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Les Indestructibles 2 (Incredible 2)

Publié le par Rosalie210

Brad Bird (2018)

Les Indestructibles 2 (Incredible 2)
Les Indestructibles 2 (Incredible 2)

Il a fallu 14 ans à Brad Bird pour donner une suite aux "Indestructibles" mais ça valait le coup d'attendre. Le n°2 est au moins aussi bon que le 1 voire peut-être encore meilleur, techniquement aussi bien que scénaristiquement. L'idée géniale qui rythme formidablement toute l'histoire consiste à alterner scènes d'action jouissives et comédie familiale en jouant sur plusieurs niveaux de lecture et en intervertissant les schémas sexués traditionnels. C'est Madame (Elastigirl) qui porte la culotte et assure les cascades pendant que Monsieur gère le foyer. Comparé à la crise d'adolescence de Violet, aux problèmes de maths de Flèche et au bouquet de super-pouvoirs incontrôlables du petit dernier Jack-Jack drôle et craquant (c'est LA star du film), le boulot de super-héros paraît très facile!

Comme dans le 1, on ne se divertit en effet pas idiot. Sous le vernis sixties c'est la société contemporaine qui est mise en scène. Outre le féminisme, la société du spectacle et la manipulation médiatique sont des thèmes majeurs. Winston le magnat de la com propriétaire de Devtech explique aux Indestructible comment utiliser les images pour faire changer la loi qui les maintient dans la clandestinité. Il propose de substituer à la version officielle des politiciens (qui utilisent les images de catastrophe pour faire des super-héros leurs boucs-émissaires) des images en caméra embarquée de type télé-réalité pour faire la promotion des super-héros et ainsi leur permettre de reconquérir l'opinion publique. Mais ces images sont parasitées par l'"hypnotiseur", un terroriste-hacker qui tient les super-héros pour responsables de l'infantilisation de la société. Il peut les manipuler à distance à l'aide de lunettes connectées tout en hypnotisant également les téléspectateurs avec des flashs stroboscopiques. L'addiction aux écrans nuit gravement à la santé (et à l'indépendance d'esprit)!

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Lacombe Lucien

Publié le par Rosalie210

Louis Malle (1974)

Lacombe Lucien

"Lacombe Lucien" fait partie de ces films des années 70 qui contribuèrent à réveiller la mémoire juive et la mémoire du régime de Vichy occultées par le mythe de la France résistante du général de Gaulle. Il y avait urgence. Le négationnisme prospérait sur ce silence, entretenu par les anciens collaborateurs ("A Auschwitz on a gazé que des poux" disait Louis Darquier de Pellepoix en 1978) tandis que Pompidou amnistiait le milicien Paul Touvier en 1971.

"Lacombe Lucien" fit scandale à sa sortie et aujourd'hui encore, il est entouré d'une aura sulfureuse qui entrave la vision objective du film. Dès qu'un auteur ou un réalisateur tente de comprendre la "banalité du mal", il est accusé de complaisance voire de complicité. Le réalisme et la finesse avec laquelle Louis MALLE questionne les agissements de son héros font peur car ils ouvre une brèche dans les abysses humaines que la plupart ne veulent pas voir. Ils préfèrent être rassurés par des histoires bien manichéennes dans lesquelles le bien et le mal sont clairement identifiés avec une belle catharsis où le bien l'emporte et où le mal est châtié. Or c'est cette vision simpliste qui conduit au fascisme (tant il est facile ainsi de construire un bouc-émissaire accablé de tous les maux) et non celle que dépeint Louis Malle.

Lucien (Pierre BLAISE) est un personnage qui dépasse largement le contexte historique et géographique du film. Il peut s'appliquer à nombre de jeunes paumés qui se font enrégimenter par les systèmes totalitaires d'hier (nazisme, communisme) et d'aujourd'hui (Daech). Lucien est en effet un candidat idéal:

-Il est sans éducation, par conséquent il ne comprend pas les enjeux qui le dépassent, agit et raisonne bêtement ce qui le rend très facilement manipulable.

-Il est privé de père (qui est prisonnier de guerre), sa mère couche avec le patron pour qui il est un intrus. Il n'a donc ni foyer, ni repère moral.

