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Articles avec #film musical tag

A nous la liberté

Publié le par Rosalie210

René Clair (1931)

A nous la liberté

Impossible en regardant "A nous la liberté" de ne pas penser à "Les Temps modernes" (1934) et même à "Le Roi et l'Oiseau" (1979). Non seulement pour sa critique du travail à la chaîne comme instrument d'un système politique coercitif mais aussi pour le primat de l'image et de la musique sur la parole, associée au monde mécanique. Ce n'est pas seulement un choix lié à la proximité de deux de ces oeuvres avec le cinéma muet. C'est aussi un acte politique alors que les années 30 voyaient se multiplier "le viol des foules par la propagande politique" pour reprendre le titre du livre de Tchakhotine. L'homme nouveau des régimes totalitaires n'était en effet rien d'autre qu'un outil standardisé fabriqué à la chaîne pour servir les désirs de grandeur de leurs chefs: soldat, ouvrier ou les deux. En cela "Le Roi et l'Oiseau" en est leur parfait héritier, transformant en conte universel et atemporel l'expérience de la déshumanisation provoquée par les révolutions industrielles du XIX° siècle et les régimes totalitaires du XX° siècle et faisant par contraste l'apologie de la liberté individuelle et de la résistance à l'oppression, y compris à travers les objets du monde industriel délivrés de leur servitude (une idée reprise ensuite par Hayao MIYAZAKI dans "Le Château dans le ciel") (1986).

"A nous la liberté", l'un des premiers films parlant de René CLAIR est à l'image de ses films muets. Un pied dans l'avant-garde, architecturale notamment (le style Bauhaus des décors de Lazare MEERSON), l'autre dans le rétroviseur et plus précisément dans le burlesque muet dont la mécanique propre, celle de la course-poursuite endiablée, vient dérégler celle de l'usine. Il est d'ailleurs amusant de souligner que René CLAIR et Charles CHAPLIN se sont rendus mutuellement un hommage bien plus qu'ils ne se sont copiés. Le premier en créant des personnages de vagabonds libertaires qui ne peuvent se conformer ni au système de la prison, ni à celui de l'usine (qui est montrée sur le fond et la forme comme une nouvelle prison, évoquant même de façon anticipée la célèbre devise nazie affichée au portail des camps de concentration "le travail rend libre" mais aussi et c'est moins connu au fronton des usines chimiques de sa société IG Farben dont une succursale était installée à Auschwitz) en préférant partir sur les routes, le plan de fin reprenant celui de "The Tramp" (1915). Le second en maximisant les potentialités comiques du dérèglement de la machine à rendement et en terminant son film en ajoutant au vagabond s'éloignant vers l'horizon un autre personnage, celui de sa compagne plutôt que de son compagnon. Car se manifeste dans le film parlant de René CLAIR comme dans ceux de la même époque de Julien DUVIVIER une défiance vis à vis des femmes typique du cinéma français des années 30. Autre différence essentielle: Charles Chaplin ne manifeste pas la même naïveté que René Clair vis à vis du progrès technique qui viendrait délivrer l'homme de son aliénation.

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Wild Man Blues

Publié le par Rosalie210

Barbara Kopple (1997)

Wild Man Blues

"Wild man blues" est un documentaire sur Woody ALLEN sorti dans la foulée de "Harry dans tous ses états" (1996) à l'occasion de la première tournée européenne du cinéaste-clarinettiste et de son groupe de jazz "The New Orléans Jazz Band" dirigé par Eddy Davis. On reconnaît les sonorités indissociables des films du cinéaste dans le répertoire du groupe qui rappelle à notre bon souvenir la passion que Woody Allen voue au jazz depuis son enfance (comme expliqué dans le film, il l'écoutait à la radio, une époque à laquelle il a rendu hommage dans "Radio Days") (1986) au point qu'il a pris son surnom en hommage au clarinettiste Woody Herman.

