Police Python 357
Alain Corneau (1976)
OK, le deuxième film de Alain CORNEAU n'est pas un modèle de réalisme documentaire. Pour savoir comment fonctionne réellement la police, on peut regarder plein d'autres films. C'est à un autre niveau que se situe "Police Python 357".
En effet si l'on veut absolument trouver du documentaire dans le film, il faut le chercher dans le milieu vicié de la grande bourgeoisie qui est dépeint. L'atmosphère n'est pas très éloignée de l'univers de "Juste avant la nuit" (1970) Claude CHABROL avec d'ailleurs également Francois PERIER dans le rôle du cocu ainsi que celle de "La Femme infidele" (1968) à laquelle la scène du meurtre et de ses suites (l'effacement des traces) m'a fait beaucoup penser. Mais l'étude de moeurs dépasse bien évidemment le seul cadre cinématographique. C'est toute une époque où le patriarcat, le secret et le mensonge régnaient en maître qui est dépeinte et cela déborde bien évidemment du strict cadre cinématographique. Thérèse, le personnage joué par Simone SIGNORET en particulier qui non seulement accepte mais couvre les infidélités de son mari, le commissaire Ganay (Francois PERIER) avec un apparent cynisme et un profond désespoir a quelque chose de si évidemment autobiographique, de si déchirant que ça m'a transpercé. Et ce, avec d'infimes détails parfois comme le bruit du fermoir en acier de son sac à main qu'elle rabat d'un coup sec qui anticipe celui du révolver qu'elle a mis dedans.
Dans le film, les objets en disent beaucoup sur leurs maîtres. Le générique s'ouvre d'ailleurs sur une étonnante analogie entre la popote que se prépare l'inspecteur Marc Ferrot (Yves MONTAND) et la préparation minutieuse et maniaque de ses munitions et de son arme (qui donne son titre au film). Marc Ferrot n'est ni plus ni moins qu'un cowboy solitaire perdu dans une ville des années 70 qui utilise son arme comme dans un western. La fusillade à la fin du film de ce point de vue est spectaculaire même si le parking de centre commercial a remplacé le désert.
Mais Marc a un autre objet fétiche qui peut tout autant se rattacher au western: une montre à gousset contenant la photo du visage de l'être aimé et sacrifié. C'était ce même objet qui scandait la vengeance du personnage de Lee VAN CLEEF dans "...Et pour quelques dollars de plus" (1965) de Sergio LEONE. Dans le film de Alain CORNEAU, c'est la seule trace d'humanité de Marc Ferrot dont les agissements pour effacer les preuves de sa liaison avec Sylvia (Stefania SANDRELLI) sont par ailleurs d'une telle froideur clinique qu'ils se confondent avec celui de son véritable meurtrier. D'ailleurs, même si c'est en état de légitime défense ou dans le cadre d'un suicide assisté, Marc Ferrot tue et il tue avec une précision chirurgicale qui fait froid dans le dos. Un professionel qui ne recule devant rien, même de dévaster (de profaner!) l'appartement de Sylvia pour recueillir les moindres indices, même de se jeter du vitriol au visage pour ne pas être reconnu par les témoins. Et pourtant c'est bien cette montre à gousset qui permettra à Ménard (Mathieu CARRIERE) de le confondre. Mais Ferrot lui a sauvé la vie alors Ménard choisit de se taire. Le western sauvage et son code d'honneur d'homme à homme prime sur l'Etat moderne, bourgeois et corrompu.
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