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Titane

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2020)

Titane

Ira, ira pas? Je me suis posée la question pendant quinze jours. D'un côté un film qui traite de sujets qui m'intéressent et une réalisatrice dont le discours ému à Cannes et les tremblements incontrôlables de son bras tranchaient avec le caractère convenu des autres. De l'autre mon peu d'envie de me confronter à des scènes insoutenables. Finalement, ayant appris que ces scènes étaient brèves, prévisibles, peu nombreuses et concentrées dans la première partie, j'ai pu les gérer en fermant les yeux au moment adéquat. D'ailleurs si ces scènes sont globalement nécessaires dans le parcours du personnage d'Alexia, l'une d'entre elle (la plus longue) me semble limite superflue, comme un sacrifice fait au genre.

Quel genre d'ailleurs? Les scènes de meurtre se rattachent au slasher, celle de violence sur soi et de transformations corporelles au body horror, deux sous-genres du film d'horreur aussi bien occidental que nippon (j'ai personnellement beaucoup pensé à la saga Alien, à certains films de Brian DE PALMA et à "Akira" (1988) en plus des références citées partout à David CRONENBERG et à John CARPENTER). Il faut en passer par là pour que le film comme l'héroïne mue un peu (trop) abruptement vers une seconde partie très différente dans laquelle Alexia, sorte de cyborg qui se comporte à la fois comme une machine à tuer et un animal sauvage ne devienne Adrien, jeune homme transgenre frêle, ravagé et mutique en quête d'amour et d'acceptation. Alexia et Adrien tous deux incarnés par une impressionnante Agathe Rousselle sont en effet constitués d'un alliage d'homme, de femme et de métal*. Une fusion perturbante dont les manifestations marquent le spectateur: la plaque de titane se greffe sur le crâne, l'huile de moteur coule des orifices charnels et un enfant hybride en sort, une jeune femme utilise un long dard de métal sur ses victimes, un jeune homme danse lascivement sur un véhicule de pompiers sous les regards gênés de ses collègues et de son père adoptif. Vincent LINDON qui s'oppose en tous points au père biologique de Alexia (joué par Bertrand BONELLO) occupe en effet une position clé dans le film et il s'agit d'un choix de casting particulièrement judicieux. Car ce n'est pas tant sa quête de masse musculaire voire d'éternelle jeunesse que j'ai trouvé convaincante que le fait que son humanité ressort de façon saisissante dans un univers futuriste nocturne qui en manque cruellement. "On est responsable pour toujours de ce que l'on a apprivoisé" disait le renard dans Le Petit Prince et c'est exactement la ligne de conduite de Vincent (choix du prénom à mon avis non fortuit), prêt à recevoir tous les secrets que renferme le corps d'Adrien. Vraiment tous.

* Alliage qui sert de support réflexif à la déconstruction des stéréotypes de genre. Le lien femme-automobile au coeur de tant de publicités virilistes est par exemple un fil directeur du film de Julia DUCOURNAU sauf que si le point de départ (la scène de lap-dance dans un salon de tuning automobile) est tout à fait conforme aux pires clichés sexistes, la suite leur tord le cou, offrant aux regards masculins du film (et au spectateur) de quoi déranger cette vision caricaturale du monde.

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Happy Together

Publié le par Rosalie210

Wong Kar-Wai (1997)

Happy Together

Qui connaît un peu le cinéma de WONG Kar-Wai sait que le titre de son film ne peut être qu'une antiphrase. C'est l'impossibilité de la relation amoureuse qui est explorée dans "Happy Together", film qui joue admirablement tel l'accordéon argentin sur une alternance entre grands espaces dans lesquels les liens se dissolvent et à l'inverse la promiscuité étouffante du huis-clos d'un appartement délabré. "Ni avec toi ni sans toi" est la devise qui semble guider les agissements de Ho (Leslie CHEUNG) et de Fai (Tony LEUNG Chiu Wai), couple gay composé de deux caractères antinomiques qui ne cessent de se retrouver et de se déchirer. "Happy Together" fonctionne comme une danse de tango entre les deux pôles opposés de la planète, Hong-Kong et Buenos Aires. Pourtant, l'aspect le plus réussi du film ne réside pas dans la dramatisation mais dans l'exploration de l'intimité de ce couple au travers de gestes banals du quotidien criants de vérité qui m'ont fait penser à certains passages de "Mala Noche" (1985). L'ébauche de relation entre Fai et Chang (Chen CHANG) fondée sur le non-dit, les rencontres manquées mais aussi le rêve d'un ailleurs m'a fait penser au film le plus connu de WONG Kar-Wai, "In the Mood for Love" (2000) sans parler d'une esthétique très semblable. Néanmoins en dépit de son prix de la mise en scène à Cannes, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans "Happy Together" et que le fait que WONG Kar-Wai travaille sans scénario préétabli s'y faisait davantage ressentir.

