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The Party

Publié le par Rosalie210

Sally Potter (2017)

The Party

Une réunion à huis-clos qui tourne au règlement de comptes: "Festen (1998)" de Thomas VINTERBERG? "Carnage" (2011) de Roman POLANSKI? "Le Prénom (2011)" de Mathieu DELAPORTE et Alexandre de la PATELLIÈRE? "Juste la fin du monde" (2015) de Xavier DOLAN? Tous ces exemples pour montrer que ce dispositif d'origine théâtrale est souvent utilisé au cinéma notamment pour son efficacité dû au respect des unités de lieu, de temps et d'action. "The Party" de Sally POTTER, version noire et corrosive (et noir et blanc!) du film coloré et burlesque de Blake EDWARDS s'inscrit parfaitement dans cette lignée. Son cocktail à base de satire du milieu bobo british fonctionne à l'aide de personnages borderline frisant la caricature mais qui parviennent parfois à faire mouche. La mise en scène est plutôt inspirée, soulignant le contraste entre les apparences (le couple uni qui fête le triomphe politique de madame) et la réalité (la déréliction en direct d'un couple qui n'en est plus un avec la revanche du mari sur sa femme carriériste et adultère). Cette mise à nu contamine les autres personnages, contraints à leur tour d'aller "cracher au bassinet" (c'est l'image qui me vient à la vue des nombreuses scènes où un ou plusieurs d'entre eux s'enferment dans les toilettes pour y vomir ou s'y confesser, la poubelle de la cour servant à l'inverse à tenter de cacher le ressentiment). Cela pourrait être juste un torrent de fiel dans la lignée directe du spécialiste de la satire en huis-clos qu'est Roman POLANSKI, heureusement le film va plus loin que le masque grimaçant et tente d'atteindre la chair à l'image de la coupure au genou de Janet (Kristin SCOTT THOMAS). Son mari Bill (campé par un Timothy SPALL considérablement amaigri) n'ayant plus rien à perdre décide de faire voler en éclats les "Secrets et mensonges" (1996) comme dans le film de Mike LEIGH. C'est le seul personnage qui n'est pas agité du bocal parce qu'il est en paix avec lui-même. Mais son acte lui vaut d'en prendre plein la figure au sens propre. A l'inverse la palme du rire est remportée par l'impayable Gottfried, le "coach de vie" légèrement illuminé (et au destin prédestiné avec un prénom pareil!) qui fait tache au milieu de tous ces british (et joué génialement par le regretté Bruno GANZ qui pouvait briller dans tous les registres). Il faut le voir méditer au milieu de la bagarre générale, jouer les conseillers spirituels, s'improviser docteur universel, tenter de réconcilier l'amant et l'époux trompé ("Vous avez déjà un point commun" ah ah ah!) et même essayer de réveiller les morts! Sans parler des échanges avec son épouse à la langue aussi tranchante qu'un rasoir (Patricia CLARKSON). Le couple de lesbiennes et l'avocat dépressif ont moins de relief mais complètent l'étude de mœurs de ce petit milieu. En revanche et en dépit de ce qu'en a dit la presse, je suis moins convaincue par la satire politique du système britannique, celle-ci existant à travers des allusions mais restant périphérique à l'histoire ce qui est logique avec le choix de filmer un noyau en intérieur. Au final "The Party" est un film bien troussé, excellemment interprété, contenant de beaux moments mais dont la durée très courte et le rythme effréné ne permettent pas de dépasser le stade du très bon divertissement.

