Il est beauf, suffisant, raciste, macho, ignare, en un mot il est bête à pleurer… de rire, l'agent secret frenchie Hubert Bonisseur de la Bath (Jean Dujardin) alias OSS 117. Mais si Hubert est bas de plafond, le film de Michel Hazanavicius pétille d'intelligence. En effet, comme toute reconstitution historique qui se respecte, y compris dans la comédie, il joue sur deux tableaux ou plutôt deux temporalités. D'une part, celle de la narration qui nous plonge dans le contexte du milieu des années cinquante quand la France s'illusionnait encore sur sa puissance coloniale en Afrique peu de temps avant sa première déculottée dans la crise de Suez. De l'autre, celui du tournage cinquante ans plus tard qui permet de transformer la figure d'une colonisation autosatisfaite et aveugle en punching ball pour les anciens colonisés. On goûtera par exemple l'échange savoureux avec le contremaître égyptien que Hubert tutoie et traite de façon paternaliste et condescendante. Lorsqu'il lui demande combien il a d'enfants (les indigènes étant perçus comme des lapins se reproduisant à toute vitesse), le contremaître lui répond qu'il en a deux et un peu plus tard lorsque Hubert lui dit qu'il va acheter des chaussures pour eux, il répond que ce n'est pas possible car ils terminent leurs études à New-York. Les phrases de Hubert datent des années cinquante, celles du contremaître des années 2000 ce qui créé un décalage comique jouissif que l'on retrouve aussi dans le domaine de la religion ou des femmes.
Le jeu sur le décalage temporel se retrouve aussi dans la forme. "OSS 117: Le Caire, nid d'espions" ressemble à un pastiche à la fois élégant et grotesque des films d'espionnage exotique des années cinquante. Tout sonne faux, du jeu outrancier des acteurs allant avec leurs personnages caricaturaux jusqu'aux décors de carton-pâte et aux trucages cheap. Mais derrière cette apparente grossièreté de série B (voire Z), il y a énormément de soin apporté à la reconstitution des films de cette époque, des inscriptions en surimpression des plans-clichés de villes jusqu'au travail sur la couleur avec des contrastes qui donnent un rendu technicolor très convaincant. On se croirait dans un "James Bond" de la période Sean Connery ou dans "L'Homme qui en savait trop" d'Hitchcock (d'autant que les transparences dans les scènes filmées à l'intérieur d'une automobile étaient l'une de ses marques de fabrique). Et l'outrance de certaines scènes comme celles des flashbacks édéniques entre "amis" (qui font penser à certains moments à du soap opera) est profondément ironique, surlignant l'homosexualité refoulée des personnages masculins par la censure/autocensure de l'époque.
"Full Metal Jacket", l'avant-dernier film de Kubrick est une éprouvante initiation où celui-ci démontre avec une impressionnante rigueur formelle par A+B comment la machine de guerre US déshumanise ses jeunes recrues et combien il est difficile voire impossible de conserver un tant soit peu sa personnalité et son libre-arbitre une fois qu'on a mis les doigts dans l'engrenage militariste. Un thème cher à Kubrick, même en dehors de ses films de guerre ("Orange mécanique" en est le plus bel exemple).
"Full Metal Jacket" se divise en deux grandes parties reliées par une transition un peu faible. La première partie est consacré au conditionnement des recrues par le terrifiant et grotesque sergent-instructeur Hartman (L. Lee Hermey), lequel utilise l'humiliation et les brimades pour les mettre au pas et détruire leur personnalité et leur humanité (considérée comme une impardonable faiblesse). On peut d'ailleurs faire un parallèle avec les camps de concentration: les recrues portent un uniforme, ont les cheveux rasés et sont affublés de sobriquets dévalorisants en lieu et place de leurs noms véritables ("Blanche-Neige", "Grosse Baleine", "Guignol" etc.) Les plans-séquences se succèdent, montrant la répétition des mêmes entraînements de forçat, des mêmes chants virilistes, des mêmes insultes racistes, antisémites, sexistes, homophobes jusqu'à ce que le bourrage de crâne produise ses effets: l'adaptation servile ou le pétage de plombs sanglant. Il n'y a que deux voies possible. Kubrick nous montre dès cette première partie que les efforts de "Guignol" (Matthew Modine) pour conserver son individualité sont voués à l'échec, il finit par rentrer dans le rang et même par se montrer plus zélé que les autres lors de l'expédition punitive contre "Grosse Baleine" (Vincent d'Onofrio).