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Rouge

Publié le par Rosalie210

Farid Bentoumi (2020)

Rouge

Après "Gagarine" (2020) en juin, je viens d'assister à ma deuxième avant-première d'un film qui était sélectionné pour l'édition du festival de Cannes annulée en 2020. "Rouge", le deuxième film de Farid BENTOUMI est un thriller écologique prenant qui se situe dans la lignée de "Erin Brockovich, seule contre tous" (2000) et du plus récent "Dark Waters" (2019). L'originalité du film se situe dans le conflit générationnel entre un père (Sami BOUAJILA) et sa fille (Zita HANROT) tous deux employés d'une usine chimique qui malmène l'homme et l'environnement mais qui est protégée par les élus et les employés eux-mêmes au nom de la sacro-sainte préservation de l'emploi. Le film est donc une étude passionnante de ce que le système peut produire d'aliénation au travers de la servitude volontaire de ses bons petits soldats du capitalisme, véritable chair à canon qui sacrifie sa santé et dissimule la vérité par peur du chômage et du déclassement social.* Une logique portée à l'extrême par Slimane, leader syndical qui occupe la place du majordome: chef des larbins au service des puissants, il protège ses troupes avec une logique mafieuse (omerta, loyauté) dont il n'a pas conscience. Cette conscience qui lui manque est porté par sa fille Nour (qui signifie "Lumière") qui incarne la jeune génération qui ne veut plus se taire. Au clivage générationnel s'ajoute aussi un clivage de genre: les lanceuses d'alerte sont des femmes plus sensibles que les hommes aux enjeux sanitaires et environnementaux (la journaliste incarnée par Céline SALLETTE est d'ailleurs enceinte). Dans un entretien du milieu des années 60, l'acteur Michel SIMON déplorait les ravages écologiques des 30 Glorieuses et soulignait que ceux-ci n'auraient pas été aussi graves si les femmes, mieux reliées à la nature que les hommes n'avaient pas été réduites au silence. Et bien en 2020 alors que "notre maison brûle", ce sont elles dont on entend la voix dans le film. Mais comme celui-ci fonctionne à plusieurs échelles, il ne manque pas aussi de souligner combien il est difficile de s'opposer aux siens, même si c'est pour les sauver. La crise de la famille patriarcale est en effet un autre thème majeur du film, sans manichéisme car Slimane s'avère être un père digne d'être aimé. La fin est même presque trop belle mais porteuse d'espoir.

* C'est pourquoi quand certains évoquent la liberté de disposer de notre propre corps, j'ai juste envie de rire face à cette énorme mascarade. Les ouvriers contaminés du film valent bien les soldats et les populations d'outre-mer irradiées au nom de la grandeur de la France et tant d'autres scandales sanitaires qui révèlent que les inégalités de classe sont toujours aussi vivaces (la différence d'espérance de vie entre cadre et ouvrier est d'ailleurs évoquée dans le film).

