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Mélinda et Mélinda (Melinda and Melinda)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2004)

Mélinda et Mélinda (Melinda and Melinda)


"Melinda et Melinda" est assurément un des films les plus faibles de Woody ALLEN. Il s'agit d'un exercice de style inspiré de "La Fête à Henriette" (1952) de Julien DUVIVIER où deux auteurs s'amusent à imaginer leur version de la vie d'un même personnage, Melinda Robicheaux (Radha MITCHELL). Dans la première version, Melinda est un personnage de tragédie et dans la seconde, c'est un personnage de comédie. Le problème est qu'on a bien du mal à voir où est la tragédie ou à l'inverse la comédie. Le petit milieu des intellos new-yorkais dont les préoccupations narcissiques tournent autour de la carrière, de problèmes de couple ou de marivaudages amoureux se prête mal à cet exercice. Les malheurs de Mélinda se résument pour l'essentiel à des histoires de mec et quand l'auteur de la version tragique veut la lester de problèmes plus graves comme un meurtre ou la garde des enfants, il rate son coup, versant dans le grotesque. Quant à la version comique, elle ne fait pas rire à part le personnage de Hobie (Will FERRELL) qui est un clone de Woody ALLEN. Le casting est hétéroclite avec d'un côté de très bons acteurs Chloë SEVIGNY ou Steve CARELL (hélas dans un tout petit rôle) et de l'autre Chiwetel EJIOFOR qui semble se promener en touriste dans le film et hérite des dialogues les plus ridicules du genre "j'ai vu ton âme à travers ton toucher", waouh ça c'est de la séduction subtile!

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Il était une fois en Amérique (Once upon a time in America)

Publié le par Rosalie210

Sergio Leone (1984)

Il était une fois en Amérique (Once upon a time in America)

"Il était une fois en Amérique", le film testamentaire de Sergio LEONE aurait pu tout aussi bien s'intituler "La vie est un songe". Son originalité tient au fait qu'il ne raconte pas cinquante ans de la vie d'un homme mais plutôt ce qui lui en reste au travers du prisme de ses souvenirs. Le film d'une mémoire sélective et orientée qu'il passe et repasse dans sa tête en fumant de l'opium. La forme, très proustienne, épouse cette temporalité éclatée, faite de réminiscences, d'ellipses et de moments dilatés. Ainsi 35 ans de sa vie se résument en une seule phrase évoquant l'incipit du premier roman de "A la recherche du temps perdu", "je me suis couché tôt" alors que des moments brefs comme la danse de Deborah ou la mort de Dominic sont devenus des instants d'éternité. Des sons et des images servent de sas temporels entre le présent et le passé: la sonnerie du téléphone, un trou dans les toilettes, une montre, un miroir, les phares d'un véhicule, une chanson (Yesterday des Beatles). La musique de Ennio MORRICONE contribue considérablement au halo de nostalgie qui imprègne le film.

Bien que non linéaire, le film reconstitue trois périodes de la vie de David Aaronson, surnommé Noodles (Robert De NIRO): son adolescence au début des années 20, son activité de jeune truand au début des années 30 et enfin le retour nostalgique sur les traces de son passé à la fin des années 60. Ses 12 ans d'emprisonnement et ses 35 ans d'exil constituant en revanche des trous noirs dans sa biographie.

La période la plus intéressante des trois est sans nul doute celle de la jeunesse dans le quartier juif new-yorkais du lower east side (celui dans lequel ont grandi à la même époque les Marx Brothers). L'étude sociologique et psychologique y est particulièrement poussée. Dans chacun des films de sa trilogie des "Il était une fois", Sergio LEONE filme la perte de l'innocence à travers l'assassinat d'un enfant. C'est la mort de cet enfant qui pousse David à tuer pour la première fois. On découvre en effet comment la délinquance est une pente naturelle dans un contexte alliant l'extrême pauvreté, l'abandon parental et l'injustice liée à la corruption des autorités symbolisées par un flic véreux. D'autre part et contrairement aux idées reçues selon lesquelles la corruption de la jeunesse daterait des images pornographiques de l'ère internet, la découverte de la sexualité chez les jeunes de cette époque se fait sur le mode sordide de la prostitution. Chez le héros, elle entraîne une dissociation destructrice entre l'amour et le sexe, les femmes étant soit des figures éthérées, soit des objets sexuels (le dualisme vierge/putain si caractéristique des sociétés patriarcales).

