Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Cube

Publié le par Rosalie210

Vincenzo Natali (1997)

Cube

"Cube" n'est pas devenu culte par hasard, c'est une claque cinématographique. Réalisé avec trois bouts de ficelles, ce film-cerveau canadien claustrophobique et paranoïaque génial se situe entre "Alien, le huitième passager" (1979) (dont il reprend le générique avec les lettres qui apparaissent progressivement), les grands géomètres du cinéma comme Stanley KUBRICK ou Christopher NOLAN et Kafka pour l'absurdité de la situation dans laquelle sont plongés les personnages, prisonniers* sans raison apparente d'un dédale spatio-temporel en forme de Rubik's Cube géant dont ils doivent comprendre les lois pour trouver la sortie sous peine de mourir. "Cube" a quelque chose d'une parabole sur la condition humaine. Chaque personnage porte en effet en lui une partie de la clé de l'énigme du fonctionnement du cube car doté de compétences particulières** mais seule leur collaboration peut leur permettre de la résoudre en totalité. Or "Cube" analyse les effets délétères de l'enfermement comme dans les films de Roman POLANSKI ou dans les jeux de télé réalité: la promiscuité, la peur, la faim, la soif, la fatigue, le désespoir mettent à rude épreuve les personnages jusqu'à révéler les pires aspects de la nature humaine. Ce sont moins les pièges mécaniques du Cube qui tuent, aussi horribles soient-ils que la sauvagerie humaine. Un homme d'ailleurs livré à lui-même car si les personnages se posent beaucoup de questions métaphysiques dans le film (qui a créé le Cube et dans quel but ce qui se rapporte à nos questions sur l'origine de la création de l'univers), les réponses sont claires: il n'y a pas de "Grand architecte" autrement dit pas de Dieu ni même de "Big Brother" totalitaire derrière le Cube. Chacun est ainsi renvoyé à lui-même et à ses représentations, le Cube pouvant s'apparenter à une projection de l'univers mental de chacun aussi bien qu'à une métaphore de la vie sur terre. La rationalité de Leaven peut par exemple déjouer mathématiquement les pièges mortels que renferme le Cube mais pas celui que représente Quentin, flic à l'allure de leader qui s'avère être un psychopathe tueur en série car son comportement échappe à toute logique quantifiable. L'architecte parvient à trouver la sortie mais perd l'envie d'en franchir le seuil devant la perspective de "la bêtise humaine" sans limite qui se trouve derrière.

* Leurs tenues et leurs noms se réfèrent d'ailleurs à des pénitenciers: Quentin, le policier a été baptisé d'après la prison d'état San Quentin à Marin County en Californie, Holloway la femme médecin porte le nom de la prison de Holloway à Londres, Kazan l'autiste se réfère à la prison de Kazan en Russie, Rennes, l'expert en évasion provient de la prison de Rennes en France, Alderson, le premier tué porte le nom de l'Alderson Federal Prison Camp à Alderson, dans l'Etat de Virginie et enfin Leaven, l'étudiante en mathématiques et Worth, l'architecte se partagent le nom du pénitencier de Leavenworth à Leavenworth, Kansas.

** Notamment Worth, l'architecte de la coque du Cube, Leaven qui déchiffre le langage mathématique et Kazan qui selon le cliché le plus répandu concernant les asperger est capable d'effectuer des calculs mentaux complexes. C'est un cliché car il y a beaucoup d'asperger qui n'ont pas de don particulier et pour lesquels les mathématiques sont un véritable cauchemar.

Voir les commentaires

Le Monde perdu: Jurassic Park (The Lost World: Jurassic Park)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1997)

Le Monde perdu: Jurassic Park (The Lost World: Jurassic Park)

