Outrage
Ida Lupino (1950)
Lorsque Arte a proposé un cycle consacré à Ida LUPINO en 2023 qui me l'a fait découvrir, il manquait hélas plusieurs de ses films dont "Outrage" (1950). La Cinémathèque de Paris a également programmé une rétrospective consacrée à la réalisatrice américaine qui montrait tous ses films mais dans la deuxième quinzaine de juillet 2025 alors que comme beaucoup, j'étais partie en vacances. Reste le site "Internet Archives movies" qui a mis en ligne gratuitement de très nombreux classiques mais sans sous-titrage ou avec des sous-titrages en langue étrangère. Autrement dit, pour profiter de leur catalogue, il faut maîtriser un minimum l'anglais.
"Outrage" est connu pour son sujet avant-gardiste en 1950: la description des conséquences traumatiques d'un viol. Le mot n'est pas prononcé frontalement car prohibé par le code Hays mais finalement, ce non-dit reflète bien l'état d'esprit puritain des bourgades américaines. L'agression dont elle est victime a pour pour effet de faire passer Ann, jeune employée de bureau modèle sur le point de se marier de l'autre côté du miroir. Tout d'un coup son environnement familier devient étranger, hostile, tout paraît faux et vain. La mise en scène sensorielle et expressionniste est remarquable, nous plongeant dans la tête d'Ann, aussi bien quand elle tente de fuir son agresseur dans une séquence de course-poursuite nocturne angoissante qui rappelle "M le Maudit" (1931) que lorsqu'elle tente de reprendre le travail sous le regard pesant de ses collègues. Ann ne parvient pas à reprendre sa vie d'avant et se décide à fuir sous le poids de la honte. Ce mécanisme de renversement de la culpabilité dans lequel la victime se sent coupable est hélas bien connu et pour beaucoup d'entre elles, l'exil est la seule issue avec l'espoir de recommencer à zéro. Mais il n'est pas si facile de se débarrasser de son passé qui ressurgit entre sa famille et la police qui la recherche et un homme trop entreprenant qui réactive son traumatisme et voit en retour s'abattre sur lui un déluge de violence. La fin est cependant quelque peu moralisatrice, conventionnelle et décevante. Même si le personnage du pasteur cherchant à ramener sur le droit chemin la brebis égarée donne à Ann une autre image des hommes exempte de lubricité, la manière dont elle s'agenouille devant lui pour écouter sa bonne parole n'est guère progressiste. Il manque bien évidemment une approche plus humaine et donc plus faillible du pasteur d'autant que de nos jours, on est revenu de l'illusion de la prétendue sainteté des hommes d'Eglise.
/image%2F2429364%2F20250829%2Fob_486f67_outrage-410781-23384.jpg)
/image%2F2429364%2F20220209%2Fob_32c62c_hqdefault.jpg)
Commenter cet article