La deuxième partie montre ce que ce conditionnement produit sur le terrain. Là encore les efforts du dénommé "Guignol" pour préserver son identité de sujet pensant et critique dans le conflit échouent et il sombre corps et âme dans la pire des visions du monde, celle du darwinisme où on tue pour ne pas être tué. La scène du sniper filmée comme une partie d'échecs est une grande leçon de mise en scène mais c'est aussi une leçon d'histoire. Kubrick filme ce qu'est un conflit asymétrique entre une armée et une guérilla qui a l'avantage du terrain. Un ennemi invisible et insaisissable réussit à abattre méthodiquement plusieurs hommes et à terrifier tout un groupe qui l'imagine puissant et musclé... alors qu'il s'agit d'une frêle jeune fille isolée. Et le conditionnement de la première partie de révéler non seulement sa cruauté (ça on le savait déjà) mais aussi son insondable bêtise. De quoi faire réfléchir sur les causes de l'échec des USA au Vietnam et du traumatisme durable de ses soldats.
Je ne me suis pas ennuyée en regardant "Solo: A Star Wars Story". Je n'ai pas passé un mauvais moment, j'ai trouvé le film divertissant et l'intrigue assez facile à suivre. Mais non seulement j'ai trouvé que ce film ne nous apportait rien mais qu'au contraire, il nous enlevait une part de la magie de l'original. Comme je l'ai lu ici et là, il coche toutes les cases des questions que l'on ne se posait franchement pas sur Han Solo telles que "Comment a-t-il rencontré Chewbacca?" Ou encore plus essentiel "Pourquoi le surnomme-t-il Chewie?" ou encore "Comment a-t-il acquis le Faucon Millenium" ou encore "Comment a-t-il fait le raid de Kessel en 12 parsec?" Non seulement ces questions ne sont pas passionnantes en soi mais les réponses sont tellement triviales qu'elles laissent sans voix. Il aurait mieux valu ne pas y répondre et laisser le spectateur libre de les imaginer. A force de vouloir combler tous les blancs de la saga, il n'y aura plus aucune place pour un quelconque imaginaire. Mais on l'a bien compris, il s'agit de rentabiliser la franchise avant tout en développant l'histoire de l'un des seuls personnages un peu substantiel de l'histoire. Sauf que le film ne nous apprend rien de plus en fait, il nous divertit (ou plutôt fait diversion) avec une débauche d'actions dissimulant une intrigue très plate, des dialogues à la truelle (du genre "je suis un gentil", "ne fais confiance à personne"), des personnages complètement creux ou caricaturaux (la révolte des esclaves est tout simplement ridicule), une mise en scène impersonnelle, des effets spéciaux inaboutis, une photographie laide etc. Le seul acteur un tant soit peu crédible (en dehors celui qui se cache sous le costume de Chewbacca) est Donald Glover dans le rôle de Lando Calrissian. Il bénéficie d'un personnage préexistant (ça aide car ce sont ceux de la trilogie d'origine qui sont les plus intéressants) mais en plus il est vraiment très bon, on y croit! Ce n'est hélas pas le cas d'Alden Ehrenreich, acteur au jeu fade ou faux (n'est pas Harrison Ford qui veut!).
Enfin le scandale Harvey Weinstein n'a visiblement rien changé au machisme du scénario. Les personnages féminins y sont particulièrement maltraités. Soit ils sont rapidement liquidés comme Val et L3 (cette dernière étant de surcroît une féministe hystérique tournée en ridicule), soit on a la traîtresse en puissance, Qi'ra (Emilia Clarke), véritable vamp directement échappée de "Indiana Jones et la dernière croisade" et promise au même sort. Il faut bien expliquer en effet pourquoi on n'entend plus parler d'elle dans les futures trilogies. La suites de "Solo: A Star Wars Story" s'en chargeront (une trilogie est prévue justement). Bonjour la régression!
