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La Vague (Die Welle)

Publié le par Rosalie210

Dennis Gansel (2008)

La Vague (Die Welle)

Une expérience totalitaire menée à l'échelle d'une classe dans un lycée allemand d'aujourd'hui. Le film s'inspire de faits réels s'étant déroulés en Californie en 1967 qui ont donné naissance à un livre, La Vague de Todd Strasser. Il est contemporain des expériences de Milgram sur l'incapacité de la majorité des individus à désobéir aux ordres, même les plus iniques ou les plus monstrueux dès qu'ils étaient prononcés par une autorité qui leur semblait légitime.

La Vague a le mérite de démontrer -certes de façon un peu trop lourdement démonstrative mais c'est compensé par l'esthétique clip, graff et rock - par quels mécanismes les jeunes peuvent se faire embrigader et manipuler par un chef charismatique. Enfin, pas tout à fait. Dans le jeu de rôles grandeur nature que propose à ses élèves le professeur Rainer Wenger (Jürgen Vogel), il y a tout le "décorum" de l'appartenance identitaire: emblème, nom, salut, uniforme mais il manque l'essentiel: l'idéologie. Peu importe, ça fonctionne quand même. Les jeunes les plus fragiles, en manque de repères se laissent attraper comme des mouches par l'illusion communautariste de force, de chaleur, de protection et de sens même s'ils sont condamnés à n'être que des Rebels without a cause. Certains deviennent accro, des fanatiques, et l'expérience dérape complètement dans le chaos et la violence contre tous ceux qui n'adhèrent pas au groupe et â ses règles. La fin sombre dans le grotesque hélas (conséquence de portraits individuels trop souvent dessinés à la truelle) mais heureusement, les dernières images plus intéressantes montrent qu'une prise de conscience semble se faire jour dans l'esprit de ce professeur bien trop léger dans ses actes et aux motivations troubles (frustrations, désir de revanche et de gloire).

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Storytime

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1968)

Storytime

Storytime fait écho à la série anglaise « Don’t Adjust Your Set » (1967-1969) pour laquelle Gilliam a effectué de nombreuses animations du même genre, et annonce en même temps les sketchs animés qui ponctueront « Monty Python’s Flying Circus », série culte de la première moitié des années 70.

Storytime se compose de trois segments d'animation complètements déjantés qui annoncent l'oeuvre à venir, surréaliste, engagée, poétique, azimutée, sarcastique et iconoclaste. Si tous trois sont remarquables, mon préféré est le troisième, saccage jouissif de l'imagerie empreinte de religiosité naïve des cartes de vœux traditionnelles. On y voit les biches et les anges se faire massacrer, le traîneau du père Noël se faire poursuivre par une horde d'indiens, ce dernier kidnapper les enfants ou leur reprendre leurs jouets, les rois mages perdre le nord etc. Le tout dans un emballage des plus sarcastiques. Outre une virulente satire morale et religieuse, on peut discerner dans ce segment iconoclaste son goût pour le détournement des institutions, des traditions, des légendes et des contes. Les deux autres segments semblent encore plus absurdes mais parlent en réalité d'inégalités voire de lutte des classes. Le premier joue sur deux échelles et deux techniques différentes d'animation (dessin crayonné et collage) pour mettre en relation la vie d'un cafard et celle des êtres humains qui les écrasent. Le deuxième qui mêle également ces deux techniques nous raconte une histoire de mains et de pieds qui s'émancipent de leurs maîtres mais qui reproduisent leurs inégalités sociales, les premières snobant les deuxièmes considérés comme inférieurs. Ajoutons que le passage d'un segment à l'autre se fait sans solution de continuité. On saute du coq à l'âne ce qui renforce le caractère absurde de l'ensemble (cela fait penser au générique de Sacré Graal).

