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Les Cartes vivantes

Publié le par Rosalie210

Georges Méliès (1905)

Les Cartes vivantes

Georges MÉLIÈS est en ce moment à l'honneur sur Arte dont le replay propose plusieurs de ses courts-métrages sous le thème de la fantaisie et du rêve. Et j'ajouterai, de la magie. Car "Les cartes vivantes" comme beaucoup de ses films est un numéro d'illusionnisme "boosté" par les moyens du cinéma. Georges MÉLIÈS n'est pas le père des effets spéciaux pour rien. Il a compris le premier que le cinéma permettait de transcender les limites physiques et de rendre possible l'impossible en ouvrant un espace imaginaire illimité. Il est parfaitement logique qu'il ait donc pu aller sur la lune bien avant Neil Armstrong comme un chaînon manquant entre la littérature de Jules Verne et la technologie qui a rendu cet exploit réalisable dans le réel. Cependant il n'existe encore aucun moyen de devenir invisible, de traverser les obstacles sans leur causer de dommage ou bien de transformer un objet inanimé en une personne vivante. Il s'en donne donc donc à coeur joie avec ce tour de cartes durant lequel celles-ci changent de taille, de nature en finissant même par lui jouer un bon tour! les trucages artisanaux lui permettent d'apparaître et de disparaître à volonté, d'escamoter des objets, de les transformer ou bien de se dupliquer à l'écran. L'essence même du cinéma est mise en abyme quand la reine de coeur et le roi de trèfle passent du statut d'images inanimées en deux dimensions à celui d'image animée (toujours en deux dimensions certes, époque oblige) d'une personne vivante évoluant dans un espace qui lui est en trois dimensions, préfigurant ainsi l'avenir des effets spéciaux.

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La Bête s'éveille (The Sleeping Tiger)

Publié le par Rosalie210

Joseph Losey (1954)

La Bête s'éveille (The Sleeping Tiger)

Oublions l'emballage de série B, les invraisemblances, l'identité secrète de Joseph LOSEY qui chassé des USA par le maccarthysme réalise son premier film britannique sous le nom de Victor HANBURY, "La Bête s'éveille" est un film puissant qui m'a pris aux tripes comme peu de films l'ont fait depuis bien longtemps, je ne peux que souscrire à la critique qui qualifie ce drame "d'incandescent". Et au titre en VO bien sûr, encore plus parlant qu'en VF qui est résumé ainsi dans le film "En chacun d'entre nous sommeille un tigre qui ne demande qu'à s'éveiller" (une variante bien connue est la devise de la saga Harry Potter "Ne jamais chatouiller un dragon qui dort"). En effet de quoi parle "La Bête s éveille" (1954)? De pulsions refoulées rugissant derrière les barreaux des cages sociales et morales qui ne demandent qu'à être libérées. Et quand elles le sont... et bien on oublie que le film date de 1954. Il pourrait dater de 2021, cela serait pareil. Car celui qui décide d'ouvrir la cage aux tigres est un psychiatre avant-gardiste (Alexander KNOX) qui se prend un peu pour Dieu le père ou le docteur Frankenstein. Autrement dit il pense pouvoir jouer avec le feu (la loi, l'ordre mais aussi les désirs) en gardant le contrôle de la situation, sans s'y brûler les ailes. En fait il ne se les brûle pas tant que ça (les ailes) et apparaît plus manipulateur que père bienveillant (il occupe toujours une position de supériorité agaçante genre donneur de leçons, affiche un masque de froideur distancié en toutes circonstances et observe son (ses?) sujet(s?) comme un entomologiste observerait des insectes). En revanche ce qui se passe entre le petit voyou qu'il accueille chez lui et son épouse dont la façade bourgeoise bien-pensante cache des tourments inavouables est assez dévastateur. Une scène résume bien l'ambiance, celle où Glenda (Alexis SMITH) embarque Frank (Dirk BOGARDE dont c'est la première collaboration avec le cinéaste) dont elle est passionnément éprise dans des courses-poursuites effrénées avec les forces de la loi et de l'ordre dans lesquelles elle joue non avec le feu mais avec la mort. On pense à "La Fureur de vivre" (1955) d'autant que bien qu'ayant une personnalité bien différente de James DEAN et étant plus âgé, Dirk BOGARDE donne beaucoup d'intensité à son personnage.

