Pierre Richard, le discret
Gregory Monro (2018)
J'aime beaucoup Pierre RICHARD et c'est avec plaisir qu'on revisite sa carrière, ses influences, cette longue lignée de comiques burlesques dont il fut le descendant, principalement américains (des plus connus, Charles CHAPLIN, Buster KEATON, Harold LLOYD, Jerry LEWIS aux plus oubliés aujourd'hui comme Danny KAYE) mais aussi français (Pierre ETAIX, Jacques TATI).
Néanmoins le parti-pris du film est profondément discutable. Son point fort est de mettre en lumière le travail d'écriture et de réalisation de Pierre RICHARD sur trois films qu'on a très envie par conséquent de voir ou de revoir: "Le Distrait" (1970), "Les Malheurs d'Alfred" (1972) et "Je sais rien, mais je dirai tout" (1973). Le film met également en avant le rôle de Yves ROBERT qui l'a soutenu et révélé à l'international avec "Le Grand blond avec une chaussure noire" (1972) et souligne l'aspect subversif du comique de Pierre RICHARD dans les années 70 qui sans avoir l'air d'y toucher dézingue son époque. Enfin il évoque le magnifique "Les Naufrages de l'ile de la Tortue" (1976) de Jacques ROZIER mais il passe trop rapidement à mon goût dessus, préférant insister sur "Adieu Philippine" (1963) dans lequel Pierre RICHARD ne joue pas mais qui est un totem de la nouvelle vague. Développer le cinéma de Jacques ROZIER irait à l'encontre de cette critique snobinarde qui aime faire entrer les artistes dans des cases, lui qui a mis dans ses films des acteurs devant lesquels elle se bouche le nez (Bernard MENEZ, Luis REGO, Jacques VILLERET... mais aucun ne joue dans le puriste "Adieu Philippine").
Car il est assez clair que l'idée conductrice du documentaire est d'adouber Pierre RICHARD comme un intellectuel auprès des critiques qui l'ont longtemps snobé. D'ailleurs Frederic BONNAUD, le directeur de la Cinémathèque est de la partie. Cela explique le mépris ouvert avec lequel sont traités les films qu'il a tourné pour Francis VEBER. D'ailleurs la pauvreté de l'argumentaire saute aux yeux ("son comique est plus contraint" avec la scène de "La Chevre" (1981) où il s'enfonce dans les sables mouvants). Cette volonté de séparer le bon grain de l'ivraie chez un même génie comique est d'autant plus désolante que les films de Francis VEBER jugés seulement commerciaux sont des horlogeries de mise en scène porteuses de sens permettant à l'acteur de s'exprimer pleinement. D'ailleurs l'incisif "Le Jouet" (1976) qui traite de la deshumanisation par l'argent et où joue Michel BOUQUET, peu suspect de se vautrer dans des comédies "vulgaires" est à peine mentionné, c'est un signe qui ne trompe pas car il adorait la précision de Francis VEBER. Ce révisionnisme culturel me gêne profondément.
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