-Son boulot de déclassé consiste à nettoyer et vider les pots de chambre d'un hospice.

-Les humiliations et rejets cumulés font de lui une boule de frustrations et de rage prête à exploser comme on peut le constater dans son attitude envers les plus faibles que lui (il passe sa colère sur les animaux).

-Son engagement n'est pas politique mais social. Il se lie avec ceux qui lui apportent de la reconnaissance, du respect, du pouvoir, un statut, sans questionner la nature de leurs agissements ni leur nature tout court. Ce qui fait de lui un opportuniste sans scrupules, notamment lorsqu'il largue une serveuse antisémite (Cécile Ricard) pour une juive bourgeoise (Aurore CLÉMENT) qui ne l'aurait même pas regardé dans d'autres circonstances. L'erreur de l'instituteur résistant à qui il propose d'abord ses services est de l'avoir méprisé. Erreur réitérée de la part d'un autre résistant qui tente de le faire changer de bord mais en le tutoyant. Un minimum de connaissance de la nature humaine aurait pu les éclairer. Malle avait en tête un texte de Jean Genet extrait de "Pompes funèbres" décrivant une France terrifiée durant l'occupation par des gosses de 16 à 20 ans jouant au petit chef (dans la milice ou comme Lucien, dans les forces supplétives de la Gestapo). Mais ce phénomène de revanche sociale et générationnelle se retrouve tout aussi bien dans les dictatures d'extrême-gauche, sous le régime des khmers rouges par exemple, pour la plupart de jeunes paysans prenant sur revanche sur les citadins, les bourgeois, les intellectuels.

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La maison du docteur Edwardes (Spellbound)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1945)

La maison du docteur Edwardes (Spellbound)

"La maison du docteur Edwardes" est le premier thriller psychanalytique d'Alfred HITCHCOCK. Il annonce aussi bien "Psychose (1960)" (la perte d'identité, la démence) que "Pas de printemps pour Marnie (1964)" (les leitmotivs visuels du traumatisme, l'amnésie, les pulsions sexuelles refoulées). Si le scénario est la grande faiblesse de ce film en ce qu'il utilise la psychanalyse pour résoudre l'énigme sans la moindre subtilité, le brio de la mise en scène compense largement. Comme dans la plupart de ses autres films, Alfred HITCHCOCK mélange pulsions sexuelles et pulsions meurtrières pour offrir des séquences au suspense insoutenable souvent par le truchement d'un objet à fort pouvoir symbolique. L'exemple le plus évident de cette ambivalence est celui où le faux docteur Edwardes (Gregory PECK) quitte la chambre de Constance (Ingrid BERGMAN) au milieu de la nuit armé d'un rasoir ouvert tenu à hauteur du bassin. Rasoir suspendu comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête du docteur Brulov (Michael CHEKHOV) qui héberge le couple en fuite. Hitchcock joue aussi bien sur l'aspect menaçant que sur l'aspect phallique de l'objet (le fait de dormir à côté d'une femme désirable sans pouvoir la posséder peut se transmuer en pulsion meurtrière). Un second objet, le révolver, lié à un autre personnage masculin frustré, le docteur Murchinson (Leo G. CARROLL) joue exactement le même rôle. Côté féminin, la symbolique est tout aussi riche. Lors de leur première rencontre, Constance est envoûtée d'emblée par le regard du pseudo-Edwardes (éclairé d'une manière suggestive) et dessine à la fourchette sur la nappe une forme qui ressemble à un vagin. Puis lorsqu'elle décide de concrétiser son désir, elle monte un escalier vers une porte fermée sous laquelle dépasse un rai de lumière. Lorsqu'elle ira voir le docteur Murchison pour le démasquer, Alfred HITCHCOCK reprendra significativement la scène à l'identique. Enfin lorsque a lieu le premier baiser, sept portes s'ouvrent les unes derrière les autres jusqu'à libérer le septième ciel d'une blancheur éblouissante (leitmotiv qui ne trouve sa pleine signification qu'à la fin).