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Marriage Story

Publié le par Rosalie210

Noah Baumbach (2019)

Marriage Story

C'est le "Blow up" que Laetitia MASSON a consacré à Adam DRIVER qui m'a donné envie de voir "Marriage Story". Car non seulement Adam DRIVER est capable d'humaniser n'importe quel salaud mais il est capable de faire en sorte qu'une femme ressente de l'empathie pour lui. Ce qui montre à quel point Noah BAUMBACH a eu du nez en l'engageant. Car dans cette chronique d'un divorce à l'américaine qui fait penser à la fois à "Kramer contre Kramer" (1979) et à "Annie Hall" (1977) (non seulement "Marriage Story" en reprend les enjeux, notamment au niveau géographique, le couple se déchirant entre New-York et Los Angeles mais on y retrouve dans des seconds rôles quelques acteurs fétiches du cinéaste comme Alan ALDA et Wallace SHAWN) il n'y a qu'une seule chose qui ressort: le sentiment d'un immense gâchis humain. Le patriarcat qui dans une vision superficielle semble contenter les hommes en leur donnant le pouvoir les broie au final autant qu'il broie les femmes. Ceux-ci ne voient pas que ce déséquilibre initial est le ver dans le fruit qui mine lentement mais sûrement tout bonheur durable, la rancoeur s'accumulant jusqu'à finir par tout détruire. Car ce sont les femmes qui demandent majoritairement la séparation, lassées de ce jeu de dupes qui relègue leurs besoins, désirs, aspirations au second plan au profit de ceux du conjoint qui ne se rend même pas compte du fait que ce qu'il croit être un désir commun n'est que le sien, le milieu du spectacle servant de miroir grossissant. De plus, au travers de l'avocate jouée par Laura DERN, l'inégalité de traitement entre l'image que doit donner le père qui a le droit d'être imparfait et la mère qui doit jouer le rôle de la vierge Marie car on ne lui pardonne aucune faiblesse est bien souligné. Le film, d'une grande finesse d'écriture et soutenu par une interprétation remarquable offre une vision si nuancée des personnages et est si près d'eux et de leurs émotions qu'on ne peut que compatir à leur situation et éprouver du dégoût pour les soubassements peu reluisants de l'institution du mariage occidental.

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Mauvais sang

Publié le par Rosalie210

Leos Carax (1986)

Mauvais sang

Poème cinématographique non identifié, "Mauvais sang" est le film le plus culte de Leos CARAX. Les références s'y côtoient pêle-mêle (Arthur Rimbaud, les films noirs américains, "Scarface" (1931) en tête, la nouvelle vague française, Jean-Luc GODARD et Jean-Pierre MELVILLE avec un Serge REGGIANI qui plane physiquement et vocalement sur le film d'ailleurs il travaille dans un aérodrome ^^, Jean COCTEAU, Louise BROOKS, Charles CHAPLIN, Louis-Ferdinand Céline, Ingmar BERGMAN dans son volet expérimental etc.) pour composer une symphonie eighties d'un romantisme aussi sombre que flamboyant. Le mauvais sang évoque le sida, plaie de la décennie qui est évoqué de façon métaphorique pour frapper de plein fouet une jeunesse éprise d'une liberté hors de sa portée. On ne compte plus les courses vers quelque impossible ailleurs, celle de Denis LAVANT sur "Modern Love" de David BOWIE étant passé à la postérité (et ce passage porte aussi la marque de son époque, celle du vidéo-clip qui faisait alors concurrence au cinéma avant que cette opposition ne soit dépassée comme le montre la présence de Mylène FARMER au jury de Cannes en 2021). Course à pied mais aussi en voiture et à moto (ce qui préfigure "Annette" (2021) et son amour dangereux). Mais la mort est au bout du chemin, le piège se referme comme de nombreux plans le suggèrent (la toile d'araignée du parachute, les rayons laser protégeant l'antidote au virus) et c'est un autre texte et un autre clip qui s'impose à moi, postérieur de cinq ans à "Mauvais sang" mais qui préfigure aussi "Holy Motors" (2012), celui de "Osez Joséphine" Alain BASHUNG et son parolier-poète, Jean Fauque. Car si la mort est au bout du chemin, la flamme de la jeunesse et sa quête d'absolu s'incarne à travers l'amour fou mais impossible de Alex le prestidigitateur ventriloque pour Anna (Juliette BINOCHE à l'aube de sa carrière) sous la coupe d'un truand qui pourrait être son père mais qui est aussi un avatar du père d'Alex (joué par Michel PICCOLI) tandis qu'une autre jeune fille s'épuise à courir après Alex (Julie DELPY). Respectivement âgés en 1986 de 25, 22 et 17 ans, Denis LAVANT, Juliette BINOCHE et Julie DELPY font hennir les chevaux du plaisir sans pour autant s'opposer à la nuit.