La période de la Prohibition permet aux activités mafieuses de la bande à Noodles de prospérer mais elle détruit ce qui lui reste d'idéaux et d'illusions, son côté sentimental s'avérant incompatible avec le milieu de la pègre. Les dissensions se creusent entre lui et son meilleur ami Max (James WOODS) dont les rêves de gloire et de fortune sont sans limites. C'est en voulant le sauver, lui et les autres membres de la bande que Noodles les trahit (ou plutôt croit les trahir) et perd tout. Il en va de même avec Deborah (Elizabeth McGOVERN) tout aussi ambitieuse et indépendante qu'il ne sait que posséder et non aimer, la faisant fuir. Enfin la période de vieillesse où il fait retour sur son passé est celle de la délivrance. Paradoxalement, en découvrant qu'il a été trahi et abusé, il éprouve un soulagement car il peut transférer sa culpabilité sur quelqu'un d'autre à savoir le sénateur Bailey en qui il refuse de reconnaître son ami Max, mort pour lui depuis des lustres.

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La forêt de Mogari (Mogari no mori)

Publié le par Rosalie210

Naomi Kawase (2007)

La forêt de Mogari (Mogari no mori)

"La forêt de Mogari" est le premier film de Naomi KAWASE que j'ai vu et il m'a durablement marqué de par sa beauté, sa simplicité, son dépouillement, son caractère contemplatif et en même temps sa grande richesse. Il peut cependant rebuter et ennuyer si l'on est hermétique à la culture japonaise d'autant que le rythme est extrêmement lent et qu'il y a peu de paroles et d'actions.

L'histoire est centrée sur deux personnages très dissemblables: une jeune aide soignante qui travaille dans une maison de retraite (Machiko ONO) et l'un de ses patients, un homme étrange qui ressemble davantage à un jeune homme vieilli qu'à un vieil homme (Shigeki UDA). Tous deux ont cependant un point commun: ils sont minés par la mort d'un être cher dont ils ne parviennent pas à faire le deuil. Pour Machiko il s'agit de son fils mort dans un accident dont elle est en partie responsable. Pour Shigeki, il s'agit de sa femme Mako, morte 33 ans auparavant. La maison de retraite agit comme une prison qui les coupe d'eux-mêmes. Machiko écrasée par la culpabilité passe son temps à s'excuser. Shigeki sombre doucement dans la sénilité. Machiko est attirée vers lui mais a bien du mal à entrer en communication, Shigeki se montrant agressif lorsqu'elle tente de toucher à son intimité. Elle a alors au bout d'une demi-heure (de film) l'idée de l'arracher à sa prison pour l'emmener en promenade. Une promenade qui dérive en périple au cœur d'une forêt. Pas n'importe quelle forêt, celle de Mogari qui signifie "la fin du deuil". Car c'est en renouant le contact avec la nature sauvage c'est à dire avec leurs émotions profondes que Machiko et Shigeki vont pouvoir accomplir leur travail de deuil. Machiko en explosant de chagrin au bord d'une rivière en crue et Shigeki en creusant une tombe pour sa femme et en y déposant les lettres qu'il lui a écrite pendant 33 ans. Parallèlement, tous deux vont redécouvrir le goût de la vie au travers de sensations comme la dégustation d'une pastèque fraîche sous la canicule, la pluie qui trempe, la chaleur bienfaisante du feu de bois ou d'un corps que l'on serre contre soi pour se réchauffer. Car seule l'acceptation de la mort permet de vivre pleinement.

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Ipcress-Danger immédiat (The Ipcress file)

Publié le par Rosalie210

Sidney J. Furie (1965)

Ipcress-Danger immédiat (The Ipcress file)

My name is… Palmer, Harry Palmer. On me considère comme l'anti James Bond. Je suis myope comme une taupe, je préfère boire du café que du thé, je fais moi-même ma popote et mon boulot consiste à remplir des kilomètres de paperasse derrière mon bureau. Je ne quitte jamais Londres et sa grisaille. L'augmentation que j'ai obtenue me permettra tout juste de m'offrir un gril à infrarouge ^^.

