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La Belle et la Bête

Publié le par Rosalie210

Jean Cocteau (1945)

La Belle et la Bête

« Nous avons tous travaillé, de l’opérateur au moindre machiniste, comme si nous ne formions qu’une seule personne ». Les bonnes fées se sont en effet penchées sur le berceau de "La Belle et la Bête", accouchant d'un chef-d'oeuvre intemporel d'une stupéfiante beauté qui a gardé intact son pouvoir de fascination*. Outre la poésie cinématographique de Jean COCTEAU qui filme comme s'il était en apesanteur un monde qu'il rend magique par ses effets de caméra (ralentis par exemples) et son montage (la métamorphose de Belle), le film bénéficie de l'assistance de René CLÉMENT, de la sublime photographie de Henri ALEKAN, de la musique de Roger DESORMIÈRE, de la poignante interprétation de Jean MARAIS dans le rôle de la Bête. Et que dire de la féérie qui se dégage des décors, des costumes, des maquillages (celui de la Bête demandait cinq heures de préparation et s'inspirait des gravures de Gustave Doré) et des effets spéciaux! Les statues animées du château de la bête ainsi que les nombreux végétaux qui s'enroulent autour des meubles et des pierres dans la chambre de Belle brouillent les frontières entre l'extérieur et l'intérieur du palais mais aussi entre l'animé et l'inanimé, approfondissant l'esprit du conte qui joue sur l'effacement de la frontière entre l'homme et l'animal.

L'un des héritages les plus évidents du film de Cocteau, c'est bien sûr "Peau d âne" (1970) de Jacques DEMY. Les deux réalisateurs se vouaient une admiration réciproque et Demy a bien sûr effectué énormément d'emprunts à l'univers de son mentor lorsqu'il a décidé d'adapter son conte fétiche: Jean MARAIS, les statues recouvertes de végétation, les ralentis irréels, les costumes (celui du roi rappelle celui de la Bête, la robe couleur de soleil, celui de Belle, sans parler du miroir et de la rose) etc. Autre exemple, la formidable mini-série de Mike NICHOLS "Angels in America" (2003) d'près la pièce de théâtre de Tony Kushner "Fantaisie gay sur des thèmes nationaux" reprend à l'identique une séquence entière du film de Cocteau (l'arrivée au château avec les candélabres humains et le repas devant la cheminée). Car ce qui relie ces créateurs à travers "La Belle et la Bête" (Cocteau, Marais, Demy, Kushner) c'est qu'entre leurs mains, le conte devient une évidente métaphore de l'homosexualité comme "monstruosité" aux yeux de la société qui entraîne rejet et marginalisation (avec le sida en prime pour les deux derniers).


* Ou presque. J'ai eu longtemps "La Haine" (1995) contre Vincent CASSEL pour avoir dit en interview qu'il trouvait le film de Cocteau soporifique. Mais il était en promo pour l'adaptation du conte dans laquelle il jouait par Christophe GANS et il entrait sûrement une part de calcul de sa part. En tout cas ce n'est guère glorieux, d'être incapable de faire la différence entre un chef-d'oeuvre et un film parfaitement insignifiant.

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Les passagers de la Grande Ourse

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1943)

Les passagers de la Grande Ourse

Plusieurs courts-métrages de Paul GRIMAULT tels que "Le Marchand de notes" (1942) ou "Le Petit Soldat" (1947) ont mis en évidence sa filiation avec les contes d'Andersen et son influence par conséquent sur les films d'animation du studio Pixar. "Les Passagers de la Grande Ourse" met plutôt en évidence une autre influence majeure, celle que Paul GRIMAULT a exercé sur Hayao MIYAZAKI, co-fondateur du studio Ghibli avec Isao TAKAHATA (influencé lui aussi par Paul GRIMAULT mais plutôt par l'aspect social et politique de ses films que par leur univers graphique). Le voyage aérien d'un enfant et de son chien à bord d'un engin improbable (un "aéroscaphe") qu'on croirait sorti d'un roman de Jules Verne et qui est habité par un robot (Figmin), voilà ce qui semble être une ébauche de "Le Château dans le ciel" (1986). Bien entendu, il ne s'agit pas d'une influence directe car les deux réalisateurs nippons n'ont découvert Grimault qu'avec "La Bergère et le Ramoneur", la première version de son chef d'oeuvre "Le Roi et l'Oiseau" (1979). Mais il n'en reste pas moins que les liens entre les deux oeuvres sautent aux yeux. Paul GRIMAULT ne s'est toutefois pas inspiré de Jules Verne pour "Les Passagers de la Grande Ourse" mais d'un poème de Victor Hugo intitulé "Plein Ciel", extrait du recueil "La Légende des siècles" qui décrit un engin volant en forme de bateau. En voici la première strophe (il est extrêmement long):