"La maison du docteur Edwardes" comporte enfin une séquence expérimentale tout à fait remarquable, celle du rêve dessinée par Dali. Voici ce que Alfred HITCHCOCK disait à propos de cette scène: "Quand nous sommes arrivés aux séquences de rêve, j'ai voulu absolument rompre avec la tradition des rêves de cinéma qui sont habituellement brumeux et confus, avec l'écran qui tremble, etc. J'ai demandé à David O. SELZNICK de s'assurer la collaboration de Salvador Dali. Il a accepté mais je suis convaincu qu'il a pensé que je voulais Dali à cause de la publicité que cela nous ferait. La seule raison était ma volonté d'obtenir des rêves très visuels avec des traits aigus et clairs, dans une image plus claire que celle du film justement. Je voulais Dali à cause de l'aspect aigu de son architecture - Chirico est très semblable - les longues ombres, l'infini des distances, les lignes qui convergent vers la perspective… les visages sans forme…
Naturellement, Dali a inventé des choses assez étranges qu'il n'a pas été possible de réaliser.. J'étais anxieux parce que la production ne voulait pas faire certaines dépenses. J'aurais voulu tourner les rêves de Dali en extérieurs afin que tout soit inondé de lumière et devienne terriblement aigu, mais on m'a refusé cela et j'ai du tourner en studio." Effectivement le producteur n'aimait pas cette séquence (sans doute trop avant-gardiste pour lui) et l'a faite considérablement raccourcir mais le résultat reste impressionnant, encore aujourd'hui.

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Micmacs à Tire-Larigot

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Jeunet (2009)

Micmacs à Tire-Larigot

On retrouve dans "Micmacs à tire-larigot" le savoir-faire et la personnalité de Jean-Pierre JEUNET. Néanmoins la magie n'opère pas cette-fois ci avec autant d'efficacité que dans ses précédents films. Cela tient déjà à une histoire qui privilégie la vengeance sur tout le reste. Je n'aimais déjà pas beaucoup dans "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) les passages où celle-ci se prenait pour Zorro et faisait intrusion dans l'appartement de Collignon pour lui rendre la vie impossible. Attitude puérile et moralement discutable mais qui heureusement n'était pas au centre du film, il était facile de l'oublier. Or "Micmacs à tire-larigot" repose entièrement sur ce principe ce qui ne rend pas les héros spécialement sympathiques. Ceux-ci sont d'ailleurs très mal définis, c'est une autre des faiblesses du film. Les chiffonniers rappellent moins les locataires de l'immeuble de "Delicatessen (1990)" que les troglodistes qui n'étaient pas l'aspect le plus réussi du film. Chacun d'eux se réduit à une caractéristique liée à son surnom qui n'est pas spécialement drôle, voire consternante (pauvre Yolande MOREAU réduite à faire la "tambouille" pour toute la communauté ou Marie-Julie BAUP la "calculette" humaine! Mais le pire de tous est Omar SY dans le rôle de "Remington" chargé d'aligner les maximes bateau). Leur seule fonction est d'aider (et de servir de faire-valoir) au héros. Mais Bazil (Dany BOON) se réduit à ses malheurs et à sa vengeance et c'est un personnage qui manque cruellement de poésie. Alors certes, on passe un bon moment devant les stratagèmes alambiqués échafaudés par la bande pour faire s'entretuer les deux marchands d'armes (André DUSSOLLIER et Nicolas MARIÉ transfuge de la bande à Albert DUPONTEL). Mais entre un message anti militariste d'une naïveté confondante, des personnages -ou plutôt pantins- stéréotypés et une intrigue parfois confuse, on reste un peu sur sa faim.

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Rendez-vous (The shop around the corner)

Publié le par Rosalie210

Ernst Lubitsch (1940)

Rendez-vous (The shop around the corner)


Lubitsch est surtout connu en France pour ses comédies sophistiquées et piquantes situées dans des milieux aisés, dilettantes et oisifs (comme "Haute pègre (1932)", "La Huitième femme de Barbe Bleue (1938)", "Le Ciel peut attendre (1943)", "Sérénade à trois (1933)" etc.) Mais c'est à une autre veine, plus sociale et humaniste qu'appartient "The shop around the corner" qui après une discrète sortie en 1945 fut invisible en France jusqu'en 1986 avant de connaître un triomphe lors de sa ressortie (sous son titre original) au cinéma "Action Christine" à Paris.