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Monte-Cristo: Seconde époque

Publié le par Rosalie210

Henri Fescourt (1928)

Monte-Cristo: Seconde époque

Ayant toujours été terriblement déçue par les adaptations récentes du roman d'Alexandre Dumas dans lesquelles je ne retrouve nullement la fascination qu'exerce sur moi l'oeuvre originale, je suis allé chercher du côté des versions muettes. Celle-ci, réalisée par Henri FESCOURT entre 1928 et 1929 est tout simplement excellente et je la recommande à tous ceux qui comme moi sont amoureux du roman. Comme celui-ci, on ne peut plus la lâcher une fois commencée. Superproduction de plus de trois heures trente en deux parties qui a bénéficié d'une superbe restauration après avoir été perdue pendant soixante-dix ans, elle a conservé l'état d'esprit du roman d'origine. Certes, celui-ci est élagué, des personnages et des intrigues (dont certaines que j'aime beaucoup) sont supprimés. Mais le résultat est parfaitement lisible, cohérent et a du sens. Ce qui ressort en effet, c'est le caractère de mascarade sociale du roman de Dumas que la vengeance du comte va s'employer à pulvériser. Ses ennemis sont des usurpateurs qui se sont employés à se hisser jusqu'au sommet de la hiérarchie sociale par des moyens malhonnêtes, crapuleux, criminels. Tous ont des secrets à cacher. Le comte s'invente lui aussi une identité pour entrer dans le grand monde avec un gros coup de pouce du destin mais c'est pour mieux démasquer faux comtes et faux barons. Le summum du grotesque, particulièrement bien mis en valeur dans cette version est atteint avec Benedetto, bébé abandonné puis bandit et bagnard qu'en un tournemain, le comte transforme en prince Cavalcanti pour exciter la vanité des nantis. Le contexte historique de la monarchie de Juillet est parfaitement restitué. Villefort a des airs typiques de Jean-François Bertin peint par Ingres qui symbolisait la bourgeoisie triomphante de 1830 alors que les rites sociaux comme les soirées à l'opéra, les bals mondains, les procès, les duels sans oublier l'orientalisme sont minutieusement recréés. Le caractère grandiose de ces scènes n'est pas préjudiciable à l'intrigue, au contraire, ce sont autant de scènes de théâtre dans lesquelles le regard perçant et précis du réalisateur nous amène toujours à saisir l'essentiel de ce qui se joue. D'ailleurs il a rajouté une scène qui fait penser à "Hamlet" avec une mise en abyme de la trahison de Fernand Mondego auprès du pacha de Janina sous forme de représentation théâtrale pour mieux le démasquer. La complexité du personnage d'Edmond qui passe du statut de victime à celui de vengeur se prenant pour dieu avant d'être assailli par le doute est préservée pour l'essentiel, de même que le fait qu'il tente de compenser ce qu'il détruit en protégeant ceux qu'il aime. La famille de l'armateur Morrel est ainsi mise en avant ainsi que Valentine et Haydée, les deux jeunes femmes qui incarnent l'espoir d'un avenir moins corrompu.

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Monte-Cristo: Première époque

Publié le par Rosalie210

Henri Fescourt (1928)