Les influences de Gilliam qui s'expriment ici vont de Harvey Kurtzman (Mad Magazine) aux photomontages dadaïstes de John Heartfield en passant par Stan van der Beek et son film d'animation sarcastique et surréaliste Death Breath. Gilliam deviendra lui-même une influence majeure de la série South Park et il participera lui-même à un épisode. En France, la filiation de Gilliam se situe pour l'aspect poétique plutôt chez Caro et Jeunet et pour l'aspect absurde et satirique chez Dupontel (il appaaît dans plusieurs de ses films). Des films en prise de vue réelle mais qui ont un indéniable aspect cartoonesque.

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Lady Chatterley

Publié le par Rosalie210

Pascale Ferran (2006)

Lady Chatterley

Il y a un malentendu à lever de prime abord lorsqu'on évoque le célèbre roman de D.H. Lawrence (qu'il a écrit trois fois) et le film de Pascale Ferran qui est l'adaptation de la deuxième version "Lady Chatterley et l'homme des bois". Il s'agit de son supposé caractère sulfureux qui en ferait un objet à réserver à des mains averties. Si l'on peut comprendre qu'en 1928 le livre ait fait scandale et ait subi les foudres de la censure, quel en est le sens aujourd'hui, à l'heure où les masses sont abreuvées de la pornographie la plus abjecte sans le moindre scrupule? A moins que la pornographie ne soit que l'envers de la médaille du puritanisme, les deux facettes ayant pour but de maintenir la sexualité taboue dans son caractère intime pour ainsi empêcher une vraie émancipation des individus avec tout l'aspect subversif que cela comporte.

Car c'est bien à ce tabou que s'attaque D.H Lawrence: « Je veux qu’hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. » Et on pourrait ajouter, intimement. Car le premier titre de son livre, bien plus évocateur de son contenu réel était "Tendresse" ("Tenderness") Pascale Ferran l’a bien compris et l'explique à sa manière : « Je pense que [Lawrence] cherche avant tout à raconter une intimité, qui se développe, entre autres, par des scènes d’amour physique entre les deux personnages. Cela fait complètement partie de leur trajet relationnel. Mais on n’est pas dans la pulsion animale. Il y a autre chose entre eux. C’est ce que je trouve très beau dans le livre. Le corps et l’âme des deux personnages ne font qu’un, tout le temps. »

En choisissant de raconter une histoire d'amour véritable entre deux êtres appartenant à deux classes sociales antagonistes (une aristocrate et un garde-chasse), Lawrence et Ferran démontrent le caractère subversif de l'amour et donc la raison d'être de sa répression sociale. De plus, ils connectent étroitement l'amour à la vie et à la nature. Parkin (Jean-Louis COULLOC'H) est "l'homme des bois", sinon un sauvage du moins un inadapté, un homme qui de son propre aveu ne peut se plier à la norme (travailler à la mine) et a besoin de vivre seul en symbiose avec la nature. Il vit sa différence comme une calamité jusqu'à ce que Constance Chatterley (Marina Hands, d'une finesse de jeu extraordinaire) lui en fasse découvrir la valeur. Constance de son côté se meurt de neurasthénie dans son château-tombeau avec Clifford (Hippolyte Girardot), son mari infirme de guerre (un excellent moyen de transformer l'Eros incontrôlable en Thanatos avide d'argent et de pouvoir) qui oscille entre impuissance et manifestations quelque peu tyranniques de son pouvoir de seigneur et maître. Elle découvre la sensualité et la joie de vivre avec Parkin et s'émancipe intellectuellement et affectivement de son milieu. Symboliquement, chaque fois qu'elle va rejoindre Parkin, elle franchit une barrière et se retrouve au milieu des bois dans un océan de sensations que Pascale Ferran nous fait ressentir lors de nombreuses et magnifiques scènes contemplatives et panthéistes (bruits des oiseaux, jeux de lumière, toucher de la mousse, saveur de l'eau fraîche etc.)

