Court-métrage plein de vivacité, "Lui est un fameux ténor" s'inscrit dans la plus pure tradition slapstick. Autrement dit, on s'envoie des baffes, des coups de pied aux fesses et des coups de bâton à qui mieux mieux, soit pour écarter un rival gênant soit pour décourager des prétendants indésirables. Harold Lloyd en faux professeur "Nouilles" (cela ne s'invente pas) est désopilant, notamment lorsqu'il s'avise de pousser la chansonnette par gramophone interposé ou remplit à ras bord la tasse de sa voisine de morceaux de sucre qui lui rend bien la pareille. Mais la jolie Bebe Daniels sait également y faire lorsqu'il s'agit de faire tourner en bourrique (au sens littéral) ses nombreux prétendants réduits à l'état de marionnettes grotesques.
Sans la présence de Bruce Lee, "Big Boss" ne serait qu'un (mauvais) film d'action hongkongais de série B des années 70 parmi d'autres. Série B est d'ailleurs trop gentil, on nage plutôt dans le nanar avec des invraisemblances scénaristiques grosses comme une maison, des effets spéciaux cheap (sang ketchup par exemple), des longueurs, des répétitions et un jeu d'ensemble disons approximatif pour rester poli.
Mais il y a Bruce Lee. Ce n'est pas son premier film (il jouait déjà bébé!) mais c'est celui qui a fait de lui une star. Et on comprend pourquoi. De façon assez habile, il reste sur sa réserve pendant 45 minutes (soit la moitié de la durée totale du film), observant ce qui se passe sans intervenir (sous un prétexte ridicule mais visiblement le ridicule ne fait pas peur à l'équipe du film). Mais quand il décide de lâcher ses coups, ça envoie du lourd. Impressionnant de charisme, de puissance et de précision, il abat à lui seul des dizaines d'hommes de main avant d'affronter "le big boss" dans le duel final. L'idée d'envoyer dans le décor un homme dont la silhouette se découpe dans le mur à la manière d'un cartoon a été réutilisée par Alain Chabat dans "Astérix et Obélix mission Cléopâtre", l'affrontement entre Numérobis et Amonbeaufils étant une parodie des combats de Bruce Lee.
Si le court-métrage burlesque était rentable en salle, le studio Blue Sky dont c'est la grande spécialité trônerait en haut du panthéon des studios d'animation. Mais voilà, ils font des longs-métrages et ce n'est pas leur fort. La preuve encore avec ce "Ferdinand" gnangnan, véritable enfilade de poncifs sur le thème "La violence, c'est pas bien, entre tuer et se faire manger il y a une troisième voie, l'amitié". Montagne de muscles et cœur d'artichaud, Ferdinand est surnommé le "taureau-pissenlit" parce qu'il adooooore arroser les jolies petites fleurs. Non décidément, la corrida ce n'est pas pour lui. Il s'enfuit alors qu'il n'est encore qu'un taurillon et est accueilli "comme une fleur" (bonjour la vraisemblance) dans une ferme où il devient le doudou de Nina, une petite fille-prétexte complètement inutile à l'intrigue. Mais comme en grandissant il devient quand même un peu encombrant, il finit par retourner dans son élevage de taureaux natal où ses compagnons d'infortune finissent en bifteck haché...ou pas, car Ferdinand va tous les sauver, olé! Là encore bonjour la vraisemblance mais ce qui compte c'est "qu'aucun animal n'a été blessé dans ce film" (on a eu peur!!)
Heureusement dans cette montagne de clichés, il y a quelques perles à sauver, ce sont les passages burlesques dont je parlais au début de mon avis et qui auraient pu faire d'excellents petits courts-métrages. Le corps énorme de Ferdinand est une source inépuisable de catastrophes en cascades que ce soit dans un magasin de porcelaines ou bien au beau milieu d'une fête. La réanimation du lapin rose est un gag récurrent assez désopilant. La cohabitation entre des taureaux aux caractères opposés (dont un écossais qui ne voit rien à cause de ses poils trop longs) et Lupe, une vieille chèvre hystérique est assez savoureuse. Enfin le concours de danse entre les poneys germaniques prétentieux et les taureaux est tout simplement géniale. Ajoutons que l'animation est techniquement impeccable et le design, agréable à regarder. Mais cela ne suffit pas. Car il s'agit d'un film calibré pour ratisser le plus large possible au moments des fêtes avant de finir (comme tant d'autres avant lui) aux oubliettes des produits de consommation jetables.