"The shop around the corner" (l'ayant moi-même découvert sous son titre en VO j'ai beaucoup de mal à employer le titre français "Rendez-vous") est l'adaptation d'une pièce de théâtre de Miklós László, "Parfumerie". Cette origine théâtrale est très palpable dans le film (unité de lieu, décors de cartons pâte) car c'est l'univers dont Lubitsch est issu et qu'il maîtrise sur le bout des doigts avec notamment un sens du rythme imparable et des dialogues parfaitement ciselés. Il lui rendra d'ailleurs un hommage éclatant deux ans plus tard avec l'un de ses films les plus célèbres "Jeux dangereux (1942)" qui lui aussi est plus connu sous son titre original "To be or not to be (1942)".

D'autre part le film se déroule dans un milieu beaucoup plus modeste que celui que Lubitsch a l'habitude de montrer, celui d'une boutique de maroquinerie à Budapest où cohabitent un patron dépressif et des employés précarisés par la peur du chômage et de la misère. Une misère qui n'est pas seulement matérielle mais aussi sentimentale. Lubitsch délaisse le cynisme qu'il emploie lorsqu'il dépeint la haute société pour un humanisme proche du style de Frank CAPRA. La comparaison est d'autant plus pertinente que Lubitsch emprunte pour le rôle majeur d'Alfred Krulik, James STEWART dans un rôle très proche de ceux dans lesquels il a joué pour Frank CAPRA .

La boutique de Hugo Matuschek (Frank MORGAN) où se déroule l'histoire apparaît comme un refuge. Elle abrite une petite communauté soudée et chaleureuse, capable de surmonter les épreuves grâce à l'entraide entre ses membres. Seul celui qui sème la discorde (Joseph SCHILDKRAUT) finit par être impitoyablement chassé. Epreuves externes mais surtout internes car les personnages principaux, complexes et nuancés ont une tendance autodestructrice assez affirmée. Le quiproquo qui occupe une place centrale dans le film n'est qu'un paravent comique qui dissimule la difficulté à entrer en contact et communiquer. La relation filiale entre Matuschek et Krulik ainsi que la relation amoureuse entre Krulik et Klara Novak (Margaret SULLAVAN) se construisent dans la douleur, l'humour n'étant que la politesse du désespoir.

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La Croisière du Navigator (The Navigator)

Publié le par Rosalie210

Buster Keaton et Donald Crisp (1924)

La Croisière du Navigator (The Navigator)

A l'origine du Navigator il y eut le Buford. Ce paquebot joua un sombre rôle lors de la première crise de paranoïa anticommuniste et xénophobe que traversèrent les USA en 1919. 250 étrangers furent arrêtés lors des Palmers Raids et expédiés sur le Buford jusqu'en Finlande. Le maître d'œuvre de cette opération n'était autre que John Egard Hoover le futur patron du FBI.

C'est pour un usage bien différent qu'il fut ensuite loué par Buster Keaton qui le rebaptisa le Navigator et ainsi lui redonna son "innocence". Il transforma en effet le navire en gigantesque terrain de jeu pour son nouveau film qui fut son plus grand succès avec le "Mécano de la Général" tourné deux ans plus tard.

Tout dans ce film suggère le point de vue enfantin des protagonistes. Rollo (Buster KEATON) est un jeune homme très riche dont les premières séquences nous offrent une satire de son mode de vie oisif. Comme un petit enfant, il n'a pas la moindre autonomie. Un domestique lui sert son déjeuner, un autre lui prépare ses habits et son chauffeur le conduit pour traverser la rue (c'est peut-être une coïncidence mais cette séquence fait penser à celle où dans "Toy Story 2" (1999) Al prend sa voiture pour traverser la route qui sépare son domicile de son magasin de jouets). Sa demande en mariage est puérile puisqu'il en a eu le désir en voyant un couple de mariés dans la rue (comme les enfants qui voient un beau jouet et exigent le même). Sa "fiancée" (Kathryn McGUIRE) est une fille à papa gâtée issue du même monde.