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Les Quatre filles du docteur March (Little Women)

Publié le par Rosalie210

Mervyn Leroy (1949)

Les Quatre filles du docteur March (Little Women)

"Les Quatre filles du docteur March" a quasiment droit à une nouvelle adaptation pour le cinéma ou la télévision à chaque génération depuis un siècle. Celle de Mervyn LeROY qui date de 1949 est la troisième après celle de Harley KNOLES en 1918 et celle très célèbre de George CUKOR en 1933 avec Katharine HEPBURN dans le rôle de Jo. La version de Mervyn LeROY est très fidèle au roman de Louisa May Alcott mais elle est alourdie par des conventions surannées (les costumes empesés et surchargés, le tournage en studio, l'aspect moralisateur de l'histoire avec sa sanctification des valeurs de la famille, de la patrie, du courage et du sacrifice). Elle bénéficie heureusement d'un casting trois étoiles avec Janet LEIGH dans le rôle de Meg, June ALLYSON dans celui de Jo, Margaret O BRIEN dans celui de Beth et Elizabeth TAYLOR (blonde pour l'occasion!) dans celui d'Amy avec Mary ASTOR dans le rôle de la mère. Il est amusant de voir les deux bombes sexuelles que sont déjà Janet LEIGH et Elizabeth TAYLOR (âgées respectivement à l'époque de 22 et 17 ans) jouer les poupées de cire en robe à fanfreluche et boucles anglaises ^^. Celle qui tire le mieux son épingle du jeu est Margaret O BRIEN (la seule qui ait l'âge du rôle!), impressionnante de finesse et de sensibilité. Elle rend justice au personnage plutôt effacé de Beth que l'on découvre sous un autre jour car c'est la seule qui s'avère radicalement incapable de trouver sa place dans un monde aux perspectives étriquées ce qui la condamne. On comprend mieux à travers cette prestation la place privilégiée qu'elle possède dans le cœur de Jo, l'autre "vilain petit canard" de la famille bien que sous des dehors radicalement opposés à ceux de Beth (ce qui l'oblige tôt ou tard à rentrer dans le rang). Il y a une belle mélancolie qui traverse le personnage lorsqu'elle sort de son déni et accepte de faire le deuil de son enfance à jamais perdue.

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L'Aventure intérieure (Innerspace)

Publié le par Rosalie210

Joe Dante (1987)

L'Aventure intérieure (Innerspace)

"L'aventure intérieure", c'est l'histoire d'un corps de cinéma. Un corps qui représente tellement le cinéma qu'il est devenu par la suite le héros ou plutôt l'anti-héros de la formidable attraction Cinémagique qui fut projeté au Walt Disney Studios de Disneyland Paris jusqu'à sa marvelisation en 2017. Dans Cinémagique, le corps atteint de vis comica de Georges alias Martin SHORT se retrouvait comme celui de Buster KEATON dans "Sherlock Junior" (1923) aspiré à l'intérieur de la toile et bourlingué de film en film depuis les burlesques muets jusqu'au romantisme déchirant de "Les Parapluies de Cherbourg" (1964) en passant par le dynamitage du western, du space opera, du massacre de la Saint-Valentin, du Titanic et des épopées guerrières médiévales.

Dans "L'aventure intérieure", remake culte parodique du film de Richard FLEISCHER, "Le Voyage fantastique" (1966) ce n'est pas le corps de Martin SHORT qui voyage dans l'histoire du cinéma mais celui du lieutenant Tuck Pendleton (Dennis QUAID) qui voyage… à l'intérieur du corps de Jack Putter alias Martin SHORT! Ce film toujours aussi jouissif malgré son âge (c'est le miracle de la SF des eighties: elle était incarnée et a donc survécu à l'obsolescence programmée) ne s'amuse pas seulement avec les échelles, il parle aussi de transsubstantiation au sens mystique mais aussi charnel du terme (les baisers de Jack et Lydia permettent la migration de Tuck d'un corps à l'autre). Tuck le lieutenant de la US navy a chopé le melon? Il se retrouve réduit à l'état microscopique et totalement dépendant des agissements d'un autre, ce modeste magasinier qu'il aurait regardé de haut s'il l'avait croisé par hasard à la caisse du supermarché alors qu'il doit faire corps avec lui pour espérer survivre. Jack est un loser bourré de complexes, hypocondriaque, méprisé et exploité par les autres? Il va pouvoir à l'inverse de Tuck endosser le rôle du héros à la James Bond qui fait mordre la poussière aux méchants et tomber les filles au point qu'il ne pourra plus jamais revenir en arrière. Les transformations de son identité n'affectent pas que son comportement, elles touchent aussi son apparence quand il prend brièvement la tête du Cowboy (Robert PICARDO). Quant à Lydia (Meg RYAN) elle se retrouve définitivement liée à un homme à deux visages, sa grossesse étant quelque peu assimilée au fœtus astral de "2001, l'odyssée de l'espace" (1968).

