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Articles avec #welles (orson) tag

Le Procès

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1962)

Le Procès

Ce n'est pas le film d'Orson Welles que je préfère. Trop froid, trop cérébral, trop monocorde dans son inhumanité. C'est voulu bien sûr mais quitte à adapter Kafka, autant le faire avec un peu plus de fantaisie comme dans Brazil de Terry Gilliam (dont je suis une inconditionnelle).

Malgré ces réserves subjectives, le film est une réussite incontestable, tout à la fois exercice de style virtuose (décors, cadrages, lumières expressionnistes) et réflexion brillante sur la machine étatique qui écrase l'individu. On pense évidemment aux systèmes totalitaires et particulièrement au nazisme pour qui les juifs étaient simplement coupables d'exister. Certains plans se réfèrent directement à le seconde guerre mondiale (vieillards dévêtus et affublés d'un matricule, explosion "atomique" finale) Le caractère insondable de la machine bureaucratique s'allie avec l'absurdité de la situation de K et des autres accusés pris au piège d'un système opaque, organisé pour les broyer et dont les ramifications ne semblent pas avoir de fin.

On peut également donner à ce film une tout autre interprétation: celui de l'exploration d'une psyché torturée à la manière du film Cube ou d'un cauchemar à la façon d'Inception. Les décors étouffants, géométriques, labyrinthiques, qui s'emboîtent les uns dans les autres, les distorsions d'échelle (homme tout petit/porte immense), les situations irréelles (alignement d'hommes qui tournent le dos, disparitions/apparitions brutales...) vont dans le sens de cette thèse. On est frappé aussi par le fait que la justice, la police et les accusés sont tous des hommes, les premiers en situation de dominants castrateurs et les seconds de dominés humiliés. Les femmes, interchangeables, sont des objets de désir qui se dérobent et dont l'accès est interdit par les mâles dominants. La libido traitée surtout par le lapsus est refoulée ce qui conforte la sensation que l'on explore un inconscient dont le complexe d'Œdipe n'aurait pas été résolu.

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La Soif du mal (Touch of Evil)

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1958)

La Soif du mal (Touch of Evil)

Ce que la soif du mal dynamite dans le célébrissime plan-séquence de 3 minutes qui ouvre le film c'est la notion de frontière. Tout n'est que passage, porosité et contamination en tache d'huile dans ce film baroque et tourmenté à l'image de son esthétique expressionniste (angles obliques, plongées et contre-plongées, clair-obscur...).

Entre les USA et le Mexique tout d'abord. Le gang des Grandi ignore la frontière comme le découvre à ses dépends Susan qui se croyait en sécurité dans son motel du côté américain (Janet Leigh dans des séquences qui préfigurent Psychose tourné deux ans après). Susan justement forme un couple mixte avec Vargas, un policier mexicain joué par un Charlton Heston bluffant. Tous deux viennent de se marier et eux aussi ignorent les frontières, au grand dam de Quinlan (Orson Welles, gargantuesque à souhait), un flic américain qui n'aime pas que l'on empiète sur son territoire et dont le corps et l'âme sont profondément gangrenés par le mal. A touch of evil, le titre en VO est beaucoup plus juste que le titre en VF car il fait allusion à une tache morale qui lorsqu'elle touche un individu ne cesse de s'étendre à la manière d'une maladie. L'intégrité de Quinlan a été touchée lorsque sa femme a été assassinée par un métis qui a échappé à la justice. Cet épisode est à l'origine de la déchéance physique et morale de Quinlan. Alcoolique, boulimique, bouffi, monstrueusement obèse, Quinlan est devenu un monstre pour qui la frontière entre la justice et la vengeance, le bien et le mal s'est évanouie depuis longtemps. On découvre qu'il fabrique de fausses preuves pour piéger ceux qu'il veut coincer. Pour se convaincre de leur culpabilité, il ne s'appuie que sur son intuition concentrée dans une jambe malade qui le fait boîter. Encore une atteinte à son intégrité puisque sa jambe a été blessée par une balle qui était destinée à son adjoint Menzies qui lui voue depuis une dévotion aveugle. Enfin il poursuit Vargas de sa haine raciste vraisemblablement parce qu'il lui rappelle l'assassin de sa femme. Son objectif est de le contaminer ce qui explique son alliance avec Grandi qui lui aussi veut se venger de Vargas (qui l'a fait arrêter). Tous deux choisissent d'atteindre Vargas en s'en prenant à sa femme qu'ils veulent salir. Le suspens de La soif du mal est donc surtout moral. Le moment où Vargas se bagarre dans le cabaret des Grandi, prêt à commettre l'irréparable pour retrouver sa femme participe de cette contamination générale du bien par le mal. Mais le temps de Quinlan est compté car en s'en prenant à Vargas, il brûle ses dernières cartouches comme le lui rappelle Tanya (Marlène Dietrich), diseuse de bonne aventure qui lui offre un refuge bien dérisoire.

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