La suite de "Jurassic Park" (1993), réalisée également par Steven SPIELBERG ne bénéficie pas de la même aura que son prédécesseur. Il faut dire que celui-ci avait bénéficié d'un effet de surprise qui ne peut plus opérer. Le scénario du "Monde perdu" a donc un petit côté réchauffé et les personnages sont globalement moins travaillés. Mais il n'en reste pas moins un très bon film tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, il se distingue par des scènes d'action spectaculaires toujours aussi remarquablement mises en scène. Celle de la caravane est un morceau d'anthologie. Quant aux effets spéciaux ils sont évidemment toujours aussi intelligemment utilisés de façon à servir le récit et à nourrir l'émotion. Sur le fond, on retrouve une critique acerbe des actions inconsidérées de l'homme sur la nature pour des motifs aussi peu avouables que la cupidité et la vanité avec des références à plusieurs films des années 20 et 30. Tout d'abord "King Kong" (1932) est ouvertement cité sauf que le gorille géant est remplacé par un T.Rex qui est arraché à son île par des chasseurs à la solde du neveu de John Hammond (devenu écologiste entre temps et donc écarté des affaires ^^) théoriquement pour servir de tête de gondole à un projet de parc d'attraction à San Diego en réalité pour venir semer le bazar en pleine ville. Ensuite l'arrivée du bateau fantôme en pleine ville avec son chargement funeste a quelque chose de "Nosferatu le vampire" (1922), la touche d'ironie en plus (j'adore quand le T.Rex défonce la barrière du port indiquant que les animaux et végétaux importés sont interdits à partir de "ce point", comme si l'homme espérait ainsi empêcher la propagation d'une épidémie, une peur qui est loin d'avoir disparu comme le montre l'exemple actuel du coronavirus). Enfin le titre choisi par Steven SPIELBERG est un hommage au film éponyme de Harry O. HOYT de 1925 dans lequel évoluaient les dinosaures animés en stop motion de Willis O'Brien, également créateur de King Kong. Le plateau à l'écosystème du jurassien coupé du reste du monde imaginé par Conan Doyle est devenue une île menacée. Le fait d'avoir choisi des films de cette époque, dont un allemand n'est pas innocent. Beaucoup de critiques ont souligné à quel point Steven SPIELBERG était hanté par "La Liste de Schindler" (1993) tourné quatre ans plus tôt. De fait "Le Monde perdu" est plus sombre, plus violent et plus désenchanté que "Jurassic Park" (1993). Il illustre la tendance profondément autodestructrice de l'homme qui a le don de désirer ce qui est susceptible de lui faire le plus de mal. Le neveu de John Hammond (Arliss HOWARD) et sa quête insensée du profit, le chasseur Roland Tembo (Peter POSTLETHWAITE) obsédé par l'idée de compléter sa collection de trophées de chasse ou encore l'un de ses acolytes qui s'amuse avec un plaisir sadique à lancer des décharges électriques sur des espèces qui n'ont pourtant manifesté aucune intention agressive à son égard sont trois exemples édifiants du mal humain. Face à eux, c'est moins Ian Malcom (Jeff GOLDBLUM) qui s'impose (pour les besoins du film il est plus homme d'action que de réflexion ce que je trouve dommage) que sa petite amie, le Dr Sarah Harding (Julianne MOORE) qui est comparée à juste titre à Dian Fossey, la célèbre primatologue américaine immortalisée par Sigourney WEAVER dans "Gorilles dans la brume" (1988). Dian Fossey qui paya de sa vie son engagement en faveur des gorilles en raison des intérêts puissants qu'elle contrariait que ce soit ceux des braconniers, ceux des éleveurs ou ceux des trafiquants de bébés gorilles dont certains étaient hauts placés. On en comprend d'autant mieux le parallèle avec King Kong.

Voir les commentaires

Jurassic Park

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1993)

Jurassic Park

Jurassic Park qui à sa sortie a fait sensation notamment en raison de ses effets spéciaux révolutionnaires (et qui conservent toute leur puissance de frappe près de trois décennies plus tard) est aussi l'œuvre d'un grand réalisateur. Soit ce qui manque aux blockbusters actuels, pilotés par des producteurs qui pour maximiser leurs profits recyclent à l'infini les recettes scénaristiques du passé (et Jurassic park qui n'en finit plus d'avoir des avatars sans intérêt ne fait pas exception à la règle) relookés par de la surenchère technologique indigeste.

Jurassic Park se démarque de ceux-ci sur de nombreux points:

- Un art de la mise en scène qui intègre intelligemment les effets spéciaux à des scènes d'action et de suspense qui de ce fait sont passées à la postérité. Deux exemples: la découverte progressive du T.Rex depuis l'intérieur de la voiture et la scène de la cuisine à la fin où l'utilisation de l'espace et des éléments du décor est tout simplement magistrale! De plus, soucieux de conférer le plus grand réalisme possible à ses dinosaures, Steven SPIELBERG a choisi d'intégrer les images de synthèse à des scènes de nuit ou de pluie et a fait étroitement collaborer (et pas seulement cohabiter) les techniques animatroniques et numériques. De ce point de vue "Jurassic park" est un film se situant dans une transition technologique tout à fait passionnante. Car le résultat est bluffant alors que pourtant les dinosaures ne sont présents qu'un quart d'heure à l'écran (9 minutes pour les animatroniques et 6 pour les effets numériques).

