Il y a deux films en un dans "Garde à vue" et même peut-être trois:
- Un polar (des crimes, une enquête, des flics, un commissariat, un suspect).
- Un film noir. Tellement noir d'ailleurs qu'avant d'être exposé à la lumière, les visages de Martinaud (Michel SERRAULT) et de sa femme Chantal (Romy SCHNEIDER dans son avant-dernier rôle) restent dans l'ombre lorsqu'ils apparaissent pour la première fois. Une grande partie de l'enjeu du film consiste à éclairer leurs zones d'ombre. Film noir également par le fait que les deux membres de ce couple s'apparentent aux stéréotypes du genre: l'homme faible et la femme fatale (et vénale).
- Une étude de moeurs, celle d'une bourgeoisie de province que l'on pourrait qualifier de décadente. Cet aspect est fondamental dans le film. Le personnage de Martinaud se définit d'abord par son statut social. Il est notaire et se faire donc appeler "maître Martinaud", il a un beau smoking (on est le soir de la Saint-Sylvestre), de l'argent, des biens, une belle femme. Mais tout cela est à double tranchant. Si dans un premier temps, cela en impose d'autant que l'homme a l'arrogance de sa caste et de l'éloquence au point qu'il donnerait presque l'impression à certains moments de renverser les rôles et de prendre le contrôle du commissariat, on s'aperçoit au fur et à mesure que le film avance que cette apparence respectable cache des secrets inavouables qui pourtant finiront par être mis sur la table. C'est d'ailleurs davantage comme des métaphores du secret que comme des images réalistes que je perçois les flashs mentaux qui ponctuent le film (un bunker, un bois, un couloir, une porte qui se ferme, un phare). Ce renversement de situation donne aux policiers une occasion en or de prendre une revanche qui est aussi sociale. Le huis-clos du commissariat se transforme alors en ring de boxe dans lequel Martinaud se retrouve pris en étau entre les mains du rusé inspecteur Gallien (Lino VENTURA) qui le malmène psychologiquement et du rustre inspecteur Belmont (Guy MARCHAND) qui le rudoie physiquement. C'est à ce moment-là qu'on se souvient du premier film de Claude MILLER, "La Meilleure façon de marcher" (1975) dans lequel deux moniteurs développaient une relation trouble et cruelle placée sous le sceau du tabou. Il règne la même ambiance trouble et cruelle dans un "Garde à vue" qui aurait pu aussi s'appeler "Une exécution ordinaire" à une époque où la peine de mort était juste en train d'être abolie en France. Outre l'excellence de la mise en scène, du scénario et de l'interprétation (le mano à mano intense de Lino Ventura et de Michel Serrault est resté dans les annales, valant au second le César du meilleur acteur), la qualité des dialogues signés de Michel AUDIARD (percutants mais au service des personnages et non pour faire mousser leur auteur) est également à souligner.
"Le Lâche", c'est "Le Mépris" (1963) en version indienne. Les ingrédients ne sont pas tout à fait les mêmes cependant car plus encore que le mépris que lui inspire son ancien amant, c'est l'amertume qui semble dominer le coeur de Karuna (Madhabi MUKHERJEE, l'actrice de "Charulata" (1964) et de "La Grande ville") (1963). Mariée à un homme qu'elle n'aime manifestement pas mais qui la traite avec courtoisie, elle se retrouve par hasard obligée de cohabiter durant près de 24h avec Amit Roy (Soumitra CHATTERJEE) à qui son mari (qui ignore tout de leur ancienne liaison et ne voit manifestement rien) a donné l'hospitalité suite à une panne de voiture. Satyajit RAY filme alors deux personnes qui n'ont pas le même ressenti vis à vis de leur passé commun. Alors que chez Roy, c'est la nostalgie et les regrets qui dominent (flashbacks à l'appui) doublé de l'espoir de reconquérir le coeur de Karuna, celle-ci se montre froide, distante, piquante, ironique, amère et hermétique à tous ses arguments. Remarquable par sa concision, le film se termine sur une chute absolument glaçante qui confirme que le coeur de Karuna a été irrémédiablement brisé. Cette scène fait écho au couperet définitif par lequel dans le flashback de la rupture, Amit perd Karuna. Alors que celle-ci lui proposait alors de renoncer à son train de vie aisé pour vivre avec lui, Amit a réagi en hésitant et en lui demandant du temps. "Ce n'est pas de temps dont tu as besoin, mais d'autre chose" répond-elle, laissant le soin au spectateur de préciser dans sa tête de quoi il est question. Le sentiment qui domine est celui d'un énorme gâchis. Karuna et Amit en dépit de leurs différences sociales ont une sensibilité artistique commune (la première étudie aux beaux-arts, le second devient scénariste) qui finit par se perdre dans les sables. Karuna épouse un homme tout ce qu'il y a de plus trivial (c'est sans doute pour cela qu'il ne se doute de rien) alors que Amit considère son travail comme alimentaire. Bref, c'est la désillusion à tous les étages.