"Le garçon et la bête" est le dernier film en date de Mamoru Hosoda (à ne pas confondre avec "Le garçon et le monde" de Alè Abreu). En admiratrice de ce cinéaste depuis que je l'ai découvert en 2012 avec "Ame et Yuki les enfants-loups", je l'ai vu dès sa sortie au cinéma en janvier 2016 avant de le revoir en DVD.
"Le garçon et la bête" se déroule dans le quartier de Shibuya à Tokyo en proie à une grave crise de civilisation. Un monde moderne surpeuplé mais froid et déshumanisé où les passants se comportent en robots, où le seul "regard" porté sur les gens émane des caméras de surveillance et où les seuls échanges se font avec la police. La cellule familiale elle-même s'est défaite. Ren le jeune héros de 9 ans se retrouve ainsi seul à errer dans les rues. Il a perdu sa mère dans un accident. Son père dont elle avait divorcé auparavant a disparu de la circulation. Il a préféré fuir que d'être pris en charge par sa famille maternelle qui a encouragé le divorce de ses parents. Débordant de colère et de haine, il bascule dans une dimension parallèle, un autre espace-temps, laissant derrière lui une ombre dotée de trous à la place des yeux et du cœur. Plus tard, on découvre un autre enfant au destin similaire à celui de Ren. Il s'appelle Ichirohiko. Il a été abandonné bébé dans une des ruelles de Shibuya et recueilli comme Ren par une créature hybride, mi-homme, mi-bête venue du même monde parallèle, Jutengai. Jutengai qui fait penser au Japon médiéval est tout ce que l'homme moderne de Shibuya a refoulé de lui-même: son instinct, ses pulsions, ses émotions bref, tout ce qui a trait au corporel a disparu sous des couches et des couches de béton.
Ren et Ichirohiko se retrouvent ainsi dans une situation potentiellement explosive pour la construction de leur identité. Le monde où ils sont nés les a rejetés et ils grandissent dans un monde trop différent d'eux pour qu'ils puissent y trouver leur place quel que soit l'amour du parent adoptif. Mais si leurs problèmes sont identiques, leurs agissements sont différents. Hosoda montre le rôle joué par l'éducation dans la construction (ou l'autodestruction) d'un individu. C'est peut-être parce qu'elle révèle la vraie valeur d'une personne que le seigneur pousse Kumatetsu, la bête mal embouchée que personne n'aime à prendre un disciple. Bien que la relation avec Ren soit électrique, ces deux là se sont choisis en toute connaissance de cause et ils grandissent ensemble, côte à côte bien plus que dans une relation hiérarchique puis de plus en plus proches au point de fusionner, l'un se découvrant une filiation et l'autre comblant son vide affectif. Ren finit d'ailleurs par se réconcilier avec son monde d'origine en retrouvant son père biologique et en rencontrant Kaede qui lui donne accès à la culture et lui apprend à canaliser sa rage tout en lui révélant ses propres abysses tourmentées (ce qui lui vaut un accès au monde des bêtes à la fin du film). Ren trouve dans son hybridité une harmonie entre le monde du corps où il a grandi et celui de l'esprit d'où il est issu. En revanche Ichirohiko grandit sans connaître sa véritable identité car son père adoptif lui ment. Ce père adoptif est pourtant présenté comme l'antithèse de Kumatetsu, un homme-bête responsable et immensément populaire. Pourtant il accouche d'un monstre dont la rage destructrice terrifiante grossit tel un cancer jusqu'à prendre la forme de la baleine Moby Dick, ravageant tout sur son passage.
Complexe, subtil, philosophique, rempli de passages poétiques visuellement superbes, "Le garçon et la bête" est un grand film.
