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L'Intérêt d'Adam

Publié le par Rosalie210

Laura Wandel (2025)

L'Intérêt d'Adam

Dès les premières images, j'ai eu l'impression d'être plongée dans un film sous influence: plus précisément celle des frères Luc DARDENNE et Jean-Pierre DARDENNE. Impression confirmée lorsque j'ai vu qu'ils étaient les producteurs du film, Luc DARDENNE ayant également participé à l'élaboration du scénario. Pour être plus précise, j'ai eu l'impression de voir "Rosetta" (1999) entre les quatre murs d'un hôpital pédiatrique. Une Rosetta blonde et beaucoup plus âgée, Lucy, jouée par Lea DRUCKER que la caméra portée suit dans ses déplacements, la filmant la plupart du temps de dos sans la lâcher d'une semelle. De plus le film est un drame social qui nous plonge au coeur de la crise de l'hôpital public avec le même sentiment d'urgence que l'on retrouve dans d'autres films traitant du même sujet (par exemple "La Fracture") (2020) ou de sujets proches ("Polisse") (2011). Entre ses interventions auprès d'un panel de cas sociaux (insomnies causées par la promiscuité d'un logement surpeuplé, avortement transformé en appendicite pour éviter le rejet d'une adolescente par sa famille croyante et traditionnelle, père tentant de s'opposer à un examen effectué sur son fils par une femme etc.), Lucy ne cesse de se heurter à l'épineux problème posé par la mère du petit Adam (Anamaria VARTOLOMEI) hospitalisé à la suite d'une décision de justice pour malnutrition. Le film raconte le refus de cette mère de se plier aux injonctions institutionnelles, celles-ci étant incarnées par des agents (qu'ils soient hospitaliers, sociaux, judiciaires) sans empathie voire prêts à employer la force. Lucy tente de jouer le rôle d'intermédiaire quitte à sortir des clous elle aussi. Le film donne des éléments d'explication sur les raisons de son empathie, néanmoins comme souvent au cinéma on a du mal à croire qu'une professionnelle puisse ainsi se prendre de passion pour une inconnue. Et Anamaria VARTOLOMEI est un peu trop fraîche et pimpante pour le rôle qu'elle joue. Mais la relation complexe et tendue qui se noue entre les deux femmes est assurément l'aspect le plus intéressant du film.

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Le Secret magnifique (Magnificent obsession)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1935)

Le Secret magnifique (Magnificent obsession)

Comme pour "Mirage de la vie" (1959), j'ignorais que "Le Secret magnifique" (1954) était le remake d'un film de John M. STAHL réalisé au milieu des années 30. A partir d'un livre édifiant visant à convertir les mécréants au christianisme, John M. STAHL a réalisé un film qui pose les jalons de celui de Douglas SIRK*. John M. STAHL assume les énormes ficelles de l'intrigue avec ses coïncidences improbables en cascade et ses rebondissements invraisemblables, il allège le mélodrame par des touches d'humour et une grande sobriété dans sa mise en scène. Pas de fioritures: le cinéaste va à l'essentiel. Irene DUNNE offre un jeu sensible tout en retenue et Robert TAYLOR dans l'un de ses premiers rôles est prometteur même s'il n'égale pas Rock HUDSON.

* Le sens de l'oeuvre est en effet le même et je peux reprendre mot à mot ce que j'écrivais à propos du film de Douglas SIRK:

