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Danse avec les loups (Dance with Wolves)

Publié le par Rosalie210

Kevin Costner (1990)

Danse avec les loups (Dance with Wolves)

"Danse avec les loups" s'inscrit dans la lignée des westerns révisionnistes qui depuis les années cinquante n'ont cessé de réécrire l'histoire de la conquête de l'ouest dans un sens de moins en moins pro-occidental, de moins en moins manichéen (et raciste) et donc de plus en plus proche de la vérité historique. C'est d'ailleurs ce qu'un excellent numéro de l'émission Blow-Up consacré à l'histoire des indiens au cinéma démontre brillamment. Alors qu'on aurait pu croire que le film avait vieilli (c'était ce qui d'ailleurs ne me donnait pas envie de le revoir) avec son plaidoyer pacifiste pour la tolérance et la fraternité entre les peuples façon "united colors of Benetton", il dépasse largement le niveau du discours politiquement correct avec une vision d'ensemble dont la cohérence m'a frappé et qui rend le film plus actuel que jamais. En effet la rencontre entre John Dunbar (Kevin Costner) et la tribu de Sioux qui l'adopte revêt un caractère existentiel. John Dunbar découvre sa vraie nature à leur contact alors qu'au sein de l'armée américaine, il était dirigé contre elle (autrement dit vers son autodestruction). D'ailleurs les premières scènes qui sont aussi celle de ses premiers actes d'insoumission le montrent échapper de peu à une amputation puis à la mort. C'est pour ne plus servir de chair à canon qu'il se coupe de la société coloniale en partant se réfugier dans un avant-poste (provisoirement) isolé. Une retraite spirituelle dans le désert qui lui permet de se recentrer sur lui-même et de poser un regard neuf sur ce qui l'entoure comme préalable à sa renaissance en tant que membre de la tribu des Sioux. Durant la période de transition où il est coupé des hommes, il fraternise avec des animaux qui à son image sont des rebelles ou des atypiques: son cheval qui refuse de se laisser emmener et revient toujours vers lui et un loup solitaire qui lui tourne autour et qu'il apprivoise lentement. Sans le savoir, il a déjà basculé (et nous avec) dans la vision du monde des indiens, fondée sur l'harmonie avec la nature. Le retour des soldats blancs aux 2/3 du film fait prendre conscience du caractère dégénéré de leur "civilisation" prédatrice qui blesse, enlaidit et détruit par goût du pouvoir et de la convoitise mais aussi par bêtise et ignorance (ce sont les pires sujets, brutes et analphabètes qui servent de trouffions). Une profondeur de champ historique est suggérée par le casque de conquistador conservé par le doyen de la tribu mais aussi par l'alliance que les blancs passent avec des tribus ennemies des Sioux (diviser pour mieux régner, la technique infaillible ayant permis aux occidentaux d'assurer leur suprématie en Amérique et en Afrique au moins autant que la technologie de leurs armes). En montrant les dégâts que les conquérants laissent derrière eux (les bisons écorchés par exemple), "Danse avec les loups" acquiert une dimension écologiste en symbiose avec les civilisations autochtones qui même réduites à peau de chagrin continuent inlassablement à voir leur espace vital se réduire et leurs membres se faire massacrer en toute impunité par les exploitants de l'agriculture capitaliste alors même que la terre entière est entré dans une spirale de catastrophes dont nul ne sait jusqu'où elle ira.

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La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)

Publié le par Rosalie210

Mark Sandrich (1934)

La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)