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Mulholland Drive

Publié le par Rosalie210

David Lynch (2001)

Mulholland Drive

En revoyant "Mulholland Drive" je me suis dit qu'il faudrait un jour parler du "bleu Lynch" exactement de la même façon dont on parle du "bleu Klein". Comme nombre d'autres cinéastes, David LYNCH est aussi peintre et coloriste et la couleur occupe une place déterminante dans ses récits, spécifiquement les couleurs primaires, bleu, jaune et rouge. Si un film comme "Blue Velvet" (1985) annonçait la couleur si j'ose dire en tapissant littéralement le décor, dans "Mulholland Drive", le bleu n'apparaît que par touches mais la symbolique est la même, sauf que le terrier du lapin d'Alice n'est plus le conduit d'une oreille nécrosée mais une boîte bleue ne s'ouvrant qu'avec une clé de même couleur et aspirant la caméra dans les ténèbres. De l'autre côté du miroir, une autre clé, d'un modèle différent mais de la même couleur apparaît. Clé, serrure, rideau, velours, boîte (dont l'intérieur ressemble à une scène miniature), tunnel et même la perruque bleue du dernier plan, tout cela renvoie à la fois à l'inconscient, à la sexualité féminine et au monde du spectacle, les trois thèmes inextricablement entrelacés de "Mulholland Drive".

"Mulholland Drive" pousse cependant plus loin que nombre de films de David LYNCH sa logique de dédoublement tout en rendant quasiment impossible de distinguer ce qui relève du rêve, du jeu ou de la réalité, sauf lorsque le jeu est mis en abyme sur une scène, qu'elle soit matérialisée par un plateau de cinéma, une scène de théâtre ou le bureau d'un producteur. David LYNCH va même jusqu'à révéler au cours d'une séquence que ce que le spectateur prend pour la réalité n'est qu'une répétition en vue d'une audition. Il n'a besoin pour cela que d'élargir le cadre afin que l'on puisse apercevoir le texte entre les mains des actrices, révélant ainsi au spectateur les ficelles de cet art d'illusionniste qu'est le cinéma. Mais par-delà son caractère assumé de méta-film qui explique en partie son aura auprès de la critique cinéphile professionnelle qui adore le cinéma quand il se prend lui-même pour sujet (il suffit de voir la place privilégiée dans les classements qu'occupent "Le Mépris" (1963) ou "Vertigo") (1958), le film opère un brouillage des identités tel entre Betty (Naomi WATTS révélée par le rôle) et Rita (Laura Elena HARRING) qui de l'autre côté du miroir se nomment respectivement Diane et Camilla qu'il suggère dans le fond qu'elles sont parfaitement interchangeables. L'amnésie est une belle métaphore pour suggérer l'absence d'identité propre des actrices hollywoodiennes, contraintes si elles veulent réussir de se laisser modeler par tout un monde de décideurs uniformément masculin qui s'agite en arrière-plan du film (réalisateur, producteur hommes de main mafieux etc.) La référence à l'actrice Rita HAYWORTH rousse dans "Gilda" (1946) qui devint ensuite blonde aux cheveux courts pour son mari réalisateur dans "La Dame de Shanghai" (1947) est explicite, de même que la brune qui se change en blonde se réfère sans le dire à "Vertigo" (1958) lui aussi fondé sur le mythe de Pygmalion. Cette inégalité entre les hommes qui tirent les ficelles dans l'ombre et des femmes starifiées au premier plan mais instrumentalisées rejaillit sur les relations qu'elles ont entre elles. Relation que l'on croit longtemps complice voire fusionnelle alors que le jeu de pouvoir inhérent à leur féroce mise en concurrence par les hommes transforme cet amour narcissique en haine meurtrière. L'envers du rêve hollywoodien symbolisé par une Betty au sourire béat et aux yeux émerveillés devient alors le cauchemar d'une Diane dépressive, alcoolique et rongée par la souffrance jusqu'aux portes de la folie et du suicide.

