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Articles avec #vogt (eskil) tag

Valeur sentimentale (Affeksjonsverdi)

Publié le par Rosalie210

Joachim Trier (2025)

Valeur sentimentale (Affeksjonsverdi)

Terrifiant: l'idée que je me faisais du film est exactement celle qui s'est concrétisée sous mes yeux lorsque je me suis enfin décidé à le regarder dans l'avion. "Valeur sentimentale" est ce que l'on peut appeler typiquement le film à palme qui coche toutes les cases du cahier des charges cannois:

- L'atmosphère bergmanienne ("Bergman island" (2021), "Winter Sleep" (2014), "Les Meilleures intentions" (1991)).

- La mise en abyme tchékhovienne ("Drive My Car" (2021), "La Petite Lili" (2003), "Sils Maria") (2014)

- L'intellectualisation des sentiments façon Arnaud DESPLECHIN. On souffre mais attention, en déclamant de grands auteurs dans de beaux appartements bourgeois. La haine familiale est une posture décorative, ce n'est plus "je pense donc je suis" mais "je te hais donc j'existe". Nora, la fille aînée (Renate REINSVE) utilise ainsi la haine contre son père comme une justification de ses échecs sentimentaux et de son insupportable égocentrisme. La scène où elle fait une crise avant d'entrer en scène la montre comme une gamine capricieuse qu'il faut tenir à bout de bras pour qu'elle ne fasse pas capoter le spectacle. Personnellement je n'avais qu'une envie, lui mettre un bon coup de pied aux fesses.

- Enfin l'intrigue est tellement cousue de fil blanc qu'on devine la fin dès le début. On sait que Rachel, le personnage de Elle FANNING ne fera pas le poids face à Nora qui en petite princesse gâtée peut cracher à la figure de son metteur en scène de papa sans que pour autant son trône soit menacé. Dans la vie réelle, son manque de professionnalisme aurait sans doute fini par la discréditer, ici elle est glorifiée. C'est un drame bourgeois déguisé en tragédie.

Le seul intérêt que j'ai trouvé à ce film réside dans le personnage de la petite soeur, Agnes (Inga IBSDOTTER LILLEAAS) qui est historienne et cherche à comprendre les raisons du suicide de leur grand-mère, Karin, résistante pendant la seconde guerre mondiale. On voit également un extrait de film réalisé par le père où Agnes alors enfant joue le rôle d'une rescapée de la Shoah. Un extrait qui annonce le rôle mémoriel qu'elle joue au sein de la famille alors que le père veut justement mettre en scène l'histoire de sa mère. L'irruption de la grande histoire donne un peu d'air à un film qui en manque cruellement.

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Thelma

Publié le par Rosalie210

Joachim Trier (2017)

Thelma

"Thelma" m'a fait beaucoup penser à "Morse" (2008) qui lui-même n'est pas sans rapport avec les adaptations cinématographiques des romans de Stephen King, "Carrie au bal du diable" (1976) et autres "Shining" (1980). Un enfant persécuté par ses parents et/ou la société développe des pouvoirs paranormaux qu'il peut utiliser pour se défendre, se venger ou bien se libérer. C'est cette dernière variante qui est à l'honneur dans "Thelma", film fantastique certes mais qui colle de près aux tourments psychiques d'une jeune fille sous emprise paternelle qui cherche à s'émanciper. La scène introductive résume parfaitement les enjeux du film: Thelma enfant observe un poisson évoluer sous la glace (son inconscient prisonnier du carcan religieux de ses parents mais bien vivant), métaphore récurrente qui trouve son achèvement dans une scène de chasse où elle est prise pour cible par son propre père qui faute de pouvoir totalement contrôler cet inconscient dangereux (pas seulement par l'endoctrinement mais aussi par la douleur et la terreur) est tenté par sa suppression pure et simple. Après une ellipse de quelques années, on retrouve Thelma étudiante dans un plan en plongée qui souligne combien elle reste en dépit de son autonomie apparente sous l'emprise de ses parents. En effet ceux-ci continuent à la surveiller à distance, contrôlant ses faits et gestes, exigeant de tout savoir et ne lui laissant aucun centimètre carré d'intimité. A moins que ce ne soit l'inconscient de Thelma qui travaille, lui qui a intégré les tabous de son éducation puritaine lorsqu'elle se retrouve confrontée aux interdits, et par-dessus tout celui de la découverte de son (homo)sexualité. Le conflit qui en résulte fait le lit d'une belle névrose, laquelle se traduit par des crises d'hystérie dans la plus pure tradition du XIX° siècle, les conséquences paranormales en plus. Conséquences qui servent de prétexte au retour de Thelma chez ses parents où elle se retrouve séquestrée et droguée par son père plus menaçant que jamais. La lutte mentale qui s'engage alors avec lui acquiert une dimension qui dépasse le simple récit d'émancipation individuelle. Il s'agit d'une lutte plus globale contre le patriarcat et ses valeurs. En reprenant le contrôle de sa propre vie, Thelma découvre l'existence de sa grand-mère paternelle internée à l'asile et apprend aussi à utiliser positivement son pouvoir pour délivrer sa mère de son fauteuil roulant et redonner la vie dans une série de plans la reliant à la nature qui font penser à Lars von TRIER, autre réalisateur nordique fasciné par la figure de la sorcière en lutte contre les fanatiques religieux (est-ce un hasard si le feu est central dans la lutte de pouvoir entre Thelma et son père?).

