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Articles avec #ophuls (max) tag

La Ronde

Publié le par Rosalie210

Max Ophüls (1950)

La Ronde

"La Ronde" est un film d'une grande élégance qui fait astucieusement oublier qu'il s'agit d'un assemblage de saynètes grâce notamment à sa structure circulaire, la ritournelle entêtante de Oscar STRAUS, les qualités d'écriture (des scènes sont reliées entre elles par une phrase telle que "quelle heure est-il? Onze heure passées" sauf qu'il est en réalité minuit moins cinq et que celle qui quitte est devenue celle qui est quittée) et au meneur de jeu (Anton WALBROOK) qui en est le fil directeur. Celui-ci distribue les cartes, commente le jeu, tourne la manivelle (de la caméra? ^^), actionne le clap, coupe au montage bref, incarne les pouvoirs du cinéma à lui tout seul mais dans les habits d'un Monsieur Loyal de la Belle Epoque*, l'histoire étant l'adaptation d'une pièce de théâtre de Arthur Schnitzler. La façon dont il est filmé, souvent en contre-plongée lui confère cette aura d'omnipotence qui par contraste fait des personnages des créatures au destin prédéterminé. C'est d'ailleurs là que réside la limite du film. Chaque personnage est défini par un rôle social rigide (prostituée, grisette, femme mariée, fils de bonne famille, soldat, comte, poète, comédienne etc.) dont il adopte les codes et le costume et dont il ne s'évade jamais. Il n'est donc qu'un pion sur un échiquier ou pour filer la métaphore du film, une attraction du carrousel qui tourne en rond sur lui-même. Devant ces corps mécanisés semblables à ceux de marionnettes**, on est vite confronté à une démonstration qui se répète, chaque personnage apparaissant pour la première fois dans une scène étant amené à revenir dans la suivante mais avec un partenaire différent qui lui-même en choisit un ou une autre dans la suivante jusqu'à ce que la boucle soit bouclée. Ce n'est donc pas l'amour qui est le sujet de cette ronde bien que le mot soit sans cesse prononcé mais plutôt la quête du plaisir, fugace, mécanique et donc ayant sans cesse besoin d'un nouveau carburant: et c'est reparti pour un tour de manège!

* L'histoire commence à l'époque du tournage du film avant de se "téléporter" en 1900 et la phrase prononcée alors par le meneur de jeu "nous sommes dans le passé, c'est plus reposant que le présent et plus sûr que l'avenir" peut s'entendre comme une allusion aux guerres mondiales à venir ainsi qu'au nazisme, régime que Max OPHULS et Anton WALBROOK avaient tous deux fui.

** Bien que tous interprétés par des acteurs de renom: Simone SIGNORET, Serge REGGIANI, Danielle DARRIEUX, Simone SIMON, Daniel GELIN, Jean-Louis BARRAULT, Gerard PHILIPE, Odette JOYEUX etc.

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Lola Montès

Publié le par Rosalie210

Max Ophüls (1955)

Lola Montès

Je me souviens que la première fois que j'avais vu "Lola Montès", je m'étais beaucoup ennuyée. Seule l'utilisation de la couleur avait retenu mon attention. Il faut dire que ces couleurs éclatantes sont l'un des points forts du film. L'autre aspect qui retient l'attention, c'est le dispositif narratif non linéaire (que la restauration du film a bien mis en valeur). Plutôt que de jouer la carte romanesque à la manière de "Splendeur et misère des courtisanes", le film est une satire de la société du spectacle fondé sur la marchandisation de la célébrité. D'une certaine manière, la reconstitution de la vie de Lola Montès découpée en tranches et jetée en pâture à un public voyeuriste et avide de ragots est la continuation de sa vie de courtisane. Lola s'exhibe dans un cirque comme une bête de foire après avoir été vendue par sa mère au plus offrant puis être passée de mains en mains au gré de ses aventures tumultueuses subies plus que choisies. La dernière scène souligne en effet s'il le fallait combien la liberté de la jeune femme était illusoire, celle-ci ayant vécu toute sa vie aux crochets des hommes, le cirque l'illustrant de manière grotesque.

Si cette mise en abyme donne matière à réflexion et si esthétiquement, "Lola Montès" en met plein les yeux avec son décorum baroque et l'élégance de ses mouvements de caméra, le spectacle nous met cependant à distance avec un emballage suranné, une succession d'amants quelques peu interchangeables et une actrice -Martine CAROL- complètement figée telle une statue de cire. Ce manque de vie et d'épaisseur ne suscite guère d'émotions, la forme écrasant trop le fond.