Plus je vois les films que la RKO a tourné à la chaîne avec le duo Fred Astaire-Ginger Rogers, plus je fais le parallèle avec ceux que la MGM a tourné avec les Marx Brothers dans la deuxième moitié des années 30 (donc durant la même période). Autrement dit, une recette, toujours la même servant d'écrin à un duo ou à un trio de talents exceptionnels sans lesquels ces films, professionnels mais dénués de toute personnalité seraient tombés dans l'oubli. Le début de "La Joyeuse Divorcée", leur deuxième film, est pourtant prometteur avec un Fred Astaire plus sobre dans son jeu qu'à l'ordinaire (ouf!) et une rencontre avec Mimi-Rogers sur un mode "coquin" qui fait penser à l'une des scènes les plus célèbres de "L'impossible M. Bébé", celle dans laquelle la jupe de l'héroïne se déchire à l'arrière avec tout le sous-entendu érotique que cela sous-entend. Hélas, très vite, l'intrigue (du bon gros vaudeville qui tache) patine, servant de prétexte à des numéros élégants mais convenus tout comme le jeu des rigolos de service de la maison RKO, Edward Everett Horton et Eric  Blore (excellents certes mais qui pourraient être tellement mieux employés avec un scénario digne de ce nom). Il faut patienter 50 minutes avant de voir le couple magique enfin s'élancer sur la piste (et en plus sur un titre de Cole Porter, "Night and Day"!) Leurs numéros sont trop rares (et trop courts!) mais chacun d'entre eux suffit à écrire une page du 7eme art comme celui du final dans lequel ils dansent sur les meubles le plus naturellement du monde comme s'ils étaient en apesanteur. Et Ginger Rogers affirme là encore un sacré tempérament de comédienne qui sera plus tard mis en valeur en dehors de ses talents de danseuse entre autres par Billy Wilder et Howard Hawks. 

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Elle (10)

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1979)

Elle (10)

Les (désopilantes) mésaventures d'un riche compositeur hollywoodien en pleine crise de la quarantaine qui tombe raide dingue de la vision dans une rue de L.A. d'une créature de rêve, sorte de James Bond girl dissimulée sous des atours virginaux jouée par Bo Derek. A partir de ce postulat, c'est un festival de gags burlesques agencés avec le savoir-faire du génial Blake Edwards, maître de la mécanique de précision nécessaire au jaillissement de l'étincelle comique. Le corps du pauvre George (Dudley Moore, aux faux airs de Michel Sardou des seventies) en voit de toutes les couleurs à chaque fois qu'il tente de se rapprocher de l'objet de sa convoitise: ce sont ses pieds qui le brûlent, ses plombages qui déforment son visage et sa voix, son nez qui enfle après avoir été piqué par un insecte, sa tenue de plage inadaptée qui le fait transpirer abondamment. Mais le plus drôle reste le télescope qui lui sert à mater chez un voisin à la sexualité débridée qui prend plaisir à exhiber ses orgies festives. Cependant lorsqu'il passe de l'autre côté de la barrière, cela tourne au fiasco. Rien de graveleux ne ressort du film en effet à cause de l'élégance du réalisateur et de la candeur définitive de son personnage principal qui se donne des airs d'obsédé mais qui est incapable "d'assurer" quand il faut passer à l'action tant il s'avère avoir une âme d'adolescent fleur-bleue dans un corps mature. La mélancolie perce sous le jour du burlesque, les femmes que rencontre George s'avérant aussi seules, perdues et insatisfaites que lui. De quoi lui mettre un peu de plomb dans la cervelle en comprenant que plutôt que de courir après une chimère, il vaudrait mieux se contenter de ce qu'il a: mieux communiquer par exemple avec sa compagne chanteuse, jouée par la sublime Julie Andrews qui durant tout le film contemple, mi-indulgente, mi-consternée l'ampleur de ses égarements. Il faut bien que jeunesse "tardive" se passe semble-t-elle dire! Et on la comprend: Blake Edwards rend George tellement touchant, hilarant et craquant qu'on lui pardonne facilement ses frasques (il nous a fait tellement rire aussi) et on n'a plus qu'une envie, c'est lui faire un "big hug"!