Monte-Cristo: Première époque

Ayant toujours été terriblement déçue par les adaptations récentes du roman d'Alexandre Dumas dans lesquelles je ne retrouve nullement la fascination qu'exerce sur moi l'oeuvre originale, je suis allé chercher du côté des versions muettes. Celle-ci, réalisée par Henri FESCOURT entre 1928 et 1929 est tout simplement excellente et je la recommande à tous ceux qui comme moi sont amoureux du roman. Comme celui-ci, on ne peut plus la lâcher une fois commencée. Superproduction de plus de trois heures trente en deux parties qui a bénéficié d'une superbe restauration après avoir été perdue pendant soixante-dix ans, elle a conservé l'état d'esprit du roman d'origine. Certes, celui-ci est élagué, des personnages et des intrigues (dont certaines que j'aime beaucoup) sont supprimés. Mais le résultat est parfaitement lisible, cohérent et a du sens. Ce qui ressort en effet, c'est le caractère de mascarade sociale du roman de Dumas que la vengeance du comte va s'employer à pulvériser. Ses ennemis sont des usurpateurs qui se sont employés à se hisser jusqu'au sommet de la hiérarchie sociale par des moyens malhonnêtes, crapuleux, criminels. Tous ont des secrets à cacher. Le comte s'invente lui aussi une identité pour entrer dans le grand monde avec un gros coup de pouce du destin mais c'est pour mieux démasquer faux comtes et faux barons. Le summum du grotesque, particulièrement bien mis en valeur dans cette version est atteint avec Benedetto, bébé abandonné puis bandit et bagnard qu'en un tournemain, le comte transforme en prince Cavalcanti pour exciter la vanité des nantis. Le contexte historique de la monarchie de Juillet est parfaitement restitué. Villefort a des airs typiques de Jean-François Bertin peint par Ingres qui symbolisait la bourgeoisie triomphante de 1830 alors que les rites sociaux comme les soirées à l'opéra, les bals mondains, les procès, les duels sans oublier l'orientalisme sont minutieusement recréés. Le caractère grandiose de ces scènes n'est pas préjudiciable à l'intrigue, au contraire, ce sont autant de scènes de théâtre dans lesquelles le regard perçant et précis du réalisateur nous amène toujours à saisir l'essentiel de ce qui se joue. D'ailleurs il a rajouté une scène qui fait penser à "Hamlet" avec une mise en abyme de la trahison de Fernand Mondego auprès du pacha de Janina sous forme de représentation théâtrale pour mieux le démasquer. La complexité du personnage d'Edmond qui passe du statut de victime à celui de vengeur se prenant pour dieu avant d'être assailli par le doute est préservée pour l'essentiel, de même que le fait qu'il tente de compenser ce qu'il détruit en protégeant ceux qu'il aime. La famille de l'armateur Morrel est ainsi mise en avant ainsi que Valentine et Haydée, les deux jeunes femmes qui incarnent l'espoir d'un avenir moins corrompu.

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Charulata

Publié le par Rosalie210

Satyajit Ray (1964)

Charulata

Romance feutrée dans une belle maison bourgeoise dont je n'ai pas oublié le couloir, orné de portes ouvertes et ouvragées, "Charulata" dépeint un triangle amoureux qui avance sans se voir et sans savoir. Une ironie suprême quand on voit combien la connaissance joue un rôle central dans leur vie. Le mari Bhupati (Shailen MUKHERJEE) tient un journal politique qui l'absorbe si complètement qu'il en délaisse sa femme et ne voit pas non plus les malversations de son beau-frère. Charulata (Madhabi MUKHERJEE) est une lectrice et une lettrée qui s'ennuie dans sa prison dorée et satisfait sans s'en rendre compte ses besoins libidineux à travers une paire de jumelles qui l'aident à observer le monde extérieur par le trou de la serrure. Et puis, il y a son jeune cousin Amal (Soumitra CHATTERJEE), féru de poésie qui vient séjourner chez eux. Bhupati y voit le moyen de combler les aspirations intellectuelles de sa femme sans comprendre que celle-ci par le truchement des jumelles peut observer sensuellement le beau jeune homme de dangereusement près. Ses émois se traduisent par les irruptions brusques du mouvement dans une vie figée. C'est donc Amal qui débarque avec le souffle du vent qui secoue la cage aux oiseaux pendue au-dessus de la coursive, c'est la scène dans laquelle il pousse la balançoire de Charulata dont on suit les balancements, hommage direct à"Une partie de campagne" (1946) de Jean RENOIR, mentor de Satyajit RAY. C'est aussi la scène dans laquelle il chante et brusquement, l'entraîne dans un mouvement de danse. C'est enfin après son départ, l'explosion de larmes de Charulata comme une digue qui cède et ouvre brusquement en grand les fenêtres, là encore sous la force du vent. A l'inverse, quand celle-ci retrouve son mari qui a fini mais un peu tard par tout comprendre, l'image se fige. Ce ne sont plus que des photogrammes privés de vie.