- Des acteurs avec une vraie présence campant des personnages bien construits à partir d'une intrigue bien ficelée adaptée du roman de Michael CRICHTON. Sam NEILL et Laura DERN incarnent Alan et Ellie, un couple de paléontologues de renom brusquement confrontés à des dinosaures vivants recréés par la science. Ils sont tous deux fascinés par le fait de pouvoir regarder et toucher les créatures qu'ils n'appréhendaient jusque là qu'à l'état de squelettes. Le mathématicien Ian Malcom (Jeff GOLDBLUM), spécialiste de la théorie du chaos est quant à lui conscient des dangers que l'expérience fait courir à l'humanité et au monde et fait preuve d'esprit critique ce qui énerve le milliardaire inconscient John Hammond (Richard ATTENBOROUGH) qui est à l'origine du projet et passe son temps à répéter qu'il a "dépensé sans compter". Même les enfants ne sont pas là pour faire joli mais ont un vrai rôle à jouer, en particulier le petit Tim (Joseph MAZZELLO) dont les pulsions voyeuristes sont souvent soulignées. Les péripéties que vivent les personnages révèlent soit leur médiocrité (informaticien véreux, avocat d'affaires veule, garde-chasse trop sûr de lui) , soit au contraire leurs qualités (Allan et Ellie se révèlent être des héros qui sauvent la situation et protègent les enfants).

- Les thématiques qui traversent le film sont particulièrement riches et pertinentes. On y trouve d'une part une énième critique de l'homme démiurge/apprenti-sorcier/prométhéen (que l'on peut renommer "hommo occidentalus" ^^) qui croit pouvoir jouer impunément avec les règles de la nature en cherchant à la reconfigurer pour son bon plaisir et à la contrôler alors que bien entendu, elle lui échappe comme l'avait prévu Ian Malcom. A cela s'ajoute une critique de la société du spectacle fondée sur la consommation et le voyeurisme et de la technologie censée remédier aux failles humaines. Le "Jurassic Park" de John Hammond est conçu comme une sorte de zoo géant disneylandisé sauf que la visite (trop) guidée fait un flop retentissant car le vivant ne se plie pas aux désirs mercantiles alimentés par la "pulsion scopique". Lorsque les portes s'ouvrent et que la promenade en voiture (téléguidée) commence il n'y a littéralement rien à voir et les grillages électrifiés s'avèreront très vite dérisoires pour endiguer une sauvagerie moins animale qu'humaine. Le personnage de Dennis Nedry (Wayne KNIGHT), le programmeur du système de gestion automatisé du parc et responsable de la catastrophe est très intéressant à étudier comme un exemple éloquent de l'irrationnalité humaine. Son corps déborde de partout, son bureau en vrac est une poubelle à ciel ouvert, il est accablé par les problèmes financiers (s'il les gère comme son bureau ou son régime alimentaire, on comprend pourquoi) et déborde d'anxiété. Bref c'est l'homme idéal pour commettre une grosse bêtise. Car en coupant l'alimentation électrique pour voler des embryons, il ouvre en même temps la cage des dinosaures et signe son arrêt de mort. D'ailleurs Steven SPIELBERG punit d'une façon ou d'autre autre tous ceux qui cherchent à tirer profit du parc, même le petit Tim se prend un bon coup de jus pour son plaisir un peu trop manifeste devant le spectacle du "gore en live".

Voir les commentaires

Le Monde perdu (The Lost World)

Publié le par Rosalie210

Irwin Allen (1960)

Le Monde perdu (The Lost World)

Cette seconde adaptation du roman de Sir Conan Doyle après celle, muette, de 1925 par Harry O. HOYT est un monument de kitsch. Le film de Irwin ALLEN apparaît daté avec ses effets spéciaux ridicules (par seulement liés à l'époque mais aussi à un budget réduit à cause du tournage concomitant de "Cléopâtre") (1963) et ses personnages mal joués et stéréotypés jusqu'au bout des ongles dont les costumes, coiffures et maquillages restent impeccables jusqu'au fin fond de la jungle. Difficile de décider si la palme du ridicule va au caniche à rubans roses de Jill (elle-même vêtue de rose) ou aux pauvres reptiles que l'on a affublés de cornes ou d'autres appendices factices afin de les faire passer pour les sauriens de la préhistoire. Ils sont d'ailleurs très peu présents dans le film, on comprend pourquoi. D'autre part sa vision manichéenne des "gentils" (les occidentaux) et des "méchants" (les indigènes et deux membres du groupe vils et cupides qui sont comme par hasard latino et qui sont purement et simplement éliminés) n'est certainement pas sauvée par le personnage d'une sauvageonne au brushing et au bronzage californiens et dont le costume rappelle celui de l'épouse de la famille Pierrafeu, la série de William HANNA et Joseph BARBERA. D'ailleurs le parallèle est d'autant plus pertinent que les deux oeuvres sont contemporaines avec une toile de fond préhistorique qui sert de prétexte à mettre en scène l'american way of life des années 1960. Lequel consiste entre autre dans le film pour Jill à se faire épouser par un Lord (diamonds are girl's best friends, tout en rose ^^) chasseur de fauves et explorateur face auquel le journaliste (un parvenu nommé Ed Malone) n'a aucune chance. Bref s'il y a un certain savoir faire dans la réalisation et la photographie, ce film parfaitement dispensable est une série B qui a mal vieilli et qui ne peut plaire aujourd'hui soit qu'à ceux qui cherchent de l'imagerie naïve et colorée, soit aux amateurs de comique involontaire.