Tous deux se retrouvent (d'une manière un peu invraisemblable d'ailleurs) à bord d'un paquebot désert à la dérive. Conçu pour 500 personnes, l'échelle du navire est démesurée par rapport à eux ce qui entretient le lien avec l'enfance. Par exemple la plupart des ustensiles de cuisine sont beaucoup trop grands et ces deux enfants gâtés qui ne savent rien faire de leurs 10 doigts multiplient les bourdes (celle du café à l'eau salée rappelle un peu le thé à la craie des "Malheurs de Sophie"). Peu à peu, ils vont s'adapter à leur nouvelle vie et trouver d'ingénieuses solutions à leurs problèmes. La machinerie qui permet de faire les déjeuners est une extension de celle du court-métrage "L Épouvantail" (1920) où Buster KEATON expérimentait déjà d'ingénieux systèmes de cordes et de poulies pour faciliter la plupart des tâches ménagères de la maison. Il est probable que Robert ZEMECKIS s'en est inspiré pour les machines à petit-déjeuner de "Retour vers le futur" (1985) et Retour vers le futur III" (1990).

Et puis d'autre part, le couple habite le bateau comme s'il s'agissait d'un parc d'attractions, suscitant tantôt du plaisir et tantôt de la peur, une ambivalence typique de l'enfance. Côté plaisir il y a les courses-poursuites chrorégraphiées utilisant toutes les possibilités horizontales et verticales offertes par l'espace du bateau un peu comme une sorte de parcours aventure avant la lettre, les déguisements, les pétards, le mini-canon, le jeu de cartes et le plus spectaculaire, l'attaque des cannibales qui fait penser à un assaut de château-fort. Côté peur, le bateau prend la nuit un caractère de manoir hanté avec des fantômes invisibles qui ouvrent les portes des cabines (une illusion d'optique très réussie), font apparaître un visage grimaçant par le hublot et entendre des voix sinistres. Pas étonnant que Rollo et sa dulcinée finissent par faire leur nid dans le ventre du navire, bien à l'abri dans la salle des machines.

Il y a enfin dans ce film de très beaux moments de poésie liés à l'émotion amoureuse (le désir dont l'ombre s'affiche sur le mur, la cabine du sous-marin qui chavire à 360° lorsque ce désir se concrétise) qui rappellent que ces enfants sont aussi à la frontière de l'âge adulte et que leur périple à bord du Navigator les a aidés à grandir.

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Notre ami le rat (Your Friend the Rat)

Publié le par Rosalie210

Jim Capobianco (2007)

Notre ami le rat (Your Friend the Rat)

"Il est interdit d'interdire", tel pourrait être la devise de Pixar avec ce court-métrage où l'équipe s'autorise à casser les codes et à mélanger les genres pour un résultat enlevé, déjanté, inventif, instructif et extrêmement divertissant.

"Notre ami le rat" est conçu comme un hommage aux films pédagogiques Disney des années cinquante-soixante et plus particulièrement à un de ses principaux réalisateurs et animateurs, Ward Kimball. "Notre ami le rat" s'inspire notamment très fortement de "C'est pas drôle d'être un oiseau" couronné par l'oscar du meilleur court-métrage d'animation en 1970. Le petit oiseau rouge est remplacé dans le rôle du professeur-présentateur par Rémy et Emile qui informent le spectateur de l'utilité du rat pour l'homme. Ils déroulent notamment l'historique des interactions entre les deux espèces où l'importance des échanges internationaux a joué un rôle capital. Le rat s'avérant de plus être une espèce quasi indestructible, vouloir les supprimer revient à s'autodétruire (ce dont on commence à s'apercevoir avec d'autres espèces comme les abeilles). Si bien qu'en dépit de sa source d'inspiration issue de la période des 30 glorieuses, le film évoque au final une question d'écologie contemporaine, celle de l'interdépendance des espèces au sein de l'écosystème que l'action de l'homme menace de détruire, en partie par ignorance.

Ce va et vient entre passé et présent se retrouve dans la forme. Le film mêle avec bonheur les trois principales techniques d'animation (2D, 3D et stop motion), parfois dans la même image. S'y ajoutent même des images live en noir et blanc dans le style des films muets des années 20 et même des images de jeu vidéo des années 80.

