. Francis Ford COPPOLA aime d'ailleurs faire tourner des acteurs appartenant à des familles de cinéma, à commencer par la sienne propre: son neveu, Nicolas CAGE tient un rôle secondaire dans le film tout comme Chris PENN, le frère de Sean PENN.

* Une métaphore limpide, à l'image du "Fish tank" (2009) de Andrea ARNOLD.

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Sully

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (2016)

Sully

J'ai beaucoup aimé "Sully" qui déjoue avec intelligence les attentes du spectateur. Alors qu'un tâcheron aurait tiré de cette histoire vraie un film catastrophe bourré d'effets spéciaux envahissants ou un récit édifiant célébrant triomphalement l'héroïsme américain, Clint EASTWOOD situe son récit après les faits et interroge la notion de héros d'une manière pas si différente de Asghar FARHADI dans "Un heros" (2020). Car le héros, c'est celui qui est reconnu comme tel par la société et les institutions comme la sainteté et la panthéonisation et pendant une heure trente (et pas deux heures ou deux heures trente, aucune scène en trop dans ce film au rythme parfaitement maîtrisé), ce qualificatif est discuté pour qualifier l'acte du commandant qui n'a eu que quelques minutes pour prendre la décision de poser son appareil accidenté sur l'Hudson. D'un côté les passagers qui lui sont reconnaissants de les avoir sauvés lui manifestent un enthousiasme débordant sans parler des médias qui en font des tonnes. De l'autre, le Conseil national de la sécurité des transports, le N.T.S.B. déclenche une enquête en mettant en doute la pertinence de son jugement, l'accusant d'avoir mis en danger les passagers et d'avoir abîmé en mer l'appareil alors qu'il aurait eu le temps d'après leurs calculs et simulations de faire-demi tour et de revenir à l'aéroport de départ ou bien de se poser dans un aéroport à proximité. Face à ces deux pôles opposés, l'un, émotionnel, le mettant sur un piédestal et l'autre, se voulant rationnel menaçant son honneur et sa carrière, Sully, impeccablement joué comme toujours par Tom HANKS oppose son humilité, celle du professionnel compétent qui a juste fait son travail. Son humanité aussi qui peut s'appuyer sur l'intuition là où la machine est limitée par la rigidité de ses calculs. Là dessus se rajoute au travers de flashbacks offrant des points de vue différents sur le même événement à la manière de "Rashomon" (1950) la mise en évidence de l'aspect collectif du sauvetage: le sang-froid de l'équipage, la discipline des passagers, la rapidité des secours qui se rendent en quelques dizaines de minutes autour de l'appareil sinistré et se coordonnent pour récupérer les passagers transis de froid. Un antidote aux maux de l'Amérique à commencer par les flashs du crash qui hantent Sully et qui se rapportent tous au stress post-traumatique du 11 septembre 2001.

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Les Espions (Spione)

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1928)

Les Espions (Spione)

Un an avant "La Femme sur la Lune" (1929) qui constituait une sorte de transition entre la SF fantaisiste à la Georges MELIES et celle, plus scientifique de "2001 : l'odyssee de l'espace" (1968), Fritz LANG réalisait un autre film de genre à la ligne claire et aux airs de sérials lui aussi adapté d'un roman de sa femme, Thea von HARBOU, sobrement intitulé "Les Espions" (1928). Outre son titre évocateur, celui-ci a contribué à poser les canons du genre: l'agent du bien au service de son Etat contre une organisation maléfique et occulte dirigée par un méchant omnipotent à la façade respectable, des documents volés compromettant la paix du monde, des pièges, des course-poursuites, des femmes fatales, des traîtres etc. Plusieurs éléments visuels et narratifs sont ainsi repris dans "Les 39 marches" (1935). Cependant il existe encore des éléments relevant du mélodrame au sein du film (le thème de l'amour impossible entre les deux espions, le suicide) et surtout, le scénario manque de rigueur. Par exemple, le personnage de Lady Leslane (Herta von WALTHER) disparaît en cours de route sans explication, sans doute parce que redondant avec celui de Sonja qui subit également un chantage de la part de son "maître" mais alors, pourquoi l'avoir fait figurer au début du film? Il en va de même avec l'art du camouflage de l'agent n°326 qui devient très rapidement un jeune premier fadasse. Quant à son antagoniste, Haghi qui fait très fortement penser au docteur Mabuse (et pour cause, c'est le même acteur qui l'interprète, Rudolf KLEIN-ROGGE, abonné aux rôles de méchants des films de Fritz LANG), il n'exploite pas non plus pleinement son art du déguisement malgré une fin spectaculaire à la "mourir sur scène", idée reprise par Alfred HITCHCOCK. Les péripéties sont également passablement embrouillées ce qui gâche un peu le plaisir même si le film comporte quelques remarquables morceaux de bravoure (l'accident de train!). A noter que les rôles des deux espions amoureux sont joués par les deux acteurs qui interprèteront également ceux du couple à l'amour contrarié de "La Femme sur la Lune" (1929): Willy FRITSCH et Gerda MAURUS dont c'était le premier grand rôle.