Ce préambule établi, il faut tout de même souligner que s'il n'avait pas été un cinéaste majeur, son activité musicale serait restée cantonnée au domaine d'un passe-temps privé. On se doute que c'est ce qu'il représente bien plus que la qualité réelle de ses prestations musicales (sympathiques mais tout à fait anecdotiques) qui attire les foules dans les salles de concert où le groupe se produit. De fait, les séquences musicales du film sont assez longuettes et répétitives. Heureusement, il n'y a pas que cela. Ce que le film offre de plus intéressant, outre les traits d'humour, c'est la mise en évidence de l'importance que le déracinement joue chez un cinéaste intellectuel plus apprécié en Europe que "chez lui" (le film rappelle combien ses films introspectifs ont mieux marché sur le vieux continent) et qui se sent écartelé entre les deux mondes sans appartenir pleinement à aucun d'entre eux. On découvre également que ce déracinement est culturel et sociologique. Woody ALLEN tout comme sa femme, Soon-Yi* semblent inadaptés aux hôtels luxueux qu'ils fréquentent. Cela m'a rappelé une blague cruelle et douteuse (comme la plupart) de Laurent Gerra à propos de Céline Dion et de René Angelil dans leur palace en Floride "deux bouchers ayant gagné à la loterie". Mais c'est surtout la séquence de fin chez les parents de Woody Allen (très âgés mais encore en vie au moment du tournage) qui apporte un éclairage sur l'écartèlement identitaire d'un cinéaste "mondialisé" alors que sa mère aurait voulu qu'il épouse une juive et devienne pharmacien.

* Soon-Yi Prévin, d'origine sud-coréenne est la fille adoptive de Mia Farrow et André Prévin qui l'ont tous deux reniés (et réciproquement) après la révélation en 1992 de sa liaison avec Woody Allen alors le compagnon de Mia Farrow. La différence d'âge avec Woody Allen autant que leurs liens familiaux a créé le scandale, entretenu depuis par la guerre que se font les deux ex et leurs enfants autour d'accusations de maltraitance sur fond de climat incestueux.

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Moonage Daydream

Publié le par Rosalie210

Brett Morgen (2022)

Moonage Daydream

Sacré expérience sensorielle que cette "Rêverie lunaire" qui m'a fait penser (et pas qu'un peu) au psychédélisme du voyage vers Jupiter vécu par Bowman dans "2001 : l odyssée de l espace" (1968). C'est logique car le premier tube de David BOWIE lui a été inspiré par le film de Stanley KUBRICK. De fait, "Moonage Daydream" commence très fort avec au terme d'une folle traversée de l'espace-temps (défilement d'images et de sons en accéléré) la chute d'un OVNI sur terre alias (plutôt qu'alien ^^) "Ziggy Stardust and the spiders from Mars" l'album de la consécration. A partir de là, on entre en immersion complète dans ce qui s'apparente à une reconstitution de l'univers mental de l'artiste (d'ailleurs la seule voix que l'on entendra dans le film est la sienne) avec une qualité de son et d'image assez impressionnante. Une reconstitution qui comme je le disais abolit les limites de l'espace et du temps même si le réalisateur trouve un bon compromis entre le chaos qui précède la création et un minimum de chronologie qui permet de ne pas complètement s'y perdre (même s'il vaut mieux connaître le parcours et l'oeuvre de David BOWIE pour pleinement apprécier ce travail kaléidoscopique rempli d'ellipses). Quoique se perdre dans ce dédale visuel et sonore a aussi son charme, personnellement ce que j'ai préféré, ce sont les rimes visuelles et sonores que j'ai trouvé d'une puissance poétique sans pareille en plus d'être riches de sens. J'en citerai trois: l'espace, le sol lunaire, la rotation des planètes, les images de SF tirées de BD ou de vieux films de série B formant une boucle qui correspond à l'oeuvre de l'artiste dont la légende commence avec "Space Oddity" et se termine avec "Blackstar" autour de la figure du major Tom; les nombreuses images liées de près ou de loin à l'expressionnisme allemand qui se rapportent autant à la période berlinoise de Bowie qu'à la thématique obsessionnelle du monstre ("Scary Monsters" pourrait d'ailleurs être Berlin, hanté par les fantômes du passé, couturé par la guerre, balafré par le mur); enfin la déambulation "zen" d'un Bowie peroxydé dans les années 80 en pleine retraite spirituelle dans un pays asiatique qui pourrait être la Thaïlande notamment le long d'escalators qui semblent former eux aussi une boucle mais en forme de 8, d'infini. Tout cela montre en définitive que Bowie était un marcheur, un explorateur, un défricheur de territoires mais qui finissait toujours par revenir sur ses pas ("ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre"). Evidemment, pour l'apprécier il faut adhérer au projet et en comprendre les limites. En insistant sur son isolement, son déracinement, sa recherche d'identité, son monde intérieur, bref en choisissant une vision quelque peu autiste de l'artiste, le réalisateur occulte presque totalement le monde extérieur et surtout les nombreuses collaborations sans lesquelles Bowie n'aurait pas atteint de tels sommets ni pu se renouveler autant.

