Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles avec #film d'histoire ou de memoire tag

Death Mills

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1945)

Death Mills

Death Mills ("Les moulins de la mort" en VF) est le premier documentaire montrant ce que les alliés découvrirent lorsqu'ils libérèrent des camps de concentration et d'extermination en 1945. Il s'inscrit dans le cadre de la politique de dénazification menée par les USA dans l'Allemagne occupée. Il était destiné à être projeté aux allemands et aux autrichiens dans le but de leur ouvrir les yeux sur les crimes de leurs dirigeants. C'est pourquoi il fut tourné à l'origine avec une bande-son allemande et c'est pourquoi il insiste tant sur la notion de responsabilité collective. Il montre notamment comment les américains ont obligé les habitants des villes qui se trouvaient à proximité des camps à venir voir de leurs propres yeux les horreurs qui s'y trouvaient et à enterrer les cadavres de leurs propres mains.

Le manque de recul du documentaire (que l'on peut qualifier d'exemple "d'histoire immédiate") explique la large confusion qui y règne dans la qualification des crimes commis par les nazis. Les américains et leurs alliés ont principalement libéré des camps de concentration allemands (Dachau, Buchenwald, Bergen-Belsen etc.) Par conséquent la litanie des crimes égrenée par la voix off dans le documentaire témoigne de l'horreur concentrationnaire (privations de toutes sortes, exécutions, expériences médicales et autres tortures diverses) et non de la spécificité de la Shoah qui fut connue bien plus tard. En effet la Shoah se concentra dans 6 centres de mise à mort en Pologne dont 4 furent totalement rasés par les nazis en 1943. Les deux autres (Maidanek et Auschwitz) étaient mixtes c'est à dire qu'ils combinaient la concentration et l'extermination et ne furent que partiellement détruits. Ces deux camps furent libérés par les russes alors alliés des USA. Dans le documentaire, on voit surtout des images du camp de concentration d'Auschwitz I (les camps de concentration portaient l'inscription ironique "Arbeit macht frei") néanmoins et sans en mesurer le caractère spécifique, le documentaire évoque l'extermination des juifs à Birkenau (le pillage des biens des juifs, l'exploitation des corps, le gazage au Zyklon B qui contrairement à ce qu'il affirme n'était utilisé qu'à Birkenau, les fours crématoires).

Billy Wilder qui avait fui le nazisme et perdu une partie de sa famille à Auschwitz a réalisé ce film coup de poing entre Assurance sur la mort et Le Poison. Deux films aux titres assez évocateurs même si leur intrigue n'a rien à voir avec les crimes nazis. Le meilleur témoignage qu'il apportera sur l'après-guerre dans un film de fiction sera La Scandaleuse de Berlin en 1947.

Voir les commentaires

La Rose et la Flèche (Robin and Marian)

Publié le par Rosalie210

Richard Lester (1976)

La Rose et la Flèche  (Robin and Marian)

C'est un film qui m'a marquée par son réalisme et sa dureté aux antipodes de la légende glorieuse entourant la figure de Robin des bois. Les années 70, contestataires, étaient propices à la démythification. Par delà la légende de Robin des bois c'est toute une image idéalisée du Moyen-Age qui vole en éclats.

-Tout d'abord l'un des thèmes principaux du film est le vieillissement, véritable tabou de nos sociétés jeunistes. La première image du film montre des pommes vertes. Il s'agit de Robin et Marianne jeunes, sujet central de la légende mais pas du film. Ces pommes deviennent mûres dès la deuxième image. 20 ans ont passés, Robin et Marianne ont vécu, vieillis, perdus leurs illusions et ce sont à ces personnages quadragénaires interprétés par des acteurs eux-mêmes vieillissants (Sean Connery et Audrey Hepburn) que s'intéresse le film. La dernière image reprend le même symbolisme mais cette fois les pommes sont pourries car Robin et Marianne sont parvenus à la fin de leur vie.