L'idée de ce petit film dans lequel intervient Harold Lloyd est potentiellement très drôle mais sa réalisation est poussive et brouillonne. L'hôtel pouilleux ressemble en fait à un saloon de western ce qui n'a rien de tordant. Les engins high-tech installés par Lloyd ont un potentiel comique bien plus important mais il faut attendre les toutes dernières secondes pour que la mayonnaise prenne. Et alors que l'on commence enfin à s'amuser, le film s'achève brutalement ce qui donne un sentiment global de gâchis.
James Algar, Samuel Amstrong, Ford Beebe, Norman Ferguson, Jim Handley, Thornton Hee, Wildred Jackson, Hamilton Luske, Bill Roberts, Paul Satterfield (1940)
L'œuvre-somme de Disney fut un terrible échec critique et commercial à sa sortie. Les critiques éreintèrent avec sectarisme, snobisme et mépris sa tentative aussi audacieuse qu'ambitieuse d'illustrer des morceaux de musique classique avec des courts-métrages animés. Le public fut déconcerté par l'aspect expérimental du film et le bouda. La guerre n'arrangea rien. L'œuvre de Disney était en effet bien trop avant gardiste. Elle anticipait aussi bien la génération psychédélique des années 60-70 que celle des clips MTV des années 80 qui lui firent toutes deux un triomphe.
Aujourd'hui on entend encore ici et là dire que "Fantasia" est une œuvre inégale qui vaut surtout pour ses séquences les plus figuratives (c'est à dire les plus accessibles au jeune public): "L'apprenti-sorcier" et "La danse des heures". C'est méconnaître l'unité profonde du film derrière son apparence fragmentée. Cette unité a quelque chose à voir dans le rapport étroit que la musique entretient depuis toujours avec le sacré, plus encore que toute autre forme d'art. Tous les morceaux qui composent "Fantasia" ont un lien avec la sphère divine: "Le sacre du printemps" est un récit de genèse, "La Pastorale" met en scène la mythologie gréco-romaine, "L'apprenti-sorcier" est une variation du mythe prométhéen, "La Toccata et fugue", "Une nuit sur le mont chauve" et "L'Ave Maria" de Schubert sont des jugements dernier opposant le paradis et l'enfer. Ce dernier thème apparaît aussi sous une forme profane d'opposition jour-nuit, lumière-ténèbres ou été-automne/hiver dans les deux derniers morceaux: les ballets de végétaux et de poissons de "Casse-Noisette" et ceux, parodiques, d'autruches, hippopotames, éléphants et crocodiles de "La danse des heures".
Chaque morceau est également illustré par une forme d'art picturale particulière:
- "La Toccata et fugue en ré mineur" de Bach part d'images d'ombres de l'orchestre pour évoluer vers de plus en plus d'abstraction.
- "Casse-Noisette" de Tchaïkovski est une ode à la nature proche du préraphaélisme dans les séquences de féérie (on pense aussi au "Songe d'une nuit d'été"). Les ballets orientalisants de poissons et la danse cosaque des chardons et orchidées sont eux, semi-abstraits.
-"L'Apprenti-sorcier" et "Une nuit sur le mont chauve" sont très marquées par l'expressionnisme allemand (avec une ambiance très proche du "Faust" de Murnau pour le second)
- "La Pastorale" possède une esthétique art nouveau très affirmée.
-"L'Ave Maria" s'inspire des tableaux du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich représentant des monuments religieux en ruines dans la nature mais elle me fait penser aussi à la forêt-cathédrale de Gaudi, la Sagrada Familia.
-"La danse des heures" a pour cadre un théâtre grec.
La plupart de ces séquences sont néanmoins influencées par l'art déco... et le psychédélisme. Au point qu'une qualité de champignons hallucinogènes porte aujourd'hui le nom de "Fantasia" en hommage sans doute au ballet de champignons de "Casse-Noisette".
L'effet placebo est un mécanisme psychophysiologique lié à la foi en la puissance curative d'une substance, d'un objet ou d'un lieu. En cela, il est très proche du porte-bonheur, cet objet auquel on attribue le pouvoir magique de porter chance. Le talisman comme l'amulette ou le gri-gri est une variante du porte-bonheur.