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L'Accompagnatrice

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1992)

L'Accompagnatrice

L'ombre de la seconde guerre mondiale et le passage à l'âge adulte sont des thèmes récurrents dans la filmographie de Claude MILLER et en regardant la silhouette juvénile de Romane BOHRINGER dans "L'accompagnatrice", je n'ai pu m'empêcher de penser à celle de Charlotte GAINSBOURG que Claude Miller dirigea à deux reprises à la même époque alors qu'elle était adolescente et jeune adulte. Avoir un père célèbre et être de la même génération n'est pas leur seul point commun, elles ont une histoire familiale marquée par la guerre (tout comme Claude Miller). Quand Romane BOHRINGER tourna le film, elle venait juste d'être révélée par "Les Nuits fauves" (1992) et se retrouve à jouer avec son père, ce qui donne une résonance particulière à la séquence où Benoît (Julien RASSAM) demande la main de son personnage à Charles Brice, joué par Richard Bohringer qui lui répond qu'il n'est pas son père et que d'ailleurs, elle n'en a pas. Charles Brice par ailleurs marié à une cantatrice, comment ne pas songer à "Diva" (1980)?

"L'accompagnatrice" est un film qui a pour originalité d'établir un parallèle implicite entre la vie et la scène en adoptant le point de vue d'un personnage de l'ombre qui se fait le témoin des événements racontés dont elle reste majoritairement une spectatrice. Au début de l'histoire, il existe un contraste extrêmement tranché entre le monde terne et étriqué de Sophie fait de privations et de frustrations et celui des Brice, lumineux, luxueux et aventureux dont elle rêve de faire partie. Pourtant, l'envers du décor nous est montré presque immédiatement avec l'apparition de personnages douteux qui nous font comprendre que le couple s'est compromis avec le régime de Vichy et l'occupant et que c'est cela qui lui permet de maintenir son train de vie (Charles Brice aime à répéter qu'il était déjà riche avant la guerre). Sentant cependant le vent tourner (l'histoire se déroule en 1942/1943), les Brice décident cependant de partir se réfugier à Londres. A moins que ce ne soit un moyen pour Charles de reconquérir Irène qui vit une passion avec un résistant. Sophie choisit de partager leur sort (et donc de se faire le témoin de leur histoire) jusqu'au bout comme si elle préférait vivre vivre sa vie par procuration plutôt que de céder à Benoît, décrit par Irène comme "un futur employé des PTT" (soit le retour à la case départ). La fin de l'histoire est de ce point de vue très amère puisque Sophie perd finalement sur tous les tableaux.

