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Matrimony's Speed Limit

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1913)

Matrimony's Speed Limit

On ne soulignera jamais assez l'importance de retrouver, restaurer, conserver et transmettre les courts-métrages muets d'avant 1914 tant ceux-ci ont servi de matrice aux longs métrages muets et parlants de l'entre-deux-guerres. C'est encore le cas avec ce "Matrimony's Speed Limit", le dernier film Solax d'une bobine de Alice GUY qui soit parvenu jusqu'à nous à ce jour. Il a en effet servi de base scénaristique à Buster KEATON pour son film "Les Fiancées en folie" (1925). Bien entendu, il est impossible en 15 minutes de développer l'intrigue comme dans un long-métrage mais le tempo de ce "mariage express" est extrêmement bien mené avec un montage dynamique alternant la chevauchée fantastique en voiture de la fiancée pour rejoindre son soupirant à temps, les efforts de ce dernier pour se marier avant midi et des inserts sur une montre révélant que le temps presse de plus en plus (par exemple "Le Train sifflera trois fois" (1952) utilisera le même procédé avec une horloge). Un télégramme envoyé au fiancé (Fraunie Fraunholz) lui annonce en effet que s'il ne se marie pas avant midi, il ne touchera pas l'héritage. Mais ce qu'il ne sait pas c'est qu'il s'agit d'une ruse de sa fiancée (Marian Swayne) pour lui faire accepter son argent. Il vient en effet d'apprendre qu'il est ruiné et comme il a le schéma patriarcal bien vissé dans le crâne, il ne supporte pas l'idée que ce soit elle qui finance leur mariage. Mais les femmes savaient comment s'y prendre pour mener la barque sans froisser l'orgueil de leur futur mari ^^^^. Néanmoins il est assez pathétique de voir celui-ci prêt à se jeter sur n'importe qui pour toucher le pactole. Enfin presque n'importe qui, il se fiche visiblement de l'âge ou de la condition sociale mais quand c'est une femme noire, il recule, et pour cause on est à l'époque d'un racisme virulent, très bien résumé dans "Naissance d une Nation" (1915) qui fait du métissage un tabou absolu.

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Un cadavre au dessert (Murder by Death)

Publié le par Rosalie210

Robert Moore (1976)

Un cadavre au dessert (Murder by Death)

"Un cadavre au dessert" est une sorte de partie de Cluedo décalée assez savoureuse qui s'apprécie pleinement en VOST et encore mieux si on comprend l'anglais car les dialogues sont bourrés de jeux de mots parfois assez salaces du genre "Where's my Dickie, i mean my husband". Mais le comique n'est pas que verbal, il réside aussi dans des situations souvent absurdes comme celle qui oppose un majordome aveugle (Alec GUINNESS) à une servante sourde-muette et illettrée (Nancy WALKER) ou bien un chat qui crie comme un chien ce que fait remarquer un chinois à l'allure bien britannique (normal, c'est Peter SELLERS, l'acteur transformiste par excellence) dont le fils adopté est japonais! Bref on nage en plein humour british bien que le réalisateur soit américain. Quant aux personnages conviés au manoir du milliardaire Lionel Twain (Truman Capote) pour dîner et dénouer le mystère d'un meurtre, ce sont tous des versions parodiques de détectives célèbres: Jessica Marbles (Elsa LANCHESTER) fait référence à Miss Marple, la détective amateure de Agatha Christie, Milo Perrier (James COCO) est le frère jumeau de Hercule Poirot, le détective belge issue de la même plume que sa consoeur Marple, Sam Diamond (Peter FALK) parodie Humphrey BOGART, pas seulement dans le rôle de Sam Spade d'ailleurs puisqu'à la fin du film il demande à sa maîtresse de siffler pour l'appeler ce qui est une allusion au film "Le Port de l'angoisse" (1944). Sidney Wang (Peter SELLERS donc) le détective chinois est décalqué sur Charlie Chan et enfin le couple formé par Dick et Dora Charleston (David NIVEN et Maggie SMITH) sont les réincarnations de Nick et Nora Charles, deux détectives amateurs créés par Dashiell Hammett (également créateur de Sam Spade). Il est amusant d'ailleurs de constater que dans ce film, tout le monde joue par paires à la manière de "Pékin Express": il y a le père et le fils (les Wang), le couple (les Charleston), Sam Diamond et sa "pépée" (Eileen BRENNAN), Milo et son chauffeur (James CROMWELL dans son premier rôle au cinéma qui annonce celui de "The Artist") (2011) et Jessica Marbles et sa nurse (Estelle WINWOOD).