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Boy Meets Girl

Publié le par Rosalie210

Leos Carax (1984)

Boy Meets Girl

Naissance d'un auteur de 24 ans: Leos CARAX avec ce premier film traversé de fulgurances poétiques et de trous d'air comme le seront les suivants, la jeunesse en prime, sous le signe de la lune plutôt que du lion* bien "que l'on soit de la balance ou du lion, on s'en balance, on est des lions" pour reprendre la citation que l'on entend dans le film extraite de la chanson "Vingt ans" de Léo FERRÉ. Errance nocturne décalée dans Paris d'un jeune homme qui ressemble à Leos CARAX comme un frère (normal, il s'appelle Denis LAVANT et a presque le même âge, 23 ans). Il faut dire qu'il a une conception toute personnelle de "la carte du tendre", dissimulant sous un cadre un tracé de la ville de Paris où sont localisés les faits saillants de sa vie en forme de parcours spatio-temporel depuis sa naissance: la bohème, l'art, l'amour et la mort y occupent une place privilégiée de même que la Seine et le Pont-Neuf. Mais il ne se passe pas grand-chose dans ce film quelque peu irréel où l'intérêt est ailleurs: dans la manière de jouer sur le sens des mots et des expressions. "Payer un café" est par exemple interprété au sens littéral comme le font les personnes atteintes de troubles du spectre autistique. "Peureux" y résonne comme "heureux". On y "caresse l'idée de caresser" et on préfère "revivre ses rêves" que les réaliser. On s'y espionne "comme un étranger, comme un corps étranger" tant il est vrai que l'ancrage parisien dissimule le fait de ne pas se sentir de ce monde "Essaye encore, terrien!" est le mantra qui scande la fin du film, braqué vers la lune et les étoiles, figurées au travers du clignotement d'un jeu de flipper ou bien dans l'émission pour enfants "Bonne nuit les petits" projetée à un parterre de bébés (et oui, l'association enfance et rêve spatial est présente dès ce film et on voit bien la filiation avec "Annette" (2021) de même qu'avec David BOWIE l'extra-terrestre au coeur d'une des séquences les plus mémorables de "Mauvais sang") (1986).

* "Le Signe du Lion" (1959), premier long-métrage de Éric ROHMER décrit l'errance dans un Paris brûlant et déserté en plein mois d'août d'un musicien américain privé de ressources. Même si les critiques considèrent que "Boy meets girl" est placé sous le signe de Jean-Luc GODARD, je le trouve personnellement très rohmérien parce que Rohmer est un cinéaste de l'errance (dommage que comme tant d'autres cinéastes, on lui ait collé une étiquette qui dissimule la richesse de ses films).

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Papicha

Publié le par Rosalie210

Mounia Meddour (2019)

Papicha

Un sujet fort et des actrices remarquables, Lyna KHOUDRI en tête (César du meilleur espoir féminin et que j'ai découvert dans "Gagarine" (2020) dans lequel elle est également excellente) mais un scénario maladroit et une réalisation brouillonne font que ce "Papicha" ne parvient pas réellement à décoller, contrairement à "Mustang" (2014) qui traite d'une thématique proche. Si "Papicha" (dont la traduction littérale est "jeune fille coquette" mais celle-ci ne rend guère compte de l'ambiguïté du mot qui peut s'entendre comme "jeune fille facile") s'embourbe, c'est d'abord parce qu'il contient en réalité deux sujets et non un seul: d'une part la condition féminine dans les pays du Maghreb en proie à la montée de l'islamisme intégriste et de l'autre les débuts de la guerre civile algérienne des années 90. Cette dernière n'est qu'une toile de fond d'autant que le choix de faire des plans resserrés sur les personnages étouffe complètement le contexte dans lequel ils vivent. Le vrai sujet de "Papicha", c'est la pression sociale qui s'exerce sur le corps féminin dans l'espace public à travers sa tenue vestimentaire. Il n'y avait pas besoin pour cela de situer l'intrigue dans l'Algérie en guerre, la question est également récurrente en France sous diverses formes: interdiction du foulard islamique à l'école, interdiction du voile intégral dans l'espace public, arrêtés municipaux interdisant le burkini et maintenant débat sur le crop top dans les collèges et les lycées. Et bien entendu, derrière ce débat s'en profile un autre qui est celui de la domination des hommes sur les femmes. Là encore pas besoin de se délocaliser pour traiter du harcèlement de rue ou des tentatives de viol. A cette surcharge thématique vient s'ajouter de grosses maladresses de réalisation et de scénario comme la mort de la soeur qui semble surgir comme un cheveu sur la soupe ou l'attaque finale tout aussi grossièrement amenée et qui est filmée de façon peu lisible. Un montage moins heurté aurait également permis de pouvoir mieux lire les images. Bref, le manque de maîtrise général handicape beaucoup le film et c'est d'autant plus dommage qu'il avait de réels atouts au départ.