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La Forêt d'Emeraude (The Emerald Forest)

Publié le par Rosalie210

John Boorman (1985)

La Forêt d'Emeraude (The Emerald Forest)

"La Forêt d'Emeraude" est le premier film de John BOORMAN que j'ai vu alors que j'étais encore très jeune. Il m'a beaucoup marqué et force est de constater qu'il était avant-gardiste à une époque où les préoccupations écologistes étaient parquées dans des réserves. C'est toujours le cas d'ailleurs en dépit des apparences. Depuis près de 530 ans c'est à dire depuis que les occidentaux ont posé le pied en Amérique, ils n'ont cessé de la conquérir, de la dominer et de l'exploiter sous prétexte "d'aménagement du territoire" et autre "mise en valeur" au détriment de ses premiers habitants dont le territoire ne cesse de se rétrécir comme peau de chagrin. Avec eux, c'est la nature qui recule, cette nature dont nous dépendons nous aussi mais que notre idéologie s'acharne à nier comme elle nie tout ce qui la dépasse, y compris la nature humaine. Le géographe François Terrasson disait que notre civilisation bétonnait la nature comme elle bétonnait nos émotions. Par conséquent, elle ne peut qu'enlaidir et tuer tout ce qu'elle touche, faisant de l'homme un sinistre prédateur insatiable, compensant ses besoins primaires insatisfaits par le cercle vicieux de l'accumulation capitaliste (ce que dans un tout autre style, Hayao MIYAZAKI montre si bien dans "Le Voyage de Chihiro" (2001) avec le sans-visage). Ce n'est pas par hasard que les indiens surnomme celui des blancs "le monde mort". Il l'est effectivement. C'est parce qu'ils veulent l'arracher à la mort qu'ils enlèvent donc le petit Tommy qui s'est égaré "au bord du monde" comme ils le disent.

John BOORMAN, qui a réalisé d'autres films remarquables sur le choc des cultures ("Délivrance" (1971), "Leo the Last") (1970) réalise un film majestueux et engagé dans lequel il revisite les grands mythes américains en les déconstruisant. L'univers de la tribu dépeint comme un paradis terrestre sur le point d'être perdu m'a fait penser à "Tabou" (1929) de Friedrich Wilhelm MURNAU. L'intrigue fait penser quant à elle à celle d'un western et plus précisément à "La Prisonnière du désert" (1956). Mais les enjeux sont évidemment bien différents. Le père biologique de Tommy en veut à la tribu d'avoir enlevé son fils mais il ne manifeste jamais de racisme à leur égard et Tommy reste dans sa culture d'adoption. C'est même lui qui dans un renversement des rôles lui donne une leçon de vie. Car si Bill veut l'aider, il compte sur la technologie alors que Tommy fait quant à lui appel aux forces de la nature via le chamanisme. Avec toutes les conclusions qui s'imposent.

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La Baule-les-Pins

Publié le par Rosalie210

Diane Kurys (1990)

La Baule-les-Pins

Certes "La Baule les Pins" n'est pas un grand film. C'est une chronique familiale estivale, période de pause propice aux bilans et remises en question avant un nouveau départ. Le contexte des 30 Glorieuses voit poindre un début d'affirmation féminine, même s'il reste bien modeste et que la férule du patriarcat se fait sentir à travers le sort que Michel (Richard BERRY) réserve à la voiture que vient d'acheter sa femme Lena (Nathalie BAYE) qui souhaite divorcer ou bien le personnage de sa soeur Bella (Zabou BREITMAN) qui tricote de la layette en attendant son cinquième enfant sous les yeux d'un mari plutôt beauf, Léon (Jean Pierre BACRI). De plus, les rêves de Lena semblent bien peu émancipateurs (devenir secrétaire, prendre un nouvel amant plus jeune joué par Vincent LINDON qui d'ailleurs est à peine esquissé). Mais en dépit de ce cadre petit-bourgeois pesant qui étrique les corps aussi bien que les esprits, la sensibilité à fleur de peau de Diane KURYS touche, en particulier quand elle se place du point de vue des enfants. Frédérique et Sophie, les deux filles du couple Michel-Léna expriment leur souffrance face à leurs parents qui se déchirent, chacune à leur manière et sans que personne ne leur prête vraiment l'attention dont elles auraient besoin. Combien d'enfants se sont sentis dans ces situations impuissants et encombrants, combien se sont retrouvés otages de l'un ou l'autre de leurs parents? Le sentiment de délaissement est en particulier très présent du début à la fin du film avec une scène particulièrement touchante où en dépit de leurs suppliques, le chien qu'elles ont recueillies est de nouveau abandonné à la fin des vacances. La manière dont est filmée cette scène la rend parfaitement révoltante. Cette sensibilité à fleur de peau se retrouve également dans d'autres scènes qui voient l'un des enfants du couple Bella-Léon se faire exclure d'un prix de la plus belle construction de sable parce qu'il ne fait pas partie du club de plage. Une injustice que les enfants sauront réparer à leur façon.