Cette immersion panthéiste agit comme une libération progressive des carcans moraux et sociaux. Avec beaucoup de délicatesse et de subtilité, la cinéaste montre comment progressivement deux personnages au début enfermés (dans leurs vêtements, leur mutisme ou leurs maladresses de langage, leurs postures, leurs complexes, leurs préjugés etc.) s'apprivoisent, s'ouvrent l'un à l'autre, apprennent à se parler et finissent par instaurer un véritable échange spirituel, affectif et physique. Un échange qui culmine dans le passage où libérés de toutes leurs inhibitions, Constance et Parkin se poursuivent nus sous la pluie tels des enfants rieurs et joueurs ou tels Adam et Eve d'avant la pomme.

Le plus naturellement du monde.

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La Ruée vers l'or (The Gold Rush)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1925)

La Ruée vers l'or (The Gold Rush)

Drôle, poétique, mélancolique et engagé sans que jamais l'un de ces aspects ne prenne le pas sur l'autre ou n'alourdisse l'ensemble. La ruée vers l'or, troisième long-métrage du cinéaste (après le Kid et l'Opinion publique) est une manifestation éclatante de cet art d'équilibriste dont Chaplin avait le secret. L'image de la maison balancier en est la parfaite illustration. Comme tout le monde, j'aime les gags cultes de la dégustation de chaussures et de la danse des petits pains qui allient drôlerie et poésie. Un talent de mime et d'imagination dans le détournement de la fonction usuelle des objets qui atteint ici la perfection. Les clous fixés sur la semelle deviennent des os de poulet, les lacets des spaghettis, les petits pains et les fourchettes plantées dedans des pieds et jambes de danseur manipulés avec grâce par un Charlot marionnettiste. La scène du mirage où sous l'effet de la faim Charlot devient un poulet géant aux yeux de son compagnon d'infortune et celle de la bagarre pour la possession de la maison jettent une lumière crue sur la rudesse de la vie des chercheurs d'or où règne la loi de la jungle. Mais la scène que je préfère est celle du réveillon mélancolique et solitaire de Charlot. Moqué pour sa pauvreté, sa supposé faiblesse et sa candeur, il regarde les festivités (le rêve américain dont il est exclu) derrière la fenêtre et son visage exprime une douleur indéfinissable. Cette scène préfigure aussi bien l'avenir du cinéaste que la tonalité de ses œuvres ultérieures beaucoup plus désabusées et/ou critiques.

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Charlot boxeur (The Champion)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Charlot boxeur (The Champion)

Troisième film de Chaplin pour la Essanay, Charlot boxeur est un film précurseur merveilleusement chorégraphié dans lequel son personnage du Vagabond s'affine. Le début fait penser à Une vie de chien. On y voit Charlot en traîne-misère partageant son maigre sandwich avec son bouledogue puis prêt à servir de punching-ball pour gagner un peu d'argent. Heureusement Charlot va renverser la situation à l'aide de ses talents d'acrobate et de jongleur d'objets astucieusement détournés de leur usage habituel. Un fer à cheval porte-bonheur glissé dans l'un de ses gants de boxe s'avèrera aussi fort utile. Quant au combat final, plein de péripéties amusantes qui le transforme tantôt en spectacle de catch, tantôt en piste de danse, tantôt en numéro de cirque il constitue un brouillon de celui de son futur long-métrage Les lumières de la ville.

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Les feux de la rampe (Limelight)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1952)

Les feux de la rampe (Limelight)

C'est un des plus beaux films de Chaplin parce que l'un des plus intimes. Et la capacité à traduire son intimité lorsqu'elle se marie avec le talent créé une étoffe dont sont faite les plus belles œuvres d'art.

On a souligné à juste titre la part autobiographique et nostalgique du film. Reconstitution du milieu du music-hall londonien où Chaplin a fait ses premiers pas, choix de l'année 1914 où il débarque aux USA pour ses premiers films, convocation de ses parents disparus à travers ses deux personnages principaux, résurrection de l'âge d'or du muet le temps d'un numéro d'anthologie avec Buster Keaton etc.