Voir les commentaires

Le goût des merveilles

Publié le par Rosalie210

Eric Besnard (2015)

Le goût des merveilles

Peu de films de fiction français traitent du syndrome d'Asperger même si cela est en train d'évoluer en lien avec la prise de conscience progressive du retard considérable pris par notre pays dans la connaissance et la prise en charge adéquate des troubles autistiques. Retard encore très loin d'être comblé si l'on en juge par la critique du film de Benoît Sotinel dans le Monde qui qualifie l'Asperger "d'importation américaine" (expression révélatrice d'un chauvinisme bas du front) ou les ravages de la lecture psychologique de l'autisme qui l'attribue à la maltraitance parentale et entraîne des placements forcés en institution traumatisants, excluants et débilitants. Quand les personnes atteintes de ces troubles ne sont pas internées, elles sont néanmoins la plupart du temps exclues de la société (80% des enfants autistes ne sont pas scolarisés, l'accès à l'emploi s'avère également d'autant plus compliqué que les adultes autistes sont sous-diagnostiqués etc.) Enfin le mot autiste est lui-même utilisé de façon stigmatisante en France.

Ce préambule me semble nécessaire pour comprendre le décalage entre la réalité et le film, une comédie romantique dans laquelle (presque) tout le monde est particulièrement bienveillant envers Pierre (Benjamin LAVERNHE), où ses qualités sont exacerbées (d'autant qu'il fait partie des autistes de haut niveau ayant des capacités hors-normes en mathématiques et informatique ce qui facilite son acceptation alors que c'est loin d'être le cas chez tous les autistes*) et où son inclusion dans la société des neurotypiques semble (presque) ne poser aucun problème. Certes il y a en toile de fond la menace de son internement mais jamais celui-ci n'est envisagé de façon sérieuse. Bref si l'on accepte cette dimension de conte de fée un peu à la "Chouchou" (2003) (en moins caricatural tout de même), le film vaut d'être vu car il est bien documenté sur le syndrome d'Asperger** et surtout il nous le fait ressentir en nous faisant entrer dans le monde de Pierre. Un monde où comme dans "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) l'hypersensorialité du personnage donne une dimension extraordinaire aux petits plaisirs de la vie (comme de caresser des textures ou d'observer la forme des nuages, les variations de la lumière ou les boutons de fleur) mais sans masquer pour autant ce que cette hypersensorialité a de problématique lorsque l'environnement devient agressif (comme dans "Love and Mercy" (2014), des scènes montrent le personnage faisant une crise de panique à la suite d'une exposition à des bruits ou des lumières trop fortes et il n'aime également pas être touché). On s'amuse aussi des stratégies utilisées par Pierre pour entrer en contact en évitant de recourir au téléphone ou se faire ramener chez lui sans avoir à prendre de taxi. Tout ce qui tourne autour de lui a beau être assez convenu (à commencer par le personnage joué par Virginie EFIRA) et son personnage, pas exempt de clichés, la délicatesse du film et sa beauté formelle le font in fine sortir des sentiers battus.

* Le fait de prendre pour sujet les autistes de haut niveau (sans déficience intellectuelle ni retard de langage) s'explique aussi par le fait que ce sont ceux qui peuvent le mieux témoigner de leur condition, ayant les outils pour le faire.

** Benjamin Lavernhe s'est appuyé sur les livres de deux autistes asperger célèbres: Temple Grandin et Joseph Shovanec mais aussi et ce que déplore Hugo Horiot (lui aussi asperger) dans le plus du "Nouvel Observateur" daté du 22 décembre 2015, sur ceux d'une psychanalyse, Chantal Lheureux-Davidse placée sur la liste noire des formations sur l'autisme. Preuve qu'il y a encore du chemin à faire.