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Purl

Publié le par Rosalie210

Kristen Lester (2019)

Purl

Chez Pixar, le court-métrage a toujours été un maillon crucial, tant pour expérimenter de nouvelles techniques que pour révéler de nouveaux talents. "Purl" est le premier court-métrage Sparkshorts. Sparkshorts est un nouveau programme des studios Pixar qui permet à ses employés qu'ils soient réalisateurs, animateurs ou techniciens de réaliser leur propre court-métrage, diffusé ensuite directement sur Youtube. L'objectif des studios est de promouvoir de nouveaux artistes et de nouveaux contenus pour maintenir au sommet la créativité de la firme sans passer par la sortie en salles (hormis durant une semaine au El Capitan Theatre à Los Angeles qui appartient à Disney) et sans forcément viser le public habituel de Pixar: “Ces films ne ressemblent à rien de ce que nous ayons jamais fait chez Pixar. Ils permettent de libérer le potentiel d’artistes individuellement et leur approche inventive du cinéma à une plus petite échelle que notre échelle habituelle.”

C'est exactement ce que propose "Purl", un court-métrage féministe d'une actualité brûlante qui s'adresse aux adultes et qui montre les difficultés pour une femme de s'intégrer dans un milieu professionnel conçu par et pour les hommes. Le terme "boys club" popularisé par l'affaire du LOL trouve ici tout son sens tant le logiciel de l'entreprise est formaté pour un entre-soi masculin blanc-bourgeois compétitif et macho qui ne laisse aucune place à la diversité. Purl se retrouve donc exclue du cercle des blagues à la machine à café, des réunions de staff, de l'ascenseur, des soirées au restaurant entre collègues. La réalisatrice évoque à travers le film son propre vécu dans le milieu du cinéma d'animation lui aussi touché par le sexisme contrairement aux propos tenus lors de la dernière cérémonie des César par les acteurs Alice Belaïdi et Lucien Jean-Baptiste: “L’animation peut être un cinéma exemplaire. C’est un cinéma sans différence de salaire entre les acteurs et les actrices, un cinéma où ils peuvent être noir, blanc, jaune, vert, rouge et ça ne pose aucun problème. Un cinéma où aucun producteur n’a eu de geste déplacé à l’encontre de ses personnages, un cinéma où Minnie n’a jamais eu à créer un hashtag”. "Purl" avec son open-space rempli de clones en costards-cravates offre un démenti cinglant à cette affirmation. Car pour s'intégrer, la petite boule de laine rose n'a d'autre choix dans un premier temps que de s'adapter en adoptant les codes vestimentaires, langagiers et gestuels de la virilité et en se faisant une tête au carré: c'est l'effet "Zelig" (1983). Seule la mixité symbolisée par des boules de laine de toutes les couleurs peut sortir Purl de son aliénation en lui redonnant la fierté d'être une femme, condition sine qua non pour espérer changer le monde.

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Un million clés en mains (Mr. Blandings Builds His Dream House)

Publié le par Rosalie210

H.C. Potter (1948)

Un million clés en mains (Mr. Blandings Builds His Dream House)