"L'Homme des vallées perdues" est un western des années 50 un peu étrange et inégal. D'un côté, le point de vue adopté, celui d'un enfant naïf (et quelque peu agaçant par son omniprésence et son jeu) renvoie la vision du monde manichéenne du western classique avec d'un côté, Shane un chevalier blanc sorti de nulle part pour protéger sa famille et de l'autre des méchants bien méchants avec à leur tête, un silencieux mais très inquiétant tueur vêtu de noir joué par Jack PALANCE: le parfait double inversé de Alan LADD. De plus, le premier peuple spolié de sa terre, celui des indiens est absent, le conflit se concentrant uniquement sur le conflit de territoire entre ranchers et agriculteurs. Certaines scènes, très lentes et aux effets appuyés font "gros sabots". Mais de l'autre, le film détone du classicisme hollywoodien sur tellement d'aspects qu'il n'est guère étonnant qu'il ait autant inspiré le western "moderne" et même au-delà. Le cavalier solitaire qui surgit du fond de l'écran et qui y retourne à la fin, c'est "L'homme sans nom" de Sergio LEONE et encore plus "Pale Rider - Le cavalier solitaire" (1985) de Clint EASTWOOD qui est presque un remake inavoué du film de George STEVENS. On peut même aller jusqu'à "Drive" (2011) qui présente un schéma assez semblable. La rudesse et le réalisme des décors et des costumes ne sont pas non plus habituels dans ce type de westerns de même que la sécheresse et la brièveté des scènes de violence comme la mort du personnage de Elisha COOK Jr. (qui a inspiré Sam PECKINPAH pour ses propres westerns). La très belle photographie et le choix des cadrages ramènent les hommes à une dimension bien modeste par rapport à un environnement grandiose. Enfin, le film repose sur beaucoup de non-dits. Le personnage de Shane ne se dévoile que très peu et on se rend compte peu à peu que de nombreux personnages cachent également leurs états d'âme (la femme du fermier jouée par Jean ARTHUR qui semble le reconnaître tout comme le personnage joué par Jack PALANCE, l'un des hommes de main de l'éleveur Ryker qui change de camp après s'être battu avec Shane etc.)
"La Sirène du Mississipi" est un film injustement sous-estimé de François TRUFFAUT, une déclaration d'amour fou à Catherine DENEUVE, à Alfred HITCHCOCK, à Jean RENOIR, à Nicholas RAY, à Walt DISNEY, à Honoré de Balzac. C'est aussi le film bâti sur des contrastes et sur le mélange des genres. Un film généreux et riche que l'on peut raconter de plein de façons différentes et cet aspect multifacettes me plaît énormément. On pourrait faire un livre des récits superposés ou plutôt entremêlés de "La Sirène du Mississipi". En voici trois, du plus superficiel au plus profond:
- Après "L Homme de Rio" (1963), le nouveau film d'aventures rocambolesques et exotiques de Jean-Paul BELMONDO qu'un destin hors du commun entraîne de l'île de la Réunion jusqu'au fin fond des Alpes enneigées ("tu as tué mon frère à Gstaad" puisque "Rio ne répond plus" ^^).