Voir les commentaires

La Liste de Schindler (Schindler's List)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1993)

La Liste de Schindler (Schindler's List)

C'est lors de mon séjour à Cracovie en 2015 que j'ai pris toute la mesure de l'importance du film de Steven SPIELBERG. En effet la visite de l'ancien quartier juif de Kazimierz où a été tourné en partie "La liste de Schindler" a été l'occasion de rappeler le travail de mémoire effectué par Steven SPIELBERG car en 1993, la Pologne post-communiste avait oublié sa part d'identité juive, détruite par la Shoah puis dont la mémoire avait été occultée sous l'ère du bloc soviétique. Le quartier était à l'abandon et a été réhabilité pour les besoins du film même s'il n'a pas retrouvé sa vie d'avant (il ressemble plus à un décor pour touristes et à un mémorial avec ses synagogues et son cimetière qu'à un lieu de vie car officiellement il n'y a plus que quelques centaines de juifs à Cracovie). Avant la guerre, Kazimierz (du nom du roi de Pologne Casimir III qui avait accueilli les juifs en Pologne au XIV° siècle) regroupait la majeure partie des juifs de Cracovie qui représentaient environ 1/4 de sa population. Les nazis les forcèrent à se regrouper dans un minuscule ghetto de l'autre côté de la Vistule (le pont qui relie les deux parties de la ville est montré dans le film) dont il ne reste plus aujourd'hui que des pans de mur ainsi qu'une place devenue mémorial de la saignée démographique opérée par la Shoah (elle se nomme "place des chaises vides" avec 65 chaises en bronze en mémoire des disparus. Pour mémoire, c'est depuis cette place que Roman POLANSKI a réussi à s'échapper du ghetto). Cette place est bordée par une pharmacie goy qui joua un rôle important auprès des juifs du ghetto ce que Steven SPIELBERG montre dans une scène très forte où lors de la liquidation du ghetto le personnel infirmier fait mourir dignement les patients avant que les nazis ne viennent les massacrer. La ferveur de notre guide polonaise (dont on appris au courant du séjour qu'elle avait des origines juives cachées) vis à vis du film de Spielberg était telle que la visite de Cracovie a fini par se confondre avec celle des lieux de tournage de "La liste de Schindler" avec un passage par la colline depuis laquelle Oskar Schindler (Liam NEESON) observe la liquidation du ghetto et une vue rapide sur les locaux de son usine.

En plus de son importance capitale pour la résurgence de la mémoire juive à Cracovie (et non juive d'ailleurs, les acteurs allemands qui jouent les SS ont pu également à l'occasion du tournage régler leurs comptes avec le passé de leur famille), "La liste de Schindler" est l'un des meilleurs films de fiction (bien que basé sur des faits réels) qui existe sur la Shoah. Les critiques de Claude LANZMANN sur le fait qu'en se concentrant sur l'infime minorité des juifs qui ont été sauvés par des Justes, le film ne parlerait pas de ce qu'a été la Shoah sont démenties par des images qui comme dans "Shoah" (1985) ou dans "Le Pianiste" (2002) soulignent le vide créé par l'extermination nazie. Ce sont ces plans sur des rues désertes jonchées de valises abandonnées et de toutes sortes d'objets jetés par les nazis à la suite du pillage et du saccage des appartements du ghetto. Ce sont les piles d'objets volés dans les valises et les photos qui servent aujourd'hui de marqueurs mémoriels à Auschwitz et à Birkenau. Ce sont aussi ces images du descellement des pierres tombales pavant l'allée de l'entrée du camp de Plaszow où furent déportés les survivants sous la direction du terrifiant Amon Göth (Ralph FIENNES, remarquable) dont Steven SPIELBERG montre avec compassion (mais sans aucune complaisance) l'étendue de la folie et de la déchéance. Enfin lorsque les femmes de la "liste de Schindler" échappent à une mort programmée (et il ne faut pas prendre l'eau sortant des douches au sens littéral mais comme une métaphore de la vie que Schindler parvient à leur conserver tout comme la petite fille au manteau rouge est le symbole du peuple juif martyrisé), le réalisateur nous montre bien la file interminable de ceux qui n'ont pas eu leur chance et s'enfoncent dans les ténèbres du crématorium filmé comme un moloch avalant ses proies et les recrachant sous forme de fumée par la cheminée.