Ce film de la fin des années 40 est une satire pertinente de l'american dream bénéficiant d'un ton ironique savoureux et de la prestation haute en couleurs de Cary GRANT dans le rôle de Jim, un bourgeois new-yorkais à l'étroit dans son appartement de Manhattan qu'il partage avec sa femme et ses deux filles (le pauvre!). Le film montre avec beaucoup d'humour que le désir du citadin d'avoir une grande maison individuelle à la "campagne" (c'est à dire dans l'espace périurbain des villes, la villa dans le Connecticut se situant à une heure de train du bureau de Jim) est fabriqué de toutes pièces pour faire tourner la machine à cash du capitalisme US (et du capitalisme tout court d'ailleurs car en France, c'est aussi un puissant moteur de l'étalement urbain qui continue aujourd'hui). Car si c'est un gouffre financier pour les nouveaux propriétaires, c'est une affaire juteuse qui entretient la job machine du système: agents immobiliers, architectes, ouvriers et techniciens du BTP, décorateurs et publicitaires, tous font leur beurre sur le dos de cette famille typique de la upper middle class victime de sa naïveté et de sa folie des grandeurs. Le film va même au-delà en égratignant l'idéologie familiale à l'origine de la périurbanisation. En effet le couple formé par Jim et Muriel (Myrna LOY) est en crise. Les désirs des deux membres du couple ne s'accordent guère et ils sont perpétuellement en conflit. De plus ils forment un drôle de ménage à trois avec leur ami Bill Cole (Melvyn DOUGLAS), un avocat célibataire qui est amoureux de Muriel depuis la fac et tend à prendre la place de Jim dans son nouveau foyer, celui-ci étant désormais obligé de se lever à 5 heures du matin pour aller travailler. Néanmoins Myrna LOY n'est pas à la hauteur du jeu de Cary GRANT, le rythme n'est pas assez soutenu et le happy end conventionnel annihile tout ce que le film pouvait avoir de subversif.

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Le Petit César (Little Caesar)

Publié le par Rosalie210

Mervyn Leroy (1930)

Le Petit César (Little Caesar)


"Le Petit César" est l'un des piliers fondateurs du film de gangsters dont il a contribué à fixer les codes dans le cinéma parlant, repris et popularisés ensuite notamment par "Scarface" (1931) de Howard HAWKS. C'est aussi un film novateur de par son approche. Il infiltre le milieu des gangsters et le montre de l'intérieur au lieu de se placer du point de vue des forces de l'ordre. C'est également un film de crise (le contexte de Grande Dépression a imposé un budget réduit), sans fioritures. Il va à l'essentiel. Comme ses successeurs, il narre l'ascension, l'apogée et la chute éclair d'un caïd d'origine immigrée issu des bas-fonds (librement inspiré de la biographie d'Al Capone). Rico se distingue par son ambition et son ego démesuré ainsi que sa détermination sans scrupules qui lui permet de gravir les échelons dans une version perverse du rêve américain. Perverse et grotesque car en dépit de ses costumes de plus en plus élégants et de ses tentatives d'imitation des codes de la haute sphère de la pègre, Rico conserve son comportement de rustre mal dégrossi. Et en dépit de ses attitudes bravaches, Rico a une faille et pas des moindres puisqu'elle le perdra. En effet tout au long du film, il ne cesse de proférer des propos virilistes glorifiant l'inflexibilité et fustigeant la mollesse et le sentimentalisme ("l'amour c'est de la guimauve"), tous ceux qui s'y livrent étant qualifié du terme homophobe de "lavette". Pourtant c'est un autre homme qui le fait reculer, Joe Massera qu'il n'arrive pas à complètement plier à cette loi puisqu'il le considère comme son ami (alors qu'il combat par ailleurs tout espèce de sentiment jugé comme une faiblesse). De plus Joe est danseur ("ce n'est pas le travail d'un homme") at a une fiancée qui veut lui faire quitter un milieu "qu'on ne quitte pas". Bref, cela sent la transgression à plein nez et c'est bien cela qui donne toute son envergure tragique au personnage de Rico (qui sinon en serait juste resté au statut de pitoyable petit psychopathe). C'est le film qui a révélé Edward G. ROBINSON dans un rôle à contre-emploi de ce qu'il était vraiment (il détestait les armes à feu). Il crève l'écran et impose son physique singulier à la Jabba The Hutt, loin, très loin des standards hollywoodiens.