Si le film se suit agréablement et est rehaussé par l'interprétation intense de Richard Bohringer dans le rôle d'un personnage complexe et au final tragique, il n'en reste pas moins que la transposition du roman d'origine de Nina Berberova me semble très affadie. Sophie telle que l'interprète Romane Bohringer semble fascinée par les Brice et avide de partager la moindre miette de leur existence bien plus que jalouse ou haineuse. Elle semble dénuée de toute conscience politique ou sociale malgré quelques tirades qui semblent tomber comme un cheveu sur la soupe et ressemble davantage à un fantôme qu'à une "deus ex machina" prête à se venger. L'ambivalence de sa relation aux Brice et surtout à Irène est à peine effleurée. La portée du film en est évidemment très amoindrie en apparaissant finalement comme une remake de "L'Effrontée", la fraîcheur de l'adolescence en moins.

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Hallelujah, les mots de Léonard Cohen

Publié le par Rosalie210

Dan Geller, Dayna Goldfine (2022)

Hallelujah, les mots de Léonard Cohen

Le documentaire "Hallelujah, les mots de Léonard Cohen" traite de deux sujets entre lesquels les réalisateurs ont eu visiblement du mal à choisir. Le premier est une évocation (un peu trop rapide) des sources d'inspiration des textes poétiques de Léonard Cohen qualifié de "troubadour des temps modernes". D'une d'entre elles surtout, celle qui donne son titre au film. Car le deuxième sujet est l'histoire peu commune du parcours de cette chanson extraite d'un album intitulé "Various positions" passé inaperçu à sa sortie au milieu des années 80 et même retoqué dans un premier temps aux USA par la maison de disques Columbia. Ce sont les reprises effectuées par d'autres artistes et en particulier par Jeff Buckley dans les années 90 qui vont assoir peu à peu sa notoriété. La mort de ce dernier à l'âge de 30 ans en 1997 va amplifier la portée de cet hymne qui deviendra ensuite dans une version expurgée l'un des titres-phares de la bande originale du premier "Shrek" (2001) puis de "Tous en scène" (2016). "Hallelujah" est le parfait exemple d'une oeuvre née dans les marges (outre son créateur, on peut citer l'interprète de l'une des premières reprises du titre dans un album-hommage à Léonard Cohen en 1991, John Cale, co-fondateur du groupe "The Velvet Underground") qui peu à peu s'impose jusqu'au centre de l'industrie anglo-saxonne du divertissement, que ce soit dans le cinéma d'animation, à la télévision dans les émissions de télé-crochet du type "The Voice" ou encore lors d'hommages comme celui en mémoire des victimes du coronavirus. Non sans avoir perdu quelques plumes au passage. "Hallelujah" est en effet dans sa version d'origine un texte d'inspiration religieuse comme son titre l'indique (il signifie "loué soit dieu" dans l'ancien testament soit en hébreu "hallelu" "Yah" (vé) devenu dans le nouveau testament "Alleluia", "loué soit le seigneur"). Le succès de cette chanson provient en partie du moins de cette inspiration dans le sacré de par sa capacité à fédérer, à faire communier comme dans une grand messe laïque (religion signifie "relier" dieu et les hommes et l'art fait partie du divin). Mais dans le texte d'origine, ce mysticisme était également intimement relié à l'acte sexuel, certains passages étant très explicites. Et ce sont eux qui évidemment ont disparu car cela aurait fait fuir le public familial ou même tout simplement le grand public. Le sexe et le sacré étant pourtant profondément liés, Léonard Cohen se montre bien plus authentiquement religieux que tant de théoriciens autoproclamés de la foi. Loué soit-il de nous l'avoir rappelé.

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Fitzcarraldo

Publié le par Rosalie210

Werner Herzog (1982)