Les œuvres de fiction ont largement eu recours à ce subterfuge pour révéler les talents cachés d'un personnage peu sûr de lui. Pensons à la plume noire donnant l'assurance nécessaire à Dumbo pour voler ou la potion avalée par le lion du magicien d'Oz pour se persuader qu'il a du courage. Harold est un personnage à qui ce genre de béquille va comme un gant. Avec ce qui peut être considéré comme son premier long-métrage (à l'origine il ne devait faire que deux bobines mais il fut rallongé à cinq bobines), il campe un personnage que l'on retrouvera dans nombre de ses films ultérieurs comme "Faut pas s'en faire" ou "Ca t'la coupe": le loser qui se transforme en héros. Doté de moments comiques irrésistibles (il faut voir comment par exemple le grand-père d'Harold terrasse à lui seul pendant la guerre de Sécession quatre généraux lorsqu'il reçoit le fameux talisman!) et sans temps morts, le film fut un succès. Chaplin lui-même salua sa réussite: « C’est l’un des meilleurs scénarios que j’ai jamais vu… Ce garçon a une belle maitrise de la lumière et des formes. Ce film m’a procuré un vrai frisson artistique et m’a stimulé. » (Interview par Rob Wagner, 23 mai 1922).
Pour une fois, cette petite merveille d'animation ne vient pas de la Triade (USA, Europe ou Japon) mais d'un pays émergent, le Brésil. C'est suffisamment rare pour être souligné.
On pourrait facilement qualifier ce film d'"altermondialiste" et "d'anticapitaliste" ce qui en soi n'est guère original. En effet son cheminement nous mène par le chemin de fer de la campagne reculée jusqu'aux plantations de coton puis en ville où les tissus de coton sont fabriqués avant d'être expédiés par conteneur à l'étranger (vraisemblablement en Chine) où ils sont transformés en vêtements. Le processus s'accompagnant inévitablement de déforestations, de pollutions, de contestations sociales impitoyablement réprimées.
Oui mais voilà, à l'exception de quelques plans en prises de vue réelles (qui brisent le charme et sont donc en trop), ce n'est pas à une réalité économique et sociale objective que l'on assiste mais à sa recréation par les yeux d'un enfant. Et c'est ce qui fait toute sa beauté et tout son intérêt. L'écran devient une simple feuille de papier sur lequel le réalisateur pose une palette graphique particulièrement bariolée. Adoptant un trait simple et enfantin et des techniques variées (pastels à l'huile, crayons de couleurs, feutres hydrographiques, stylos à bille, peintures, collages) il compose des tableaux géométriques ou kaléidoscopiques éblouissants. Citons par exemple celui du générique où l'on navigue de l'infiniment petit à l'infiniment grand, de la cellule à l'univers, celui de la cueillette du coton, celui de la montée des escaliers sous les étoiles ou encore celui du chantier naval. Les travailleurs soumis et épuisés peuvent se transmuer en oiseaux de carnavals multicolores alors que les engins de chantier et militaires deviennent d'étranges animaux mécaniques. Cette palette graphique se double d'une belle palette musicale. Quant aux dialogues, ils sont absents hormis le langage incompréhensible des parents du garçon (du portugais à l'envers).
Alain Chabat a réussi à réaliser un film de noël féérique grâce à des effets visuels splendides tout en lui injectant son humour décalé, de la tendresse et une bonne dose de satire.
Son père noël vit au pôle nord dans une cabane en rondins avec la mère noël (Audrey Tautou). Il reçoit des lettres d'enfants qui lui commandent des jouets, il a une armée de lutins sous ses ordres qui les fabriquent dans une immense usine qui fait penser à la chocolaterie de Charlie et il se déplace en traîneau avec des rennes. Il n'est pas totalement coupé de la modernité (avec de multiples petits anachronismes comme le casque de réalité virtuelle testé par les lutins au milieu des jouets en bois, le bip et les phares de traîneau, la planche de surf également rétro éclairée etc.) Mais son "Santa Claus" porte un habit vert car dans la tradition païenne antique, la période de noël donnait lieu à des réjouissances célébrant le rallongement des jours et donc la venue prochaine du printemps. D'autre part il a une allure de patriarche ou de roi mage, allusion à la christianisation de la fête avec l'évêque Saint Nicolas de Myre protecteur des enfants et l'identification progressive de la fête de Saint Nicolas avec la naissance de Jésus. Ce père noël là ne connaît pas son dernier avatar civilisationnel mais il va avoir l'occasion de le rencontrer à la suite de son parachutage au cœur de Paris. Ce qui est l'occasion d'un échange drôlissime avec le père noël rouge popularisé par Coca-Cola et les grands magasins incarné par Jean-Pierre Bacri. Une vision désenchantée de noël corroborée par la coercition que subit Santa, coffré à plusieurs reprises et accusés d'être un alcoolique, un drogué et un pédophile.