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Mission impossible 2 (Mission: Impossible 2)

Publié le par Rosalie210

John Woo (2000)

Mission impossible 2 (Mission: Impossible 2)

John WOO avait sans doute l'ambition de réaliser un film d'action à la fois beau et survitaminé. Mais outre le fait qu'il a largement oublié la dimension de film d'espionnage, le résultat, prétentieux et outrancier (en plus d'être invraisemblable mais c'est le cas de tous les films de cette saga) sombre la plupart du temps dans le grotesque. Le film est d'ailleurs répertorié à juste titre sur le site de Nanarland. Je ne pense pas que John WOO souhaitait faire une parodie ni un film comique mais j'avoue avoir passé la majeure partie de temps à me gondoler. Sans doute fasciné et dépassé par les exploits kamikazes de Tom CRUISE qui a effectué plus de 90% des cascades du film au nez et à la barbe des assurances, John WOO n'a d'yeux que pour lui (exit l'esprit d'équipe) et le filme comme s'il était un dieu vivant. Il use et abuse des ralentis sur chaque geste de sa star comme ceux qui parsèment les matchs de foot lorsqu'il faut revenir sur une action décisive (une comparaison qui se justifie d'autant plus que Tom CRUISE fait des retournettes et ses adversaires se roulent par terre comme Neymar ^^). Les plans sur fond de portes enflammées et de colombes ou les zooms sur les ray-bans de Tom CRUISE dignes d'un clip ou d'une pub relèvent de l'esthétique la plus kitsch. J'emploie volontairement le nom de l'acteur et non celui de son personnage car il n'est pas beaucoup question de Ethan Hunt dans ce film, encore moins de ses relations difficiles avec les autorités. Il n'est finalement question que du sex-appeal et des exploits extraordinaires de Tom CRUISE en plein ego trip qui "boit" les obstacles comme le bibendum de Michelin et tombe les minettes avec ses longs cheveux au vent, son sourire ravageur, ses super ray-bans et ses pectoraux d'acier. La pauvre Thandie NEWTON voit son rôle de voleuse (surdouée au demeurant pour le peu que l'on nous laisse voir) s'effilocher au fil du long-métrage pour finir en ne sachant pas quoi faire d'elle-même. Quant au méchant, Sean Ambrose (Dougray SCOTT), ridicule quand il est filmé avec le regard fixe et la bouche ouverte, il est bien trop falot et mal caractérisé pour être capable de révéler le héros. Mais pas plus que d'une équipe Tom CRUISE n'a besoin d'un antagoniste tant il lévite dans des sphères inaccessibles au commun des mortels. Heureusement, les opus suivants lui rendront sa dimension humaine.

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Kitbull

Publié le par Rosalie210

Rosanna Sullivan (2019)

Kitbull

Chez Pixar, le court-métrage a toujours été un maillon crucial, tant pour expérimenter de nouvelles techniques que pour révéler de nouveaux talents. "Kitbull" est le troisième court-métrage Sparkshorts après "Purl" et "Smash and Grab". Sparkshorts est un nouveau programme des studios Pixar qui permet à ses employés qu'ils soient réalisateurs, animateurs ou techniciens de réaliser leur propre court-métrage, diffusé ensuite directement sur Youtube. L'objectif des studios est de promouvoir de nouveaux artistes et de nouveaux contenus pour maintenir au sommet la créativité de la firme sans passer par la sortie en salles (hormis durant une semaine au El Capitan Theatre à Los Angeles qui appartient à Disney) et sans forcément viser le public habituel de Pixar: “Ces films ne ressemblent à rien de ce que nous ayons jamais fait chez Pixar. Ils permettent de libérer le potentiel d’artistes individuellement et leur approche inventive du cinéma à une plus petite échelle que notre échelle habituelle.”

La première chose qui saute aux yeux dans ce film, c'est le choix inhabituel d'une animation traditionnelle en 2D. Un aspect rétro accentué par une animation saccadée et un rendu visuel combinant des traits au fusain et des teintes pastels. Le tout sied bien à l'histoire d'êtres abîmés par la vie. Si l'amitié entre deux animaux que tout sépare est une trame très disneyienne, le traitement lui ne l'est pas que ce soit au niveau de l'environnement street art, de l'absence de dialogues ou de la dureté des thèmes abordés: la maltraitance animale et la résilience. Si les conditions de vie du chaton de gouttière sont précaires, le traitement infligé au pitbull par son maître pour l'endurcir prouve si besoin était que la férocité de cet animal n'est pas naturelle, pas plus que celle de l'homme d'ailleurs. Seul l'aide apportée par le chaton permet au pitbull de ne pas sombrer dans le désespoir et la violence et c'est d'ailleurs par le chaton que les êtres humains bienveillants qu'ils rencontrent surmontent leur attitude première de rejet vis à vis du pitbull.