"Un tueur dans la foule" est un film catastrophe paranoïaque qui reflète la crise de la société américaine des années 70. Une société qui doute d'elle-même, fragilisée par un double traumatisme: l'assassinat du président Kennedy et la défaite du Vietnam. Ces deux événements ne sont pas mentionnés explicitement mais ils sont omniprésents dans le film. Le tueur dont on ne connaîtra ni le visage, ni les motivations attend visiblement l'arrivée du président pour passer à l'action. Et les forces de police tout en déployant des moyens impressionnants et dernier cri s'avèrent non seulement impuissantes à empêcher le drame mais elles le précipitent voire le provoquent.
La maîtrise de l'espace et du temps est une des caractéristique du film. Il s'agit d'un huis-clos à ciel ouvert, l'action se déroulant presque uniquement dans un seul lieu, le stade du Los Angeles Memorial Coliseum, quasiment en temps réel pendant le match de football (américain) opposant Los Angeles à Baltimore. Le film commence et se termine d'ailleurs par un plan aérien du stade dont on se rapproche au début et que l'on quitte à la fin. Ce dispositif scénique des 3 unités (lieu, temps, action), dramatise fortement les enjeux. Le seul passage qui fait exception se situe juste après le générique et montre les différents protagonistes du drame qui se préparent à "entrer en scène". Les plans en caméra subjective du tueur tout d'abord qui de ce fait se réduit à l'oeil de la lunette de son fusil et à des mains gantées. Ce morcellement et cette deshumanisation produisent un effet de malaise réel. On le voit d'ailleurs abattre froidement un passant pour "se faire la main" puis embarquer son matériel à bord de son véhicule pour se rendre sur les lieux. La facilité avec laquelle il gagne son poste de tir donne un assez bon aperçu des failles sécuritaires de la première puissance mondiale. Parallèlement au tueur, le film nous présente une dizaine de personnages secondaires qui se rendent au stade et dont le point commun est de donner une vision malade de la société américaine: un parieur compulsif, un pickpocket, une famille apparemment modèle mais en réalité conflictuelle, des couples fragiles voire sur le point d'exploser etc.
Le film se divise ensuite en deux parties d'inégale longueur: environ une heure d'attente où le malaise monte progressivement, chaque personnage étant tour à tour pris pour cible à son insu par le tueur. Le contraste entre la liesse collective et la mort qui rôde et peut frapper à tout moment est saisissant. C'est aussi durant cette période que le dispositif policier se met en place avec une exaspérante lenteur. Puis, quand la pression devient trop forte, le réalisateur fait exploser toutes les digues, déversant les flots incontrôlables de la foule lors de 20 dernières minutes terriblement impressionnantes (on pense au Heysel, à Furiani et à d'autres mouvements de panique du même genre ayant eu lieu dans un stade de football). L'interpréation est de tout premier ordre: Charlton Heston, John Cassavetes et Martin Balsam du côté des forces de l'ordre, Gena Rowlands et Walter Pidgeon côté spectateurs.
Il y a deux façons de considérer "La Grosse magouille", le deuxième long-métrage de Robert Zemeckis, co-scénarisé par Bob Gale et produit par Spielberg.
Soit de façon indépendante et on se retrouve devant une petite comédie potache qui reste encore très agréable à voir près de 40 ans après sa réalisation. Les costumes et l'image font un peu kitsch, les gags ne volent pas toujours très haut (tout comme les techniques de vente des autos qui s'appuient sur les clichés sexistes et vulgaires en vigueur à l'époque) et l'histoire est très basique mais il n'y a pas de temps morts et l'enthousiasme qui s'en dégage fait que le film a conservé une certaine fraîcheur (par exemple le petit chien qui fait semblant d'être mort pour forcer la main d'un acheteur est trop irrésistible!). C'est d'ailleurs le cas de la plupart des films de Zemeckis, leur énergie les protège d'un vieillissement prématuré.