Mais le film va en réalité beaucoup, beaucoup plus loin, jusqu'aux tréfonds de l'âme de son auteur dont il met à nu les contradictions. Aucune grimace burlesque, aucun maquillage dans les scènes clés ne dissimule son visage et ses yeux où se reflètent une palette d'émotions extrêmement riche. Si bien que le film n'est pas tout à fait ce qu'il prétend être. Oui, Chaplin fait en quelque sorte un bilan désabusé de sa vie. On peut lire entre les lignes les affres du vieillissement qui le diminue, le désamour du public après M. Verdoux qui le ronge, sa mise à l'index par des USA plongés en pleine paranoïa anticommuniste qui le rend amer. Oui il fait ressurgir sur les murs un Charlot spectral à travers son Calvero au bout du rouleau, condamné à l'oubli, au néant (la canne et le chapeau melon accrochés sur le portemanteau, les affiches de Calvero où le mot "Tramp" c'est à dire "Vagabond", surnom de Charlot en VO peut être lu etc.)

Mais en même temps, il met en scène une mort des plus théâtrales après un numéro en forme d'apothéose (" Moi je veux mourir sur scène, devant les projecteurs") Et quelle est la raison de ce soudain regain de vitalité qui lui permet de s'accomplir au moment de partir pour de bon? Un échange décisif dans les coulisses avec Terry, la jeune danseuse souffrant d'hystérie que Calvero a recueilli au début du film après qu'elle ait tenté de se suicider. C'est l'amoureux de Terry, dépité d'être éconduit qui pose la bonne question "qu'est ce qu'il y a entre vous?" On pourrait répondre "Rien". Car l'amour entre Terry et Calvero est si fusionnel, absolu qu'ils peuvent se fondre l'un dans l'autre. C'est d'ailleurs ce qu'illustrent les scènes imprégnées de mysticisme où chacun prie pour le succès de l'autre. De même lorsque l'un s'effondre, l'autre se redresse dans un échange de flux énergétique assez saisissant. Si la transmutation ne s'est pas accomplie plus tôt c'est que Calvero passe l'essentiel du film à la refuser et à la fuir. Jusqu'au moment où dans les coulisses, il finit par l'accepter. Ce qui se passe entre elle et lui est alors moins un passage de témoin vers la jeune génération (ça sonne tellement toc d'ailleurs) qu'un accès direct à l'immortalité ("rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme").

Il est impossible qu'Almodovar n'ait pas pensé à ce film lorsqu'il a réalisé Parle avec elle en 2002. Est-ce vraiment un hasard s'il place dans la bouche de la fille de Chaplin (qui interprète comme par hasard une danseuse) ces mots magnifiques sur la transmutation "De la mort surgit la vie, du masculin, le féminin, de la terre surgit l'éther"?

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Sylvia Scarlett

Publié le par Rosalie210

George Cukor (1935)

Sylvia Scarlett

C'est un petit Cukor qui souffre d'un scénario décousu et invraisemblable et d'un casting pas toujours pertinent. Cary Grant (pas encore célèbre) n'est pas mis en valeur ce qui l'empêche de déployer son jeu hormis son jouissif éclat de rire final. Brian Aherne, jeune premier chargé de révéler à Katharine Hepburn sa véritable nature est assez fade et il aurait été plus judicieux de l'échanger contre Cary Grant comme le fera Hawks trois ans après. Reste le jeu vraiment génial de Katharine Hepburn tour à tour travesti audacieux jetant le trouble autour d'elle par ses comportements empreints de virilité et timide jeune fille en fleur en pleine éducation sentimentale. Plusieurs scènes jouent habilement sur l'ambiguïté du personnage pour aborder notamment l'homosexualité féminine. Pas étonnant qu'en dépit de ses défauts, Sylvia Scarlett ait fini par atteindre le statut de film culte dans la communauté LGTB.