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Mad Dog and Glory

Publié le par Rosalie210

John McNaughton (1992)

Mad Dog and Glory

Sans les acteurs, "Mad Dog and Glory" serait un film tout à fait insignifiant tant son intrigue est mince, convenue et il faut le dire, peu crédible (le flic couard qui ne cesse de risquer sa vie pour une fille rencontrée depuis moins d'une semaine qu'il veut aider à se libérer, le truand près de ses sous qui pourtant leur lâche les baskets et c'est tout juste s'il ne les bénit pas etc.) Son principal intérêt est de voir Robert de Niro et Bill Murray (tous deux excellents) à contre-emploi, chacun interprétant le rôle habituel de l'autre. Bill Murray est donc un truand (mais afin de coller un minimum à l'acteur, il est aussi artiste de stand-up à ses heures et voit une psy) et Robert de Niro est un policier certes mais un policier mou du genou, couard et timide qui sauve la vie du mafieux presque par hasard. Un "no life" qui subit les événements qui lui arrivent, un contemplatif qui aurait eu davantage sa place dans un monde artistique puisqu'il photographie... des cadavres. Cela dit assez bien où il en est au début du film c'est à dire réduit à jouer les James Stewart matant par la fenêtre la vie (sexuelle) des autres. Entre eux deux, Uma Thurman, cadeau envoyé au personnage de De Niro non par les anges mais par le mafieux en guise de remerciement a pour mission (inavouée) de le reconnecter à la vie mais elle ne semble pas exister pour elle-même. Le film lui-même souffre d'un rythme poussif et a bien du mal à se définir, hésitant entre le film noir (le début très hard semble annoncer un style Scorsese d'autant que celui-ci est l'un des producteurs du film) et la comédie sans véritablement convaincre.

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L'Entreprenant Mr. Petrov (Shall We Dance)

Publié le par Rosalie210

Mark Sandrich (1937)

L'Entreprenant Mr. Petrov (Shall We Dance)

Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour écrire un avis sur "L'Entreprenant Mr.Petrov" étant donné que je peux copier-coller celle que j'ai écrite pour "Top Hat" du même réalisateur. Entre le scénario anémique fondé sur un seul quiproquo de vaudeville dont la résolution est une question de vie ou de mort (Petrov et Linda sont-ils mariés? Oui mais non mais oui en fait sauf que non etc.), une mise en scène plate comme une limande et un Fred Astaire dont le cabotinage grotesque me tape personnellement sur les nerfs, on comprend que sans les numéros musicaux et dansés, il y a longtemps que cette comédie musicale serait tombée dans l'oubli. Bon, on peut aussi mentionner les faire-valoir comiques que sont Eric Blore et Edward Everett Horton (sorti tout droit de chez Lubitsch) qui font bien leur job mais ne sont pas inoubliables non plus. En revanche, dès qu'il s'agit de chanter et de danser, on change de dimension. Chaque numéro est brillant qu'il soit accompli en solo (Fred Astaire et les jazzmen dans la salle des machines du paquebot) ou en duo (le numéro Astaire-Rogers en patins à roulettes est époustouflant et la chanson qui l'accompagne l'est tout autant). Les véritables auteurs de ces comédies musicales de la RKO aux réalisateurs interchangeables et aux décors et techniciens immuables ce sont les compositeurs (cités, c'est un signe qui ne trompe pas à la place du réalisateur) et les chorégraphes ainsi que le couple vedette. Dans "Shall We Dance", il s'agit de George Gershwin pour la musique et comme dans "Top Hat" de Hermes Pan pour les chorégraphies. Quant au duo Astaire-Rogers, merveilleux danseurs à l'alchimie parfaite entrés dans la légende du cinéma, il s'avère que dès cette époque, Ginger affirme de grandes qualités de comédienne qui font cruellement défaut à son partenaire pourtant bien plus expérimenté qu'elle (qui fera heureusement des progrès par la suite).