Fitzcarraldo

Et si c'était le rêveur fou qui avait vu juste? Terry GILLIAM avait son Don Quichotte perdu dans la Mancha, Werner HERZOG son Fitzcarraldo "conquérant de l'inutile" et les deux réalisateurs ont en commun d'avoir entrepris des tournages homériques à la hauteur de leurs projets démesurés. Mais à la différence de Terry GILLIAM dont la première tentative se soldera par un échec, Werner Herzog, animé par le souci de coller au plus près d'un réel pourtant semé d'obstacles a priori impossibles à franchir parviendra au bout de son aventure. D'une certaine manière "Fitzcarraldo" n'est autre que le réalisateur soulevant des montagnes pour donner corps à son rêve. Et c'est cette sensation de voir un rêve se concrétiser dans le réel qui rend le film aussi fascinant. Il y a en fait deux parties dans le film. La première, "réaliste" est celle où les propriétaires terriens qui exploitent l'hévéa se moquent de Fitzcarraldo et de son projet de construire un opéra dans la jungle amazonienne. Pour trouver l'argent nécessaire, celui-ci décide d'acheter un bateau à vapeur afin de mettre en valeur un endroit non encore approprié mais réputé inaccessible. La deuxième commence quand le bateau à vapeur devient "le char blanc" hissé mètre après mètre au sommet d'une montagne par une tribu indienne qui lui fait ensuite dévaler un fleuve en furie dans l'espoir d'apaiser les démons des rapides. C'est à partir du moment où le chant de Caruso sorti du gramophone de Fitzcarraldo et les croyances indiennes se rejoignent et communient dans un même mysticisme que le film prend sa dimension complètement hallucinée. Et ce qui lui donne cette aura, c'est aussi que réel et fiction n'ont fait qu'un. Je l'ai souvent souligné (à propos des films de Tom CRUISE ou de George MILLER) mais aucun effet spécial ne remplacera jamais le vécu gravé dans les images animées telles que la terreur dans les yeux de Klaus KINSKI qui ne faisait pas semblant quand le navire dévalait les rapides ou sa joie en le voyant se soulever (on peut dire ce que l'on veut de cet acteur mais on ne peut pas nier son engagement total). On peut en dire de même des indiens qui se présentent devant la caméra tels qu'ils sont en réalité et utilisent leurs propres techniques pour hisser le bateau, combinées à celles des ingénieurs de l'équipe (ce qui est d'ailleurs retranscrit dans le film). Werner HERZOG manifeste du génie dans cette manière de capter le réel (imprévus compris comme la redescente du bateau) et de le faire entrer dans le film tout en lui donnant la consistance d'un rêve. Le bateau devient une sorte de monstre de métal qui gémit, se tort, se cabre et se cogne aux éléments mais en ressort vivant. L'anti-Titanic en somme.

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L'adieu à Freddie Mercury (Freddie Mercury: the final act)

Publié le par Rosalie210

James Rogan (2021)

L'adieu à Freddie Mercury (Freddie Mercury: the final act)

"L'Adieu à Freddie Mercury" est un documentaire passionnant et émouvant de la BBC que l'on peut diviser en deux parties. La première retrace la fin de vie du chanteur emblématique du groupe Queen en la resituant dans le contexte de l'époque, celui de la flambée du SIDA, maladie alors incurable qui faisait des ravages dans le milieu homosexuel. Il évoque également la stigmatisation sociale de l'homosexualité et des malades du SIDA dont beaucoup cachaient leur séropositivité et/ou leur orientation sexuelle. Ceux qui étaient célèbres comme Freddie Mercury étaient traqués par des médias avides de scoop ou bien proches de milieux conservateurs qui ne se privaient pas pour y répandre leurs propos homophobes ("ils l'ont bien cherché", "c'est un châtiment divin", "peste gay" etc.) alors que les pouvoirs publics négligeaient le problème ce qui révélait combien les homosexuels étaient considérés comme des citoyens de seconde zone. La deuxième partie évoque l'organisation et le déroulement du Freddie Mercury Tribute Concert organisé en 1992 au stade de Wembley à Londres par les membres survivants du groupe en mémoire du chanteur et pour sensibiliser l'opinion publique vis à vis de l'enjeu de la la lutte contre le SIDA. Le film ne se contente pas d'en montrer des extraits, il créé des liens entre participants et chansons interprétées. Les deux moments les plus marquants sont Bohemian Rhapsody et Somebody to love. Bohemian Rhapsody est la chanson hors-normes par excellence (genres, forme, durée, sujet) et comme personne ne pouvait à lui seul y remplir tous les rôles, toutes les voix, tous les styles, toutes les tessitures qu'y tient Freddie Mercury, ce sont pas moins de deux chanteurs aux personnalité diamétralement opposées qui y forment un duo électrique: Elton John (un proche de Freddie Mercury, est-ce étonnant?) pour la ballade et Axl Rose du groupe Guns N' Roses pour la partie hard rock (qui tort le cou aux rumeurs faisant de lui un homophobe et une diva ingérable en étant au rendez-vous et en faisant une entrée fracassante absolument géniale). Quant à Somedy to love, c'est le seul titre du groupe que George Michael voulait interpréter parce que la chanson avait un écho dans sa vie personnelle, lui qui était à l'époque un homo dans le placard (y compris vis à vis de sa famille) ayant longtemps vécu seul et qui allait bientôt perdre son premier compagnon du SIDA. La proximité entre lui et la star disparue est également vocale puisque George Michael s'avère être le seul interprète du concert capable d'approcher son amplitude et sa pureté.

