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Articles avec #leigh (mike) tag

All or Nothing

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2002)

All or Nothing

La structure de "All or nothing" m'a rappelé celle de "Secrets et mensonges" (1996). Des difficultés de communication entre les différents personnages qui s'accumulent et font monter la tension jusqu'à la libération à la faveur d'un événement cathartique. Néanmoins en suivant trois familles plutôt qu'une seule, le film se disperse un peu en dépit du rôle joué par la cité ouvrière où ils vivent tous. Mike LEIGH a voulu dépeindre un écosystème ouvrier sans horizon marqué par le chômage, la précarité, l'alcoolisme, des boulots usants, de la violence, un langage si pauvre qu'il les isole tout autant que les murs de la cité. Mais seule la famille de Phil et de Penny est traitée de manière approfondie et empathique. Par conséquent Timothy SPALL et Lesley MANVILLE dans les rôles respectifs d'un chauffeur de taxi léthargique qui tourne en rond dans sa propre vie et d'une caissière qui tente de maintenir sa famille à bout de bras se taillent la part du lion. On partage leur détresse, leur doutes, leur colère ou leur abattement. Leurs enfants obèses finissent aussi par être dépeints avec des nuances que ce soit la fille taiseuse qui souffre en silence ou le fils colérique dont le craquage ressoude la famille. Les autres sont des silhouettes réduites à des symptômes, des éléments "poisseux" du décor qui par leur effet cumulatif est à mon avis pour beaucoup dans la réception plutôt négative du film taxé de misérabilisme.

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Vera Drake

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2005)

Vera Drake

Il était temps d'écrire un avis argumenté sur ce chef d'oeuvre de Mike LEIGH qui a obtenu des dizaines de prix dans le monde dont le Lion d'Or et le prix d'interprétation féminine pour Imelda STAUNTON. Je l'avais déjà vu il y a une quinzaine d'années mais sa force de frappe m'a saisie à la gorge comme si je le découvrais pour la première fois.

"Vera Drake" est un film aussi poignant que déchirant. Il met en scène une femme simple et humble, non seulement sensible à la souffrance de son prochain mais qui agit à son niveau pour leur apporter de l'aide. C'est d'autant plus important que le contexte est rude. L'Angleterre de 1950 est encore en phase de reconstruction, souffre des pénuries dues à la guerre qui pèsent lourd sur les classes populaires et continue à panser ses plaies. Reg, le voisin accueilli par Vera est seul et démuni de tout: il va trouver chez elle un foyer chaleureux (l'acteur, Eddie MARSAN, profondément touchant, a d'ailleurs lui aussi obtenu un prix dans un second rôle). Le reste de la famille de Vera est en effet à l'unisson, chaleureux et solidaire à l'exception notable du fils quelque peu rigide et de la belle-soeur, Joyce, une pimbêche qui méprise la classe ouvrière à laquelle elle appartient pourtant, classe qu'elle rêve de quitter pour adopter le niveau de vie (et l'individualisme) de "l'american way of life".

L'aspect bouleversant du film résulte de la contradiction entre la profonde bonté de Vera et sa condamnation à deux ans 1/2 de prison, moins pour avoir mis en danger la vie d'une jeune fille que pour avoir violé la loi interdisant l'avortement. "Vera Drake" n'est pas le seul film qui dénonce une injustice à la fois légale et sociale mais en l'incarnant à travers un personnage aussi noble et altruiste que Vera, il la rend totalement insupportable. Mike LEIGH montre à travers le cas de la fille des employeurs de Vera (jouée par Sally HAWKINS) enceinte de son petit ami qui a abusé d'elle que femmes riches et femmes pauvres n'étaient pas logées à la même enseigne. Les premières pouvaient contourner la loi qui interdisait alors l'avortement avec l'aide complaisante (et grassement rémunérée) d'un psychiatre et se faire avorter en toute sécurité en clinique. Les secondes n'avaient que les faiseuses d'anges avec leurs méthodes artisanales et dangereuses. Contrairement à Lily qui rackette les filles pour les mettre en contact avec Vera, celle-ci ne demande rien et ne se rend pas compte que les moyens de fortune qu'elle utilise et qu'elle pense être plus doux que l'utilisation d'objets tranchants représente un danger tout aussi grand. Jusqu'au jour où elle est arrêtée parce que l'une des filles qu'elle a aidé a failli mourir. Vera est littéralement brisée, sa famille - qu'elle maintenait dans l'ignorance de ses activités - est foudroyée sur place. Imelda STAUNTON se fond dans ce personnage avec une justesse confondante au moins de nous faire entendre sa détresse sans les mots qui n'arrivent pas à sortir, ce besoin d'aider plus fort que la loi, plus fort même que la quiétude familiale.