- Le rythme du film est conditionné par ces esprits fatigués et ces corps usés mais aussi par une volonté de réalisme quasi-documentaire refusant le spectaculaire. Les gestes de Robin sont lourds, lents, il a du mal à se lever et à manier les armes. Le combat contre le shérif de Nottingham (Robert Shaw) montre deux hommes vieux (pour l'époque) suer sang et eau pour soulever leurs épées et se mouvoir dans leurs armures.

- La société féodale que dépeint le film est obscurantiste et barbare. Les nobles sont des rustres qui dédaignent le shérif parce qu'il sait lire (ce qui était plus ou moins réservé au clergé). Le roi Jean (Ian Holm) persécute les catholiques. Son frère, Richard cœur de lion (joué par Richard Harris) est un orgueilleux despote mû par la cupidité et une cruauté sans limites. Les atrocités qu'il ordonne contre les femmes et d'enfants lors des croisades font penser à la Shoah mais sa violence est aussi sociale lorsqu'il traite Robin de "paysan" ne supportant pas qu'il s'oppose à lui. La révolte de Robin trouve ses racines dans l'injustice sociale qui place les nobles dans l'impunité alors que les pauvres sont châtiés pour un oui ou pour un non. La forêt de Sherwood est une contre-société libertaire utopique dont l'existence apparaît plus qu'hypothétique. Face au pot de fer, le pot de terre ne fait pas le poids.

Voir les commentaires

Le Dictateur (The Great Dictator)

Publié le par Rosalie210

Charles Chaplin (1940)

Le Dictateur (The Great Dictator)

"La parole est d'argent, le silence est d'or". C'était par peur de se dévaluer, de se diluer dans la médiocrité que Chaplin a résisté au parlant plus de dix ans après sa généralisation dans la production cinématographique. C'est pourquoi son premier film parlant est une si formidable réflexion sur la parole en politique en même temps qu'un acte engagé d'un incroyable courage. On ne mesure peut-être pas aujourd'hui en effet le courage qu'il a fallu à Chaplin pour réaliser ce film, quasiment seul contre tous. En 1939-40 les USA avaient alors un positionnement isolationniste vis à vis de l'Europe et donc une attitude de neutralité vis à vis de l'Allemagne nazie. Cette neutralité voulue par la majorité de l'opinion publique était aussi un moyen pour de nombreuses entreprises (y compris à Hollywood) de faire de bonnes affaires avec les nazis. C'est pourquoi Chaplin subit toutes sortes de pressions et de menaces pour qu'il renonce à son projet d'alerter les USA et le reste du monde sur le danger du nazisme. Seule son indépendance artistique et financière acquise depuis 1919 lui permit d'aller jusqu'au bout.

Dans le Dictateur, Chaplin ouvre donc la bouche pour la première fois mais c'est pour prendre ses responsabilités. Face à un leader charismatique ayant mis le peuple allemand à sa botte et aveuglé le reste du monde, Chaplin joue à fond son rôle de miroir réfléchissant. Tout le monde a souligné la ressemblance entre Hitler et le réalisateur-acteur de l'année de naissance jusqu'à la fameuse petite moustache. Mais on a pas assez souligné la responsabilité du deuxième en tant que guide du peuple. Depuis l'affaire Dreyfus à la fin du XIX°, les intellectuels et les artistes ont un rôle à jouer dans la sphère publique, celui de mettre leur intelligence, leur talent et leur culture au service du plus grand nombre. C'est exactement ce que fait Chaplin dans le Dictateur. Tout en soulignant la ressemblance entre le barbier juif et Hynkel (traduction: tous les hommes sont de la même espèce et le racisme est une absurdité), il oppose deux manières de s'exprimer, deux manières de prendre la parole. Hynkel se caractérise par un sabir proche de l'éructation et de l'aboiement et dont la traduction fait ressortir l'absolue vacuité. Hynkel parle pour ne rien dire. L'homme en lui a capitulé et laissé la place à une bête assoiffée de haine et de désir de vengeance, capable de susciter les réactions pavloviennes de la foule hypnotisée et de ses collaborateurs aux noms évocateurs (Herring-Hareng pour Göring et Garbitsch-Ordure pour Goebbels). Par contraste le petit barbier juif amnésique a très peu de dialogues. La plupart du temps il se tait ou s'exprime très discrètement. Sauf à la fin lorsqu'il doit prendre la place de Hynkel (= ses responsabilités) et parler au peuple pour lui redonner de l'espoir. Son discours de six minutes d'un vibrant humanisme, les yeux dans les yeux de son public (et surtout par delà l'écran avec les spectateurs de chaque nouvelle génération qui découvrent le film) est si fort qu'il reste d'actualité près de 80 ans plus tard à l'heure du retour en force des nationalismes et de l'échec visible des progrès techniques à rapprocher les hommes.