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Le Salon de musique (Jalsaghar)

Publié le par Rosalie210

Satyajit Ray (1958)

Le Salon de musique (Jalsaghar)

"Le salon de musique", l'un des films les plus connus en France de Satyajit RAY est une oeuvre à la fois crépusculaire et enivrante qui raconte les derniers feux d'un monde sur le point de disparaître: celui d'une aristocratie bengalie raffinée et cultivée mais vivant dans sa tour d'ivoire hors d'une réalité qu'elle méprise et qu'elle refuse de voir changer. Pourtant celle-ci vient frapper à sa porte, que ce soit sous la forme de crues et de tempêtes dévastatrices qui inondent les terres, ruinent les récoltes et n'emportent avec elles les espoirs d'avenir ou bien dans son versant social avec l'ascension fulgurante d'une bourgeoisie de parvenus individualistes marchant sans complexe sur ses plates-bandes. Le salon de musique devient le théâtre de tous ces enjeux. Un lieu sacralisé, hors du temps, dans lequel le maharajah épris de musique et de danse continue de donner des fêtes somptueuses dans lesquelles il humilie son grossier rival, y sacrifiant sa famille et sa fortune dans une fuite en avant mortifère qui ne peut avoir qu'une issue tragique. Satyajit RAY nous offre un portrait nuancé de cet homme épris de beauté et garant d'un ordre paternaliste protecteur mais aveuglé par l'orgueil qui contemple passivement sa propre déchéance en se raccrochant à des chimères telles que la croyance en la noblesse de son sang, lequel s'avère pourtant ressembler à celui de tout le monde. Le film est ponctué de séquences de musique classique indienne ainsi que d'une scène finale de danse allant sur un rythme crescendo évoquant le bouquet final d'un feu d'artifices juste avant le néant.

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Ennio (Ennio: The Maestro)

Publié le par Rosalie210

Giuseppe Tornatore (2021)

Ennio (Ennio: The Maestro)