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Fatima

Publié le par Rosalie210

Philippe Faucon (2015)

Fatima

On ne dira jamais assez combien l'écriture est salvatrice. Au coeur des périodes les plus sombres, quand la liberté de l'homme a été réduite à néant, beaucoup s'en sont sortis par l'écriture. Un des exemples les plus célèbres est l'énorme quantité d'écrits produits par les populations juives en voie d'extermination durant la seconde guerre mondiale dont l'un des plus connus est le journal d'Anne Frank. En période de paix, les mécanismes d'oppression sociale sont beaucoup plus insidieux mais non moins aliénants et écrire est un moyen imparable de leur résister. Le simple fait de pouvoir dire je, d'affirmer l'existence de sa personnalité, goûts, désirs, sensibilité, opinions est un formidable moyen d'émancipation. Or c'est à partir de deux livres de Fatima Elayoubi, "Prière à la lune" et "Enfin, je peux marcher seule" que Philippe Faucon a créé le personnage de Fatima (Soria Zeroual), cette femme de ménage maghrébine immigrée en France qui subit une double (op)pression sociale: celle, communautariste de ses consoeurs qu'elle côtoie au quotidien et qui passent leur temps à l'épier et à médire et celle, liée au rapport de domination de ses employeurs bourgeois (et par extension, de la société "d'accueil"*). Cette pression se cristallise sur les filles de Fatima et l'enjeu qu'elles représentent avec des injonctions contradictoires. L'aînée, Nesrine (Zita Henrot) qui est une brillante élève déterminée à réussir ses études de médecine suscite la jalousie (aussi bien des voisines qui se sentent snobées que des bourgeois qui se sentent concurrencés, surtout quand leurs propres enfants ne réussissent pas aussi bien). Fatima la soutient en prenant en charge ses besoins matériels quitte à se tuer à la tâche et vit par procuration sa réussite (comme le démontre une très belle dernière scène). La cadette, Souad (Kenza Noah Aïche) qui est au contraire une rebelle en voie de déscolarisation vaut à Fatima des injonctions moralisatrices sur ses prétendues failles éducatives. Le film montre aussi combien les relations entre Fatima et ses filles souffrent du grand écart culturel lié à l'immigration. En particulier ce qui est remarquablement mis en valeur par le film, c'est la fracture liée à la barrière de la langue au sein d'une même famille. Le fait d'avoir une autre langue maternelle que ses propres parents ou ses propres enfants et de ne pas maîtriser la deuxième langue suffisamment (ou pas du tout) a des effets dévastateurs qui conjugué à la honte sociale liée au métier et aux conditions de vie de Fatima pousse la cadette à rejeter sa propre mère, lui causant en retour une blessure invisible mais indélébile qui ne peut se soigner que par les mots que celle-ci va finir par formuler -et affirmer-. Ce qui m'a frappé en regardant le film, c'est sa profonde justesse, sa délicatesse, sa proximité avec les personnages qui en fait une oeuvre intimiste avant d'être un film social. Faire vivre de l'intérieur, redonner une dignité et de la visibilité à une personne que l'on ne perçoit d'ordinaire que comme une ombre en toile de fond tout en suscitant une identification universelle est en soi remarquable. Le casting mélangeant actrices professionnelles et non professionnelles est réussi.

* J'ai été dans mon enfance témoin des mêmes vexations que celle que subit Fatima en particulier, celle consistant à mettre de l'argent ou des objets de valeur (bijoux, sacs à main) bien en évidence pour "tester" l'honnêteté des employés, lesquels n'étaient autre que mes parents. Certains "marqueurs" de classe peuvent aussi se colorer de connotations racistes quand l'employé est d'origine étrangère (comme le tutoiement et la condescendance).

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Les Derniers Jours du monde

Publié le par Rosalie210

Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2009)

