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Articles avec #sokourov (alexandre) tag

Agnès de ci de là Varda

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (2011)

Agnès de ci de là Varda

Mini-série documentaire de cinq épisodes de 45 minutes chacun qui recueille les fragments des rencontres, voyages, visites glanés ici et là par Agnes VARDA. Même si l'ensemble paraît hétéroclite, il s'organise autour des thèmes obsessionnels de la réalisatrice: le temps qui passe (l'incipit autour d'un arbre de sa cour qu'elle a fait tailler et dont elle photographie les étapes de la repousse) et la mort inéluctable (les dix dernières minutes du cinquième épisode autour des vanités et du thème de la jeune fille et la mort dont "Cleo de 5 a 7" (1961) est une version moderne). Entre les deux, une série d'instantanés artistiques pris au gré de ses nombreux voyage en France, en Europe, en Amérique qui permettent de transformer l'éphémère en gouttes d'éternité. L'éphémère, ce sont les représentations, festivals, expositions, happenings où se rend Agnes VARDA et ses rencontres avec les artistes, connus (Pierre Soulages, Annette Messager, Christian Boltanski, Chris MARKER, Jean-Louis TRINTIGNANT, Alexandre SOKOUROV, Manoel de OLIVEIRA qui imite Charles CHAPLIN etc.) ou inconnus, un simple quidam mettant un peu de poésie autour de lui pouvant être filmé par elle, notamment lorsqu'il s'agit du street art à Los Angeles à qui elle avait déjà consacré un documentaire au début des années 80, "Mur murs" (1981) et où elle se rend à nouveau en 2011 dans le cinquième épisode. L'ensemble forme un album animé d'art qui complète ceux, classiques qu'elle a feuilleté au fil du temps et dans lesquels on peut piocher à sa guise selon ses humeurs et ses goûts. Outre Los Angeles, d'autres lieux chers à la réalisatrice sont retrouvés au fil de ses pérégrinations comme Sète, le théâtre de son enfance ou Nantes, la ville natale de Jacques DEMY.

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Le Soleil (Solntse)

Publié le par Rosalie210

Alexandre Sokourov (2006)

Le Soleil (Solntse)

Le choix controversé du général américain Douglas MacArthur de disculper Hirohito à la fin de la seconde guerre mondiale alimente encore les débats d'historiens. Fallait-il, en 1945, présenter l'empereur du Japon comme une marionnette des généraux nippons, facilitant ainsi l'occupation américaine? Ou valait-il mieux, au contraire juger Hirohito avec les autres criminels de guerre du tribunal de Tokyo et risquer une révolte contre les troupes installées dans l'archipel? En optant pour la première solution ­la plus facile puisqu'elle revenait à faire légitimer l'occupation par l'empereur­, les Etats-Unis n'ont-ils pas absous le Hitler japonais? Ou, au contraire, MacArthur n'avait-il pas raison de considérer Hirohito comme un fantoche tout juste bon à contresigner les ordres des militaires au pouvoir?

Autant le dire tout de suite, le réalisateur Alexandre SOKUROV ne tranche pas ce débat. Ce n'est d'ailleurs pas son propos. Ce qui l'intéresse, c'est le cheminement par lequel celui qui était considéré comme un dieu vivant, descendant de la déesse du soleil Amaterasu accepte de descendre de son piédestal pour redevenir un homme.

Il y a deux parties dans "Le Soleil". La première est autarcique et claustrophobique. Le bunker où s'est réfugié Hiro-Hito en août 1945 est semblable à l'intérieur d'un bocal. C'est en effet avec un regard d'entomologiste que Alexandre SOKUROV observe l'empereur à la manière dont lui-même observe les créatures marines dans son laboratoire. Sur un rythme très lent, on assiste à un quotidien fait de rituels immuables et de silence compassé où le protocole envahissant ne laisse que peu d'espace à une quelconque expression d'humanité. Entouré de domestiques serviles jusqu'au ridicule, Hirohito vit non seulement coupé du monde extérieur mais également de sa famille. Il est corseté, ficelé, enfermé du matin au soir. Mais son inconscient se venge: toutes ses activités diurnes et nocturnes qu'elles soient oniriques, littéraires ou scientifiques le ramènent encore et toujours à la guerre et à la mort, faisant peser sur lui une lourde chape de plomb. La seule partie de son anatomie qui échappe à tout contrôle, c'est sa bouche parcourue de tics et exhalant de son propre aveu une mauvaise haleine. C'est de cette bouche non domestiquée que sortira le 15 août 1945 la célèbre allocution par laquelle il annoncera accepter la capitulation sans conditions du Japon. Un très beau passage où le soleil a rendez-vous avec la lune.

La deuxième partie confronte Hirohito au monde extérieur. En effet sa carapace éclate lorsque les américains atteignent les jardins de sa résidence. Il doit alors se montrer au reste du monde et assumer ses responsabilités vis à vis de son pays ravagé. Quel que soit son degré de responsabilité dans les crimes de guerre du Japon (donneur d'ordres? Complice passif? Fantoche?) il est en son pouvoir de lui donner un avenir, le général MacArthur le reconnaissant comme la seule autorité encore doté d'une légitimité (même s'il faut pour cela s'arranger avec l'histoire). Paradoxalement, cette responsabilisation s'accompagne d'une émancipation. L'empereur traité par son entourage japonais comme un enfant est obligé de grandir face à des américains qui le dépassent d'une bonne dizaine de centimètres et le traitent courtoisement mais sans complaisance. Il doit apprendre à ouvrir lui-même la porte, à fumer le cigare et à répondre aux questions qui fâchent.

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