Soit comme un jalon dans l'œuvre de ce réalisateur ce qui en augmente d'autant l'intérêt. On y trouve nombre de thèmes et de motifs qui deviendront récurrents. Ainsi l'intrigue du film se base sur une guerre commerciale entre deux frères jumeaux (joués par le même acteur Jack Warden) dont les concessions d'automobiles d'occasion se font face de part et d'autre d'une route. Le dédoublement est une des obsessions de Zemeckis, l'exemple le plus célèbre étant sans doute "Retour vers le futur II" où Marty, Doc et Jennifer se croisent à différents âges. D'autre part Zemeckis a recours à des personnages ayant réellement existé au travers d'images d'archives qui interagissent avec la fiction. Le réalisateur inaugure sa longue collaboration avec les présidents américains par un discours de Jimmy Carter interrompu par une publicité pirate pour les voitures d'occasion vendues par "New Deal" et son employé un peu escroc Rudy Russo (joué par Kurt Russel). Zemeckis s'amuse alors à faire "réagir" Carter par un habile montage. Un peu plus tard dans le film il se livre même à une amusante mise en abyme de ses techniques de trucages de séquences filmées en faisant modifier un élément de la bande-son d'une des publicités du concessionnaire par son frère ennemi.
Immense film que ce "Trésor de la Sierra Madre" qui voit trois hommes en marge de la société s'improviser chercheurs d'or dans l'espoir de faire fortune... mais inconsciemment dans l'espoir de trouver un sens à leur vie et une place dans le monde. Face à cet or qui s'avère être un mirage, chacun va trouver sa vérité, douce pour certains, cruelle pour d'autres dans cette "Sierra Madre" qui est un sas entre la vie et la mort. C'est toute la noblesse, toute la profondeur, tout l'humanisme du cinéma de John Huston qui s'exprime dans cette œuvre admirable.
Les personnages sont si criants de vérité que l'on ne parvient pas à les détester, même quand ils commettent des actes haïssables. C'est le cas de Fred C. Dobbs (campé par un géant du cinéma, Humphrey Bogart qui plus est dans un de ses meilleurs rôles) que la soif maladive de l'or plonge dans une terrible paranoïa autodestructrice. L'ombre qui le recouvre, la barbe qui mange son visage et les ruines qui l'environnent expriment son effondrement intérieur et annoncent son destin tragique.
Le vieux briscard qui l'accompagne, Howard (campé par le propre père de John Huston, Walter qui n'a pas volé son Oscar) pose un regard plein de compréhension sur lui, exprimant sans détour qu'il est une version déchue de lui-même. Extraordinaire personnage que cet Howard, plein d'expérience, de sagesse et de ressources cachées. Il est l'âme du film, celui qui sait justement le mal que l'or peut faire à l'âme. Il sait également que l'activité de prospecteur est maudite. Et pourtant, la tentation est trop forte, il ne peut s'empêcher de recommencer à chercher cet or, sans doute parce qu'il n'a jamais réussi à s'accomplir et qu'il saisit ce qu'il considère comme une dernière chance de le faire. Y renoncer sera par conséquent une vraie épreuve pour lui mais il y gagnera ce qu'il a en réalité toujours cherché: sa place au soleil. La scène où il ranime un enfant symbolise sa renaissance. Sa guérison est complète quand il lâche prise en riant aux éclats de la perte de son "or".
Il y a enfin Curtin (Tim Holt) qui au début de l'histoire partage la misère et le désoeuvrement de Dobbs. Leur rencontre le sort de son marasme, ils font équipe ce qui les rend plus forts (c'est le sens de la scène où ils obligent leur employeur à les payer). Mais plus le film avance, plus Curtin s'avère être l'antithèse de Dobbs et le fils d'élection de Howard avec lequel il partage ce fantastique éclat de rire libérateur qui clôt le film. Contrairement à Dobbs que son vide intérieur rend progressivement fou, Curtin rêve d'utiliser son or pour se construire un foyer où il pourrait s'enraciner. De plus il se comporte de façon loyale et honnête. Son vœu sera exaucé mais pas tout à fait de la façon dont il l'imaginait.
"Piège de cristal" n'est pas qu'un film d'action culte, c'est un must du genre, un film qui en 30 ans n'a pas pris une ride et dont les secrets n'ont jamais été percés par tous les copieurs qui ont tenté de reproduire la "recette". Mais ils ne sont pas allé plus loin que la surface de verre. Car comme le dit si bien Gilles Rolland dans sa critique du film sur le site "On Rembobine", "Si on regarde toujours le film aujourd'hui presque 30 ans après sa sortie, ce n'est pas uniquement pour entendre McClane balancer ses punchlines ("Now I have a machine gun ho-ho-ho", "Yippee-ki-yay, pauvre con !" etc.) les pieds en sang tandis qu'il dézingue les terroristes dans cette gigantesque tour de verre. C'est aussi parce qu'il reste à ce jour l'un des rares métrages du genre à proposer un vrai discours à étages."