Et pourtant les apparences sont trompeuses. Car c'est une bonne partie de l'équipe des premiers James Bond qui est derrière ce premier volet des aventures du sergent Harry Palmer. Un personnage bien plus complexe et passionnant que son allure austère de petit gris ne le laisse deviner. Il faut dire que c'est Michael CAINE qui l'incarne et qu'il est magistral. Son goût pour le café dessine les contours d'un personnage anticonformiste. Son insolence, son indiscipline (un comble pour un militaire, il est d'ailleurs passé par la case prison), son accent cockney et ses manières un peu rustres d'ancien voyou des faubourgs détonnent dans les cabinets feutrés de ses supérieurs distingués. Ses lunettes à monture épaisses soulignent une fragilité tout aussi inhabituelle dans le milieu des agents secrets. Une fragilité néanmoins compensée par une force mentale peu commune qui se révèle lorsque ses ennemis tentent de prendre le contrôle de son cerveau à l'aide du programme de conditionnement Ipcress. Une séquence qui n'est pas sans rappeler "Orange mécanique" (1971) de par son aspect psychédélique. La résistance de Harry Palmer est celle de quelqu'un qui par sa sensualité (il aime regarder les filles et… leur faire la cuisine ^^), son humour ironique pince-sans-rire tordant et la douleur physique qu'il s'inflige lorsqu'on veut l'hypnotiser parvient à rester humain dans un environnement qui cherche à le priver de son identité et de son libre-arbitre. D'ailleurs Harry Potter (dont le fantastique cache une dimension policière/espionnage) pourrait tout à fait être son descendant. Pas seulement parce qu'il a le même prénom, les mêmes initiales et la même myopie symbole de vulnérabilité mais parce qu'il est un outcast et que son caractère rebelle le rend capable de résister au sortilège imperium qui est le parfait équivalent du programme Ipcress.

Pour souligner le malaise, l'étrangeté, l'opacité et la dimension cauchemardesque qui se dissimulent derrière l'apparente banalité du travail des agents, le réalisateur Sidney J. FURIE multiplie les plans obliques et les contre-plongées. Il place souvent sa caméra derrière une vitre ou des objets qui dissimulent une partie du plan quand il n'adopte pas la vision floue de Harry Palmer privé de lunettes ou drogué. Il créé ainsi une ambiance oppressante de film noir en plein jour et rend hommage à Fritz LANG avec une scène reprise du "Le Testament du Docteur Mabuse" (1932) et à Alfred HITCHCOCK avec un plan derrière une paire de lunettes tombées à terre qui fait penser à celui de "L Inconnu du Nord-Express" (1951).

Au début des années 80, le groupe Madness a rendu hommage au film et à son acteur principal avec le titre "My name is Michael Caine", véritable hymne de résistance à l'oppression et au formatage identitaire. Et toute une lignée de films d'espionnage réalistes s'en sont inspirés comme "La Taupe" (2011).
 

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Les délices de Tokyo (An)

Publié le par Rosalie210

Naomi Kawase (2015)

Les délices de Tokyo (An)

Dans les films culinaires il y a à boire et à manger, autrement dit le suprême y côtoie le navet. Avec "Les Délices de Tokyo" on est plus proche du premier que du second, même s'il subsiste quelques scories. Car non seulement Naomi KAWASE élève le film jusqu'à la dimension cosmique ce qui est sa signature tout comme son goût pour le documentaire mais elle n'oublie pas au passage la dimension humaine et sociale de son histoire qui y gagne en simplicité et en puissance par rapport à son film précédent "Still the Water" (2014).