Voir les commentaires

Une femme nommée Golda (A Woman Called Golda)

Publié le par Rosalie210

Alan Gibson (1982)

Une femme nommée Golda (A Woman Called Golda)

Biopic du début des années 80 sur la vie de Golda Meir dont le destin se confond avec l'histoire de l'Etat d'Israël et du sionisme. Ce téléfilm en deux parties d'une durée totale de plus de trois heures offre deux intérêts principaux.

Tout d'abord ce fut le dernier rôle d'une actrice de légende: Ingrid Bergman. Celle-ci était déjà malade au moment du tournage et disparut quatre mois après à l'âge de 67 ans. Néanmoins elle offre une interprétation marquante de ce personnage dont elle nous fait ressentir la force de caractère inébranlable. Golda Meir a en effet été une femme d'une envergure politique exceptionnelle qui avant Margaret Thatcher a été surnommée "la dame de fer". Dans le reste du casting on peut souligner la présence de Judy Davis âgée de seulement 27 ans dans le rôle de Golda jeune et de Léonard Nimoy (M. Spock) dans le rôle du mari de Golda, Morris.

Le deuxième intérêt du téléfilm est son aspect didactique. Il retrace en effet toute l'histoire contemporaine du peuple juif en Palestine de la déclaration Balfour de 1917 jusqu'à l'assassinat d'Anouar El Sadate au début des années 80. Il rappelle que l'origine du sionisme réside dans les pogroms subis par les juifs d'Europe centrale et orientale (Golda Meir née en 1898 est d'origine russe et a émigré avec sa famille aux USA). Après la disparition de l'Empire ottoman en 1918, il montre les tensions entre juifs et arabes dans l'entre-deux-guerres dans la Palestine sous mandat britannique. Golda et son mari vivent alors dans un kibboutz et celle-ci fait déjà figure de frondeuse. Puis après la seconde guerre mondiale alors qu'ils ont déménagé à Jérusalem, Golda se lance dans des négociations pour permettre aux enfants d'immigrants juifs d'entrer en Palestine alors que les britanniques, craignant une guerre civile ne les laissaient entrer qu'au compte-goutte. Elle rencontre ensuite dans des conditions rocambolesques le roi de Jordanie pour le convaincre de ne pas prêter main-forte à la ligue arabe qui veut attaquer Israël dès le jour de sa création. En vain, mais elle réussit à faire lever des fonds pour l'achat d'armes auprès de la communauté juive américaine. Par la suite alors que son mariage se défait et qu'elle s'éloigne de ses enfants on voit Golda gravir les échelons, devenir ministre du travail, des affaires étrangères puis premier ministre sans renoncer pour autant à son idéal de paix avec les pays arabes voisins. Mais la question palestinienne est à peine abordée dans le téléfilm alors que c'est le principal problème qui empêche la pacification de la région. Lorsque Golda meurt en 1978, rien n'est en réalité réglé. 