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Rebecca

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1940)

Rebecca

"Rebecca", le premier film américain d'Alfred HITCHCOCK adapté du roman éponyme de Daphné du Maurier préfigure "Vertigo" (1958) tourné dix-huit ans plus tard. Dans les deux cas, le fantôme d'une morte quasi déifiée revient hanter les lieux vécus de son vivant et entraver le bonheur d'un couple en empêchant la rivale de prendre sa place (sauf à se confondre illusoirement avec elle). Mais la comparaison s'arrête là. "Vertigo" (1958) est une vaste manipulation psychique à plusieurs niveaux (Scottie est manipulé par la fausse Madeleine et son amant puis il manipule Judy en devenant son pygmalion et nous sommes tous manipulés par Hitchcock, le metteur en scène qui s'en donne à cœur joie). Les plus grands manipulateurs de "Rebecca" sont les normes sociales et les individus leurs victimes.

Au premier plan de ce cruel conte gothique à la fois onirique et romantique, il y a le ténébreux Maxim de Winter (Laurence OLIVIER) et la dame de compagnie (Joan FONTAINE) de l'insupportable Mrs Van Hopper (Florence BATES). Même si selon les paroles de la fée des Lilas "un prince et une bergère peuvent s'accorder quelquefois" il s'agit d'une mésalliance aussitôt condamnée par la bonne société pour qui la nouvelle épouse n'a pas l'étoffe d'une grande dame. Le château des Winter, Manderley se referme sur la jeune femme comme une prison dans laquelle la pression sociale devient insupportable. Rebecca, la première femme a ses initiales gravées partout, "occupe" toujours la plus belle chambre du château et revient sans cesse dans les conversations comme un mètre-étalon qu'il est impossible d'égaler. Face à ce fantôme envahissant, omniprésent, qui se nourrit de la dévotion féroce de la gouvernante, Mrs Danvers (Judith ANDERSON) et des silences de Maxim qui est enfermé dans son douloureux secret, la jeune mariée, privée d'identité propre (elle n'a ni nom, ni prénom à elle), naïve, maladroite et totalement ignorante des codes sociaux de l'aristocratie n'arrive pas à trouver sa place ou plutôt à occuper la place qui devrait lui revenir. Et lorsqu'elle y parvient enfin grâce à la libération de la parole de Maxim, cela a un prix, la perte de son innocence.

Mais à l'arrière-plan de ce drame, tel un écho, il s'en joue un autre qui donne toute sa profondeur tragique à ce grand film. Il s'agit de la relation impossible entre Rebecca et Mrs Danvers. Deux personnages au comportement détestable mais qui s'avèrent au final surtout autodestructeurs. Si une relation hétérosexuelle entre un homme riche et une jeune fille pauvre pouvait se concevoir (dans la lignée de "Cendrillon"), l'inverse n'a pas d'équivalent (où est le conte où une jeune fille riche épouse un jeune homme pauvre?) et si en plus on ajoute le facteur supplémentaire de l'orientation sexuelle, on rentre dans l'inconcevable. Pourtant, la visite ultra-érotisée de la chambre de Rebecca ne laisse aucun doute sur l'intensité du désir que Mrs Danvers continue de nourrir à son égard. Un désir qui finira par la consumer, littéralement. Et il apparaît d'autre part que Rebecca qui se jouait des hommes tout en étant incapable d'en aimer un seul était rongée par un cancer.

Ces deux femmes autodestructrices pèsent considérablement sur l'atmosphère de l'histoire car elle tentent d'entraîner dans leur chute Maxim et sa femme. Rebecca a manigancé son suicide de façon à compromettre son mari et à le pousser lui aussi au suicide (la première scène du film montre comment il en réchappe in-extremis). Mrs Danvers quant à elle "travaille au corps" la nouvelle Mrs de Winter pour que, condamnée à échouer dans ses tentatives d'égaler Rebecca, elle finisse par disparaître du paysage.

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Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Jeunet (2001)

Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain

"Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" me fait l'effet d'une inépuisable malle aux trésors à plusieurs entrées. Il y a l'entrée de la réminiscence proustienne par la boîte de bergamotes (et non la madeleine!) de Nancy, il y a tout à côté l'entrée sensuelle delermienne par le sac de grains, il y a l'entrée folklorique du Paris-village par la carte postale, le biais idéologique dans lequel certains s'acharnent à voir une entrée (c'est plutôt selon moi un cul-de-sac) et puis il y a l'entrée autistique par le bocal d'aquarium de Bruno Delbonnel, celle que je vais emprunter aujourd'hui pour faire mieux découvrir cet univers.