Documentaire-somme testamentaire incontournable, Ennio ressemble à une caverne d'Ali Baba dont le maestro accepterait de nous donner les clés. Connu pour sa réticence à se livrer aux journalistes, l'homme aux cinq cent partitions disparu en 2020 visiblement cette-fois ci en confiance devant la caméra de Giuseppe TORNATORE accepte d'expliquer au néophyte la genèse de ses créations les plus célèbres avec modestie, drôlerie et en décalage avec le caractère monumental de son oeuvre. Il faut le voir imiter le cri du coyote pour amorcer le générique de "Le Bon, la brute et le truand" (1966) par exemple. De nombreux cinéastes avec lequel il a travaillé (Gillo PONTECORVO, Bernardo BERTOLUCCI, Dario ARGENTO, Quentin TARANTINO, Clint EASTWOOD bien sûr etc.) ainsi que des compositeurs et musiciens célèbres (Quincy JONES, Bruce SPRINGSTEEN, John WILLIAMS) témoignent également sur son travail avec une admiration non dissimulée (qui peut parfois agacer par son manque de recul). Au-delà d'une analyse du génie créatif de Ennio MORRICONE dont le caractère précurseur est souligné, sa difficulté à entrer dans les cases explique sa reconnaissance tardive auprès des puristes et des académies. La musique de film, considérée comme commerciale était en effet méprisée par les maîtres du conservatoire où Ennio Morricone étudia, l'un d'eux allant jusqu'à la comparer à de la prostitution ce qui généra chez lui de la culpabilité et un sentiment d'infériorité. De plus avant son travail pour le cinéma, Ennio MORRICONE avait été arrangeur pour la variété italienne dans les années cinquante et au début des années soixante. Un domaine où il n'hésitait pas déjà à expérimenter de nouveaux sons, brouillant les frontières entre les arts majeurs et la culture populaire. On remarque également qu'il n'acceptait pas les compromis artistiques, pas plus qu'il n'accepta de céder aux sirènes hollywoodiennes (une des raisons qui explique qu'il ait été recalé cinq fois à la cérémonie des Oscars?) En tout cas, sa brillante, limpide et lumineuse masterclass génère 2h36 de bonheur pour le cinéphile et le mélomane qui fait largement oublier les longueurs, oublis et manques de nuances ici et là.

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Elvis

Publié le par Rosalie210

Baz Luhrmann (2022)

Elvis

J'ai bien aimé sur le moment les films précédemment vus de Baz Luhrmann ("Roméo + Juliette", "Moulin Rouge", "Ballroom Dancing") mais honnêtement, je n'en ai pas retenu grand-chose. "Elvis" tout aussi démesuré et baroque dans sa mise en scène me semble se situer un cran au-dessus des films précédemment cités. Donc être un film plus mémorable, et ce au moins pour trois raisons. La première tient à l'acteur qui incarne Elvis, Austin Butler qui est troublant de vérité en plus d'être incroyablement charismatique et d'avoir une voix proche de celle du King (sans parler de sa façon de bouger sur scène). On sent que son engagement est total. La deuxième tient à une lecture non manichéenne des personnages et de leurs relations qui fait l'objet d'un travail de fond. C'est une bonne idée d'avoir fait du colonel Parker (Tom Hanks, remarquable), l'impresario d'Elvis le narrateur du récit. Cet escroc manipulateur à l'identité mystérieuse et au passé trouble est à la fois celui qui a compris le potentiel d'Elvis et l'a amené au sommet et celui qui a tout fait pour lui couper les ailes afin de l'exploiter jusqu'à l'os avec un sens consommé du marketing. Et face à cette emprise, Elvis adopte une attitude étrange, tantôt soumise et néfaste, tantôt rebelle, comme s'il avait besoin d'une figure paternelle coercitive pour pouvoir s'affirmer et faire briller son talent. Enfin la troisième réside dans la lisibilité des enjeux autour de l'histoire et de la personnalité artistique du King. Le film se divise clairement en deux parties. Dans la première (années 50 et 60) qui repose sur une mise en scène hystérique coutumière du réalisateur avec une succession rapide de plans voire une combinaison d'images hétéroclites reliées par le split-screen, Elvis est un chanteur subversif qui s'attire les foudres du patriarcat puritain et raciste WASP en popularisant auprès des blancs une musique pétrie d'influences afro-américaines et en excitant les jeunes filles avec son déhanché suggestif. Dans la seconde au contraire (années 70) à la réalisation beaucoup plus posée permettant d'approfondir la dramaturgie, il se retrouve enfermé dans une tour d'ivoire par le colonel Parker qui parvient ainsi à le contrôler en l'empêchant de voyager hors des USA (car alors il lui aurait échappé) et à le transformer en machine à cash lui permettant d'éponger ses dettes de jeu en empochant jusqu'à 50% de ses gains (la norme étant 10% comme le souligne la série du même nom). Cette mue donne au film toute sa résonance et s'avère prometteuse pour la suite de la carrière de Baz Luhrmann.

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