Le moteur du récit réside en effet dans la relation filiale et fraternelle que vont nouer deux personnages a priori très différents. A priori seulement car en réalité, ils ont beaucoup de points communs. Le premier est Sentaro, un homme d'une quarantaine d'années joué par un acteur aussi charismatique que sensible, Masatoshi NAGASE. Il est le gérant d'une petite boutique de dorayakis, des pâtisseries japonaises traditionnelles composées de deux pancakes que l'on fourre avec de la pâte de haricot rouge sucrée. C'est un homme solitaire, triste et replié sur lui-même qui s'est enfermé dans une vie qui ne lui convient pas. La dette qu'il a contractée et qui l'oblige à travailler dans la boutique est symboliquement liée à son passé d'ancien taulard qu'il traîne avec lui comme un boulet. Jusqu'au jour où une charmante vieille dame, Tokue (Kirin KIKI) se présente sur la foi de sa petite annonce pour être embauchée à ses côtés. Dans un premier temps, il la repousse comme une gêneuse avant de goûter la succulente pâte de haricots rouges qu'elle lui a préparé. C'est un moment très important du film dont on ne comprend la portée qu'à la fin lorsqu'on apprend l'histoire de Tokue. En effet par ce simple don (de soi), Tokue redonne goût à la vie à Sentaro, elle le remet au monde, elle le libère comme le montre la dernière scène du film. Et pourtant Tokue aurait eu de quoi rejeter la vie tant celle-ci s'est montrée dure à son égard. Tokue est en effet elle aussi une paria de la société. En tant qu'ancienne lépreuse, elle a été enfermée avec les autres malades dans un quartier de Tokyo dont elle n'a pu sortir qu'à partir de 1996. On découvre également d'autres discriminations comme le fait qu'elle a été contrainte d'avorter (Sentaro devient alors le fils qu'elle n'a pas pu mettre au monde) et que les lépreux n'ont pas le droit d'avoir de tombe (c'est un arbre qui la remplace). Le rejet social dont elle est victime est tellement puissant qu'elle ne pourra pas longtemps travailler aux côtés de Sentaro. Mais elle a le temps de lui transmettre sa sagesse, la nécessité d'être en harmonie avec soi-même et de dépasser l'amertume que peut générer la petitesse de l'homme en s'appuyant sur la générosité infinie de la nature. En cela, elle m'a fait penser à une ancienne déportée, Simone Lagrange qui dans son livre autobiographique "Coupable d'être née" décrit comment elle parvenait à survivre à l'enfer d'Auschwitz en regardant les étoiles.

La relation belle, émouvante et pleine de délicatesse de Sentaro et de Tokue dont la douceur contraste avec la dureté de leur condition se suffisait à elle-même. Il est dommage que la réalisatrice ait rajouté quelques personnages supplémentaires comme la lycéenne Wakana (Kyara UCHIDA), la propriétaire du magasin et son neveu. Non seulement ils sont inutiles, mais ils alourdissent le propos.

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Quoi de neuf, Bob? (What About Bob ?)

Publié le par Rosalie210

Frank Oz (1991)

Quoi de neuf, Bob? (What About Bob ?)

Si vous vous considérez comme "normal" alors peut-être considèrerez-vous ce film comme un navet pas drôle. Vous trouverez Bob (Bill MURRAY) insupportable et vous plaindrez sincèrement son médecin Léo Marvin (Richard DREYFUSS) au point de partager les pulsions meurtrières qui l'envahissent à la fin du film ^^^^. En revanche si vous vous considérez comme un peu dingue (juste un peu hein, pas trop quand même ^^^) et que vous adorez Bill MURRAY il faut voir ce film de toute urgence car il a toutes les chances de vous plaire. En effet au-delà de sa mécanique comique reposant sur deux personnages que tout oppose et dont l'un colle aux basques de l'autre (à la manière des films de Francis Veber), "Quoi de neuf, Bob?" est une satire réjouissante du milieu des grands pontes de la psychiatrie et une étude de caractère au final assez subtile.

Léo Marvin est un représentant parfait de la variante intellectuelle du mâle alpha. Il est égocentrique, imbu de lui-même, incapable d'empathie (ce qui est le comble pour un psy) obsédé par son image et sa réussite. Bob, ce patient encombrant qui s'invite chez lui ne détruit pas sa vie contrairement à ce que j'ai lu ici et là. Il détruit l'image parfaite qu'il a voulu donner de sa vie symbolisée par sa maison de vacances qui finit par exploser. Il révèle par exemple le manque de proximité de Léo avec ses enfants alors que la simplicité et le caractère enfantin de Bob en fait un partenaire de jeux mais aussi un confident idéal. Léo ne supporte pas en effet les failles de ses enfants car elles le renvoient aux siennes qu'il ne veut pas voir. Bob s'attire la sympathie et la complicité de tous et finit par voler la vedette à Léo. Le masque de ce dernier se fissure alors et révèle une agressivité et une violence autrement plus inquiétantes que les phobies de Bob. On peut même dire que ce dernier représente "l'ombre" de Léo que celui-ci a refoulé et c'est ce rejet qui a fait de lui un control freak à côté duquel Bob apparaît comme sain d'esprit. Un renversement de situation des plus réjouissants. Et même si jamais Léo n'acceptera Bob comme son égal (ce que celui-ci devient pourtant à la fin du film) et continuera à le combattre avec acharnement, sa famille elle l'a définitivement adopté, montrant ainsi qu'elle a échappé à son contrôle.