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Mission: impossible - The Final Reckoning (Mission : Impossible - Dead Reckoning Part 2)

Publié le par Rosalie210

Christopher McQuarrie (2025)

Mission: impossible - The Final Reckoning (Mission : Impossible - Dead Reckoning Part 2)

Ce dernier (?) épisode de la saga des Mission impossible, d'une durée de près de trois heures en met plein la vue. On ne peut que s'incliner devant l'engagement physique de Tom CRUISE face aux effets de l'âge et des mutations de l'industrie hollywoodienne vers toujours plus de virtualité avec deux séquences d'action insensées et esthétiquement superbes. Celle, muette, où il fouille l'épave du sous-marin Sébastopol à la recherche du code-source permettant de neutraliser l'Entité tout en rouge et bleu m'a fortement rappelé l'atmosphère de "Abyss" (1989) sauf que la contemplation est remplacée par de la tension: l'épave est instable et contient des torpilles qui peuvent exploser à tout moment. Quant au thème de la destruction de l'humanité par une machine capable d'altérer la perception du réel, elle renvoie à la SF de Stanley KUBRICK. Celle de la poursuite aérienne avec Gabriel à bord de deux appareils, l'un jaune et l'autre rouge est tout aussi spectaculaire: sur terre, dans les airs ou sous la mer, le casse-cou américain aux penchants sacrificiels rappelle les grandes heures de Philippe de Dieuleveult dans "La Chasse aux trésors" qui ne cessait de repousser ses limites au point de se mettre en danger (il a fini d'ailleurs par y rester) et dont on a appris ultérieurement qu'il travaillait pour les services secrets français.

Certes, tout n'est pas de ce niveau. Il y a des longueurs, des redondances, des maladresses, des clichés. Mais ce feu d'artifices final (?) a aussi des allures de bilan. La nostalgie l'imprègne fortement avec des images issues de tous les épisodes précédents et la volonté manifeste d'en faire l'ultime (?) maillon d'une chaîne. Le retour inattendu d'un personnage issu du premier film réalisé par Brian DE PALMA en témoigne mais aussi la séquence finale qui reprend les mêmes codes esthétiques que celle dans laquelle Ethan Hunt assistait impuissant au massacre de son équipe. Sauf que dans "The Final Reckoning" il s'agit au contraire de célébrer le travail d'équipe. Si Ethan Hunt reste un élément central dans la résolution de la quête pour empêcher la destruction du monde par l'Entité, il ne parvient à son but que grâce aux talents conjugués de tous ses coéquipiers que le montage alterné met bien en valeur. Au point revenir à la vie grâce à l'une d'entre elles lors d'une séquence lyrique et poétique concluant l'épisode du sous-marin là encore proche de "Abyss" (1989) mais aussi de "2001 : l'odyssee de l'espace" (1968) où il apparaît particulièrement vulnérable, presque nu, tel un nouveau-né en position foetale flottant dans du liquide amniotique. Un appel du pied pour un passage de relai ou une ultime pirouette vers le retour fracassant de "l'homme qui ne vieillit jamais?" ^^.

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Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

Publié le par Rosalie210

Michael Cimino (1974)

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert le premier film de Michael CIMINO qui est visible en ce moment sur Arte en même temps que le documentaire consacré à Jeff BRIDGES. Il y a deux choses que j'ai beaucoup aimé dans ce film, même s'il n'est pas parfait en raison notamment d'incohérences scénaristiques dans l'écriture des personnages et dans les situations. Je pense en particulier à la brute caractérielle jouée par George KENNEDY dont la place semble être dans un asile et qui représente un tel danger public qu'on se demande si ses associés ne sont pas des candidats au suicide. Quoique le vrai problème dans l'écriture du personnage de Red est la valse-hésitation permanente entre son côté grotesque voire cartoonesque (Thunderbolt qui esquive les balles qui pleuvent sur lui en rafale après que Red ait sorti son gun en un geste théâtral au beau milieu d'une église!) et sa psychopathie qui en fait un sinistre agent du chaos et de la mort. Une psychopathie teintée de frustration sexuelle laquelle s'exprime dans son voyeurisme mais surtout dans son déferlement de violence vis à vis de Lightfoot. Lightfoot joué par un tout jeune et déjà magnétique Jeff BRIDGES est le rayon de soleil du film. Une sorte de chien fou anar plein de générosité qui offre son amitié (et sans doute plus que son amitié, le sous-texte homosexuel est assez évident, notamment dans le passage où il se travestit pour les besoins du casse et devient une jeune femme plus que crédible, affriolante!) au vieux briscard Thunderbolt joué par Clint EASTWOOD. Celui-ci affiche un visage impassible comme à l'ordinaire mais une petite lueur dans l'oeil dit qu'il n'est pas dupe de l'ambiguïté de la relation avec son coéquipier et qu'il s'en amuse. Outre le buddy movie teinté d'homo-érotisme, l'autre aspect du film que j'ai aimé c'est le sentiment de liberté qu'il dégage. On reconnaît bien l'état d'esprit seventies avec quelques gentilles provocations ici et là (la femme nue qui aguiche Lightfoot, les parents qui infantilisent leur fille alors qu'elle s'envoie en l'air juste à côté, le personnage baba-cool de Lightfoot qui préfigure celui de "The Big Lebowski") (1998) mais c'est surtout la mise en scène de Michael CIMINO qui régale, sa science du cadre, sa manière de disposer les corps et de les faire se mouvoir dans les grands espaces. Il y a du "Easy Rider" (1969) dans ce road-movie où l'utopie libertaire finit par se prendre les pieds dans le tapis. Il est tout à fait vraisemblable que Kathryn BIGELOW s'en soit inspiré pour "Point Break" (1991) tant pour la relation entre les deux personnages que pour la combinaison libertaire des sports extrêmes qui se substitue au road-movie et du film de casse qui tourne mal.

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