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Hôtel du Nord

Publié le par Rosalie210

Marcel Carné (1938)

Hôtel du Nord

Ah mais quel bonheur de humer de nouveau l'atmosphère de ce Paris disparu des années 30, un Paris d'époque plus vrai que nature, un Paris des petites gens avec leur gouaille et leur accent inimitable, une vraie vie de quartier qui est en train aujourd'hui d'agoniser, le canal Saint-Martin devenant pour le coup comme nombre d'autres lieux d'intérêts du centre de Paris un décor pour touristes plus fake que celui que le génial Alexandre TRAUNER a construit pour les scènes reconstituées en studio du film. Alors certes, le réalisme poétique de Marcel CARNÉ doit se passer de son dialoguiste et scénariste d'exception, Jacques PRÉVERT mais cela est compensé par une galerie de personnages hauts en couleur qui sont chacun comme autant de poèmes faisant claquer les répliques avec leurs intonations, leur phrasé si particulier. La scène d'ouverture chorale de la première communion dans un hôtel en forme d'auberge espagnole (Cédric KLAPISCH se situe en effet totalement dans cette filiation et le petit Manolo rappelle la guerre d'Espagne alors toute proche) est un savoureux et plantureux repas pour gourmets cinéphiles entre un jeune Bernard BLIER (qui avait encore des cheveux) voué à jouer les compagnons soumis et cocufiés auprès d'une Paulette DUBOST jouant un rôle proche de la Lisette de "La Règle du jeu" (1939) un François PÉRIER féminin tout juste sorti de l'adolescence, un ANDREX baratineur et séducteur préfigurant Pierre BRASSEUR sous le regard bienveillant des aubergistes, Jane MARKEN (abonnée au rôle mais aussi sympathique dans ce film qu'elle est fielleuse et minaudière dans "Les Enfants du paradis") (1943) et André BRUNOT. En dépit du raciste local, le flic joué par Marcel MELRAC, l'accueil se fait à bras ouverts, même vis à vis de quelques personnages moins fréquentables qui ne sont pas invités à table mais vivent dans le même hôtel. Il s'agit du drôle de couple formé par Raymonde ( ARLETTY, révélée par le rôle) une prostituée forte en gueule et en punchlines cultes (tout le passage atmosphérique est en tête de gondole mais il y en a d'autres) et par Monsieur Edmond (Louis JOUVET) son proxénète au visage indéchiffrable qui semble se cacher. Et puis il y a l'autre couple, celui de la chambre 16 dont je me suis toujours demandé s'il n'avait pas inspiré le titre de Édith PIAF, "Les Amants d'un jour". Volontairement ectoplasmique, ce couple n'a d'intérêt que dans la mesure où il sert de révélateur aux autres personnages. Revenue d'entre les morts, Renée ( ANNABELLA) est accueillie à bras ouverts dans la fameuse auberge et se retrouve dans la position de celle devant qui les hommes jettent le masque. C'est ainsi qu'elle et Adrien évoquent de façon parfaitement naturelle l'homosexualité de ce dernier (alors qu'on est en 1938!!) puis que Monsieur Edmond se dévoile à elle dans un tête à tête qui m'a rappelé celui de "L Extravagant Mr. Deeds" (1935) quand, assis sur le banc d'un parc au milieu de la nuit, Babe (Jean ARTHUR) ouvre son coeur à Deeds (Gary COOPER). Que dire alors de la magnificence de la prestation de Louis JOUVET qui passe littéralement de l'ombre à la lumière et dont la retenue dans l'expression des sentiments me fait penser à celle de Anthony HOPKINS. Comme le dit son personnage tragique mais digne, au moins il aura vu plus de pays en trois jours que durant tout le reste de son existence. Même une séquence aussi banale en apparence qu'une déclaration d'amour prend une saveur particulière rien qu'en écoutant les acteurs parler d'un débit si rythmé qu'il en devient presque musical. Donc désolé mais à mes yeux "Hôtel du Nord" (1938) est un joyau et non un film de "seconde zone" dans la carrière de Marcel CARNÉ.