" Le mysticisme se manifeste dès les premières images par ce qui s'apparente à un baptême et une renaissance (ou une résurrection). La coquille vide qu'est Bob Merrick qui a toujours évité dans son parcours de se frotter aux épines de la vie (mais qui de ce fait en ignore également les joies) a un accident dont il réchappe grâce au sacrifice d'un autre homme qui s'avère être une sorte de "Christ rédempteur" laïque. Du moment où celui-ci le ranime en lui transférant son souffle de vie (c'est ainsi que j'interprète l'histoire du respirateur qui sauve la vie de Bob Merrick au prix de celle du docteur Hudson), Bob devient un homme tourmenté, obsédé par le poids de ce qu'il considère comme sa faute, poids qui s'alourdit encore davantage quand survient l'accident de l'épouse du médecin qui lui a sauvé la vie, accident dont il se sent responsable. L'histoire raconte comment au terme d'un cheminement tortueux Bob Merrick finit par devenir l'homme qui l'a sauvé et qui de ce fait peut sauver à son tour de façon totalement désintéressée. Bien évidemment l'amour joue un rôle central dans le film puisque Bob tombe amoureux de Helen, la veuve du docteur Hudson dont l'aveuglement, littéral et symbolique est une autre des thématique majeures du film. Si elle ne voit pas l'amour ardent que Bob lui porte et en quoi il peut lui redonner vie à elle aussi c'est qu'elle est aveuglée par les préjugés liés aux frasques du passé de Bob, à sa réputation de playboy, au fait qu'il est involontairement responsable de la mort de son mari et à ses maladresses répétées qui ne plaident pas en sa faveur. En fait il faudra qu'elle en passe par la cécité pour qu'elle commence enfin à voir qui il est ou plutôt qui il est en train de devenir. Un cheminement invraisemblable dans la dimension prosaïque mais limpide sur le plan spirituel."

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Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Publié le par Rosalie210

Huang Shuqin (1987)

Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Considéré comme le premier film féministe chinois, "Woman, Demon, Human" est semi-autobiographique: la réalisatrice se dépeint à travers l'héroïne, Qiuyun qui veut percer dans un domaine artistique dominé par les hommes. Mais Huang Shuqin s'inspire également de Pei Yanling, célèbre actrice d'opéra chinoise qui interprète les scènes d'opéra du film.

L'histoire joue sur les masques et les identités dans un monde très genré. Comme au Japon avec le Takarazuka, Pei Yanling s'est spécialisée dans l'interprétation de rôles masculins. Le film met en lumière son interprétation légendaire de l'histoire de Zhong Kui, le chasseur de démons devenu très populaire à partir du VIII° siècle lorsqu'un empereur chinois malade se réveilla guéri après avoir vu en rêve Zhong Kui dévorer un esprit qui le tourmentait*. Le film s'ouvre d'ailleurs sur la métamorphose de Qiuyun en cet être laid et repoussant.

Evoquant trois périodes de la vie de Qiuyu (enfance, adolescence, âge adulte) avec des ellipses, le film se caractérise par sa beauté mais aussi par une cocasserie assez irrésistible: les personnages à la manière du "Molière" de Ariane Mnouchkine jouent au sein d'un théâtre itinérant dans les campagnes, au milieu des dingos de tous poils et des bébés braillards. L'héroïne aussi déterminée que douée réussit un accomplissement dans la voie artistique en dépassant le clivage des genres et les canons de beauté grâce à Zhong Kui mais échoue à s'épanouir dans sa vie privée, elle qui a été abandonnée enfant par sa mère, partie avec un autre homme.

* L’histoire de Zhong Kui est une célèbre légende chinoise : talentueux lettré parti à la capitale passer les examens impériaux avec son ami Du Ping, Zhong Kui arrive en tête, mais l’empereur lui retire le titre de zhuangyuan qui lui revenait de droit, son extrême laideur le rendant impropre, selon lui, à exercer une fonction publique. Choqué, Zhong Kui se suicide en se fracassant la tête sur les marches du palais, ce qui le condamne à l’enfer. Mais le roi des Enfers le nomme roi des démons, en charge de les chasser et les éliminer. Pour remercier Du Ping qui a organisé ses funérailles, il revient dans son village lui donner sa sœur cadette en mariage.