"Loin dans les profondeurs, hors des nuits, hors du flot,
Dans un écartement de nuages, qui laisse
Voir au-dessus des mers la céleste allégresse,
Un point vague et confus apparaît ; dans le vent,
Dans l’espace, ce point se meut ; il est vivant ;
Il va, descend, remonte ; il fait ce qu’il veut faire ;
Il approche, il prend forme, il vient ; c’est une sphère ;
C’est un inexprimable et surprenant vaisseau,
Globe comme le monde et comme l’aigle oiseau ;
C’est un navire en marche. Où ? Dans l’éther sublime !"

Ce n'est pas le seul lien du film avec l'univers de la littérature. En 1944, Paul GRIMAULT a publié chez Gallimard en association avec Paul Guth une version littéraire de cette histoire.

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Valmont

Publié le par Rosalie210

Milos Forman (1989)

Valmont

Versatiles critiques! A sa sortie, "Valmont" s'était fait étriller par la presse au profit de la version de Stephen FREARS sortie quelques mois plus tôt. Aujourd'hui, "Valmont" est réhabilité, voire considéré comme supérieur au film de Stephen FREARS. En fait c'est assez débile de les comparer. Le film de Stephen FREARS est beaucoup plus fidèle à l'esprit du roman épistolaire de Choderlos de Laclos que celui de Milos FORMAN mais cela n'a jamais été le souci de ce dernier. Il était d'ailleurs le premier à dire qu'il ne comprenait pas le roman. Il propose donc autre chose de plus léger, plus frais, plus divertissant, plus primesautier et moins théâtral* qui paradoxalement débouche sur autant sinon plus de cynisme et de cruauté. En dépit des costumes XVIII° siècle, les acteurs se meuvent avec beaucoup de naturel. Il faut dire qu'ils sont beaucoup plus jeunes que dans la version de Frears et cela, c'est en revanche fidèle à Choderlos de Laclos et à l'époque. Une époque où les jeunes filles de la noblesse étaient sorties du couvent à peine pubères pour être mariées (vendues?) vierges à des hommes beaucoup plus âgés nantis d'une "belle situation". Voir Fairuza BALK avec ses joues poupines de gamine de 15 ans être pervertie par Mme de Merteuil (Annette BENING), se faire dépuceler et engrosser par Valmont (Colin FIRTH) puis être mariée à un homme ayant trois fois son âge et beaucoup plus grand en taille (Jeffrey JONES) distille un malaise très... moderne. Il en va un peu de même pour son soupirant, Danceny (joué par le Elliott de E.T., Henry THOMAS) qui perd lui aussi son innocence dans les bras de la Merteuil. Mme de Tourvel (Meg TILLY) apparaît également comme une victime résignée du système. A l'inverse Milos FORMAN tente de donner un sens politique au libertinage de Mme de Merteuil et de Valmont en faisant de la première une féministe et du second, un subversif qui tente de remettre en cause les conventions sociales en faisant triompher l'amour au prix de sa vie. Cet aspect n'est pas convaincant car il rentre frontalement en contradiction avec l'état d'esprit de jouisseurs sans scrupules de l'infernal duo. Et les acteurs n'ont pas vraiment le profil de révolutionnaires en puissance. Le résultat est donc très plaisant, soigné, intéressant mais un peu bancal.

* La version de Stephen FREARS est l'adaptation de la pièce de théâtre que Christopher HAMPTON avait tirée du roman d'origine.