Les Derniers Jours du monde

J'ai une certaine sympathie pour les films français qui sortent des sentiers battus, notamment lorsqu'il s'attaquent à des genres tels que le thriller, le fantastique, l'épouvante ou la science-fiction dont le plus gros contingent provient des USA (et secondairement d'Asie). Alors ça donne quoi un film-catastrophe à la française? Quelque chose d'atypique en tout cas. Loin de singer leurs confrères d'outre atlantique (ils n'en auraient de toutes façons pas eu les moyens) les frères Larrieu adaptent deux livres de Dominique Noguez pour narrer l'odyssée régionaliste picaresque d'un Robinson anti-héros au possible (Mathieu Amalric). Sauver le monde, très peu pour lui. D'ailleurs il ne cherche même pas à se sauver lui-même, naviguant à contre-courant de la foule qui cherche (ou pas d'ailleurs, les suicides sont légion dans le film) à échapper à l'apocalypse. Lui cherche au contraire à la heurter de plein fouet car cette apocalypse se confond avec l'objet de son désir obsessionnel, celui qu'il a pour Lae (Omahyra Mota), belle métisse androgyne brésilienne insaisissable, rencontrée un an avant "les 10 derniers jours du monde" pour laquelle il laisse tomber femme (Karin Viard) et maîtresse (Catherine Frot).

Assez étrangement, le film n'est pas anxiogène bien qu'il évoque en toile de fond des menaces qui ont une résonance actuelle (les virus, les attentats terroristes ou les catastrophes écologiques). En effet on baigne dans une ambiance complètement irréelle de vacances et de fête perpétuelle liée au choix des lieux (sud-ouest de la France et pays basque espagnol principalement), à la photographie lumineuse, au milieu socio-économique des personnages (CSP ++++++) et enfin à leur comportement hédoniste sachant prendre la vie (et aussi la mort) du bon côté: l'eau est contaminée? Buvons du vin et du champagne! C'est le chaos? Profitons-en pour buller à l'ombre des relais-châteaux et chiper des truffes dans les cuisines. On va tous mourir? Raison de plus pour courir tout nu dans la rue comme aux premiers jours du monde et coucher avec tout ce qui passe à sa portée sans tenir compte de l'âge, du sexe ou même du lien de filiation puisque plus rien n'a de sens et que toutes les structures se sont effondrées! Ce sont d'ailleurs les scènes d'orgie (au sens large) qui sont les plus réussies. Hypnotiques et enivrantes tout en charriant leur part de morbide, elles ont quelque chose de transcendant qui évoque les danses macabres du Moyen-Age: c'est la marée humaine de la feria de Pampelune mais aussi la représentation de "La vie brève" au théâtre du Capitole de Toulouse avec Sergi Lopez dans le rôle du ténor (un habitué des frères Larrieu et du cinéma "atypique" français) et enfin le morceau de bravoure de l'orgie du château dans le Lot qui reprend l'esthétique de "Eyes Wide Shut" tout en faisant un gros clin d'oeil à "La Règle du jeu" (et on a droit à un caméo surréaliste d'une autre habituée du cinéma des Larrieu, Sabine Azéma en marquise décatie et gothique). Bref si l'on peut déplorer la froideur, l'insensibilité de personnages réduits à leurs pulsions les plus primitives, l'inventivité des frères Larrieu rend le film surprenant et réjouissant de bout en bout.

 

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Coups de feu dans la Sierra (Ride the High Country)

Publié le par Rosalie210

Sam Peckinpah (1962)

Coups de feu dans la Sierra (Ride the High Country)