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The Innocents

Publié le par Rosalie210

Eskil Vogt (2021)

The Innocents

"The Innocents" est le deuxième long-métrage de Eskil Vogt, le fidèle collaborateur de Joachim Trier, pour qui il a co-écrit les scénarios de ses longs métrages et qui a été présenté dans la section Un Certain Regard du festival de Cannes. Il s'agit d'un thriller fantastique à la sauce norvégienne c'est à dire stylisé et minimaliste. Les protagonistes en sont quatre enfants dotés de pouvoirs surnaturels (télépathie et télékinésie) plus ou moins livrés à eux-mêmes dans une cité désertée au coeur de l'été. Pour accentuer leur étrangeté, l'une des enfants, Anna est autiste et une autre Aisha souffre d'un vitiligo. Mais le plus inquiétant est Benjamin, d'origine immigrée qui vit seul avec sa mère et est le souffre-douleur d'un adolescent à l'allure 100% nordique.

Si les mouvements de caméra, aériens, sont particulièrement beaux ainsi que l'esthétique, froide et géométrique, le film est étiré au-delà du raisonnable et sa progression dramatique est poussive à cause de nombreuses redondances. De plus, sa manière d'envisager les enfants comme de petits sadiques en puissance n'est pas vraiment progressiste. Alors que dans les faits, ce sont eux les victimes des adultes, le film les montre dotés de super-pouvoirs et cette toute-puissance est mise au service du mal (tortures, manipulation et meurtres). Enfin, le fait d'avoir fait d'un enfant d'origine immigrée (du genre pakistanais) l'incarnation du diable m'a paru plus que douteux alors que Ida et Anna, les deux norvégiennes blondes de souche qui ont leurs deux parents sont les seules à s'en sortir. Bref que ce soit volontaire ou pas, j'ai trouvé que le message du film était complètement réactionnaire.

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Oslo, 31 août (Oslo, 31. August)

Publié le par Rosalie210

Joachim Trier (2011)

Oslo, 31 août (Oslo, 31. August)

Au premier visionnage en 2012, je n'avais pas aimé ce film tout en reconnaissant sa virtuosité technique. Le personnage d'Anders (Anders Danielsen LIE) m'avait paru être un gosse de riches plaintif, un intellectuel "fin de siècle" se regardant le nombril et se complaisant dans sa vacuité. La découverte des origines de "Oslo 31 août" à savoir "Le Feu Follet" de Drieu la Rochelle adapté au cinéma par Louis MALLE en 1963 m'a aidé à mieux l'apprécier.

Parmi les scènes remarquables du film, on peut citer un jeu d'échos particulièrement subtil entre trois scènes:

- La scène d'ouverture qui rend hommage au matériau littéraire d'origine avec une adaptation des fragments du "Je me souviens" de Georges Perec. On entend des voix d'hommes et de femmes évoquer des souvenirs d'un Oslo à visage humain qui n'est plus (les habitations ayant été remplacées par des bureaux ou des parkings).

- La scène du café où Anders écoute les conversations autour de lui sans y participer comme s'il ne faisait déjà plus partie de ce monde. On pense à une référence aux "Les Ailes du désir" (1987) sauf qu'au lieu d'être un ange qui aspire à l'humanité, Anders est un humain qui aspire à rejoindre le monde des anges. A un moment donné, il entend une fille faire une longue listes de désirs un peu sur le mode du jeu de cartes de Lynn Gordon "52 choses à faire dans sa vie avant de mourir". Or le drame de Anders est justement de ne plus rien ressentir, comme s'il était déjà mort intérieurement.

-La scène de fin, une succession de plans à rebours des lieux visités par Anders tout au long du film. Des plans désormais vides de présence humaine qui soulignent cruellement l'absence du protagoniste principal. Mais avant d'en arriver à cet effacement total, on remarque tout au long du film combien Anders a fait le vide autour de lui entre sa copine qui ne répond pas au téléphone, sa soeur qui refuse de le voir, ses parents partis en voyage et qui ont vendu la maison ou son ami Thomas (Hans Olav BRENNER) qui l'invite à une soirée où lui-même ne vient pas.


Ultime remarque, la première tentative de suicide de Anders dans le lac fait penser à "L'Intendant Sanshô" (1954) de Kenji MIZOGUCHI.

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