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L'homme de Londres ( A Londoni férfi)

Publié le par Rosalie210

Béla Tarr (2007)

L'homme de Londres ( A Londoni férfi)

Le résumé de "L'homme de Londres" est à lui seul un indice du type de film que l'on va voir. Pour rappel, voici le contenu de ce résumé:

"Maloin mène une vie simple et sans but, aux confins de la mer infinie; c'est à peine s'il remarque le monde qui l'entoure. Il a déjà accepté la longue et inévitable détérioration de sa vie, et son immense solitude. Lorsqu'il devient témoin d'un meurtre, sa vie bascule et le voilà confronté au péché, à la morale, au châtiment, écartelé à la frontière de l'innocence et de la complicité. Et cet état de scepticisme l'entraîne sur le chemin de la réflexion, sur la signification de la vie et du sens de l'existence. Le film touche à cet indestructible désir des hommes pour la vie, la liberté, le bonheur, les illusions jamais réalisées, à ces riens qui nous apportent l’énergie, pour continuer à vivre, à s’endormir, à s’éveiller, jour après jour. L’histoire de Maloin est la nôtre, celle de tous ceux qui doutent et qui peuvent encore s’interroger sur leur pâle existence."

Voici maintenant comment personnellement je résumerais le film:

"Malouin, un type dépressif à la mine sinistre qui travaille comme aiguilleur dans une tour de guet est le témoin d'un meurtre crapuleux. Il récupère la valise pleine de billets tombée à l'eau et est tenté de s'en servir pour en faire profiter sa famille. Mais il est poursuivi par le tueur et sa conscience. Finalement la morale triomphe: il remet sagement la valise à l'inspecteur qui l'absout pour le meurtre du tueur car il a agi en état de légitime défense. Amen."

Le résumé officiel, extrêmememnt prétentieux sert en fait à dissimuler la vacuité abyssale de l'intrigue et des personnages. Le roman policier de George Simenon est étiré jusqu'aux confins de l'abstraction. Abstraction qui touche aussi les décors. Béla TARR réussit à transformer le port de Bastia où le film a été tourné en un lieu cafardeux et fantomatique qui ne ressemble pas pour autant à celui de la ville de Londres. Quant aux personnages, plus antipathiques les uns que les autres, ils font tous la gueule, pleurent ou crient. Au moins ils ne déparent pas avec le décor. Si le cinéma consiste à tuer la vitalité, ce film là est une réussite dans le genre ^^. Ce formalisme glacial et poseur en dépit d'un grand savoir-faire technique et plein de références (à l'expressionnisme allemand notamment) tourne à vide et qui plus est enfile les clichés sur les prolétaires à qui on dénie toute joie de vivre, au secours!

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Achille et la tortue (Akiresu to kame)

Publié le par Rosalie210

Takeshi Kitano (2008)

Achille et la tortue (Akiresu to kame)


"Achille et la tortue" est une fable sur les affres du processus créatif empreint du style si particulier de Takeshi KITANO où l'humour est sous-tendu par un profond désespoir. Le personnage principal, Machisu désire de façon obsessionnelle devenir un grand artiste peintre et se faire reconnaître comme tel par ses pairs. C'est la vanité, l'absurdité et l'aspect profondément autodestructeur de cette quête sans fin que raconte le film. Le cheminement artistique de Machisu qu'on voit passer par plusieurs périodes, de l'enfance à l'âge mûr, de l'académisme aux recherches formelles les plus audacieuses n'est jalonné que de tragédies et de désillusions. Quoiqu'il réalise, le résultat n'est jamais satisfaisant, ni à ses propres yeux, ni à ceux du marchand d'art qui critique ses œuvres ce qui nous interroge sur la dépendance de l'artiste vis à vis du regard d'autrui et les critères de valeur attachés aux oeuvres. En effet Takeshi KITANO fait une satire féroce du milieu de l'art. Le marchand qui ne cesse de repousser les œuvres du Machisu adulte a acheté sans le savoir un tableau peint par Machisu enfant. Il s'est fait escroquer par des créanciers qui ont saisi les biens du père de Machisu après qu'il ait fait faillite et se soit donné la mort. Ils ont facilement écoulé les tableaux peint par Machisu enfant en les faisant passer pour des œuvres exceptionnelles. Ce n'est donc pas la valeur intrinsèque du tableau qui entraîne l'acte l'achat mais la peur de passer à côté d'une bonne affaire. Machisu n'arrive pas à vendre ses œuvres non parce qu'elles sont mauvaises mais parce qu'il ne sait pas se vendre.