- "L'Amour à mort" version François TRUFFAUT, quinze ans avant Alain RESNAIS. Entre "Blanche Neige et les 7 Nains" (1935) et sa pomme empoisonnée et "Phantom Thread" (2017) et ses champignons vénéneux, une exploration très hitchcockienne de la réversibilité du désir et de la mort dans la passion amoureuse, un calice qui se boit jusqu'à la lie comme dans "Soupçons" (1941).
- L'éveil douloureux aux sentiments d'une gourgandine droguée à l'argent et au mensonge (sa dualité fait évidemment penser à "Vertigo" d'autant que Catherine DENEUVE est une parfaite blonde hitchcockienne) (1958), éveil qui s'effectue au prix du don de soi du personnage de Louis qui se dépouille peu à peu de tout (ses biens, son être social et ainsi de suite jusqu'au sacrifice de sa vie) sans rien exiger en retour. L'aspect selon moi le plus beau, le plus secret, le plus profond de "La Sirène du Mississipi" est en effet son caractère spirituel qui lui fait tutoyer la grâce à la manière d'un Robert BRESSON, d'un Pier Paolo PASOLINI ou encore d'un Jean COCTEAU. La clinique où est soigné Louis ne s'appelle pas Heurtebise par hasard. Heurtebise est le passeur qui dans le film de Jean COCTEAU, "Orphée" (1950) permet à celui-ci de traverser le miroir pour retrouver Eurydice aux enfers et la ramener dans le monde des vivants.
Il y a environ un an, j'ai trouvé par hasard dans une brocante un petit trésor: plusieurs DVD de la collection "Ciné-Club Hollywood" avec Lon CHANEY. Lon CHANEY a été la première grande star transformiste de l'histoire du cinéma. Surnommé "l'homme aux mille visages", il a particulièrement excellé dans les rôles d'exclus de la société souvent affublés d'un handicap ou d'une disgrâce physique: bossu dans "The Hunchback of Notre-Dame" (1922), défiguré dans "Le Fantôme de l'opéra" (1925) manchot dans "L Inconnu" (1927) et ici, cul-de-jatte mutilé à la suite d'une erreur médicale à la manière de celle du jeune héros de "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte" de Thierry Jonquet. Devenu adulte, l'homme se comporte de façon schizophrène: génie du mal planifiant un plan machiavélique en sous-sol pour piller la ville de San Francisco (certains passages expressionnistes font penser au Docteur Mabuse) et brutal exploiteur de femmes d'un côté, pianiste et critique d'art sensible de l'autre qui se laisse sonder l'âme par ces mêmes femmes qu'il veut à d'autres moments écraser. Outre cette palette de jeu étendue qui suscite des sentiments variés chez le spectateur, on est estomaqué par la prouesse physique de l'acteur qui s'est littéralement plié en deux pour interpréter son rôle. Il souffrait le martyre mais jamais on ne s'en doute tant il se déplace avec aisance comme la petite Sirène qui dans le conte d'Andersen reçoit une paire de jambes la faisant évoluer avec grâce au prix d'une douleur immense. Seul bémol, la fin "morale" referme maladroitement un film qui sans atteindre les sommets de Tod BROWNING capture déjà avec talent le génie d'un acteur unique.