Voir les commentaires

Valse avec Bachir (Vals im Bashir)

Publié le par Rosalie210

Ari Folman (2008)

Valse avec Bachir (Vals im Bashir)

C'est un voyage en eaux troubles. Celles du trou de mémoire d'un vétéran israëlien de la guerre du Liban qui part à la reconquête de ses souvenirs. Les camarades de son ancien régiment qu'il interroge ne se contentent pas de lui raconter cliniquement ce qu'ils ont vécu. Lui racontent-ils d'ailleurs vraiment ce qu'ils ont vécu? "La mémoire est dynamique, vivante, il manque des détails, il y a des trous remplis de choses qui ne sont jamais arrivées". Ce qu'ils font remonter à la surface, ce sont des sensations, des impressions (ici une odeur de patchouli, là un tube des années 80...), des rêves aussi. Et peu à peu dans la tête de l'ex-soldat Ari, une image émerge du brouillard, une seule, toujours la même celle de lui-même et ses camarades sortant nus de la mer sous les tirs de fusées éclairantes. Une image ambiguë tant la scène est irréelle. Peu à peu, Ari réussit à retrouver le souvenir traumatique qui se cache derrière cette image. Les eaux troubles, ce sont aussi celles des pulsions humaines d'ordinaire les mieux enfouies et qui dans un contexte de guerre, éclatent au grand jour. La scène irréelle d'un soldat qui danse sous les balles en tirant en rafales devant un portrait de Bachir Gemayel, le président chrétien de la République libanaise qui vient d'être assassiné l'exprime parfaitement. En effet c'est la soif de venger cet assassinat (et la fascination érotique que suscite Gemayel chez ses partisans) qui pousse les milices chrétiennes phalangistes à faire une orgie de sang dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila en 1982. Le tout avec la complicité de l'armée israélienne qui tire des fusées éclairantes pour permettre aux phalangistes de continuer leur sale besogne pendant la nuit. Ce massacre des innocents est le point d'orgue d'une rage de destruction qui touche toutes les formes de vie (la scène "prémonitoire" du massacre des chiens puis des pur sangs arabes de l'hippodrome de Beyrouth).

Valse avec Bachir qui est largement autobiographique est donc à la fois un film historique, un film sur la mémoire, un film-enquête et un film-thérapie. Comme L'image manquante de Rithy Panh, la reconstitution du passé retravaillé par la mémoire passe par l'animation qui fait la part belle à l'imaginaire (et lui donne paradoxalement sa vérité). Seule la séquence de fin recourt aux archives documentaires qui témoignent mais ne retranscrivent pas l'expérience subjective de l'individu.

Voir les commentaires

Amen

Publié le par Rosalie210

Costa-Gavras (2002)

Amen

Il y a plusieurs façons d'aborder Amen. En tant que film historique, on peut le trouver simpliste, inexact, partial voire provocateur à l'image de son affiche polémique qui assimile la croix chrétienne et la croix gammée. De fait il y a des erreurs dans le film. Par exemple le Zyklon B est le seul gaz utilisé pour tous les camps alors qu'en réalité seul Auschwitz-Birkenau l'employait, les autres ayant recours au monoxyde de carbone. D'autre part Le film s'inspire du "Vicaire", une pièce de théâtre pamphlétaire des années 60 qui prenait des libertés avec la vérité historique. Le film a suscité un certain nombre de débats sur l'attitude du Vatican pendant la seconde guerre mondiale vis à vis de l'Allemagne nazie et vis à vis des juifs. Le fait est qu'aucune prise de position officielle claire n'a été prise mais qu'il y a eu des manœuvres en coulisses. Des manœuvres qui ont peut-être permis de cacher ponctuellement des juifs mais certainement pas de contrecarrer la Shoah en Europe ni même en Italie. Et le film rappelle aussi la collusion bien réelle entre certains nazis et certains ecclésiastiques au plus haut niveau qui a permis leur exfiltration en Amérique latine.

Ces réserves ne doivent pas occulter que le film soulève des questions pertinentes et montre certains rouages de la Shoah avec justesse. La dimension implacablement technique et administrative du massacre est bien démontrée à travers la circulation des dossiers ou les plans des chambres à gaz. La logique inhumaine des diplomaties d'Etat s'oppose aux efforts d'individus isolés qui finissent broyés par le système. Enfin, l'attitude à géométrie variable des Eglises catholiques et protestantes selon la nature des victimes de l'épuration raciale est remarquablement soulignée. Ainsi, il est rappelé que même si les nazis étaient antichrétiens et ont tout essayé pour diminuer l'influence des églises, ils avaient peur de leur opinion publique. Aussi lorsque les églises ont protesté contre le programme T4 d'euthanasie des handicapés, Hitler a dû faire arrêter la procédure ou du moins la rendre plus discrète. En revanche aucune autorité politique ou religieuse ne s'est opposée publiquement à l'extermination des juifs alors que la plupart des chancelleries étaient informées du massacre. C'est ce grand silence politique que Costa-Gavras dénonce, les petits calculs, l'indifférence, la lâcheté face à l'innommable, l'indicible.