L'humour ne procède pas seulement de l'inadaptation du père noël au monde qui l'entoure, il est également lié au décalage entre ce qu'il est et l'image que l'on a de lui. Ainsi il ne comprend rien aux échanges monétaires, au commerce en ligne et aux enfants ce qui ne manque pas de saveur. Mais cela ne l'empêche pas de prendre soin des enfants d'Amélie et de Thomas qui en échange s'engagent à l'aider à récolter 92 mille cachets de vitamine C pour ses lutins malades. Quant au frère de Thomas, s'il ne s'agit pas d'un personnage bien construit, il est à l'origine d'une course-poursuite aussi belle que loufoque sur un bateau-mouche.
"Peter Pan", sorti en 1953 durant le premier âge d'or des studios Disney nous raconte un moment de crise dans la famille Darling. Wendy a en effet atteint l'âge limite où elle devra quitter la nursery (le monde de l'enfance) où elle vivait en symbiose avec ses frères et sa nounou, le Saint-Bernard Nana pour intégrer sa chambre personnelle (le monde des adultes). Un passage délicat où la guettent deux périls bien réels que le film met fort bien en scène:
-Celui qui consiste à oublier son enfance et à devenir un vieux schnock aigri comme le père de Wendy, le banquier George Darling qui 11 ans plus tard aura un double en prise de vues réelles, George Banks dans Mary Poppins. Il n'est d'ailleurs pas innocent que le "schnock" du pays imaginaire, le capitaine Crochet et George Darling possèdent la même voix (en VO. En VF il faudra attendre le doublage de 1988 pour que cette particularité soit respectée). Ce sont tous deux en effet des hommes à la fois castrateurs et amputés d'une part d'eux même. George est en quelque sorte la version civilisée de Crochet, mi-bouffon, mi-assassin.
-Celui qui consiste à refuser de grandir en se réfugiant dans un monde imaginaire où il est tout-puissant. Peter, l'antagoniste de Crochet est en réalité son double. Le premier plan sur son visage est proprement luciférien (l'enfer et ses démons étant un thème récurrent chez Disney). Ensuite on découvre qu'il éprouve un plaisir sadique à pousser Crochet dans la gueule du crocodile après lui avoir offert sa main en pâture. Le symbole de la main coupée est d'ailleurs très révélateur: Peter est également un personnage castrateur. De plus, en refusant de grandir, il ne respecte pas l'ordre des générations. D'ordinaire ce sont les pères qui "coupent" leurs fils (comme dans "Star Wars"). Enfin c'est un macho mégalomane. Il possède un véritable harem: Wendy, Clochette, Lily la Tigresse, les sirènes. Il se pose en idole de la gente féminine tout en se refusant à elles et en excitant leurs rivalités. Il en fait de même avec les garçons: les enfants perdus et les frères de Wendy sont tous plus petits que lui et lui servent de faire-valoir.
Peter Pan est au final pire que Crochet. Comme ce dernier c'est un monstre mais en plus, il avance masqué dans la peau d'un héros et il n'est même pas drôle. Mais on comprend pourquoi ce personnage et son pays imaginaire (je préfère 10 000 fois son nom en VO "Neverland" à cause de sa négation même) a pu fasciner un certain Michael Jackson (on parle d'ailleurs à juste titre à son propos du "syndrome de Peter Pan")
Au final le personnage le plus touchant du film, le plus humain n'est même pas un humain: c'est Nana, le Saint-Bernard qui est exploité, maltraité et jamais remercié pour son dévouement.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)