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Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1989)

Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors)

"Crimes et délits" est l'un des meilleurs films de Woody ALLEN. Tout d'abord parce qu'il réussit à maintenir un équilibre parfait entre la comédie et la tragédie tout en réussissant à les faire se rejoindre dans la scène finale. La comédie, incarnée par Cliff (Woody ALLEN) se teinte alors d'une poignante amertume et la tragédie, incarnée par Judah (Martin LANDAU) disparaît au profit de la mascarade grinçante (celle des rapports conjugaux, familiaux et sociaux) qui était annoncée dès la première scène.

Ensuite "Crimes et délits" est le premier film de la veine dostoïevskienne du réalisateur, celle du crime sans châtiment que l'on retrouve aussi dans "Match point" (2005) et "Le Rêve de Cassandre" (2007). En effet les personnages sont tous confrontés à un moment ou à un autre à la nécessité de faire un choix entre leurs principes moraux (d'origine religieuse, plusieurs scènes évoquent la religion et la culture juive dans lequel ont grandi les personnages tout comme Woody ALLEN) ou le renoncement à ceux-ci. Ironiquement, les personnages intègres connaissent une destinée malheureuse (le rabbin adepte de la transparence et du pardon perd la vue, Cliff accumule les déboires sentimentaux et professionnels) alors que ceux qui ne le sont pas réussissent. Judah qui a commandité le meurtre de Dolorès (Anjelica HUSTON) et dont le frère Jack est un gros bonnet de la pègre est un notable à l'apparence respectable considéré comme un bienfaiteur de l'humanité, Lester (Alan ALDA) qui est un producteur imbu de lui-même séduit Halley Reed (Mia FARROW) qui fait passer sa carrière avant tout le reste et donc la richesse et la célébrité avant les sentiments et la sincérité etc.

On comprend que face à tant d'injustice le philosophe Louis Levy qu'idolâtre Cliff finisse par se suicider, brouillant encore un peu plus les repères de ce monde sans dieu (sans père?) qu'est l'univers de Woody ALLEN. Chacun est donc placé face à ses responsabilités: " Nous nous définissons par les choix que nous faisons ; nous sommes la somme de nos choix". Les idéalistes seront peut-être vertueux mais leur manque de réalisme et de sens pratique les entravera dans leur vie. A l'inverse les pragmatiques sauront se frayer un chemin dans la jungle mais y laisseront une part peut-être essentielle d'eux-mêmes au vestiaire.

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Downton Abbey

Publié le par Rosalie210

Michael Engler (2019)

Downton Abbey

Quatre ans après la fin de la sixième et dernière saison de la série britannique, Julian FELLOWES son auteur ajoute encore une pierre à l'édifice avec ce long-métrage de deux heures qui ressemble beaucoup aux épisodes de prestige "Christmas spécial" qui clôturaient chaque saison. L'intrigue se situe en 1927, environ un ou deux ans après les derniers événements de la saison 6 et tourne autour de la venue du couple royal ce qui provoque un branle-bas de combat du sous-sol jusqu'au plafond du château de Downton Abbey. La lutte qui se joue downstairs entre la domesticité snobinarde de Buckingham Palace et celle de Downton Abbey est très amusante. On retrouve avec bonheur les personnages attachants et hauts en couleur qui ont fait les beaux jours de la série de Carson, le majordome retraité ultra guindé qui reprend du service (Jim CARTER) à Thomas Barrow (Rob JAMES-COLLIER), son successeur qui doit vivre son homosexualité dans la clandestinité, celle-ci étant alors pénalisée en Angleterre. Upstairs, c'est comme toujours Lady Violet et son impériale interprète, Maggie SMITH qui se taille la part du lion, chacune de ses répliques ciselée par le talent d'écriture de Julian FELLOWES faisant mouche. A ses éternelles joutes avec Lady Isobel (Penelope WILTON) s'ajoutent celles qui l'opposent à sa cousine Lady Bagshaw (Imelda STAUNTON, épouse à la ville de Jim CARTER) qui gravite dans le cercle du couple royal. Lady Violet fait rire mais elle fait aussi pleurer lors d'une très belle scène finale avec sa petite-fille, Lady Mary (Michelle DOCKERY) dans laquelle elle évoque sans tabou sa fin prochaine et l'avenir du domaine.