Si la mise en scène très didactique s'efface parfois derrière son sujet, l'interprétation est globalement remarquable. On retrouve le brillant trio de la "Vie des autres", Ulrich Tukur dans le rôle du SS Kurt Gerstein, personnage réel dont le comportement de Juste ne sera reconnu que 20 ans après sa mort, Ulrich Mühe dans le rôle d'un médecin nazi particulièrement pervers (inspiré de Mengele) et enfin Sébastian Koch dans un rôle de SS plus mineur. Quant au jésuite Ricardo Fontana, il est joué avec sensibilité par Kassovitz mais son personnage pâtit de son manque d'approfondissement.

Voir les commentaires

Stalag 17

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1953)

Stalag 17

Stalag 17 fut un grand succès à sa sortie en 1953 mais est un peu oublié aujourd'hui. C'est dommage car c'est un excellent cru. Wilder, spécialiste du mélange des genres réussit à panacher avec brio la comédie et le film de guerre, le tragique et l'humour, le huis-clos de la pièce de théâtre d'origine et le grand cinéma populaire, le documentaire historique sur les conditions des vie des prisonniers de guerre et une enquête policière haletante. Une autre caractéristique du cinéma wildérien est particulièrement bien traitée ici: il s'agit des apparences trompeuses. Une taupe se dissimule dans la baraque 4 du stalag 17 (situé sur les bords du Danube) où sont enfermés des prisonniers de guerre américains en 1944. Leurs paroles compromettantes, leurs tentatives d'évasion, leurs cachettes clandestines sont systématiquement dénoncées au sergent Schultz (un faux débonnaire jouant double jeu) ou au commandant Von Scherbach (joué par Otto Preminger parce qu'il avait la réputation d'être aussi sadique que son personnage). Elles se soldent ainsi par des confiscations, exécutions et arrestations. Tous les regards accusateurs se tournent vers le sergent Sefton (William Holden) qui fait figure de coupable idéal. D'une part parce qu'il est farouchement individualiste, se tenant à l'écart des autres et ne leur faisant pas de cadeaux. D'autre part parce que sa moralité est plus que douteuse. Sefton est opportuniste et combinard, n'hésitant pas à extorquer les quelques biens que reçoivent ses camarades pour faire du marché noir avec les allemands et ainsi se payer toutes sortes de petits privilèges. Pourtant Wilder parvient à travers lui à condamner l'arbitraire, la justice sommaire et le lynchage. Plus le film avance, plus le personnage de Sefton gagne en intérêt et en complexité. Ses motivations à démasquer le vrai coupable et à sauver l'une de ses victimes restent ambigües (on peut penser qu'il n'agit que pour pouvoir s'enrichir, ce personnage ayant soif de revanche sociale). Mais il n'en reste pas moins qu'il agit avec sang-froid, clairvoyance et courage et que ses actions servent le "bien". William Holden remarquablement dirigé a reçu un oscar du meilleur acteur pleinement mérité.

Malgré le sérieux du sujet, le film n'a rien de pesant car la vie des soldats prisonniers parfois montrée de façon réaliste est aussi l'occasion de scènes de comédie pure comme celle où toute la baraque se déguise en Hitler pour parodier un rassemblement nazi et la lecture de Mein Kampf!