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Le Marchand de notes

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1942)

Le Marchand de notes

"Le Marchand de notes" est le premier court-métrage de Paul GRIMAULT, co-écrit avec Jean AURENCHE et sorti en 1942. Les deux hommes s'étaient rencontrés dans une agence publicitaire dans laquelle ils travaillaient au cours des années 30. La patte de Grimault est parfaitement reconnaissable dans l'histoire qui raconte un affrontement sur le mode burlesque entre un marchand qui vend des notes de musique... au poids mais aussi le ballet mécanique d'une danseuse (il faut mettre une pièce de monnaie pour qu'elle s'anime) et un troubadour quelque peu facétieux qui met des bâtons dans les roues de cette conception mercantile de l'art, libère les notes et aussi la danseuse. Leur duo préfigure celui du "Le Petit Soldat" (1947) et bien sûr, celui de la bergère et du ramoneur*. Grimault puise en effet sa source d'inspiration chez Hans Christian Andersen, conteur spécialiste de l'animation des objets. Par ailleurs tous les films de Grimault sont porteurs d'un message politique subversif. Sur le plan formel, deux styles graphiques s'entrechoquent pour un résultat étonnamment harmonieux: un décor dépouillé constitué de lignes géométriques qui n'est pas sans rappeler certains tableaux de Giorgio de Chirico (influence majeure par ailleurs de son chef-d'oeuvre "Le Roi et l'Oiseau") (1979). Et des personnages tout en rondeurs que l'on imagine sans peine sortis de l'univers Disney, l'irrévérence en moins.

* "Objets inanimés, avez-vous donc une âme" est le trait d'union entre l'univers des contes d'Andersen, les films animés de Grimault et leurs héritiers des studios Pixar, ce dernier ayant eu une influence mondiale.

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La Vérité

Publié le par Rosalie210

Hirokazu Kore-Eda (2019)

La Vérité

Depuis le premier jour où j'en ai entendu parler, j'ai été perplexe à propos de ce film. Et son visionnage m'a confirmé qu'il s'agissait d'un ratage. Il y a quelque chose de l'ordre "film de prestige" dans cette affiche avec un réalisateur japonais qui venait d'être palmé pour "Une Affaire de famille" (2018) et deux actrices françaises iconiques. Mais en fait le résultat est sans identité. Ou plutôt il possède l'identité du petit microcosme upperclass polyglotte qui est toujours entre deux avions quand il ne navigue pas dans la stratosphère, loin de la plèbe (du moins jusqu'à ce que le covid ne cloue les avions au sol et ne vide les palaces). Je suis mauvaise langue mais rien que la maison et le grand parc bucolique en plein Paris donne une petite idée du milieu qui nous est dépeint... loin, si loin des préoccupations du commun des mortels. D'autre part, après un début plutôt plaisant et filmé avec la sensibilité esthétique propre à Hirokazu KORE-EDA, le film se met très vite à tourner en rond tant il a au final peu de choses à raconter, sinon une énième mise en abyme du cinéma propre à se faire pâmer les critiques avec un tournage dans le film qui emprunte son argument à "Interstellar" (2014) bien que j'ai pensé aussi à "Proxima" (2019) puisqu'il s'agit de raconter à travers la science-fiction les difficultés relationnelles entre une mère narcissique et absente et sa fille frustrée. Quand enfin va-t-on changer de disque et arrêter de culpabiliser les femmes qui font carrière?
Réponse:

a: Quand le cinéma français "de qualité" arrêtera de se regarder le nombril et d'aller chercher chez une Catherine DENEUVE usée jusqu'à la corde de son énième lifting la réponse à sa crise d'inspiration (je devrais même dire, de civilisation, je me souviens encore que c'était elle qu'on était allé chercher pour faire la promo des J.O. 2012 en vantant la muséification parisienne avec le "succès" que l'on sait). Les clins d'oeil à une certaine "Sarah" qui pourrait tout à fait être Françoise DORLÉAC montre à quel point ce film s'adresse à un tout petit public. Et par sa construction prétentieuse, il me rappelle "La Petite Lili" (2003) (en plus il y a dans les deux films Ludivine SAGNIER à qui le cinéma français a collé l'étiquette de "doublure jeune de Catherine DENEUVE").

b: Quand il cessera de reproduire encore et encore l'énième schéma patriarcal éculé derrière l'étiquette frauduleuse des "femmes libérées avec plein d'amants" mais se donnant plutôt à des hommes de pouvoir qu'à des larbins (et très complaisantes avec les agissements de ceux-ci). Ou bien comme dans le film de Hirokazu KORE-EDA, des sorcières (le personnage de Catherine DENEUVE y est explicitement comparé) qui détruisent les hommes et sont punies par la solitude (et une certaine mauvaise conscience). Quand va-t-on enfin comprendre qu'il s'agit d'un fantasme de mâle alpha? Dans "Interstellar" (2014) comme par hasard la fille ne reprochait pas à son père d'être parti loin d'elle. Là on seulement on baigne dans un milieu tellement privilégié qu'il semble rejeter les spectateurs mais en plus tout ce qui s'y dit est d'un convenu affligeant ou d'une vacuité totale (les questions sur la mémoire sélective sans support consistant, désolé mais ça tourne à vide). Vu, revu, has been, cliché et se donnant des grands airs par dessus le marché.