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Charlot à la plage (By the sea)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1915)

Charlot à la plage (By the sea)

C'est du pur slapstick ce qui constitue une régression par rapport au précédent film de Chaplin (The Tramp- Charlot Vagabond) mais au moins c'est sans temps mort. Le septième film de Chaplin pour la Essanay a été tourné sur la plage de Malibu alors beaucoup moins fréquentée que de nos jours. Et si la pantomime gesticulante des personnages qui se bagarrent et se réconcilient à tour de bras fait craindre la lassitude celle-ci est évitée grâce à des gags bien trouvés (la glace tarte à la crème, les fils attachant les chapeaux qui s'emmêlent, le banc qui se renverse, le crochet de la canne qui permet à Charlot de se rapprocher d'Edna etc.), une mise en scène bien rythmée et un jeu toujours aussi étourdissant de Chaplin utilisant son corps et celui de son adversaire de façon virtuose.

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Bienvenue à Gattaca (Gattaca)

Publié le par Rosalie210

Andrew Niccol (1997)

Bienvenue à Gattaca  (Gattaca)

Appelle-moi plutôt Eugene, mon second prénom" dit Jérôme Morrow (Jude Law) l'homme génétiquement bien-né de la science à Vincent Freeman (Ethan Hawke) "l'invalide", le "dégénéré" fruit de Dame nature né avec entre autre une myopie et des problèmes cardiaques ne devant pas lui permettre de dépasser l'âge de 30 ans. Eugene ("bien-né" en grec) c'est l'eugénisme, la sélection génétique permettant de créer des êtres humains parfaits à qui les postes les plus élevés de la société sont réservés, les tâches subalternes étant dévolues aux imparfaits, tarés-ratés et autres "dégénérés". Une hiérarchie socio-raciale qui rappelle "Le Meilleur des Mondes" d'Aldous Huxley et s'inspire aussi de l'idéologie nazie laquelle aspirait à la pureté raciale par l'eugénisme. L'univers rétro-futuriste du film qui rappelle Brazil par son architecture démesurée et dépouillée et ses costumes et voitures des années 50 fait le lien entre les expériences du XX° siècle et l'anticipation d'un futur proche dystopique contre lequel Andrew Niccol (auteur également du scénario du remarquable Truman Show) appelle à résister.

Le facteur humain fait dérailler n'importe quelle machine bien huilée. L'homme est en effet pour reprendre l'expression de Sartre "condamné à être libre". Et c'est justement ce qu'est Vincent "Freeman". Un homme libre. Libre de se déterminer puisqu'il n'a pas été modifié par un programme génétique et formaté pour être le meilleur. Une croyance (une idéologie devrais-je dire) qui se heurte à la réalité. A savoir que l'homme ne peut être réduit à ses gènes et que la réussite tout comme l'échec a des causes immatérielles et incontrôlables. C'est la terrible désillusion vécue par Jérôme Eugene Morrow, homme génétiquement parfait programmé pour être un champion mais qui n'a jamais pu être que deuxième. Une désillusion qui lui a brisé les jambes. Ce qui lui a manqué, c'est la détermination de Vincent qui rêve d'aller dans les étoiles en devenant spationaute au sein du centre de recherches de Gattaca réservé aux jeunes gens dotés d'un patrimoine génétique supérieur. Une détermination qui le fait nager plus loin que les autres en dépit de ses problèmes cardiaques et traverser une route dangereuse alors qu'il n'y voit rien. C'est pourquoi Morrow ("lendemain") prête son corps à Vincent (c'est à dire ses fluides et ses cheveux pour déjouer les tests génétiques du centre) alors que Vincent lui prête son rêve c'est à dire redonne un sens à sa vie. A eux deux, ils recréent au delà de l'illusion d'un ADN irréprochable (le symbole de l'escalier) un être capable de soulever des montagnes pour s'élever au dessus de sa condition (le symbole de la fusée).