Voir les commentaires

Loving

Publié le par Rosalie210

Jeff Nichols (2016)

Loving

Loving commence comme une chronique quasi-documentaire du quotidien d'une petite communauté vivant dans l'Etat de Virginie en 1958. On travaille, on fait des courses de vitesse, on va boire et danser, on fait des projets. Bref, rien que de très banal s'il n'y avait pas des éléments perturbateurs. A commencer par les paysages campagnards de Virginie nimbés dans leur magnifique lumière et le son des grillons. Ces paysages représentent les racines. Ils sont filmés avec insistance comme témoins de ce qui se joue dans le film. D'accueillants, ils peuvent se transformer en un clin d'œil en sourde menace tout comme dans "Take Shelter", l'un des précédents films de Jeff Nichols. Une source menace qui créé une tension palpable durant tout le film et invalide l'interprétation de ceux qui n'y voient qu'une histoire à l'eau de rose.

Ce qui se joue dans ces paysages est révélé dès la première phrase du film "Je suis enceinte". D'où le deuxième élément perturbateur, la présence de Richard, un blanc, au milieu des noirs. Richard est le père du bébé à naître et feint d'ignorer le troisième élément perturbateur: les regards désapprobateurs posés sur lui et sur Mildred, sa compagne noire. Mildred, plus lucide que Richard sur ce qui les attend réagit avec anxiété lorsqu'il lui annonce qu'il a acheté un terrain et va leur construire une maison. Tant qu'ils vivaient ensemble en concubinage, couverts par leurs familles, leur couple était plus ou moins toléré. A partir du moment où Richard épouse Mildred dans un Etat voisin avant de revenir en Virginie, il franchit une ligne rouge invisible. Celle de la loi sur la pureté du sang promulguée en 1924 qui interdit les mariages interraciaux en Virginie. Le couple est donc persécuté pour ce qu'il représente de menace aux yeux des ségrégationnistes blancs qui brandissent en guise de justification l'interprétation erronée d'un passage de la Genèse et des doctrines raciales inspirées du règne animal.

Richard et Mildred vivent un véritable chemin de croix. Ils sont arrêtés en pleine nuit, emprisonnés, condamnés à une peine de prison auquel il ne peuvent se soustraire qu'en étant bannis de l'Etat. Les familles et amis adressent des reproches à Richard comme s'il était fautif, l'un d'entre eux lui demandant pourquoi il ne divorce pas. Mais toutes ces pressions se heurtent au mur du bien nommé Loving. Richard, bâti comme un roc taiseux impénétrable qui sait au plus profond de lui-même que la loi est injuste et qu'il ne fait rien de mal encaisse et souffre en silence. Mais à aucun moment il ne fait porter le poids des épreuves sur sa femme qu'au contraire il protège avec amour (d'où le surnom affectueux qu'il lui donne, brindille). Mildred, timide mais moins fataliste ne supporte pas l'exil. Elle choisit de retourner clandestinement en Virginie avec Richard et de se battre. Un combat judiciaire qui remontera jusqu'à la Cour suprême laquelle fera invalider les lois interdisant les mariages mixtes et le métissage à l'échelle de l'Union en 1967 dans le contexte de la lutte pour les droits civiques. La force de l'arrêt résidant autant dans son contenu que dans la symbolique des patronymes: Loving versus Virginia, la plus grande des forces humaines portant l'estocade à une Virginie virginale fantasmatique obsédée par la peur inepte de la "souillure" raciale.

Voir les commentaires

La scandaleuse de Berlin (A Foreign Affair)

Publié le par Rosalie210

Billy Wilder (1948)

La scandaleuse de Berlin (A Foreign Affair)

La scandaleuse de Berlin, septième film de Wilder tourné entre 1947 et 1948 est un tournant dans la filmographie. Pour la première fois, il superpose avec brio plusieurs genres et plusieurs thèmes: la comédie vaudevillesque (le triangle amoureux), le documentaire naturaliste (la survie dans les ruines de Berlin qui fait penser à "Allemagne année 0" à cause de la crudité des plans), le récit initiatique (la métamorphose de Phoebe Frost), le choc des cultures (américaine et germanique), la satire grinçante de l'occupation américaine et de la dénazification (l'occasion de gags bien sentis), la tragédie sous-jacente (les ravages de la guerre d'anéantissement).