Mais en dépit de ses qualités d'écriture et d'interprétation ainsi que la magnificence de ses décors et costumes, le discours du film, à l'image de l'évolution de la série est de plus en plus anecdotique et ouvertement réactionnaire. "Downton Abbey" (2010) a toujours fonctionné comme une utopie, celle de la négation de la lutte des classes par la recherche d'une harmonie dans la hiérarchie sociale. Cependant les trois premières saisons (dont je reste une inconditionnelle) analysaient de façon très fine les répercussions des évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles sur son petit microcosme (révolutions industrielles, montée en puissance de la bourgeoisie et des classes moyennes, première guerre mondiale, indépendance irlandaise, émancipation des femmes etc.) Les trois saisons suivantes manquaient en revanche de substance, le départ d'acteurs emblématiques de la série n'ayant pas été compensé de façon satisfaisante. Le film quant à lui tourne carrément à la glorification de la monarchie et le désir de Julian FELLOWES d'éviter à tout prix les conflits (est-ce en raison du climat lié au Brexit?) transforme Tom Branson, l'ex-chauffeur républicain irlandais joué par Allen LEECH en chien de garde des altesses royales et de leurs intérêts. Qui sont aussi désormais les siens (on apprend à la fin qu'il va avoir son propre domaine, couronnement de son ascension sociale express). On croit halluciner lorsque sur ses conseils, la fille de sa Majesté décide de rester avec son imbuvable mari pour ne pas abîmer l'institution. Effrayant!

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L'Impasse (Carlito's Way)

Publié le par Rosalie210

Brian De Palma (1993)

L'Impasse (Carlito's Way)

Sous-estimé à sa sortie et même bien après, "L'Impasse" est pourtant un des meilleurs films de Brian De PALMA et un des plus grands rôles de Al PACINO. On est beaucoup plus proche ici de "Hamlet" ou du "Parrain, 3e partie" (1990) que du grandiloquent (et parfois limite grand-guignol) "Scarface" (1983). Le titre original "Carlito's way" est beaucoup plus évocateur que le titre français même si ce dernier indique que le chemin suivi par Carlito est sans issue. En cela il rejoint le principe du film (emprunté aux films noirs de Billy WILDER tels que "Assurance sur la mort" (1944) et "Boulevard du crépuscule") (1950) qui est de révéler d'emblée le dénouement dès les premières images du générique, plaçant ainsi le film sous le sceau de la tragédie et de la fatalité. Comme Michael Corleone dans la troisième partie du Parrain, Carlito Brigante est un magnifique personnage déchiré entre son passé criminel qui le poursuit, un "code d'honneur" communautariste qui l'emprisonne et l'entraîne à sa perte et des aspirations à la rédemption, à la beauté et à la pureté qui s'expriment à travers l'opéra dans le Parrain (si le fils de Michael devient chanteur, c'est parce qu'il choisit la meilleure part de son père et non parce qu'il le renie), à travers la danse dans "l'Impasse", celle-ci s'incarnant dans le personnage onirique de Gail (Penelope Ann MILLER)*. Onirique car les indices ne manquent pas dans le film pour souligner à quel point elle appartient au domaine du rêve et non du réel (un peu et même beaucoup comme les Vénus de Botticelli tant fantasmées par les héros des films de Terry GILLIAM). Elle apparaît à Carlito lorsqu'il est en mode contemplatif à travers une fenêtre, sur une scène de spectacle, sur un panneau publicitaire promouvant des vacances paradisiaques aux Bahamas. Elle est toujours amoureuse de lui, toujours disponible pour lui (alors qu'il a passé cinq ans en taule et devait initialement en passer trente) et échappe miraculeusement à la tuerie finale comme si elle appartenait à un autre monde. Carlito oscille ainsi entre le paradis inaccessible de Gail et l'enfer du monde de la pègre dans l'engrenage duquel il retombe malgré lui, entraîné par son "contrat de loyauté" avec son mauvais génie, l'avocat faible, corrompu et drogué David Kleinfeld (étonnante et inoubliable composition de Sean PENN en ripoux frisotté). Le cinéma est souvent défini comme l'art de filmer des corps dans l'espace et de ce point de vue, les séquences de tuerie de "L'Impasse" sont des modèles de précision et de virtuosité. Carlito devient le double du cinéaste et possède un véritable compas dans l'œil qui lui permet d'embrasser tous les recoins d'un lieu et d'en tirer les meilleurs partis de mise en scène. C'est ainsi qu'une boule de billard, un reflet dans des lunettes ou les escalators de la gare de Grand Central deviennent des éléments clés d'un jeu de dominos géant à l'effet redoutable.