Explorons quelques uns de ces étages qui ont fait la réussite du film:
- En premier lieu, il y a la maîtrise parfaite de l'espace-temps. L'utilisation brillante de l'unité de lieu et de temps, un rythme qui ne faiblit jamais et un suspense savamment entretenu. L'exploitation des différentes parties du bâtiment reflète l'intelligence d'un scénario dont les différents éléments s'imbriquent parfaitement et une efficacité visuelle qui permet au spectateur de capter l'essentiel.
- En deuxième lieu, il y a le héros ou plutôt l'anti-héros, un personnage vulnérable mais plein de ressources en rupture avec les montagnes de muscles invincibles qui étaient à la mode à l'époque. John McClane doit autant utiliser ses méninges que ses poings ou ses armes pour l'emporter seul contre tous tandis que son corps sans défense (il est en marcel et pieds nus) subit un vrai martyre. Il incarne le mâle américain en crise, celui dont la virilité est remise en cause par l'ambition professionnelle de sa femme Holly (Bonnie Bedelia) qui le dépasse en pouvoir et en prestige au point d'oser se faire un nom à elle. Bruce Willis est parfait dans un rôle à multiple facettes et d'autres réalisateurs sauront mettre en valeur également cette complexité que l'acteur porte en lui (comme Terry Gilliam, Robert Zemeckis, Wes Anderson...).
-John McClane est par ailleurs une sorte de Robin des bois qui défie les institutions et leurs huiles dont le film souligne à la fois l'incompétence, la brutalité de classe dominante et le cynisme. Le représentant de la police Dwayne Robinson veut écraser McClane comme une punaise et ordonne de "foncer dans le tas", le journaliste menace d'expulsion la gouvernante latino des McClane si elle ne le laisse pas entrer chez eux pour interviewer les enfants (ce qui donne des informations précieuses aux terroristes) et le représentant du FBI, Johnson menace un employé de licenciement s'il ne coupe pas le courant de l'immeuble (ce qui facilite l'accès des terroristes au coffre-fort). D'autre part en préparant l'assaut sur le toit, il se croit revenu en pleine guerre du Vietnam et ajoute "on descend les terroristes et on perd 25% des otages maximum". Mc Clane les résume tous parfaitement lorsqu'il les traite de "machos imbéciles". Quant aux terroristes, ils sont également brocardés pour leur appât du gain et leur stupide arrogance et particulièrement leur leader, Hans Gruber, campé de façon impériale par Alan Rickman. "Je suis un voleur exceptionnel et un kidnappeur à qui on parle poliment" dit-il à Holly qui a osé égratigner son orgueil en le traitant de "petit voleur" (quant au journaliste, elle lui mettra le poing dans la figure!)
- Le seul allié de McClane est un sergent noir (Reginald Veljohnson) qui le soutient psychologiquement de l'extérieur. Logiquement il se fait malmener par les représentants de la police et du FBI.
Et oui, un film d'action, ça peut aussi penser sans en avoir l'air. Et même sacrément bien! A l'image de son anti-héros va-nu-pieds que tout le monde méprise. A tort. Il y avait bien un Ghost dans la machine ho-ho-ho
"L'Odyssée de Charles Lindbergh" réalisé en 1957 est un des films invisibles de Billy Wilder. Peu connu et peu projeté depuis sa sortie, le DVD ne semble jamais avoir été édité en France (il existe cependant une version anglaise multizone avec la VF et la VOST).