"Mouchette" est indissociable dans mon esprit de "Au hasard Balthazar" (1966). Les deux films, réalisés à la suite forment un diptyque sur la désespérance. J'utilise volontairement ce terme en écho à la chanson récurrente que l'on entend dans "Mouchette" et qui demande "d'espérer plus d'espérance" mais aussi parce que dans ce terme il y a la notion de perte de la foi (en Dieu, en l'être humain, en l'Etat, en la société) qui se traduit cinématographiquement par une sécheresse et une cruauté sidérante. La distanciation quasi-brechtienne propre à Robert BRESSON et son sens de l'épure aboutit à un sentiment de tragédie inéluctable et de désolation. Comme l'âne Balthazar, Mouchette (Nadine Nortier) est un être que sa vulnérabilité confronte à la cruauté du monde. Une cruauté qui est également soulignée dans "Mouchette" par les scènes de chasse filmées elles aussi avec une sécheresse clinique, sans filtre aucun. En ouvrant et ponctuant le film, elles reflètent un monde dominé par le mal. Celui dans lequel vit Mouchette, une gamine très pauvre dont la vie se résume à subir des brimades de la part des hommes qui l'entourent, à commencer par son père violent et alcoolique alors que les femmes l'écrasent de leur mépris condescendant ou de tâches domestiques, sa mère étant alitée. Même dans la seule scène où Mouchette profite un peu de la vie, elle s'en prend plein la figure. Comme Balthazar, elle représente l'innocence martyrisée qui ne trouve nul secours dans son calvaire. Le visage dur de Mouchette, filmé avec intensité par Robert Bresson me fait penser à celui de l'afghane aux yeux verts de Steve Mc Curry qui avait alors à peu près le même âge et avait déjà subi elle aussi les pires horreurs que les hommes peuvent infliger à ceux qui sont plus faibles qu'eux.
Sorti six ans après "L'Arme fatale 3" et onze ans après "l'Arme fatale 1", "L'Arme fatale 4" est le film du bilan. Les personnages ont pris un coup de vieux, surtout Martin Riggs (Mel GIBSON) qui a coupé sa crinière et arbore un look de quadragénaire plus posé allant de pair avec sa situation personnelle en voie de "normalisation". Heureusement en dépit de ses dires sur sa supposée perte de forme physique, il en a encore sous le pied pour combattre le charismatique Jet LI dont c'était le premier film hollywoodien et qui fait une impressionnante démonstration de ses talents en arts martiaux. De façon plus générale, les scènes d'action sont toujours aussi bien orchestrées. Quant aux vannes entre potes (Riggs, Murtaugh alias Danny GLOVER, Leo Gletz alias Joe PESCI et le nouveau venu, Lee Butters alias Chris ROCK que je n'ai pas trouvé spécialement drôle), si elles ne se renouvellent pas vraiment, au moins elles aèrent une intrigue assez peu inspirée dans le fond. Les triades chinoises ont remplacé les néo-nazis dans le rôle des méchants dont on se paye la tête et si la maison de Murtaugh est encore une fois détruite, la photo de famille finale a un petit côté "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" avec un ancien kamikaze devenu respectable mari et père de famille et un ancien truand évoquant sa petite grenouille pour seul ami. Bref une fin très américaine mais un film qui clôt la série agréablement.
"Les temps ont changé, les gens pensent autrement. Il faut accepter le changement. Le changement vient par nécessité." Cette phrase prononcée par Subrata (Anil CHATTERJEE) à son beau-père plus que réticent à l'idée de voir sa belle-fille travailler résume bien la philosophie des films de Satyajit RAY que j'ai pu voir. On y voit des gens s'accrocher à une illusion d'éternité figée alors que tout ne cesse de changer autour d'eux. Certains finissent par s'y résigner, d'autres s'y refusent et sont emportés par le vent de l'histoire en marche. Cette attitude n'est pas spécifiquement indienne, la difficulté à accepter le changement est universelle et c'est ce qui sans doute explique du moins en partie que les films de Satyajit RAY continuent à nous parler. Les difficultés économiques sont souvent le déclencheur du changement et "La Grande ville" en est le parfait exemple. Subrata avec son seul salaire doit faire vivre à Calcutta sa famille élargie de cinq personnes sans compter lui-même et il a bien du mal à joindre les deux bouts. Sa femme Arati (la charismatique Madhabi MUKHERJEE qui porte le film sur ses épaules), pourtant plutôt conservatrice lui propose de travailler pour améliorer leur situation, ce qu'il accepte. Ce choix contraint par la nécessité va pourtant bouleverser l'équilibre familial, leur couple et la vision qu'ils ont d'eux-mêmes et c'est cela que filme Satyajit RAY avec génie, transformant un drame social en film d'aventures à suspense avec multiples rebondissements et en fine étude de moeurs. Pendant qu'Arati découvre, non sans crainte le monde extérieur et ses nouvelles capacités, Subrata est accablé par la honte (car à cette époque, une femme qui travaillait c'était mal vu) et par la jalousie de voir sa femme s'affirmer en dehors du foyer. Le beau-père qui n'accepte pas l'argent de sa belle-fille s'humilie pourtant bien davantage en demandant l'aumône à ses anciens étudiants alors que le jeune fils de Subrata et Arati fait un très classique chantage affectif à sa mère (vite oublié devant les cadeaux qu'elle lui apporte). Outre ces perturbations familiales, Ray fait également le portrait d'un pays récemment indépendant ayant fait le choix du modèle capitaliste (qui ne s'était pas encore mondialisé) et de l'urbanisation. Si dans un premier temps, il en montre les aspects séduisants, il ne tarde pas à en dévoiler certains des effets pervers, que ce soit les bulles spéculatives non contrôlées ou les abus patronaux. Ces déboires rapprochent au final Subrata et Arati dans une refondation de leur relation de couple pleine de promesses. Un film aussi subtil que lumineux.