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Imitation Game (The Imitation Game)

Publié le par Rosalie210

Morten Tyldum (2014)

Imitation Game (The Imitation Game)

"Imitation game" est un biopic sur Alan Turing, mathématicien et cryptologue britannique considéré comme l'un des pères fondateurs de l'informatique. Pendant la seconde guerre mondiale, il joua un rôle important dans le décodage des messages de la machine Enigma dont l'armée allemande se servait pour communiquer de façon cryptée. Il est aussi l'un des précurseurs de l'ordinateur, Colossus étant une version perfectionnée de sa propre machine à calculer (dite "machine de Turing" ou "bombe de Turing"), elle-même inspirée d'inventions polonaises. Comme toute innovation majeure, l'ordinateur est donc le fruit d'une chaîne de perfectionnements et non la création d'un seul homme. C'est là l'un des nombreux arrangements avec la réalité du film de Morten TYLDUM qui s'avère aussi académique que peu scrupuleux avec la vérité historique. Certes, tout travail d'adaptation oblige à faire des raccourcis, des simplifications, des choix dans le foisonnement du réel. Mais on peut le faire en restant fidèle à l'essentiel. Or l'objectif affiché étant de fournir un long-métrage calibré pour plaire au plus grand nombre avec un label "film de prestige" en vue des Oscar (on l'a d'ailleurs beaucoup comparé à "Le Discours d un roi") (2010), la vie de Alan Turing est biaisée pour faire rentrer celui-ci dans les bonnes cases. Son homosexualité par exemple est reléguée en toile de fond, devenant presque abstraite afin de gonfler au maximum une romance hétérosexuelle plus bankable avec Keira KNIGHTLEY. Comme si cela ne suffisait pas, pour expliquer son génie (car dans les films de ce type hyper balisés, linéaires, sans zones d'ombre, il faut toujours une explication pour tout), on lui colle une étiquette d'autiste asperger ce qu'il n'était manifestement pas. J'ai eu souvent l'occasion de m'insurger contre la vision stéréotypée que le cinéma donne des autistes asperger, tous géniaux et tous géniaux en mathématiques tout en étant infréquentables par ailleurs. Cliché, cliché, cliché. Enfin, ne reculant devant aucune lourdeur, on a droit a une séquence gênante censée présenter un dilemme moral au cours de laquelle l'un des membres de l'équipe de cryptologues supplie que l'on sauve son frère juste après qu'ils aient découverts que le message qu'ils ont décodé ordonne de couler des bateaux (encore une erreur historique d'ailleurs, les messages s'adressant à l'armée de l'air et non à la marine ce qui est logique, cette dernière étant le maillon faible des nazis). Dans la même recherche d'émotion facile, l'ordinateur s'appelle Christopher du nom du premier amour (platonique sinon ce n'est pas bankable) de Alan Turing. Dans la réalité il s'appelait Victory: un but collectif bien plus juste qu'un attachement sentimental isolé et qui rappelle que les américains participaient au projet ce qui est occulté par un film qui n'entend rien à l'Histoire. La reconstitution des années 50 le prouve: le contexte de persécution des homosexuels dans le cadre de la paranoïa anticommuniste lié à la guerre froide et au maccarthysme est réduit à sa plus simple expression. Seule la performance de Benedict CUMBERBATCH mérite d'être soulignée mais elle offre bien moins de nuances que dans "Sherlock" (2010), l'acteur étant tributaire du film.

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