Il y a d'abord l'hypertrophie du détail. Lorsque le film commence, il se focalise sur... une mouche. Un détail dont on connaîtra tous les détails de ses derniers instants. Son espèce, ses capacités, sa dernière action, le lieu et la seconde, minute, jour, mois et année de sa mort "Le 3 septembre 1974 à 18 heures 28 minutes et 32 secondes, une mouche bleue de la famille des Calliphoridae capable de produire 14 670 battements d'ailes à la minute se posait rue saint Vincent à Montmartre." Nous sommes directement connecté à l'esprit d'Amélie Poulain (Audrey Tautou), celle qui regarde lorsqu'elle est au cinéma l'insecte qui se pose par mégarde dans un plan de "Jules et Jim" de Truffaut plutôt que les personnages qui en forment le centre.

Il y a ensuite ce défilé de personnages solitaires qui tournent en rond dans leurs (au choix) obsessions, maniaqueries, routines, rituels, ceux-ci les enfermant autant que les aidant à survivre en contenant leurs angoisses. La forme même du film épouse cette manière de vivre en établissant des listes poétiques en vers "à la Prévert" sur le mode "Il/Elle aime", "Il/Elle n'aime pas". Quelques exemples:

-Le père et la mère d'Amélie (Rufus et Lorella Cravotta) aiment nettoyer et ranger régulièrement le contenu de leur boîte à outil/sac selon un ordre bien précis.
-Une fois sa femme décédée, le père d'Amélie lui construit un mausolée qu'il entretient de façon obsessionnelle.
-Raymond Dufayel (Serge Merlin) reproduit le même tableau de Renoir depuis 20 ans.
-Nino (Matthieu Kassovitz) collectionne les photos d'identité ratées en fouillant sous les photomatons.
-Joseph (Dominique Pinon) qui passe ses journées au café à surveiller le comportement de ses ex-petites amies enregistre sur magnétophone des observations qu'il pense être des "preuves" de sa jalousie en mentionnant toujours l'heure et la minute précise (quand on évoque les obsessions autistiques de certains garçons asperger, on prend toujours l'exemple des horaires de train appris par cœur!).
-Georgette (Isabelle Nanty) est une hypocondriaque obsédée par ses maladies imaginaires.
-Amélie ramasse compulsivement des galets plats dont elle remplit ses poches pour ensuite faire des ricochets dans l'eau.

Enfin les problèmes de communication sont au coeur du film et les voies détournées pour y parvenir (les fameux "stratagèmes") un de ses principaux vecteurs poétiques et polémiques, les actions anti-Collignon (Urbain Cancelier) revêtant un aspect intrusif et harceleur peu louable (quoique ce soit aussi un moyen de le faire plonger dans la peau d'un handicapé, lui qui les méprise et les rabaisse à longueur de journée). Le téléphone par exemple est une hantise des autistes. Des téléphones dans "Amélie Poulain" il y en a plein mais ils sont détournés de leur usage habituel. Ils sonnent dans les cabines publiques, mais personne ne répond au bout du fil comme si l'interlocuteur était un fantôme (en fait il se cache et observe de loin l'effet de ses actions). Ou bien il répond brièvement et raccroche aussitôt comme s'il avait affronté une terrible épreuve. Celui d'Amélie est enfoui sous des coussins (parce qu'elle ne s'en sert jamais). Il y a aussi la hantise du contact physique. Le père d'Amélie ne la touche jamais, sauf lors des examens médicaux, Amélie met toute la distance des escaliers de Montmartre entre Nino et elle, ou bien une vitre, ou bien une porte, ou bien des affiches et photos plus ou moins savamment floutées. Lorsqu'enfin elle se laisse approcher, c'est sur le mode d'un lent apprivoisement. Sinon elle s'absente de nouveau (comme le montre la première scène de sexe du film où elle est visiblement ailleurs.) Raymond Dufayel et ses os de verre qui l'obligent à vivre en huis-clos dans un appartement molletonné est un écho d'une Amélie dont l'appartement est un cocon protégé de la lumière de l'extérieur par d'épais rideaux. La plupart des autistes, hypersensoriels, ne supportent pas les lumières vives et les bruits forts. Par contre de toutes petites sensations apparemment anodines (caresser une endive, plonger sa main dans le grain, écouter le son que produit la croûte d'une crème brûlée lorsqu'elle est cassée par la cuillère etc.) deviennent par la voie de l'amplification de grands plaisirs (ce qui rejoint l'hypertrophie du détail). Et le manège/l'attraction par son aspect circulaire est un grand moyen d'apaisement.