* Jacques Audiard s'est sans doute inspiré de ces films pour "De battre mon coeur s'est arrêté" (2005) qui reprend le principe du personnage déchiré entre monde de la pègre et monde de l'art.

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A House Divided

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1913)

A House Divided

C'est dans le formidable chaudron de l'époque pionnière du cinéma qu'ont été élaborés les genres qui allaient faire la gloire des studios d'Hollywood. "A House Divided" n'est rien de moins que l'ancêtre de la screwball comédie et il n'est guère étonnant que l'on retrouve Alice GUY derrière la caméra tant celle-ci a expérimenté tous les styles et tous les formats, du parlant à la superproduction, tout spécialement dans sa période américaine au sein de son studio, la Solax.

Dans "A House Divided", des quiproquos à base d'éléments exogènes suspicieux (un parfum aspergé par un représentant d'un côté et une paire de gants oubliés par un livreur de l'autre) provoquent une crise de couple carabinée. Par contrat écrit, Diana (Marian Swayne) et Gérald (Fraunie Fraunholz), tous deux persuadés d'être trompés par l'autre décident de préserver les apparences de leur vie de couple tout en ne se parlant plus que par note interposée. Evidemment le spectateur n'attend qu'une chose, les voir se jeter dans les bras l'un de l'autre (ils en meurent d'envie mais sont trop fiers pour se l'avouer) ce qui finit par arriver avec l'intervention d'un deus ex machina des plus classiques, un pseudo-cambriolage. La peur de ce qui vient de l'extérieur est un puissant motif de séparation mais aussi de réconciliation. Si on met de côté Fraunie Fraunholz et son cabotinage outrancier, on est agréablement surpris par le naturel désarmant avec lequel jouent les autres acteurs ou plutôt actrices. Mention spéciale à la secrétaire mâcheuse de chewing-gum qui est devenue instantanément une icône!

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Guêpier pour trois abeilles (The Honey Pot)

Publié le par Rosalie210

Joseph L. Mankiewicz (1967)

Guêpier pour trois abeilles (The Honey Pot)

Admiratrice de longue date de la filmographie de Joseph L. MANKIEWICZ, je découvre avec jubilation son antépénultième film que je ne connaissais pas encore. Certes "Guêpier pour trois abeilles" n'est pas un chef d'œuvre. Beaucoup le considèrent avec raison comme un brouillon de son génial dernier film "Le Limier" (1972). "Guêpier pour trois abeilles" souffre d'un début un peu poussif à mon goût, de quelques longueurs et de l'interprétation trop monolithique de Cliff ROBERTSON dans un rôle pourtant crucial. Mais en dépit de ces défauts, il s'agit tout de même d'une véritable pépite injustement méconnue.

"Guêpier pour trois abeilles" est une libre adaptation de la pièce de théâtre élizabéthaine "Volpone" du dramaturge anglais Ben Jonson. Le film s'ouvre ainsi sur la représentation de la pièce à laquelle assiste le personnage principal qui va en transposer l'intrigue dans sa propre vie. Les personnages portent d'ailleurs les noms anglicisés de la pièce (Fox pour Volpone qui signifie renard en italien et McFly pour Mosca alias la mouche son serviteur). Le film brasse tous les thèmes fétiches du réalisateur: le personnage démiurge qui voit son jeu/scénario/machination se retourner contre lui, la recherche de la vérité des sentiments derrière les faux-semblants sociaux et enfin les relations entre maîtres et domestiques. Ici le maître du jeu est Cecil Fox (Rex HARRISON), un célibataire richissime sans héritier qui comme dans la pièce feint cyniquement d'être à l'article de la mort pour faire venir à son chevet trois de ses anciennes maîtresses afin de leur faire croire qu'il pourrait léguer sa fortune à l'une d'entre elles. L'objectif affiché est de se payer leur tête en se délectant se les voir se bouffer le nez. Pour mettre son plan à exécution, il embauche un comédien raté, Mosca (Cliff ROBERTSON qui hélas pour nous l'est vraiment) qu'il veut faire passer pour son héritier afin d'humilier les trois femmes. Mais un ingrédient imprévu se glisse dans la machinerie trop bien huilée de Cecil Fox: l'infirmière d'une de ses trois ex-maîtresses, Sarah Watkins (Maggie SMITH géniale, il faut absolument la découvrir dans ce rôle) dont il se méfie car il la trouve "finaude". C'est en effet elle qui va dérégler le jeu et en révéler les faux-semblants en y introduisant des éléments sur lesquels il n'a pas de prise, les sentiments notamment. Sa présence a en effet le pouvoir de faire tomber les masques et de réintroduire de l'humanité dans le spectacle de marionnettes qui nous est offert. Pour le plus grand malheur de Cecil Fox mais pour le plus grand bonheur de McFly qui en tombe amoureux (et réciproquement, c'était écrit tant Sarah se comporte en fine mouche ^^^^). Ce n'est pas par hasard si la société de production de Joseph L. MANKIEWICZ s'appelait Figaro tant le couple de serviteurs dépasse celui des maîtres. On peut même dire que la fin du film est sans ambiguïté: l'avenir leur appartient.