D'autre part la recherche artistique prend une telle place dans la vie de Machisu qu'elle finit par le dévorer. Au point que l'on se demande si son échec en tant qu'artiste n'est pas lié au fait que sa peinture est dénuée d'âme. En effet, Machisu a utilisé son art comme un écran le protégeant de la violence du monde qui l'entourait, sa vie étant jalonnée de tragédies. Mais elle l'a paradoxalement rendu insensible, lui faisant sacrifier sa famille et le poussant au suicide. Il finit par considérer le cadavre d'un automobiliste accidenté puis de sa propre fille comme un simple objet d'étude. Cette indifférence au monde, aux autres et à lui-même a quelque chose de terrifiant.

Comme c'est Takeshi KITANO qui interprète le rôle du Machisu d'âge mûr (et qui a peint toutes les œuvres), on ne peut s'empêcher de se demander quelle est la part d'autoportrait dans le film. Contrairement à Machisu, Takeshi KITANO a réussi à atteindre une notoriété internationale, non en tant que peintre mais en tant que cinéaste. Cependant cette reconnaissance n'est pas venue de son propre pays qui ne le prenait pas au sérieux mais de la critique internationale qui n'était pas aveuglée par le préjugé lié à sa première vie d'amuseur public sous le nom de Beat Takeshi. Les changements incessants de style de Machisu sont ainsi le reflet des différentes périodes de la vie de Takeshi KITANO ainsi que de sa personnalité écartelée entre le comique et le tragique. L'un des autoportraits de Machisu le dépeint en clown triste et c'est une très bonne définition de Takeshi KITANO dont l'humour masque mal la mélancolie profonde et un désespoir abyssal qui se traduit par des pulsions suicidaires. La séquence où pour faire de l'action painting, un étudiant se tue en précipitant sa voiture contre un mur est une allusion à peine voilée à la tentative de suicide de Takeshi KITANO en 1994 qui laissa son visage à moitié paralysé. D'autre part après "Zatoïchi" (2003), Takeshi KITANO a connu une période difficile faite de panne d'inspiration et de doutes sur ses réelles capacités artistiques dont il témoigne dans le film en se dépeignant en artiste raté.

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Le Père tranquille

Publié le par Rosalie210

René Clément (1946)

Le Père tranquille

"Le Père tranquille" est un film passionnant. Il est à la fois le témoin de son époque et en même temps, il légèrement décalé par rapport à celle-ci. Il faut dire que NOËL-NOËL auteur de l'histoire originale, également scénariste, dialoguiste, co-réalisateur et acteur principal n'a pas cherché à cacher que le Père tranquille, pourtant inspiré de l'histoire (vraie) d'un autre était aussi un autoportrait.

"Le Père tranquille" clôture une série de 30 fictions et documentaires qui furent tournés après la libération de Paris, d'août 1944 à la fin de l'année 1946. Non pour témoigner de la réalité mais pour tenter de réparer le fossé béant que l'occupation avait creusé entre les français. L'heure était à la reconstruction nationale après quatre années de divisions et cela passait par des arrangements avec la vérité historique. Les films qui sortaient d'une industrie cinématographique en pleine renaissance participaient de cette réécriture de l'histoire. Ils passaient par le moule d'une commission de censure qui vérifiait leur conformité avec le mythe unificateur résistancialiste*. C'est pourquoi traiter le "Père tranquille" de réactionnaire est une absurdité étant donné qu'il est le produit d'une époque et d'un système où il était impossible d'exister autrement que dans le moule voulu par les dirigeants de la France d'après-guerre, gaullistes et communistes issus de la Résistance pour l'essentiel. "Le Père tranquille" se focalise donc logiquement sur une Résistance montrée comme étant le "vrai" visage de la France. Il dépouille celle-ci de toute idéologie ou esprit partisan pour effacer les clivages entre les français. Dans "le Père tranquille" on est résistant par réflexe patriotique, le patriotisme étant considéré comme rassembleur contrairement à l'antifascisme. Logiquement, Jourdan (Marcel DIEUDONNÉ) le seul collaborateur de l'histoire est extérieur au village de Moissan (c'est à dire du village France). Il peut servir ainsi de bouc-émissaire (dont la fonction faut-il le rappeler est de souder la communauté au travers d'un ennemi commun). Enfin, le film est centré sur un personnage qui joue un double jeu. Edouard Martin est en apparence un attentiste pantouflard préoccupé uniquement par son petit confort domestique alors qu'en secret il dirige un réseau de résistants et prend de grands risques. Un thème extrêmement porteur après-guerre et qui trouvera son point d'aboutissement dans le livre que l'historien Robert Aron consacrera à la "France de Vichy" en 1954. Livre d'où sera issue la théorie du double jeu de Pétain en apparence collaborationniste mais en réalité de mèche avec le général de Gaulle (thèse de l'épée et du bouclier). C'est cette thèse qu'un autre Robert, Robert Paxton fera voler en éclats en 1973 avec des preuves irréfutables de l'adhésion de Pétain au projet nazi.