La principale raison de ce désamour est le manque de personnalité du film. Impossible de voir à l'œil nu qu'il s'agit d'un Billy Wilder. Il s'agit plutôt d'un film de studio et de prestige, réalisé en Scope et en Warnercolor. Et pour cause, c'est un film de commande (je dirais même de propagande) à la gloire de l'exploit réalisé en 1927 par Charles Lindbergh lorsqu'il traversa d'une seule traite la distance séparant New-York de l'aéroport du Bourget à Paris à bord de son "Spirit of St-Louis". L'aviateur qui avait tout pouvoir sur le film et était un maniaque du contrôle avait exigé qu'il soit entièrement consacré à cet épisode héroïque si éloigné de l'esprit Wilder. Pas question d'égratigner son image immaculée auprès du public. Très ironique comme toujours, Wilder n'avait pas hésité à le taquiner à ce sujet. Un jour qu'ils effectuaient un vol agité, Wilder lui avait dit "Charles, ça serait drôle, non, si cet avion s'écrasait maintenant, vous voyez d'ici les manchettes des journaux, Lucky Lindy s'écrase avec un ami juif!" (Lindbergh était connu pour son antisémitisme et ses sympathies pro-nazies).
La Wilder's touch se réduit à la portion congrue dans le film, cependant elle existe. L'événement est traité de façon journalistique (l'ancien métier de Wilder), il nous est présenté en temps quasi réel comme une retransmission. L'accent est mis sur l'obstination du héros littéralement obsédé par cette course (et la peur de se faire doubler par ses concurrents) au point d'en perdre le sommeil et de prendre de gros risques. A l'intérieur du cockpit où est confiné Lindbergh pendant 33 heures, Wilder apporte des touches de réalisme documentaire bienvenue en plus de flashbacks rythmant la progression dramatique. On le voit lutter contre le sommeil, contre la peur, contre la solitude, contre le givre qui recouvre son appareil. James Stewart sur qui repose le film est parfait pour le rôle même s'il a 20 ans de trop. D'abord parce qu'il est un ancien pilote de guerre, ensuite parce qu'il incarne parfaitement le héros américain, patriote et valeureux homme d'action.
Grand film sur le crépuscule des idoles et des mythes fondateurs de l'Amérique, le film de John Huston constate la mort de l'âge d'or hollywoodien et du cinéma qu'il incarne. C'est pourquoi les fêlures des personnages principaux se confondent avec les acteurs qui les interprètent dans une mise en abyme saisissante. Clark Gable, qui fut le roi des séducteurs à l'écran dans les années 30 a perdu de sa superbe en vieillissant, à l'image du cow-boy désabusé et alcoolique qu'il interprète. Déjà malade au moment du tournage (on voit nettement ses mains trembler sur certaines images), il jette ses dernières forces dans le tournage du film en exigeant de réaliser lui-même ses cascades. De même, son personnage revit brièvement et intensément au contact de Roslyn, le personnage interprété par Marylin Monroe. Un personnage paradoxal, à l'image de l'actrice qui à 35 ans était déjà au bout du rouleau, usée par les médicaments et l'alcool. Roslyn est Marilyn, Huston ne laisse aucun doute à ce sujet par le truchement de célèbres photos de l'actrice qui apparaissent collées à l'intérieur d'un placard. Celle-ci, présente dans presque tous les plans, reste à l'écran cette déesse d'une beauté magnétique, incandescente, lumineuse et angélique. Elle met tant d'intensité dans ses gestes et ses paroles qu'elle irradie de son énergie vitale les hommes brisés qu'elle croise sur son chemin et qui la croient douées pour la vie. Seul Gay (Gable) voit l'envers de la médaille en lui disant qu'elle est la personne la plus triste qu'il connaisse. On la sent terriblement fragile, au bord du gouffre, prête à craquer à chaque instant. Enfin Montgomery Clift qui fut l'un des acteurs les plus prisés à la fin des années 40 et au début des années 50 est lui aussi en proie de multiples dépendances qui ont ruiné sa santé. L'accident de voiture qui a ravagé son visage a achevé de faire de lui un fantôme. Il joue le rôle de Perce, un cow-boy au comportement masochiste, voire suicidaire. Comment ne pas s'émouvoir quand Roslyn le supplie d'arrêter de se blesser?