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Jumbo

Publié le par Rosalie210

Zoé Wittock (2020)

Jumbo

Noémie MERLANT a dit à propos de Jeanne Tantois, son personnage dans "Jumbo" que celle-ci n'était pas autiste. Laissez-moi rire. Elle est toujours seule, se fait harceler, ne regarde pas les gens dans les yeux, leur répond à peine, son visage est inexpressif, elle allume et éteint mécaniquement sa lampe de poche pour se consoler et passe son temps à fabriquer des maquettes dans sa chambre dont elle ne sort que pour aller travailler, dans un parc d'attraction désert la nuit. Noémie MERLANT a donc perdu une occasion de se taire parce que lorsqu'on ne sait pas de quoi on parle, c'est ce qu'il vaut mieux faire. Et c'est d'autant plus dommage que sa prestation est très juste. Et qu'être "queer" (étiquette sous laquelle a été vendue le film pour qu'il paraisse moins étrange sans doute) n'est pas incompatible avec l'autisme, bien au contraire. Le genre étant une construction sociale, il passe par-dessus de la tête de la plupart des autistes qui sont naturellement "queer" c'est à dire ne se reconnaissent pas dans le clivage masculin/féminin. Mais bon, la question essentielle que traite ce film sans le dire explicitement c'est pourquoi certains autistes sont accros ("Jumbo" signifie "crack", c'est une addiction) aux attractions à sensations fortes, plus particulièrement quand elles tournent en rond. Et bien la meilleure réponse qui soit se trouve dans, "Ma vie d'autiste" le livre de, Temple Grandin et plus particulièrement dans le chapitre intitulé "Le Manège". Extrait:

"Par hasard, j'ai découvert un moyen de soulager temporairement mes crises de nerfs. Pendant l'été, avec l'école, nous avons fait une excursion au parc d'attraction. L'un des manèges s'appelait le Rotor, un énorme baril dans lequel les gens se tenaient contre les parois pendant qu'ils tournaient rapidement. La force centrifuge les poussait contre les parois du baril même quand le plancher se dérobait* (...) désormais mes sens étaient à un tel point submergés par la stimulation que je ne sentais ni l'anxiété ni la peur. Je n'éprouvais qu'une sensation de bien-être et de détente (...) Le Rotor est devenu une obsession (...)."

L'explication est très simple. Les sens des autistes sont déréglés. Ils sont soit hyposensibles (ils ne sentent rien) soit hypersensibles (ils ressentent trop). La plupart du temps, ils alternent entre les deux (trop de stimuli et c'est le court-circuit). Certains autistes ne peuvent pas monter sur un manège mais d'autres éprouvent un apaisement à leur anxiété car la surstimulation s'accompagne d'un sentiment de sécurité lié à l'aspect routinier, répétitif du manège. Bref il s'agit d'une extension mécanique de l'autostimulation que pratiquent beaucoup d'autistes pour calmer leur anxiété (balancements, flapping etc.)

Jeanne n'est donc pas folle, son fonctionnement qui la pousse à rejeter les contacts humains au profit d'une histoire d'amour avec un manège est au contraire parfaitement logique pour qui connaît le phénomène. Même les neurotypiques (non autistes) peuvent ressentir de l'excitation sexuelle dans certaines attractions. La machine est prévisible contrairement aux humains et c'est ce qui en fait un formidable allié pour un autiste dont le besoin le plus viscéral est la sécurité. Là où ça se complique, c'est quand le jugement s'en mêle**. De ce point de vue l'écriture du film a la main bien trop lourde, offrant une galerie de personnages stéréotypés bas du front assez désolante. Comme si le monde se divisait en deux catégories, les freaks et les "normaux" affreux, bêtes et méchants. Fallait-il également adjoindre à cette pauvre Jeanne une mère aussi vulgaire, infantile et elle aussi bête à pleurer? Le retournement de dernière minute semble bien peu crédible. Dommage.

* Ce manège est visible par exemple dans "Les Quatre cents coups" (1959).