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Images de la vie (Imitation of life)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1934)

Images de la vie (Imitation of life)

J'avoue mon ignorance: avant la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque, je n'avais jamais entendu parler de John M. STAHL. J'ignorais que les somptueux mélodrames de Douglas SIRK étaient pour certains d'entre eux les remakes des années cinquante des films de John M. STAHL des années trente. Et en particulier celui que je préfère "Mirage de la vie" (1959) qui en VF devient chez John M. STAHL, "Images de la vie" (1934). Mais en VO, ils portent le même titre, "Imitation of life" car tous deux sont l'adaptation d'un livre de Fannie Hurst sorti en 1933 traitant à la fois de la question sociale, raciale et de la place des femmes dans la société américaine. Le film de John M. STAHL apparaît donc à la fois encore plus audacieux pour son époque que celui de Douglas SIRK en dépeignant une famille matriarcale, multiraciale et recomposée tout en étant si possible plus cruel encore en démontrant l'impossibilité de sortir de sa condition ou de trouver sa place dans une société ségrégationniste, raciste et hiérarchisée. Un plan absolument parfait résume entièrement le film, celui qui montre Bea et Delilah rejoindre en même temps leur chambre, chacune située à une extrémité d'un escalier à vis, mais l'une en haut, l'autre en bas: on ne peut pas mieux définir le lien qui les unit et qui les sépare en même temps. Le film de John M. STAHL se centre en effet sur la relation entre les deux mères. L'évidente complicité qui les unit, la similitude de leur situation (deux veuves élevant seules leurs filles) et la réussite de leur entreprise grâce à leur complémentarité est ternie par le racisme systémique qui infériorise Delilah et finit par la détruire. Paradoxalement, la cruauté de l'histoire racontée dans le film est tempérée par les prestations solaires de Claudette COLBERT et Louise BEAVERS ainsi que par des personnages secondaires hauts en couleur tels que celui d'Elmer (Ned SPARKS). On peut cependant regretter que Jessie, la fille de Bea soit aussi transparente dans le film de John M. STAHL ce qui déséquilibre un peu l'intrigue alors que la question du passing est en revanche abordée de façon plus tragique et plus réaliste, l'actrice jouant Peola, Fredi WASHINGTON étant métisse.

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L'Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleisher (1970)

L'Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place)

J'ai beaucoup pensé à "Frenzy" (1972) de Alfred HITCHCOCK en regardant "L'Etrangleur de Rillington Place". Les deux films ont été réalisés à un an d'écart, se déroulent à Londres, évoquent un violeur et tueur de femmes utilisant un mode opératoire en partie similaire et qui pratique si bien l'art de la dissimulation que c'est un autre qui est accusé à sa place. Mais si les deux films se plongent dans un univers glauque, celui de Richard FLEISCHER dépasse en noirceur celui de Alfred HITCHCOCK. Peut-être parce que ce dernier conserve dans "Frenzy" un humour noir qu'on percevait déjà dans un autre de ses films macabres, "La Corde" (1948) inspiré d'un fait divers qui avait également été adapté par Richard FLEISCHER dans "Le Genie du mal" (1959). "L'Etrangleur de Rillington Place" qui s'inscrit dans une série de films que Richard FLEISCHER a consacré à la criminalité donne comme son titre l'indique une importance centrale au décor. Et celui-ci est particulièrement sordide: un immeuble aux appartements minuscules et insalubres dans un quartier misérable de Londres durant la guerre et quelques années après. On se croirait presque dans une étude naturaliste de Zola avec sa galerie de personnages atteints de tares diverses: ignorance, pauvreté, naïveté, bêtise, lâcheté, alcoolisme. Tous sont des victimes désignées pour le tueur qui a fait de cet univers sordide rongé par la pourriture et la vermine son repaire et dont la déchéance va l'amener à se confondre avec lui, non s'en s'être d'abord distingué. Malgré un parcours que l'on découvre jalonné de délits et de crimes, l'homme a travaillé dans la police et utilise une méthode pour neutraliser ses victimes qui s'apparente à celle des nazis. Et pour enfoncer le clou, il se fait passer pour médecin ce qui passe crème auprès des analphabètes qu'il côtoie et dont il n'a aucun mal à abuser de la crédulité grâce à sa voix douce et ses propos remplis d'autorité. Cette même apparence "respectable" qui lui vaut d'échapper durant des années à la justice alors qu'un innocent incapable de se défendre est exécuté à sa place. Réquisitoire implacable contre les injustices sociales et la peine de mort, le film de Richard FLEISCHER instille un profond malaise et glace le sang par la précision clinique avec laquelle il brosse le portrait de ses personnages, permettant aux acteurs de fournir des prestations mémorables. John HURT dont c'était le premier grand rôle est impressionnant dans son rôle de prolo abruti manipulé et détruit par un psychopathe maitrisant parfaitement les rouages du système. Quant à Richard ATTENBOROUGH, il est brillant, composant un redoutable personnage de criminel sexuel à l'allure de petit bonhomme inoffensif aussi doucereux que terrifiant.