"Master Cheng", c'est un peu le "Bagdad café" (1987) sino-finnois de Mika KAURISMÄKI, grand frère de Aki KAURISMÄKI. A savoir la rencontre improbable de deux cultures des antipodes dans un petit village perdu, non plus dans le désert des Mojaves mais en Laponie avec pour unité de lieu un restaurant revivifié par la succulente cuisine chinoise et quelques piliers de bistrot pittoresques qui l'initient aux coutumes locales. Jusqu'à ce que l'expiration du visa de Cheng ne mette en péril ce nouvel équilibre: la solution au problème est bien évidemment aussi prévisible que le film lui-même dont l'intrigue est cousue de fils blancs. La gastronomie au cinéma comme moyen de transmission générationnelle ou interculturelle est un thème archi rebattu qui a donné des pépites ("Le Festin de Babette" (1987), "Les Délices de Tokyo" (2015)). "Master Cheng" n'atteint pas ce niveau à cause de ses grosses ficelles scénaristiques mais reste un joli petit film superbement cadré et photographié qui se contemple comme une succession de tableaux que ce soit dans la mise en valeur des paysages ou des plats.
"The Lucky Dog" n'est pas à proprement parler le premier "Laurel et Hardy" de l'histoire mais c'est le premier film dans lequel ils partagent quelques scènes à l'écran. La véritable naissance du tandem comique a lieu en effet en 1927. A cette date, les deux comparses ont déjà une importante carrière solo derrière eux commencée durant la décennie précédente dont il ne reste que quelques fragments récemment restaurés et édités en coffret. On estime par exemple que Oliver HARDY a tourné dans deux cent films quand il rejoint le casting de "Le Veinard". Il est alors plutôt cantonné aux seconds rôles et c'est encore le cas ici où il joue un voleur à l'apparence patibulaire mais en réalité plutôt pleutre qui prend l'apparence d'un comte suisse alors que Stan LAUREL qui joue un jeune dandy désargenté est le héros de l'histoire. Outre la hiérarchie entre premier et second rôle, le personnage d'Oliver Hardy est mis sur le même plan que l'amoureux éconduit joué par Jack Lloyd: les deux personnages s'associent en effet par intérêt pour faire tomber à l'eau les plans matrimoniaux du personnage joué par Stan Laurel. Dans le film, le véritable partenaire de Laurel est son chien bâtard qui s'est incrusté dans un concours canin non sans y mettre au passage le chaos, a séduit le chien de la jeune femme dont Laurel est amoureux et par la même occasion sa maîtresse et c'est encore lui qui met en déroute les deux fâcheux. Enfin, sur le plan vestimentaire, ni Laurel, ni Hardy n'ont encore revêtu l'accoutrement gémellaire qui à l'image de Charles CHAPLIN ou de Buster KEATON rendront leur silhouette reconnaissables dans le monde entier. Le film est donc surtout une curiosité d'intérêt historique.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)