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La Jeune fille de l'eau (Lady in the Water)

Publié le par Rosalie210

M. Night Shyamalan (2006)

La Jeune fille de l'eau (Lady in the Water)


"La jeune fille de l'eau" est une variation sur "Le Village" (2004). Les deux films dépeignent en effet une communauté vivant en circuit fermé comme pour se protéger de l'insoutenable cruauté du monde extérieur. La tragédie vécue par Cleveland, le concierge joué par Paul GIAMATTI est tout à fait comparable à celles des habitants du Village. Le décor de "La jeune fille de l'eau" est d'ailleurs encore plus explicite avec sa résidence formant une véritable muraille autour d'une esplanade de béton trouée en son milieu par une piscine plus ou moins circulaire. Des arroseurs automatiques en fonctionnement permanent entourent la résidence et servent de dérisoire délimitateur de frontière.

Il y a cependant une différence fondamentale avec "Le Village" (2004): alors que le premier film dépeignait une communauté soudée par une histoire fondatrice et un ensemble de croyances communes générées par les anciens, le second réinvente le mythe de la tour de Babel avec sa micro-société cosmopolite divisée en petites cellules qui ne communiquent pas entre elle. Le seul lien entre eux est Cleveland. Ce n'est pas par hasard s'il est un ancien médecin et que son identité fictionnelle est celle d'un guérisseur. C'est par lui que le fantastique s'introduit dans cet univers au travers de sa rencontre avec Narf, la nymphe aquatique dotée du don de divination (Bryce Dallas HOWARD), sorte d'ange tombé sur terre ou plutôt surgi des eaux pour réenchanter le monde. Cependant hors de son élément naturel, ses jours sont comptés et Cleveland va se mettre en quatre pour l'aider à rentrer chez elle. C'est cette association qui va tisser du lien entre tous ces gens disparates autour d'une histoire prenant la forme d'un jeu de rôles dont les tenants et les aboutissants se révèlent au fur et à mesure que le film avance, les objets les plus banals du quotidien recélant leur part de signes cachés. M. Night SHYAMALAN célèbre le pouvoir fédérateur de la fiction sans omettre ses prolongements politiques puisqu'il joue dans le film le rôle d'une sorte de prophète promis au martyre mais dont les écrits serviront de socle à la refondation de la civilisation. Ludique, fantastique, politique, ésotérique, poétique, biblique, sa fable revêt de multiples facettes. Le film, un peu maladroit n'est pas totalement abouti sur le plan scénaristique tant il ouvre de pistes sans les exploiter totalement mais si on adhère à ses postulats de départ (car si ce n'est pas le cas, il peut paraître juste naïf voire ridicule), il donne matière à réflexion.