Enfin, "La liste de Schindler" pose la question de ce signifie être un Mensch (un être vraiment humain dans la culture juive), la même question que se posait Billy WILDER dans le contexte du capitalisme sauvage de "La Garçonnière" (1960). Dans les deux films, les personnages ne sont pas au départ ce que l'on peut appeler des hommes de bien, ce sont des hommes de compromissions, des opportunistes qui ont choisi la facilité par lâcheté, appât du gain ou fascination pour les cercles de pouvoir mais ils apprennent à le devenir au terme d'une prise de conscience qui les élève au-dessus de la fange dans laquelle ils sont plongés avec l'aide d'un "maïeuticien" de l'âme (Stern, alias Ben KINGSLEY pour Schindler et le docteur Dreyfuss pour Baxter). Significativement, Billy WILDER avait d'ailleurs contacté Steven SPIELBERG car bien qu'ayant pris sa retraite depuis une dizaine d'années il souhaitait réaliser le film (pour mémoire, sa mère était morte à Auschwitz). Mais le tournage était sur le point de commencer alors à titre de consolation, il a été le premier à qui Steven SPIELBERG a projeté le film terminé.

Voir les commentaires

Top of the Lake: China Girl

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2017)

Top of the Lake: China Girl

Quatre ans après la première saison de "Top of the Lake" (2013), Jane CAMPION scénarise et réalise une suite tout aussi prenante mais néanmoins bien plus inégale (les avis ont d'ailleurs été mitigés lors de la première diffusion). C'est en partie lié au choix de situer l'intrigue à Sydney alors que les œuvres les plus puissantes de Jane CAMPION sont en relation étroite avec la nature sauvage (ce qui est le cas de la première saison de "Top of the Lake"). Le choix d'un environnement urbain n'est pas follement original pour un thriller et on ressent moins la claustrophobie propre à la première saison, sauf lors d'une séquence mémorable dans une plage bondée lors du dernier épisode. L'autre reproche que l'on peut faire à cette deuxième saison est son aspect "too much". Trop de pistes, trop de personnages, trop de rebondissements et de coïncidences rocambolesques finissent par nuire à la lisibilité et la cohérence de l'ensemble. Comme il faut recréer une unité de lieu pour que l'intrigue fonctionne, Sydney étant une trop grande ville, tous les personnages sont condamnés à graviter autour du Silk 41, une maison close employant des jeunes filles asiatiques qui fait aussi office d'agence de location de ventres pour couples inféconds. Comme par hasard, la coéquipière de Robin Griffith a fait appel à une mère porteuse dans cette agence, comme par hasard le cadavre sur lequel Robin enquête est celui d'une jeune femme qui travaillait dans cette agence, comme par hasard sa fille Mary sort avec un type louche qui vit juste au-dessus de l'agence et veut l'y faire travailler. Bref les ficelles sont très grosses et ce n'est pas la prise d'otages du dernier épisode par un geek énervé (où? Au Silk 41 bien sûr, chacun sait que le tout Sydney fréquente les pseudos salons de massages thaï ^^) qui arrange les choses. Si on rajoute qu'à une exception près tous les personnages masculins sont particulièrement négatifs et que les femmes ont en gros le choix soit d'être bafouées (il faut voir le nombre d'agressions physiques que subit Robin Griffith dans cette saison!) soit de rejeter les hommes (ce que fait le personnage interprété par Nicole KIDMAN que je trouve complètement raté tant il est caricatural tant sur le plan du féminisme que de la maternité d'ailleurs), on ne peut pas dire que cette saison brille par sa subtilité. Reste un excellent casting et quelques personnages vraiment attachants. Robin bien sûr dont la relation avec sa fille Mary (remarquablement jouée par la propre fille de Jane CAMPION, Alice ENGLERT) constitue l'intérêt majeur de cette saison. Mais aussi Pyke (Ewen LESLIE) le père adoptif de Mary, personnage masculin en rupture complète avec les brutes épaisses, les psychopathes ou les pervers narcissiques dépeints par ailleurs. Enfin la coéquipière de Robin, Miranda (Gwendoline CHRISTIE) est également un personnage intéressant par sa personnalité et son physique hors normes. Hélas il n'est pas assez creusé et sa fin est bâclée.

Voir les commentaires

Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme

Publié le par Rosalie210

Sophie Robert (2011)

Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme

Il ne fait pas bon de naître avec un trouble du spectre autistique en France. Pour les parents et leurs enfants, c'est la double peine: diagnostics tardifs ou erronés, exclusion scolaire et sociale, prise en charge contre-productive à base de culpabilisation des parents, de traitements médicamenteux abrutissants et d'enfermement psychiatrique, mise à l'écart des parents à qui on retire leurs enfants à la moindre contestation dessinent les contours d'un pays intolérant et maltraitant, condamné par l'ONU et cinq fois par le Conseil de l'Europe pour ses graves manquements. Le quatrième plan autisme d'Emmanuel Macron est à lui seul un aveu de l'échec de tous ceux qui ont précédé. Avec son documentaire choc qui a lancé un si gros pavé dans la mare qu'il a été censuré pendant deux ans avant d'être réhabilité par la cour d'appel de Douai en janvier 2014, Sophie Robert explique les raisons de ce scandale spécifiquement français. En effet elle y dénonce l'emprise de la psychanalyse (qu'elle soit d'obédience freudienne ou lacanienne) sur la psychiatrie mais aussi le médico-social et la justice alors même que cette discipline s'est avérée incapable d'aider efficacement les autistes. Alors que quasiment partout ailleurs dans le monde elle a été abandonnée au profit de thérapies cognitives et comportementales qui ont démontré leur efficacité dans la diminution des troubles autistiques, en France, elle a conservé toute son influence pour le plus grand malheur des autistes et de leurs familles.

Non seulement la psychanalyse s'avère inefficace dans le traitement de l'autisme mais (et c'est cela qui a fait grincer les dents), la réalisatrice révèle certains des postulats idéologiques patriarcaux, sexistes et phallocrates qui la sous-tendent. Elle n'est pas la première à le faire. Alice Miller par exemple avait dénoncé les raisonnements de Freud qui projetait sur l'enfant les pulsions sexuelles et mortifères des adultes dans son complexe d'Œdipe. Outre cette érotisation qui déplace la culpabilité sur l'enfant (dans le complexe d'Œdipe, c'est lui qui désire l'adulte et cherche à le séduire), la démonisation des femmes y atteint un degré délirant, celles-ci étant accusées par leurs mauvais comportements d'être à l'origine de l'autisme de leurs enfants. De façon implacable, Sophie Robert traduit le jargon fumeux de ses interlocuteurs psychanalystes pour les placer face à leurs préjugés et leurs contradictions. Ainsi selon eux, une mère ne doit être ni trop froide (sinon c'est la mère-frigo de Bettelheim soi-disant responsable de l'autisme) ni trop chaude (sinon c'est l'inceste, uniquement envisagé envers son fils, les filles n'étant pas prises en considération et l'inceste père-fille, minimisé), elle doit être "suffisamment bonne" (dixit Winnicott). Ce que recouvre le mot "suffisamment" laisse perplexe étant donné la vision tordue que ces "professionnels" ont de l'amour maternel, transformé en désir érotique voire en désir de dévoration (c'est la "mère-crocodile" de Lacan contre laquelle il faut se défendre de peur d'être absorbé par elle. Pas étonnant qu'il ait fait une fixette sur l'origine du monde). Quant au père, il est lui aussi mis en accusation s'il n'a pas joué "suffisamment" son rôle symbolique qui est de séparer l'enfant de la mère. La distinction binaire entre la mère "nature" (forcément mauvaise) et le père porteur de "culture" est une véritable justification idéologique à la domination du pater familias sur la mère et au-delà sur la nature avec les dégâts que l'on sait.

Voir les commentaires

Mary et Max (Mary and Max)

Publié le par Rosalie210

Adam Elliot (2008)

Mary et Max (Mary and Max)

"Mary et Max" est un film d'animation en stop motion complètement atypique qui nous plonge au cœur d'une relation épistolaire sur une vingtaine d'années entre deux êtres très éloignés sur le plan générationnel, géographique et culturel mais très proches par leur sentiment de solitude et de différence. Comme le dit joliment Max, Mary et lui doivent emprunter par rapport aux êtres humains lambdas des chemins particulièrement tortueux, plein d'obstacles et de fissures. Car si la réalité dépeinte dans le film est très sombre, l'écriture est une bouée de sauvetage qui apporte de la poésie et de la joie. Le monde noir et blanc de Max se colore et celui, maronnasse de Mary s'adoucit. Et ce même si leur relation n'échappe pas aux malentendus et autres interruptions dues aux vicissitudes de la vie. Mary est une petite fille (puis jeune fille, puis jeune femme) très complexée par son physique ingrat, négligée par des parents indisponibles et qui de ce fait manque cruellement de confiance en elle. Cette fragilité foncière la fait plonger en dépression à chaque désillusion de la vie. Max est quant à lui un homme d'une quarantaine d'années d'origine juive qui souffre d'hyperphagie, de solitude (il n'a que des objets, des animaux et un ami imaginaire pour compagnie) et d'une inadaptation globale au monde qui l'entoure qu'il trouve chaotique et confus. Bien avant qu'il soit diagnostiqué asperger (vers le milieu du film), on reconnaît les divers symptômes de ce trouble du développement: une intolérance aux bruits, aux lumières et aux odeurs trop fortes, une difficulté à communiquer liée à l'incapacité à exprimer les émotions, l'incompréhension du langage non verbal et une compréhension uniquement littérale du langage verbal (on le voit emporter une chaise après que la secrétaire du dentiste lui ait signifié qu'il pouvait "prendre ce siège"), des crises d'angoisse face aux imprévus ou à des demandes trop intrusives pouvant aller jusqu'à faire disjoncter le cerveau, le rêve d'aller sur la lune ou sur une île pour être au calme, les balancements et les manies (collections, routines, détails chiffrés) pour s'apaiser. La connaissance de cet handicap est remarquable, de même que les souffrances liées à des traitements inadaptés. Considéré au mieux comme bizarre, au pire comme débile, Max est plusieurs fois interné en psychiatrie, mis sous camisole chimique ou soumis à des électrochocs, envoyé en analyse. Bref il est considéré comme un cas à soigner, à rééduquer alors que le film montre de toute évidence l'échec complet de toutes ces tentatives de manipulation sur lui.

