Les enfants de la chance
Malik Chibane (2016)
L'intérêt de ce film ne réside ni dans sa mise en scène, très classique, parfois même un peu lourde (les chansons des enfants qui tombent comme un cheveu sur la soupe hormis lors du repas, quelle coïncidence!) ni dans ses personnages pour la plupart archétypaux. L'histoire a un air de déjà vu tant elle est souvent traitée au cinéma (M. Batignolle, Le voyage de Fanny, La Rafle, Au Revoir les enfants etc.) mais elle est tirée de l'histoire vraie d'un survivant de la Shoah, Maurice Grosman (le créateur de l'entreprise de prêt-à-porter CELIO), et a donc valeur de témoignage à l'heure où justement les derniers protagonistes de ces événements disparaissent les uns après les autres. On entend d'ailleurs la voix de Maurice Grosman âgé aujourd'hui de 86 ans à la fin du film. Ce sont ses souvenirs qui forment la trame du film et lui donne au final sa personnalité. Pour survivre, il fallait avoir beaucoup de chance et le destin de Maurice est marqué par la chance. Il se casse la jambe au moment où a lieu la rafle du Vel d'hiv ce qui lui permet d'y échapper puis il est pris en charge par un docteur qui s'avère être un Juste et qui réussit à le garder pendant des années dans son hôpital, prétextant une tuberculose osseuse. Le dortoir de l'hôpital est un refuge même s'il n'est pas totalement à l'abri des exactions des allemands et de la police de Vichy. Le film casse les réflexes manichéens avec le personnage du collaborateur qui n'est autre que le frère du docteur et que celui-ci place sous sa protection quand le vent aura tourné. Ou encore avec les américains qui donnent à l'hôpital un médicament frelaté mortel alors que les allemands ont fait don d'un remède qui sauve deux enfants. Le film vaut enfin par toutes sortes de petits détails qui rappellent le contexte de la guerre, du venin antisémite distillé par Radio Paris aux repas de choux et de carottes liés aux privations.

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