** Je me souviens encore de l'incompréhension qu'a suscité la joie que ma meilleure amie et moi-même (qui avons par ailleurs longtemps écumé les parcs d'attraction ^^) avons ressenti quand nous avons découvert qu'au Japon, nous pouvions commander nos repas au restaurant sur des machines, comme cela se pratique dans les fast-food en France. Lorsque nous en avons parlé à notre retour, on s'est vu rétorquer que cela manquait de chaleur humaine...

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Riz amer (Riso amaro)

Publié le par Rosalie210

Giuseppe De Santis (1949)

Riz amer (Riso amaro)

Dès la première séquence du film de Giuseppe de SANTIS, le mélange imparable de (néo)réalisme documentaire attaché à décrire les conditions de travail du lumpenprolétariat et de film noir, de destinées individuelles emportées dans un mouvement collectif merveilleusement filmé nous prédispose à un film hybride parfaitement maîtrisé, à la fois ancré dans le réalisme social tout en étant sujet à de belles envolées lyriques (au sens propre comme au sens figuré). "Riz amer" raconte le dur labeur des repiqueuses de riz de la plaine du Pô dans l'après-guerre avec des accents de tragédie grecque: un choeur de travailleuses sur lequel se détachent quatre personnages principaux, deux femmes et deux hommes. Les femmes sont toutes deux des exploitées du système mais aussi d'un séducteur crapuleux et sans scrupules, Walter (Vittorio GASSMAN). Mais alors que la première, Francesca (l'américaine Doris DOWLING) partie de la situation la plus misérable se redresse peu à peu au contact de ses "soeurs de labeur", la seconde, Silvana (Silvana MANGANO l'une de mes actrices italiennes préférées, révélée par le film) à l'allure fière, sensuelle et libre tombe peu à peu sous le joug de Walter à force de vouloir troquer son existence laborieuse pour la chimère d'une vie facile. Face au truand manipulateur, la loi (démobilisée mais qui reprend du service pour la bonne cause) est représentée par le sergent Marco (Raf VALLONE) qui vient tendre la main à ces deux prolétaires en tentant de les protéger du vautour qui rôde dans le grenier à riz, prêt à chaparder la récolte obtenue au prix d'heures passées courbées les pieds dans la boue.

Ce qui est également fascinant dans "Riz amer", c'est sa féminité. Pas seulement par le fait de se plonger au coeur d'un microcosme de femmes mais par la manière dont elles sont mises en valeur par la caméra qui les filme de manière très charnelle. Evidemment, l'aura érotique dégagé par la plantureuse Silvana MANGANO domine l'ensemble, notamment lors de ses scènes dansées.

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Stan et Ollie (Stan & Ollie)

Publié le par Rosalie210

Jon S. Baird (2018)

Stan et Ollie (Stan & Ollie)

Film qui ne brille a priori ni par sa mise en scène ni par son scénario plan-plan (les derniers feux de deux vieilles gloires du music-hall et de l'âge d'or du cinéma burlesque hollywoodien), "Stan et Ollie" vaut néanmoins vraiment le détour* pour trois raisons:

- Les acteurs (Steve COOGAN et John C. REILLY) sont troublants de justesse dans les costumes respectifs de Stan LAUREL et Oliver HARDY. Ils habitent non seulement leurs personnages mais ils rendent également crédible leur relation de "vieux couple" qui connaît des hauts et des bas mais qui fonctionne en osmose et ne peut être séparé sans y perdre son âme.

- Bien que le film ne suscite guère le rire, il a une valeur documentaire certaine sur le jeu d'acteur. On voit en effet beaucoup le duo comique se produire sur scène dans les années 50 alors que les studios de cinéma leur avaient fermé la porte, les considérant comme des has-been. Les scènes qu'ils jouent ensemble sont de véritables petits ballets chorégraphiques dans lesquelles le timing et la précision des gestes, des mouvements, des expressions et des postures sont cruciaux pour générer l'effet comique souhaité. Preuve de leur intemporalité, j'ai fait une association dans mon esprit avec certains sketchs des "Inconnus" à leurs débuts au théâtre dans les années 80, basée sur une mécanique scénique tout aussi bien huilée et un sens du tempo ravageur (comme "La Quête").

- Enfin, le film baigne dans une atmosphère tendre et mélancolique lié au fait que chacun des membres du duo sait que c'est la fin (aussi bien de leur duo artistique que de leur vie) et cherche à en épargner l'autre tout en préparant sa sortie avec le plus d'élégance possible. Professionnels jusqu'au bout des ongles.