"Mary et Max" est un film très âpre et en même temps très poétique parce que rien n'est montré de façon niaise ou larmoyante mais par le prisme d'une interprétation décalée par la naïveté de l'enfance pour l'une et par l'étrangeté du fonctionnement psychique de l'autre. La mère alcoolique "teste le sherry", la tache de vin sur le front est le signe que Mary sera la reine du chocolat dans le ciel et le hot-dog au chocolat est la recette préférée de Max. Mary et lui s'échangent tout au long de leur relation (jamais directe et pour cause, même si l'un n'habitait pas New-York et l'autre, l'Australie, il y aurait toujours un mur de verre entre eux) cette substance aussi revigorante que réconfortante.

Voir les commentaires

Top of the Lake

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2013)

Top of the Lake

"Top of the lake" est une mini-série réalisée par Jane CAMPION d'une grande richesse thématique et formelle. Construit sur des dichotomies telles que le ciel et l'enfer, la nature et la culture ou encore les hommes et les femmes, l'histoire brouille cependant les pistes et joue beaucoup sur les apparences trompeuses. En dépit de son décor naturel majestueux, le site de Lake Top est un cul-de-sac, un lieu clos dans lequel on étouffe. Nombre de maisons abritent d'hideux secrets dans leurs sous-sols (du genre de celui de l'affaire Fritzl qui avait inspiré le roman "Claustria" à Régis Jauffret). Le patriarcat y règne en maître ainsi que la culture du viol dont les femmes et les enfants sont les principales victimes. "Top of the lake" a d'ailleurs été comparé à "Le Ruban blanc (2009) qui montre comment à l'intérieur d'une communauté la violence se transmet de génération en génération en écrasant les plus faibles.

Cependant, si tout le monde est trempé jusqu'au cou dans la violence machiste (le langage des femmes comme celui des hommes est celui des armes et fait des dégâts irréparables) "Top of the lake" raconte comment celles-ci réussissent à réinvestir le champ occupé par les hommes avec la nature pour alliée. De manière très symbolique, l'une des premières scènes de la mini-série voit l'un des caïds du bled, Matt Mitcham (Peter MULLAN) tenter sans succès de chasser le groupe de femmes qui s'est installé sur son ancienne propriété ironiquement appelée "Paradise". Plus tard il tentera par la ruse puis la force de leur reprendre ce qu'il considère comme son bien. De façon tout à fait symbolique, ces femmes d'âge mûr rejetées par les hommes (selon un schéma tout à fait classique) se sont regroupées autour de GJ, une sorte de gourou new-âge aux réparties cinglantes, interprétée par une Holly HUNTER qui s'est fait la tête de Jane CAMPION! Mais le combat entre hommes machistes et leurs victimes prend des formes multiples. Comme dans "Le Silence des agneaux" (1991) de Jonathan DEMME, Robin, une femme-flic déterminée mais vulnérable (Elisabeth MOSS) doit composer avec une hiérarchie masculine plus que trouble à son égard et descendre au plus profond de ses traumatismes passés pour parvenir à résoudre l'énigme de la disparition d'une fillette enceinte à laquelle elle s'identifie profondément. La manière désinvolte dont est traité le dossier de Tui (qui en plus d'être une fille très jeune est par sa mère d'origine thaïlandaise) est tout à fait édifiante, de même que les méthodes brutales du supérieur de Robin, Al Parker (David WENHAM) pour faire parler les jeunes délinquants qu'il arrête. Sans parler de la façon dont il les exploite sous couvert de les réinsérer. Derrière son apparence respectable et ses manières protectrices, il pourrait s'avérer être un prédateur bien plus redoutable que le parrain de la drogue Matt Mitcham.

Voir les commentaires