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Les Aventures de Tintin: Le secret de la Licorne (The Adventures of Tintin : The secret of the Unicorn)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2011)

Les Aventures de Tintin: Le secret de la Licorne (The Adventures of Tintin : The secret of the Unicorn)

Steven SPIELBERG et Hergé étaient prédestinés à se rencontrer même s'ils ne purent le faire en chair et en os. Ils avaient pris rendez-vous mais Georges Rémi mourut quelques jours avant. Les critiques firent en effet remarquer à Steven SPIELBERG au début des années 80 que son Indiana Jones avait le même ADN que le héros à houppette de la bd franco-belge dont il n'avait jusqu'ici pourtant jamais entendu parler. C'est le miracle de l'art de faire dialoguer des talents qui géographiquement et culturellement paraissent aux antipodes mais dont les univers se correspondent. Moebius découvrit ainsi à peu près à la même période (celle du décloisonnement permis par l'accélération de la mondialisation) un alter ego en la personne de Hayao MIYAZAKI.

Il fallut cependant 30 ans à Steven SPIELBERG pour concrétiser son adaptation de la superstar de Hergé, le temps que la technologie évolue suffisamment pour donner corps à une vision convaincante là où ni le dessin animé en 2D ("Tintin et le lac aux requins") (1972), ni le film en prise de vue réelles ("Tintin et le mystère de la Toison d'or" (1961), "Tintin et les Oranges bleues") (1964) n'avaient su s'imposer comme des alternatives crédibles à la ligne claire. Le début brillantissime du film (générique et introduction) déjoue en quelques minutes ce problème: l'univers rétro de Hergé est respecté mais il est transfiguré par la technologie dernier cri de la performance capture qui combine animation en 3D et prise de vue réelles. Les cases figées de la BD d'origine, fidèlement reproduites dans le générique se transforment comme par magie en une course-poursuite ultra-dynamique spielbergienne à la "Arrête-moi si tu peux" (2003) . Ce dernier devient le second père de Tintin avec un passage de relai de toute beauté lors de la première séquence où Hergé portraiture son Tintin en 2D avant que nous découvrions celui de Spielberg en 3D (interprété par Jamie BELL, l'acteur-danseur génial de "Billy Elliot") (2000). La question si cruciale de la représentation du personnage est ainsi résolue de la manière la plus intelligente qui soit d'autant que les multiples miroirs de la brocante dans lesquels il se reflète (miroirs qui reproduisent l'effet "cases de bd") rappellent que celui-ci n'est qu'une image. Il n'y a en effet pas plus transparent que Tintin, celui-ci étant dénué d'histoire, d'émotions, de libido et de psychologie. Il est en effet au départ un simple support facilitant la projection du spectateur dans un tourbillon d'aventures aux quatre coins du monde à une époque où celui-ci ne voyageait pas (le premier album date de 1929). En pro du cinéma d'action et d'aventure, Spielberg nous offre du grand spectacle avec quelques scènes ébouriffantes de virtuosité dont une vision dantesque de voilier surgissant du désert et une course-poursuite d'anthologie à travers une ville marocaine contenue dans un seul plan-séquence de 6 minutes. Mais à partir du "Crabe aux pinces d'or" repris partiellement dans le film (qui mélange trois albums, celui déjà cité, "Le Secret de la Licorne" et sa suite "Le Trésor de Rackham le Rouge"), Tintin devient également le pivot d'une famille en recomposition qui se sédentarise dans le château de Moulinsart. Et c'est également de cette transformation dont Steven SPIELBERG en grand cinéaste de la famille rend compte. La rencontre avec le capitaine Haddock en est l'élément central, celui-ci étant l'exact contrepoint de Tintin: bouillonnant d'émotions, rempli de faiblesses très humaines, rude et tendre à la fois et doté d'une histoire dont la remémoration lui permet de partir en quête de ses racines et de la restauration de sa dignité bafouée. D'autres personnages gravitent dans leur orbite, les inénarrables Dupondt, le majordome Nestor et Bianca Castafiore, absente des albums adaptés mais rajoutée dans le film. Il ne manque au tableau que le professeur Tournesol à moins que la suite prévue en 2021 (au plus tôt!) ne comble cette lacune.