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Deux soeurs (Hard Truths)

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2024)

Deux soeurs (Hard Truths)

"Deux soeurs" est un film puissant, empreint de cette pâte humaine dont Mike LEIGH a le secret. Près de trente ans après "Secrets et mensonges" (1996), il retrouve Marianne JEAN-BAPTISTE pour interpréter le rôle de Pansy, une anti-héroïne que l'on est pas prêt d'oublier. Dès la première séquence, le ton est donné: Pansy se réveille en criant et en sursautant, comme si le retour à l'état conscient était un traumatisme. Et c'est le cas. Le rapport que Pansy entretient au monde est conflictuel. En proie à une colère inextinguible, elle passe son temps à déverser sa bile sur tout ce qui bouge. Ceux qui croisent son chemin subissent ses foudres ce qui donne une série d'esclandres au ton tragi-comique (car la dame a le sens de la formule qui pique). On a donc la version irascible d'un échantillon des albums de Martine avec "Pansy au supermarché", "Pansy chez le dentiste", "Pansy chez le médecin", "Pansy veut acheter un canapé" etc. Evidemment, ces anonymes qui réagissent à son agressivité avec plus ou moins de flegme ne sont que les boucs-émissaires d'une rage qui remonte à l'enfance. C'est là qu'intervient la soeur de Pansy, Chantelle (Michele AUSTIN) qui est son antithèse: solaire, joyeuse, bienveillante. Tout chez elle respire la joie de vivre, son salon de coiffure, son appartement coloré, sa complicité avec ses deux filles alors que l'appartement de Pansy est aseptisé par sa maniaquerie et que son mari (qu'elle ne supporte pas) et son fils (qui la désespère) s'isolent dans leurs bulles ou la fuient le plus possible. Désemparée par la négativité de sa soeur qui lorsqu'elle n'éructe pas ne cesse de se plaindre de tous les maux, elle tente de lui venir en aide, tente de comprendre pourquoi celle-ci est à ce point fâchée avec la vie, tente de la sortir de son marasme et de son isolement en organisant une réunion de famille (comme dans "Secrets et mensonges") (1996). Ce qui est fort, c'est que l'on ressent parfaitement la terrible souffrance qui se cache derrière le caractère impossible de Pansy et la rend aussi asociale que dépressive. Un malheur qui lui vient de son histoire personnelle (Mike LEIGH ne donne pas toutes les clés mais il semble qu'elle ait servi de paratonnerre) et qui est donc transmissible. Son fils Moses qui est obèse, désocialisé et sans situation semble porter sur ses épaules tout le malheur familial. Cependant, avec l'aide de Chantelle, Pansy comprend qu'elle n'en peut plus et qu'elle doit peut être enfin songer à déposer les armes.

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Secrets et mensonges (Secrets and Lies)

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (1996)

Secrets et mensonges (Secrets and Lies)

Mike LEIGH a un point commun avec Pedro ALMODÓVAR: c'est un cinéaste qui sait donner du relief à ses personnages et mettre en valeur ses acteurs. Si la jeune génération a découvert David THEWLIS, Imelda STAUNTON ou Timothy SPALL avec les films de la saga Harry Potter, tous trois ont connu la consécration d'un prix d'interprétation dans un grand festival international (Cannes ou Venise) grâce aux films de Mike LEIGH dans lesquels ils ont joué (respectivement "Naked" (1993), "Vera Drake" (2005) et "Mr. Turner") (2014).

Ce talent de portraitiste, Mike LEIGH le met en abyme dans "Secrets et mensonges" au travers du personnage de Maurice (Timothy SPALL) qui est photographe de profession et dont les clichés tentent de saisir la vérité de l'instant sous l'artificialité de la pose (le secret derrière le mensonge?). C'est dans la maison où il habite depuis un an avec sa femme Monica (Phyllis LOGAN) que l'on découvre sur l'un de ses clichés Roxanne (Claire RUSHBROOK), une petite fille charmante et souriante que l'on pense être leur fille. On a tout faux. Roxanne est leur nièce et est devenue une jeune femme au visage renfrogné qui vit encore chez sa mère, Cynthia (Brenda BLETHYN) dans une maison ouvrière exigüe, délabrée et encombrée. Pour ne rien arranger les rapports entre les deux femmes sont exécrables. Si Roxanne semble toujours être en colère, Cynthia semble se résumer à une plainte perpétuelle. Inversant les rôles, elle passe son temps à réclamer de l'amour (voire leur amour exclusif) à sa fille ou à Maurice (qui est son petit frère et qu'elle a plus ou moins élevé) avec une insupportable voix de petite fille geignarde ce qui logiquement les fait fuir tous les deux. Les rapports de Maurice avec Monica ne sont guère plus satisfaisants, celle-ci s'avérant facilement irritable ou souffrante.

Dans cette famille éclatée façon puzzle et dysfonctionnelle, Mike LEIGH introduit non un élément perturbateur (la famille l'est déjà bien assez, perturbée) mais au contraire un élément rassembleur: Hortense (Marianne JEAN-BAPTISTE), la fille aînée de Cynthia abandonnée à la naissance et qui à la mort de sa mère adoptive entreprend des recherches pour retrouver sa mère biologique. L'apparence exogène de Hortense, tant par son appartenance sociale aisée que par sa couleur de peau ou son tempérament apaisant s'avère être une bouffée d'air frais dans le microcosme vicié de la famille de Cynthia. Plus que la fin du film qui pèche parfois par un excès de lourdeur, j'aime les scènes où l'on voit Cynthia et Hortense ensemble, la manière dont elles se découvrent, dont elles s'apprivoisent et le temps que le cinéaste prend pour filmer ce processus (la longueur du film qui a été déplorée par certains est sur ce plan là un atout). Le changement qui s'opère alors chez Cynthia qui redresse la tête, retrouve le goût de se faire belle et surtout la force de sortir de sa posture infantile pour prendre ses responsabilités d'adulte justifie amplement le prix d'interprétation attribué à Brenda BLETHYN (cumulé avec la Palme d'Or, à l'époque, c'était possible), énième preuve du talent de Mike LEIGH à diriger ses acteurs.

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