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Parlez-moi de la pluie

Publié le par Rosalie210

Agnès Jaoui (2007)

Parlez-moi de la pluie

Ayant déjà écrit sur tous mes films préférés scénarisés et/ou interprétés par Jean-Pierre BACRI, je suis allée chercher dans ce qu'il restait de la filmographie de cet artiste et j'ai choisi "Parlez-moi de la pluie" (2007), réalisé par Agnès JAOUI. En dehors du "Le Goût des autres" (1999), inégal mais proposant quelques personnages et situations fortes, je ne suis pas convaincue par les films qu'elle a réalisé. "Parlez-moi de la pluie" (2007) ne fait pas exception, je le trouve académique sur la forme et faible sur le fond en ce qui concerne particulièrement l'analyse des crises de couple. Si je l'ai néanmoins revu, c'est moins pour son cadre géographique agréable (pour une fois, on sort de Paris et on s'aère un peu) que pour l'analyse ô combien juste qui est faite du racisme ordinaire. C'est même, je dois l'avouer la seule chose qui m'a marquée. Agathe et Florence Villanova (Agnès JAOUI et Pascale ARBILLOT) sont des filles de pieds-noirs rapatriés d'Algérie. Dans leurs bagages, leurs parents ont emporté leur domestique, Mimouna (Mimouna Hadji) qui perpétue un rôle devenu anachronique. Son fils, Karim (Jamel DEBBOUZE) qui tente de sortir du lumpenprolétariat en devenant cinéaste et de préserver son identité dans une société qui n'est pas faite pour lui subit la condescendance d'Agathe Villanova à qui il explique pourquoi il ne supporte pas les humiliations ordinaires que sa mère accepte sans broncher, en particulier le tutoiement. Un marqueur soulignant dans ce contexte le racisme mais aussi les inégalités sociales issues de la décolonisation. La finesse d'observation des Jabac fait ici d'autant plus mouche que tous deux sont issus de cette histoire coloniale douloureuse aux cicatrices mal refermées.

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Accident

Publié le par Rosalie210

Joseph Losey (1967)

Accident

Avoir vu quasiment à la suite "The Servant" (1962) et "Accident" (1967) tous deux fruits de la collaboration du réalisateur Joseph LOSEY du dramaturge et scénariste Harold PINTER et de l'acteur Dirk BOGARDE m'a permis d'en voir les évidentes continuités: le huis-clos, étouffant; les pulsions réprimées et "médiatisées" par le ménage à trois (voire plus, j'y reviendrai); la précision de la mise en scène qui à chaque plan nous parle par la composition de l'image; Celle de la bande-son qui exacerbe encore la tension palpable et les non-dits (pas de gouttes d'eau qui s'écoule d'un robinet comme dans "The Servant" (1962) mais des sonneries de téléphone et des tic-tac d'horloge qui soulignent la pesanteur des silences sans parler du bruit du crash que l'on entend dans un parallélisme de plan parfait au début et à la fin sans rien en voir). Pour résumer, les deux films me font penser à une étude entomologique du désir. C'est d'ailleurs aussi souvent ce qui peut gêner dans le cinéma de Losey. Un cinéma brillant mais aussi froid qu'une table de dissection fait sur-mesure pour un Alain DELON (évidemment je fais allusion à "Mr. Klein") (1976). Mais dans "Accident", c'est pour la quatrième fois Dirk BOGARDE qui prête son intériorité tourmentée et pleine de contradictions au personnage du professeur Stephen pris au piège de la toile d'araignée que tisse autour des hommes la séduisante Anna (Jacqueline SASSARD). Pour filer la métaphore du titre, cet homme rangé des voitures qui évolue dans une micro-société corsetée voit un jour l'une d'elles venir se fracasser dans son jardin. A l'intérieur, son étudiant et secrètement rival William (Michael YORK), tué sur le coup et Anna, intacte et commotionnée mais à qui il prête des intentions meurtrières. Il faut dire que jusque là, c'est Anna qui a toujours mené le bal et lui qui n'a jamais réussi à s'y insérer, observant en bouillant de frustration celle-ci se faire sauter sous son propre toit (on reconnaît bien là la perversion du ménage à trois de "The Servant") (1962) par Charley (Stanley BAKER), l'un de ses collègues nettement plus téméraire et donc plus chanceux dans la vie. Mais voilà, après l'accident, Anna est en position de faiblesse et à sa merci et le loup qui sommeille en Stephen pourrait bien se réveiller derrière son attitude de pauvre victime de l'amour.