De tels éclopés donnent vie à un film qui se situe à la frontière du western crépusculaire et du road movie. Les codes du western sont subvertis par la déchéance des héros dont l'identité et les repères sont mis à mal par le changement de société qui n'est plus celle des pionniers mais celle de l'American way of life. Tels les mustangs du film, il s'agit de perdants magnifiques condamnés à brève échéance. Aucun n'arrive à trouver sa place dans le nouveau monde, aucun n'a de foyer. Roslyn divorce au début du film, Gay est seul et n'arrive pas à renouer le contact avec ses deux enfants, Perce est orphelin de père et sa mère remariée ne lui laisse aucune place. Tous sont perdus et errent dans le désert. Gay et Roslyn essayent de fonder un foyer dans la maison inachevée de Guido (Eli Wallach) pour qui le temps s'est arrêté avec la guerre et la mort de sa femme. Mais peut-on faire pousser la vie dans un lieu aussi lourdement mortifère au milieu du désert? La chasse aux mustangs, magnifique, hatelante et terrible séquence de 30 minutes magnifiée par la photographie de Russell Metty et la mise en scène de John Huston apporte la réponse.
"Le Géant de fer" est le premier long-métrage d'animation de Brad Bird. En 1999, celui-ci ne travaillait pas encore chez Pixar mais l'intelligence du propos, les différents niveaux de lecture et le soin apporté à la réalisation annoncent "Les Indestructibles et "Ratatouille". Cependant à l'époque les studios Warner qui souhaitaient fermer leur branche animation ont sabordé la carrière du film en salles. Avant que celui-ci ne prenne une revanche éclatante et méritée en devenant un film-culte au fil des années. Le Géant de fer est d'ailleurs une des guest star les plus mises en avant dans le dernier Spielberg "Ready Player One".
La peur de la guerre atomique et par extension de l'URSS a engendré dans les années 50 une paranoIa anticommuniste qui s'est traduite entre autre par le maccarthysme et la construction d'abris antiatomiques. Sur le plan de la culture populaire, des quantités phénoménales d'oeuvres de science-fiction évoquant l'invasion d'extra-terrestres supérieurs technologiquement et hostiles à l'homme sont apparues, le plus souvent sous forme de comics ou de films de série B (voire Z). Parmi elles, citons la "Guerre des mondes" de Byron Haskin en 1953, "L'invasion des profanateurs de sépulture" de Don Siegel en 1956 qui imaginent le grand remplacement des hommes par les aliens. Ces films et comics ont été génialement parodiés dans le premier volet de "Retour vers le futur". Cependant, dès cette époque, des films à contre-courant de la pensée dominante apparaissent comme "Le jour où la Terre s'arrêta" de Robert Wise sorti en 1951 où l'extraterrestre et le robot sont porteur d'un message pacifiste.
C'est exactement à l'intersection de ces deux courants que se situe le "Géant de fer". Tout comme ses deux illustres précédesseurs, "Le Roi et l'oiseau" de Paul Grimault (1980) et "Le Château dans le ciel" d'Hayao Miyazaki (1986), il met en scène un robot géant ambivalent, à la fois arme de destruction massive et protecteur de la nature. "Le Géant de fer" évoque aussi de manière très puissante "E.T. L'extra-terrestre" de Spielberg. Celui-ci a posé un regard bienveillant sur "l'Autre" dès "Rencontre du troisième type" en 1977, établissant via François Truffaut un parallèle entre l'alien et l'enfant. L'amitié entre le Géant et Hogarth est proche de celle d'E.T. et Elliott. Ce dernier vit dans une famille monoparentale, est en mal d'affection, cherche à protéger son ami dans une grange et dans la forêt, est en lutte contre les autorités qui veulent le manipuler pour mettre la main sur l'extra-terrestre.
Mais Brad Bird approfondit plus la question du père que Spielberg. Dans le "Géant de fer", Hogarth Hughes se retrouve face à plusieurs figures paternelles. Il y a son père biologique qui est aviateur comme Howard Hughes (la proximité du patronyme n'est pas un hasard). Hogarth le considère comme un modèle car il porte souvent un casque de pilote sur la tête mais ce père est tragiquement absent. Il y a ensuite Kent Mansley l'agent du gouvernement hystérique et parano qui représente un repoussoir absolu. Sa folie autodestructrice échappant à tout contrôle n'est pas sans rappeler celle du général Jack D. Ripper dans "Docteur Folamour". Et enfin il y a Dean, un beatnik vivant en marge de la société comme sculpteur-ferrailleur et qui va s'avérer être le père idéal pour sauvegarder l'enfant et son ami géant. Le fait qu'il remplace le père disparu est suffisament subversif pour être souligné.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)