* Comme plusieurs membres du site qui écrivent des avis, je déplore que l'on ne puisse nuancer les notes. J'aurais en effet mis 3.5 à "Stan et Ollie".

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Le Petit Soldat

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1947)

Le Petit Soldat

"Le Petit Soldat" est la première collaboration des trois grands poètes à l'origine de "Le Roi et l'Oiseau" (1979) à savoir Paul GRIMAULT, Jacques PRÉVERT et Joseph KOSMA. On peut même en rajouter un quatrième avec Hans Christian Andersen, "Le Petit Soldat" étant l'adaptation de l'un de ses contes "Le Vaillant petit soldat de plomb". Par conséquent, il n'est guère surprenant que le résultat soit un chef d'oeuvre touché par la grâce, aussi beau que poignant qui préfigure non seulement "Le Roi et l'Oiseau" (1979) mais toute sa descendance américaine. Les jouets animés de vie de la boutique du Petit Soldat sont les contemporains des premiers grands films de Walt DISNEY à qui ils font penser par la fluidité de leur animation, la délicatesse des couleurs, la rondeur des tracés et la pureté de leurs sentiments (les larmes de la poupée m'ont fait penser à celles que verse Dumbo). Ils sont aussi les grands-parents de ceux qui peuplent la chambre d'Andy dans "Toy Story" (1995), John LASSETER signant également son affiliation à Andersen par l'apparition de la bergère au milieu des petits soldats (en plastique et non plus en plomb, changement d'époque oblige). Mais le contexte du film de Paul GRIMAULT, réalisé en 1947 est beaucoup plus dramatique. L'ombre de la guerre plane sur l'innocence de l'enfance avant de venir la ravager par le biais de la destruction programmée des jouets et de leur temple. Dans un paysage hivernal parsemé de ruines un petit automate acrobate enrôlé de force revient blessé dans sa boutique d'origine pour retrouver l'élue de son coeur, une danseuse qui est accaparée par le diable. Mais celui-ci vole le coeur de l'automate avant de tenter de le détruire. S'engage alors une course-poursuite sur la glace charriée par le fleuve qui rappelle le magnifique film de D.W. GRIFFITH, "À travers l'orage" (1920) dans lequel l'amour fou s'oppose à la tyrannie dans une situation marquée par l'ombre portée de la mort.

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La Flûte magique

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1946)

La Flûte magique

Comme la plupart des films d'animation de Paul GRIMAULT, "La Flûte magique" est une ode à la résistance à l'oppression par le pouvoir enchanteur de la beauté. Réalisé en 1946 soit dans l'après-guerre, sans le scénariste de ses premières oeuvres Jean AURENCHE, il préfigure dans son esthétique comme dans sa thématique "Le Roi et l'Oiseau"* (1979). Il raconte l'histoire d'un jeune troubadour qui se fait méchamment refouler à l'entrée d'un château fort par un seigneur et ses sbires particulièrement mal embouchés, ceux-ci allant jusqu'à lui casser son instrument. Mais par la grâce d'une flûte magique, don de la nature alliée au petit troubadour (et obtenue par la métamorphose d'un oiseau), celui-ci va radicalement changer la nature de la menaçante forteresse et de ses sombres habitants, à leur corps défendant, les obligeant au péril de sa vie à danser au son de sa petite musique. Bien que l'histoire se situe au Moyen-Age, le film lorgne vers le cinéma burlesque et cartoonesque et le compositeur Marcel DELANNOY se permet de délicieux anachronismes avec des airs jazzy entraînants. C'est joyeux, léger et délicieusement impertinent.

* "graphisme net et élégant fondé sur la courbe, le traitement en volume des personnages, le soin apporté aux détails dans les décors tendant au réalisme, une animation fluide et riche en mouvements, une palette luxuriante de couleurs fort variées, un découpage technique abondant en plans de différentes valeurs, de changements d'angles de prises de vues et de mouvements d'appareils... En ce qui concerne le fond, par une philosophie poético-anarchiste « prévertienne », par un amour pour les faibles, les êtres différents et fantaisistes, par une haine de la méchanceté, de la bêtise, de l'envie et de la tyrannie." (Alain GAREL critique et historien de cinéma, professeur d'histoire du cinéma)

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