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Jackie Brown

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (1997)

Jackie Brown

"Jackie Brown" est considéré comme le mal-aimé de la filmographie de Tarantino. Rien n'est plus faux. Il existe des fans absolus de ce film, dont je fais partie. Ces fans là, ce sont des femmes mûrissantes qui n'aiment pas spécialement (voire pas du tout) l'univers de Tarantino mais qui sont profondément touchées par le portrait de femme d'une incroyable justesse qu'il nous donne à voir.

Si "Jackie Brown" sonne si juste, c'est parce qu'il s'appuie sur un substrat fort qui donne au film son authenticité. Le film est un hommage à la blaxploitation, un courant cinématographique américain des années soixante-dix qui mis sur le devant de la scène des acteurs et actrices d'origine afro-américaine, leur culture et leurs préoccupations (à mettre en relation avec les combats des années soixante pour les droits civiques et la révolution culturelle du "black is beautiful"). Ceux-ci étaient jusque-là cantonnés la plupart du temps à des rôles secondaires de faire-valoir dans l'industrie cinématographique WASP (white anglo-saxonne protestante) dominante.

Néanmoins ces films étaient fabriqués dans une logique communautariste (ils n'engageaient que des noirs et ne s'adressaient qu'à eux) et pour la plupart, ils relevaient de la série B ce qui au bout de quelques années épuisa le filon. Quant aux films déjà tournés, ils sombrèrent dans l'oubli. Pam Grier qui était l'une des icônes du genre eu alors beaucoup de difficultés à continuer sa carrière dans les années quatre-vingt où elle dû se contenter le plus souvent de simples apparitions.

Tarantino, fan de "Blaxploitation" a conçu "Jackie Brown" comme un hommage à Pam Grier. Et une revanche éclatante sur l'adversité. Pour lui donner le premier rôle, il a remanié le roman dont le film est adapté "Punch Créole" car l'héroïne était blanche à l'origine. Et afin de lui donner un alter ego masculin digne d'elle, il a choisi un autre acteur vétéran du cinéma bis, Robert Forster qui n'avait lui non plus, jamais accédé au vedettariat mainstream en dépit de son talent. Ce sont les moments entre eux qui font toute la force de "Jackie Brown". Ceux où ils parlent évidemment car les dialogues sont nourris par leur vécu (comment faire face au vieillissement, à la perte des illusions, comment repartir à zéro après une carrière brisée). Mais tout autant ceux où ils ne parlent pas. Car si "Jackie Brown" est si atypique dans la filmographie de Tarantino, c'est parce que les non dits, les silences l'emportent sur les bavardages. La scène où Max (Robert Forster) voit Jackie (Pam Grier) pour la première fois lorsqu'elle marche vers lui est une scène de reconnaissance où tout se joue dans le regard. La complicité est immédiate, une atmosphère intimiste magique s'installe entre eux qui imprègnera tout le film. Le rythme lent, cool, bercé de musique soul et de gros plans accentue cette sensation cosy dans laquelle le spectateur se sent bien, si bien qu'il peut y revenir, encore et encore. La comparaison, souvent faite, y compris par Tarantino avec "Rio Bravo" d'Howard Hawks est totalement justifiée. "Jackie Brown" est un film qui se donne un genre (dans lequel évoluent ironiquement les acteurs les plus connus comme Samuel L. Jackson et Robert De Niro, mis volontairement au second plan) mais où l'essentiel se joue à hauteur d'homme, au niveau des yeux et du coeur.

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