Construit sur un flashback qui s'entremêle avec le présent, "Accident" établit également un pont, volontaire ou non avec le cinéma de Alain RESNAIS. Delphine SEYRIG, l'une des égéries des premiers films du réalisateur français illumine de sa présence le film de Losey alors que Dirk BOGARDE ira traîner ses guêtres dix ans plus tard dans "Providence" (1977).

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Pour l'exemple (King & Country)

Publié le par Rosalie210

Joseph Losey (1964)

Pour l'exemple (King & Country)

"Pour l'exemple" de Joseph LOSEY est systématiquement comparé au film de Stanley KUBRICK "Les Sentiers de la gloire (1957). Mais bien qu'abordant le même sujet (les soldats condamnés à mort et fusillés "pour l'exemple" par leur propre camp en 1917) il est dommage qu'il soit autant dans l'ombre de son illustre prédécesseur. Il est en effet bien différent. Plus froid, plus clinique avec ses nombreux passages d'arrêts sur image montrant des corps se dissolvant dans la boue, condamnés à l'anéantissement et à l'oubli. Et surtout, il est bien plus dur.

Dans le film de Stanley KUBRICK, le colonel Dax joué par Kirk DOUGLAS qui est l'avocat des soldats condamnés pour "lâcheté devant l'ennemi" ne parvient pas à sauver leur tête mais il s'en tire avec les honneurs en gardant toute son intégrité. Un réflexe très américain. Rien de tel avec le capitaine Hargreaves qui se fait l'avocat du soldat Hamp (Tom COURTENAY) accusé de désertion.

Certes, sa plaidoirie est tout aussi humaniste que celle du colonel Dax. Elle est tout aussi vouée à l'échec dans cette logique impitoyable de la guerre dans laquelle les hommes doivent tenir coûte que coûte, aucune défaillance n'étant tolérée mais tous les coups étant permis sous un vernis parfaitement légal. Légalité s'accompagnant d'ailleurs du mensonge d'Etat lorsque la missive parvenant à la famille indique que le soldat Hamp est mort au combat.

Mais en plus du verdict impitoyable, Joseph LOSEY démonte tous les mythes propagandistes autour des "héros" de guerre et autres concepts de "guerre propre". Non la guerre n'est jamais propre et l'ensemble du film nous le rappelle. Au sens propre puisque les hommes végètent du début à la fin sous une pluie battante dans la boue au milieu des rats, des cadavres et de leur propre merde (le pauvre Hamp est ravagé par la dysenterie) mais également au figuré. Il n'y a ni héros, ni méchant sur le front mais des hommes embarqués sur le même bateau qui sont là avant tout pour obéir aux ordres de supérieurs bien planqués qui consistent à assassiner leurs ennemis mais aussi parfois leurs propres camarades. Le capitaine Hargreaves ne fait pas exception à la règle. Il faut dire que celui-ci est joué -je devrais dire habité!- par l'expert en zones d'ombres et autres ambivalences humaines qu'est Dirk BOGARDE*. Son jeu exceptionnellement riche et nuancé superpose deux couches de sens qui rendent son personnage inoubliable. Hargreaves est un homme de devoir. Il s'avère donc aussi qualifié pour effectuer une plaidoirie vibrante d'humanisme en faveur du déserteur que pour l'achever. Mais il n'est pas uniquement un être de représentation ou un pantin exceptionnellement doué. Tout indique par son regard, par le ton de sa voix un être intérieurement tourmenté, tiraillé entre une éducation psychorigide et sa conscience qui vient de temps à autre le hanter. On peut aussi penser qu'à un moment donné, il a cru que son éloquence allait le tirer de cet enfer et que son réveil lorsqu'il apparaît avec les mains noires de boue -des mains sales- n'en est que plus douloureux.

* Co-scénariste et lui-même ancien soldat de l'armée britannique durant la seconde guerre mondiale.

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