On a souvent comparé la Scandaleuse de Berlin à Ninotchka dont Billy Wilder écrivit le scénario. Phoebe Frost (jouée par Jean Arthur) peut en effet être considérée comme une cousine yankee de l'héroïne communiste d'Ernst Lubitsch. Psychorigide jusqu'au bout des ongles elle vient à Berlin en tant que dirigeante d'une délégation du Congrès américain. Son rôle est de surveiller et de regonfler si nécessaire le moral des troupes. Elle va découvrir une réalité aux antipodes de ses principes (marché noir, prostitution...) et qui va produire sur elle une vraie métamorphose. Deux personnages jouent un rôle essentiel dans cette transformation: le capitaine Pringle (John Lund), un homme un peu faible et veule dont elle tombe amoureuse. Et Erika von Schlütow, une chanteuse de cabaret jouée par une Marlene Dietrich impériale tout droit sortie de chez Sternberg. Erika est l'antithèse de Phoebe, une femme marquée, désabusée, qui renvoie l'américaine naïve à ses utopies de petite fille et met en échec ses préjugés. C'est une femme dont le seul principe est l'instinct de survie. Ex-maîtresse d'un nazi en fuite, elle s'est reconvertie dans les bras du capitaine Pringle en échange de faveurs matérielles. Pringle séduit Phoebe pour faire diversion puis tombe amoureux d'elle mais ne peut rompre avec Erika. Il est en effet manipulé par l'armée qui cherche ainsi à coincer Brigel, l'ancien amant nazi d'Erika. Lorsqu'elle le découvre, elle conserve une dignité inébranlable.

Marlene Dietrich était très réticente au départ à l'idée de jouer ce rôle mais elle avait confiance en la capacité de Wilder à la sublimer (comme il l'a fait plus tard pour Audrey Hepburn et Marylin Monroe). Aux dialogies ciselés, à l'interprétation remarquable et aux images chocs, il faut également rajouter le brio de la mise en scène. La scène où Phoebe, troublée par le capitaine essaye en vain de se protéger en utilisant (en vain) les casiers des fichiers comme obstacles entre elle et lui trouve en bel écho dans la scène finale où le capitaine un peu honteux de sa conduite essaye d'échapper cette-fois ci à une Phoebe énamourée en dressant des chaises entre lui et elle.

Voir les commentaires

Un sac de billes

Publié le par Rosalie210

Christian Duguay (2017)

Un sac de billes

Un sac de billes est la deuxième adaptation cinématographique du roman autobiographique de Joseph Joffo, quarante deux ans après la première. A l'heure où les derniers survivants et témoins de la Shoah disparaissent et où les temps sont plus que jamais troublés, cette piqûre de rappel s'imposait. Le film dépeint à travers le périple et le regard d'un enfant toutes les facettes de la France durant la période de la seconde guerre mondiale: la zone occupée où l'étau se resserre inexorablement autour des juifs, la ligne de démarcation à franchir pour passer en zone libre au péril de sa vie, le relatif refuge qu'elle offre encore au printemps 42, le havre de paix que constitue Nice occupé par les italiens jusqu'en 43 et sa chute dramatique entre les mains des nazis, la montée en puissance des réseaux de Résistance et face à eux la radicalisation des pétainistes avec les exactions de la milice, la Libération enfin et ses règlements de compte sanglants. On mesure la force de caractère des frères Joffo face à la Gestapo qui s'acharne pendant des semaines à les faire craquer pour qu'ils avouent leurs origines. On peut également constater qu'ils ont eu beaucoup de chance, rencontrant à des moments décisifs les bonnes personnes. L'interprétation est remarquable, Patrick Bruel dans le rôle du père en tête. Mais aussi (et c'est plus surprenant), Christian Clavier et Kev Adams dans des rôles dramatiques. Mention spéciale également au travail sur la photographie avec des paysages et des lumières superbes qui offrent des respirations bienvenues. Le principal bémol outre la mise en scène trop sage concerne l'absence d'un véritable travail sur l'évolution physique et psychologique des enfants qui ne semblent grandir et mûrir que sur le papier.

Voir les commentaires

<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 > >>