En regardant "Coups de feu dans la Sierra", le deuxième film de Sam PECKINPAH sorti la même année que "L Homme qui tua Liberty Valance" (1962) de John FORD, j'ai pensé à la chanson des Doors "The End". Car ces deux films ont en commun leur enterrement de première classe du western dit "classique", pionnier, solaire, héroïque, rempli de certitudes et de manichéisme (même s'il y a une infinité de nuances à l'intérieur du genre) au profit du western "moderne", désenchanté, critique, nostalgique bref "crépusculaire" dans lequel les cow-boys ont pris un sacré coup de vieux et le gris a remplacé le noir et le blanc. Joel McCREA et Randolph SCOTT (dont ce fut le dernier rôle), deux vétérans du western de série B (même si le premier a eu une carrière plus diversifiée en tournant pour Alfred HITCHCOCK, Maurice TOURNEUR, William WYLER, King VIDOR ou encore Ernest B. SCHOEDSACK) interprètent respectivement Steve Judd, un ancien shérif et Gil Westrum son ex-adjoint réduits à vivre d'expédients dans une société qui désormais les méprise. Gil travaille dans un stand de foire déguisé en Billy the kid alors que Steve doit cacher à ses commanditaires les signes de son vieillissement, allant chausser ses lunettes pour lire son contrat dans les toilettes. Tous deux acceptent de reformer leur équipe afin de convoyer de l'or d'une mine jusqu'à la banque mais leur état d'esprit diverge. Si Steve a gardé ses valeurs "old school", Gil, dégoûté par leur déclassement et leur misère est prêt à trahir leurs anciens idéaux et à voler l'or. Ca ne l'empêche pas de manifester du respect à son compagnon (qui l'a d'ailleurs percé à jour) et de former Heck (Ron STARR), un petit jeune tête brûlé dénué de savoir-vivre mais qui a la fin du film apparaît comme un gentleman comparé aux brutes épaisses rencontrées dans la ville minière. Comme quoi Gil n'est pas dénué d'ambiguïtés ce qui rend son personnage passionnant. Le fameux gris évoqué par le quatrième personnage important du film, Elsa (Mariette HARTLEY), jeune fille révoltée et fugueuse qui comprend que le monde ne se divise pas en deux catégories, les bons et les méchants, contrairement au bourrage de crâne qu'elle recevait de son père (R.G. ARMSTRONG), fondamentaliste chrétien assez effrayant par son fanatisme et son oppression sur sa fille qu'il cherche à "posséder". Celle-ci n'est pas au bout de ses peines. A cause de son inexpérience liée à sa claustration, elle manque de peu tomber dans un piège sordide, son mariage donnant lieu à une séquence cauchemardesque et très audacieuse pour l'époque qui participe pleinement à démythifier le western par son ambiance glauque (pour ne pas dire dégénérée). Mais les deux vieux briscards veillent sur elle. Heck et Elsa représentent donc leurs héritiers dans ce très beau et prenant western travaillé par sa propre finitude mais encore plein de panache! Et les paysages, très expressifs (y compris celui, "lunaire" de la ville minière) sont somptueux. 

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Quand Harry rencontre Sally (When Harry meet Sally)

Publié le par Rosalie210

Rob Reiner (1989)

Quand Harry rencontre Sally (When Harry meet Sally)

Rob REINER a réalisé nombre de films cultes: "Princess Bride" (1987), "Stand By Me" (1986) et bien sûr "Quand Harry rencontre Sally" (1989) qui est devenu la référence de la comédie romantique, genre que je ne prise guère en soi tant tout y est prévisible et cliché. Mais sans être révolutionnaire, le film de Rob REINER s'élève au dessus du lot grâce à une heureuse conjonction de talents (réalisateur, scénariste, chef op, acteurs...) mais pas seulement.