Histoire de rappeler que jamais la valeur d'un homme ne pourra être mesurée à la qualité de sa pisse.

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Baby Boss (The Boss Baby)

Publié le par Rosalie210

Tom McGrath (2017)

Baby Boss (The Boss Baby)

Je n'ai pas aimé ce film qui en dépit de quelques bonnes scènes a provoqué surtout chez moi tantôt l'ennui et tantôt la consternation.

L'ennui car chez Dreamworks visiblement, on ne recherche ni la cohérence du scénario, ni l'épure de la mise en scène. Il faut remplir, remplir, remplir le cadre à tout prix. Empiler, s'empiffrer à l'image des gros bébés de l'histoire. Il ne doit pas y avoir de temps mort. Alors certes, Baby Boss est moins hystérique que Madagascar 3 mais tout aussi incohérent et superficiel. Par exemple on multiplie les personnages inutiles au lieu d'approfondir ceux qui existent. Les bébés qui entourent le "Baby boss" par exemple surgissent du néant et retournent au néant aussitôt après avoir fait leurs scènes. En plus ce sont des clones des télétubbies et d'Agnès de Moi moche et méchant. Idem pour la dirigeante à lunettes de Baby Corp. On dirait une version humaine de Germaine de Monstres et Cie. On l'entrevoit 5 secondes avant qu'elle ne soit éclipsée par la vengeance du méchant caoutchouc de l'histoire, une grosse baudruche que les héros ont (trop) vite fait de dégonfler. Il en est de même avec les thèmes, les styles et les références. Il y aurait de quoi faire 4 ou 5 films avec les sujets abordés (monde imaginaire de l'enfance, rivalité fraternelle, guerre commerciale, récit initiatique etc.) mais tout cela se superpose de façon brouillonne et incohérente. Par exemple comment expliquer que les parents ne soient pas étonnés de recevoir par taxi un bébé de la baby corp en costard-cravate et attaché-case alors que l'on a vu un peu plus tôt la mère enceinte? Parce qu'une partie du film se passe dans la tête du grand frère Tim qui a une imagination débordante tiens! Sauf que cette imagination lorsqu'elle apparaît à l'image est censé bénéficier d'une esthétique 2D cartoons ou comics. Or rien de tel lorsque le baby boss arrive dans la famille et en repart. Idem lorsque Tim entend les bébés parler, idem lorsqu'il enregistre leurs paroles sur une cassette audio et qu'ils tentent de la lui reprendre. Si on suit les codes du film on est donc à ces moments là dans la réalité. On nage donc en pleine incohérence puisque le film fait cohabiter dans la même dimension la grossesse naturelle et la fabrique à bébés, les areu et le costume de manager, la voiture à pédales et l'explosion atomique. L'avalanche de références (certaines sont quand même assez drôles comme la parodie de Mary Poppins ou la bave du bébé qui fait penser à la goutte de sueur de Cruise dans Mission Impossible) ne fait que brouiller encore plus le message.

Un message qui tantôt semble faire un appel du pied aux petits enfants (gags caca-prout, mignons petits chiots type peluches Ty) et tantôt semble lancer des œillades aux adultes avec une soi-disant satire du monde de l'entreprise qui ne casse pas 3 pattes à un canard et s'avère de plus hypocrite. Car si mon sentiment dominant a été l'ennui devant ce grand n'importe quoi (au vu des critiques, certains y trouvent leur compte, tant mieux pour eux), c'est de la consternation que j'ai ressenti devant la dernière scène qui m'a fait l'effet d'une douche froide. Celle où le baby boss devient juste un boss qui continue à résoudre tous les problèmes en jetant des liasses de fric au visage. Ca ne m'a pas fait rire du tout.

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