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Une Femme disparaît (The Lady Vanishes)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1938)

Une Femme disparaît (The Lady Vanishes)

"Une femme disparaît", l'avant-dernier film de la période anglaise de Alfred HITCHCOCK est un parfait mélange de thriller d'espionnage, de vaudeville et de screwball comédie, semblable à une version en huis-clos de "Les 39 marches" (1935), les allusions au contexte géopolitique en plus.

Le film commence par un travelling aérien sur une maquette d'un village des Balkans assez fantomatique dans lequel se retrouvent coincés par une avalanche un groupe de voyageurs cosmopolites obligés de passer la nuit dans un hôtel surpeuplé. Toute allusion au déclenchement imminent d'une nouvelle guerre mondiale n'est qu'une coïncidence fortuite ^^^^. Mais en dépit de cet arrière-plan dramatique, c'est la comédie qui domine le début du film avec un exposé de situations cocasses voire piquantes dans lesquelles se retrouvent une partie des protagonistes. D'un côté Charters et Caldicott (Basil RADFORD et Naunton WAYNE), deux gentlemen anglais puritains obligés de dormir dans la chambre de la bonne qui se met à l'aise comme s'ils n'étaient pas là. Et de l'autre, Iris (Margaret LOCKWOOD), une jeune femme qui s'est résigné à faire un mariage de raison et voit débarquer sans prévenir dans sa chambre Gilbert (Michael REDGRAVE), le malotru qu'elle a fait déloger parce qu'il faisait du tapage nocturne juste au-dessus d'elle. Ce préambule posé, Alfred HITCHCOCK entre dans le vif du sujet avec un voyage en train aux allures de thriller psychologique. Le coup qu'Iris reçoit sur la tête juste avant le départ altère sa vision du monde qui se teinte d'onirisme expressionniste. C'est pourquoi lorsqu'elle se réveille après avoir fait la sieste, qu'elle constate que la vieille dame qui l'accompagnait, Mrs Froy (Dame May WHITTY) a disparu et que tous les passagers du compartiment ainsi que le Dr Hartz (Paul LUKAS) et le serveur du wagon-restaurant soutiennent que cette dame n'a jamais existé, le spectateur est amené à douter des perceptions d'Iris et à croire qu'elle nage en pleine paranoïa. Elle-même finit par s'y perdre. Néanmoins, Alfred HITCHCOCK parsème assez d'éléments pour qu'une autre version l'emporte, celle qui calque le comportement des passagers du train sur celui des futurs protagonistes de la guerre: un gang de comploteurs affiliés à une puissance étrangère hostile (Hartz se réfère à l'Allemagne nazie alors que l'un de ses complices, Doppo est une allusion à l'alliance avec l'Italie fasciste), un soi-disant pacifiste qui ne pense qu'à sa réputation et sa promotion et le duo isolationniste Charters et Caldicott pour qui seul compte le match de cricket qu'ils risquent de rater (ces personnages symbolisant autant aux démocraties européennes qu'aux USA). Pour que ce petit monde sorte de son aveuglement, il leur faudra affronter l'épreuve de balles bien réelles avec une scène d'action digne d'un western. Et c'est ainsi qu'à l'image de l'opiniâtre Iris (la seule à "y voir clair") et de son principal allié Gilbert, Alfred HITCHCOCK tel un prestidigitateur fait apparaître sous la couverture d'un simple divertissement une vérité grinçante sur ce qui se trame alors en Europe et dans le monde.

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