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Le Puits et le Pendule (The Pit and the Pendulum)

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1913)

Le Puits et le Pendule (The Pit and the Pendulum)

"Le Puits et le Pendule" est la première adaptation cinématographique de la nouvelle éponyme de Edgar Allan Poe et l'une des premières adaptations en langue anglaise d'une œuvre littéraire. Réalisé par Alice Guy, pionnière du cinéma en 1913 dans son studio américain la Solax, le film qui faisait à l'origine trois bobines est aux 2/3 perdu. Il ne nous reste plus que la première bobine de presque sept minutes. On constate que Alice Guy a étoffé l'œuvre de Poe avec une intrigue expliquant les causes de l'arrestation d'Alonzo (Darwin Karr) durant l'Inquisition espagnole. Celui-ci est accusé à tort d'avoir volé le trésor de l'Eglise. En réalité il s'agit d'un complot monté par un rival, Pedro (Fraunie Fraunholz), furieux que Alonzo soit intervenu pour se porter au secours d'Isabelle (Blanche Cornwall) qu'il était en train de sauvagement agresser. Infiltrant le monastère où travaille Alonzo en tant que médecin des pauvres, Pedro dérobe le fameux trésor et le cache dans ses affaires avant de le dénoncer. Le fragment conservé du film de Alice Guy s'arrête juste au moment où Alonzo est arrêté. Pour se faire une idée de la suite, il faut lire la nouvelle en la combinant avec les quelques photos qui nous restent du tournage et les mémoires de la réalisatrice. Celle-ci y décrit le supplice que fut la reconstitution du supplice enduré par Alonzo (et qui donne son titre à la nouvelle et au film). Pour mémoire, celui-ci se retrouve ligoté et allongé sur le dos dans une cellule plongée dans le noir avec une lame aiguisée en forme de pendule se balançant juste au-dessus de lui et se rapprochant lentement de sa poitrine. En enduisant ses liens de nourriture, il parvient à attirer des rats qui les rongent et le libèrent. Mais juste à ce moment-là les murs de la cellule s'enflamment et se rapprochent de plus en plus de lui, l'obligeant à se déplacer vers le centre de la pièce où se trouve un puits très profond. Alice Guy raconte dans ses mémoires qu'ils ont eu les plus grandes difficultés à se débarrasser des rats qu'ils avaient utilisés pour la scène, sans parler de la souffrance de l'acteur qu'ils préféraient visiblement à la nourriture répandue sur ses liens. Nul doute que cette scène horrifique aurait été très spectaculaire si elle avait été conservée.

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Drôle de missionnaire (The Missionary)

Publié le par Rosalie210

Richard Loncraine (1982)

Drôle de missionnaire (The Missionary)

"Drôle de missionnaire" est une comédie satirique écrite, produite et interprétée par Michael PALIN au début des années 80. A cette époque faste, il alternait en effet des projets en solo, les films mettant en scène la troupe des Monty Python ("La Vie de Brian" (1979), "Monty Python : Le Sens de la vie") (1982) et ceux réalisés par Terry GILLIAM qui entamait sa carrière de cinéaste avec le succès que l'on sait ("Bandits, bandits" (1981), "Brazil") (1985).

"Drôle de missionnaire" a été relativement oublié au milieu de tous ces films passés à la postérité, sans doute parce qu'il a du mal à trancher entre la farce burlesque et l'intrigue romanesque si bien que l'on reste sur sa faim dans les deux registres. Pourtant son argument ne manque pas de sel puisqu'il s'agit d'un prêtre qui donne son corps en toute bonne foi non à la science mais aux bonnes œuvres, lesquelles consistent à ramener les prostituées sur le droit chemin. Celles-ci n'acceptent en effet de jouer le jeu qu'à condition de communier physiquement avec lui. De même, pour débloquer les fonds nécessaires à l'accomplissement de sa mission, il doit payer de sa personne. Bien entendu en dépit de son succès l'Eglise finit par s'offusquer de ses méthodes bien peu orthodoxes, dévoilant ainsi l'étendue de son hypocrisie. Michael PALIN égratigne au passage comme chez les Python de nombreuses tares de la société britannique: le colonialisme, le puritanisme, le paternalisme, la cupidité. Mais il le fait avec une tendresse liée au caractère lunaire de son personnage et à la personnalité humaniste du réalisateur, Richard LONCRAINE. La comédie légère en apparence est franchement subversive: le missionnaire conquérant des âmes se retrouve dans la position inverse d'un objet du désir féminin, lequel s'incarne notamment au travers de Lady Isabel Ames (Maggie SMITH), beau personnage en quête d'émancipation. C'était sans doute un présage, une des scènes du film a été tournée à Highclere Castle, devenu célèbre par la suite avec la série "Downton Abbey" (2010) dans laquelle joue justement Maggie SMITH.

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