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Le Plaisir

Publié le par Rosalie210

Max Ophüls (1952)

Le Plaisir

"Le Plaisir" est l'adaptation de trois nouvelles de Guy de Maupassant d'une inégale longueur: "Le Masque", "La Maison Tellier" (de loin le segment le plus développé) et "Le Modèle". Chacun d'eux représente une variation sur le thème de la recherche du plaisir confronté à une ou plusieurs autres facettes de l'expérience humaine qui vient le contredire: le vieillissement, la mort, la religion, la frustration mais aussi l'amour et le bonheur "qui n'est pas gai". Si le dernier segment est un peu en dessous malgré les acteurs (Daniel GÉLIN et Simone SIMON), les autres sont éblouissants. Les mouvements de caméra de Max OPHÜLS n'ont jamais été aussi fluides et aériens que ce soit pour traverser une salle de bal en pleine effervescence ou laisser entrevoir par les différentes ouvertures de la façade les secrets d'une maison close. "La Maison Tellier" est d'ailleurs le segment le plus marquant et sophistiqué du lot avec une franche opposition entre le décor urbain reconstitué en studio dans lequel les prostituées exercent leur activité dans une certaine discrétion dès la nuit tombée et leur "partie de campagne" en plein air et en plein jour qui fait penser à du Jean RENOIR. Le voyage en train qui fait transition amène ces dames à repousser un représentant de commerce un peu trop entreprenant (Pierre BRASSEUR) avant de se convertir le temps d'un week-end au mode de vie paysan traditionnel. A l'inverse, leur hôte, Joseph Rivet (Jean GABIN) qui est le frère de la tenancière du bordel, Julia Tellier (Madeleine RENAUD) est tout émoustillé par cet afflux de jupons qui vient bousculer sa tranquille vie de famille, en particulier par Madame Rosa (Danielle DARRIEUX).

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Lettre d'une inconnue (Letter from an Unknown Woman)

Publié le par Rosalie210

Max Ophüls (1948)

Lettre d'une inconnue (Letter from an Unknown Woman)

Il y a deux façons de passer à côté de la vie: soit par l'abstinence, soit par la débauche. Deux facettes d'une même pièce. Dans les deux cas, le refus de l'engagement aboutit au même vide existentiel. Ces stratégies culturellement plutôt masculines (puisque le monde émotionnel considéré comme féminin est considéré comme incompatible avec la monstration de la virilité) rencontrent bien souvent leur pendant féminin, à savoir la femme sacrificielle éduquée pour se dévouer corps et âme à un homme sans être payée en retour. Le comportement de ces femmes repose sur une illusion car elles sont convaincues que la force de leur amour finira par transformer l'homme qu'elles aiment. D'un côté "les femmes qui aiment trop" et de l'autre "les hommes qui n'aiment pas assez", deux facettes là aussi d'une même pièce, typiquement façonnée par la société patriarcale d'hier mais encore aussi d'aujourd'hui.

Stefan Zweig, peintre délicat des moindres mouvements de l'âme humaine analyse avec une finesse d'orfèvre le type de relation qui échoue à se nouer entre un homme égoïste et une femme altruiste qui fait toute sa vie une fixation obsessionnelle sur lui dans son court roman "Lettre d'une inconnue" daté de 1922. Durant sa période américaine, Max Ophüls en fit une très élégante adaptation avec Joan Fontaine et Louis Jourdan. Qu'on ne s'y trompe pas. Ce n'est pas l'amour qui est au coeur de l'histoire mais au contraire l'échec de l'amour. Et la manière compartimentée dont Max Ophüls filme ses protagonistes souligne la solitude foncière de chacun d'eux. Comme dans "Accords et désaccords" de Woody Allen, la sécheresse de coeur de Stefan Brand finit par se répercuter sur son talent de musicien (invention du cinéaste, chez Zweig il est écrivain) et il passe sur ce plan là aussi à côté de tout accomplissement. Dès l'ouverture, on comprend que la vie de ce personnage n'a été qu'un tourbillon de plaisirs (le motif de la circularité est une obsession chez Ophüls) et une fuite devant les responsabilités. La lecture dégrisante de la lettre d'outre-tombe provoque davantage que dans le roman une vive émotion, la prise de conscience de la vacuité de sa vie et peut-être pour la première fois, la décision de l'affronter en face. Le sacrifice de Lisa n'aura peut-être pas été vain même si pour un regard contemporain, il est pénible de voir ainsi une femme gâcher sa vie pour un homme qui la traite comme une passade aussitôt consommée aussitôt oubliée. Mais en voyant comment celle-ci se construit depuis l'adolescence uniquement dans l'objectif de lui plaire, comme la seule possibilité d'évasion qu'elle peut s'offrir sans jamais se soucier de se construire elle, on se dit qu'aliénation des femmes et privation d'identité vont de pair.

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