Mais "Le Père tranquille" est également un film qui fait un pas de côté par rapport aux œuvres de la même époque. Tout d'abord il s'agit d'une comédie et c'est une première d'introduire de la légèreté dans le traitement de cette période. Ensuite la Résistance qui est décrite dans le film est le fait d'hommes ordinaires à la vie banale dont les actes (déchiffrer des codes, faire circuler des informations, dissimuler des objets compromettants, mentir aux nazis qui viennent flairer les orchidées de trop près) n'ont rien d'exaltant. Tout ce qui relève de l'action spectaculaire et héroïque (plasticages, exécutions) est volontairement laissé hors-champ. Il s'agit évidemment de faciliter l'identification des français à Edouard Martin (comme son nom l'indique) mais on ne peut s'empêcher de souligner que cette manière pseudo-documentaire de dépeindre la Résistance ordinaire est plus proche de la vérité que celle qui consistait à montrer des résistants sacrifiant héroïquement leur vie lors de combats glorieux.

*Mythe selon lequel les français auraient unanimement résisté pendant les années d'occupation.

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Les Animaux fantastiques: Les Crimes de Grindelwald (Fantastic Beasts: The Crimes of Grindelwald)

Publié le par Rosalie210

David Yates (2018)

Les Animaux fantastiques: Les Crimes de Grindelwald (Fantastic Beasts: The Crimes of Grindelwald)

Après un premier volet d'exposition que j'ai trouvé réussi, j'ai été très déçue par ce deuxième film. Celui-ci pèche en effet à mes yeux sur deux points cruciaux:

-Un scénario trop chargé, trop compliqué qui vire rapidement à l'accumulation inutile. Il y a tant de personnages, de lieux, d'actions, de débauche d'effets spéciaux dans ce film que tout est survolé en vitesse sans que rien ne soit approfondi. Là où le premier opus se concentrait sur quatre personnages et leurs relations, prenait le temps de les situer personnellement et professionnellement, le deuxième se disperse tellement qu'il les désagrège. Seul Norbert Dragonneau (Eddie REDMAYNE) sort à peu près intact de cette bouillie indigeste. Sa personnalité originale ressort à plusieurs reprises et le film met également en lumière son lien étroit avec Dumbledore (joué par un Jude LAW à qui le rôle va comme un gant). Mais les trois autres ne font que de la figuration. Jacob (Dan FOGLER) et Queenie (Alison Sudol) sont particulièrement malmenés. Le premier ne sert à rien et se contente d'assister passivement aux événements, les bras ballants et la bouche ouverte de surprise la plupart du temps. La seconde trahit la cause sans que l'on comprenne pourquoi (à moins qu'elle ne soit complètement idiote?), d'ailleurs le scénario a oublié au passage qu'elle avait une sœur. Quant aux nouveaux personnages, ils sont inexistants.

-Une absence de relief qui se traduit par une monotonie de ton tout au long du film. Celui-ci se veut très sombre mais l'uniformité n'a jamais réussi à Steve KLOVES (le scénariste) et David YATES (le réalisateur). Dans le premier volet, "Les animaux fantastiques" (2016) tout comme dans le sixième film de la saga Harry Potter ils alternaient avec davantage de bonheur la légèreté et le drame. Dans cet opus, on est davantage dans l'esprit des deux films sur les Reliques de la mort: de l'action, de sombres révélations, des drames et de l'ennui, beaucoup d'ennui. Car sans un minimum de chaleur humaine, aucune émotion n'est possible. Les sermons et les actes criminels de Grindelwald (Johnny DEPP qui fait du Johnny DEPP) ne sont pas terrifiants ils sont juste barbants.

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