L'amour peut-il résister à l'usure du temps? Ou plutôt comment faire pour que l'amour passe l'épreuve du temps? C'est à cette question en fait que répond "Quand Harry rencontre Sally" bien plus qu'à la certitude de Harry (Billy CRYSTAL) selon laquelle un homme et une femme ne peuvent être seulement amis. Quel est l'intérêt de poser des définitions figées sur ce qui justement est en évolution perpétuelle? Peut-être s'agit-il de se rassurer. Mais ce qui pour moi fait l'originalité de cette comédie romantique, c'est qu'elle traque le mystère de l'alchimie entre deux personnes qui traversent la vie ensemble. Mystère qui échappe donc à notre volonté. On le voit particulièrement bien dans la séquence dans laquelle Harry et Sally (Meg RYAN) invitent au restaurant leurs amis respectifs Mary (Carrie FISHER) et Jess (Bruno KIRBY) dans l'espoir de les caser avec leur ami(e). C'est le contraire qui se produit: Mary et Jess se découvrent spontanément des affinités alors que les tentatives de conversation avec l'ami(e) de leur ami(e) tournent court (exactement comme dans le film de Éric ROHMER, "L Ami de mon amie") (1987). C'est aussi le sens des séquences de témoignages face caméra de vieux couples qui racontent le moment où ils se sont rencontrés. Hasard ou destin selon les croyances de chacun, le fait est que leur âge témoigne pour eux de la longévité de leur union, de même que leurs regards complices. Le montage expressif suggère ainsi fortement que Harry et Sally possèdent cette alchimie mais refusent de s'y abandonner en s'inventant diverses mauvaises excuses qui ne font que leur faire perdre du temps et accumuler les expériences malheureuses. Le split screen ou le montage alterné les rapprochent (ils font ou pensent la même chose au même moment) mais ils sont isolés dans le cadre ou bien séparés par une cloison étanche qui souligne leur solitude. A cela s'ajoute d'évidentes qualités de rythme et d'écriture (exemple, la célèbre chute drolatique de la séquence non moins célèbre d'orgasme simulé par laquelle Sally ébranle les certitudes de Harry sur les femmes) ainsi que d'interprétation: Harry et Sally sont très bavards pour créer des écrans de fumée entre eux mais ce sont leurs regards qui en disent le plus, notamment ceux, très expressifs que Billy CRYSTAL lance à sa partenaire (timides et tendres, à l'opposé de son comportement tête à claque). Enfin, le charme n'agirait pas de la même façon sans la photographie de Barry SONNENFELD qui magnifie New-York à la manière d'un film de Woody ALLEN mais avec sa thématique propre: celle du temps qui passe et le risque de passer à côté de sa vie à force d'orgueil mal placé, d'aveuglement et de peurs (de l'échec, de l'intimité etc.) Les feuilles mortes se ramassent à la pelle même si convention oblige tout est bien qui finit bien pour le couple de tourtereaux.

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La Femme et le pantin (The Devil Is a Woman)

Publié le par Rosalie210

Josef von Sternberg (1935)

La Femme et le pantin (The Devil Is a Woman)

"La Femme et le pantin" est le film qui mit un terme à la collaboration entre Josef von STERNBERG et Marlene DIETRICH, l'une des plus fructueuses et mythiques du cinéma. Néanmoins on peut souligner que cette association fut brève (cinq ans) et intense (sept films en forme de "world trip", du Maroc colonial à l'Espagne en passant par la Chine et la Russie) ce qui sans doute l'usa prématurément. Librement adapté du roman éponyme de Pierre Louÿs, "La Femme et le pantin" est un film assez court qui nous dresse le portrait d'une femme inaccessible qui fait tourner la tête aux hommes. Le plan par lequel on découvre Concha Perez fait d'emblée d'elle une déesse mise sur un piédestal alors qu'il s'agit d'une "simple" ouvrière costumée pour le carnaval mais surtout nimbée d'une aura, celle du désir masculin inassouvi (celui de Josef von STERNBERG lui-même?) Frivole et capricieuse, Concha Perez fait tourner en bourrique les vieux barbons comme les jeunes bellâtres (du moins ceux qui ont des velléités d'emprise sur elle) selon son bon plaisir et surtout ses intérêts (financiers surtout). Deux hommes en particulier se disputent ses faveurs: le jeune Antonio et l'ex-capitaine Don Pasqual qui lui raconte ses déboires dans une série de flashbacks. Bien qu'il y ait de "L'Ange bleu" (1930) dans la façon dont Concha manipule et humilie Don Pasqual, le ton qui est censé être celui d'un mélodrame tire vers la comédie voire la bouffonnerie avec une Marlene DIETRICH en roue libre qui en fait des tonnes avec ses mines boudeuses et ses airs aguicheurs vis à vis de ceux qu'elle transforme en gentils toutous ("Paquitito" pour Edward Everett HORTON un habitué des films de Ernst LUBITSCH, "Pasqualito" pour Lionel ATWILL etc.) ce qui désamorce tout effet dramatique et rend l'histoire assez répétitive (alors que le film ne dure qu'une heure seize). La film tire son épingle du jeu grâce à sa beauté esthétique, particulièrement des costumes somptueux et une photographie magnifique.

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