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La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People)

Publié le par Rosalie210

Gunther V. Fritsch et Robert Wise (1943)

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People)

Un joli titre n'ayant strictement rien à voir avec le film. La traduction "la malédiction du peuple chat" passe mieux car elle peut faire allusion aux femmes dotées de pouvoirs surnaturels. Le maître d'oeuvre du film est le scénariste et producteur Val LEWTON qui après les flop commerciaux des deux premiers films de Orson WELLES reçut la mission de renflouer la RKO avec des films d'horreur à petits budget et de courte durée inspirés de ceux d'Universal. Mais Val LEWTON et son équipe qui comptait notamment le réalisateur Jacques TOURNEUR et Robert WISE qui était alors seulement monteur surent créer un univers fantastique original, féminin, poétique, onirique et gothique dans lequel régnait une atmosphère d'angoisse impalpable. "La malédiction des hommes-chats" doit ainsi son titre au fait d'être conçu comme une suite de "La Feline" (1942) avec les mêmes acteurs (dont Simone SIMON) et c'est le premier long-métrage de Robert WISE, ce dernier ayant remplacé au bout de 18 jours Gunther von FRITSCH qui ne parvenait pas à tenir les délais.

Néanmoins "La malédiction des hommes-chats" qui se place à hauteur d'enfant a son identité propre et a dû beaucoup inspirer Tim BURTON pour "Vincent" (1982), "Edward aux mains d'argent" (1990) ou encore "Sleepy Hollow - La legende du cavalier sans tete" (2000). Comment ne pas penser également à "La Nuit du chasseur" (1955) et à "Du silence et des ombres" (1962) avec son bestiaire enchanté (pour l'un) et son fantôme protecteur (pour l'autre). L'ombre de Charles Dickens plane également avec sa demeure quasi hantée par une vieille femme un peu inquiétante et sa fille adulte qu'elle refuse de reconnaître, lui préférant la petite Amy. On comprend qu'elle préfère se mettre en danger avec ces femmes étranges plutôt que de rester avec des parents qui ne pensent qu'à la faire rentrer dans le rang. Il faut dire que les enfants sont des éponges et qu'un secret de famille (directement issu du film de Jacques TOURNEUR) plane sur la maison. Un bien beau film.

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La Tour des ambitieux (Executive Suite)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1954)

La Tour des ambitieux (Executive Suite)

J'ai plusieurs fois souligné deux qualités du cinéma de Robert WISE: sa gestion du temps réel et sa maîtrise du montage. On peut en souligner une troisième: des séquences d'introduction surprenantes et marquantes. Celle, célèbre du survol de Manhattan, telle une jungle urbaine en ouverture de "West Side Story" (1960). Ou encore les cadrages penchés de la boîte jazzy où débute l'action de "Je veux vivre !" (1958). "La Tour des ambitieux" recourt quant à elle à la caméra subjective. On suit un personnage dont on ne verra jamais le visage descendre d'une tour jusqu'à ce qu'il s'effondre en pleine rue, terrassé par une crise cardiaque, au milieu des passants. Une fin triviale pour celui dont on apprend qu'il n'était autre que le président d'une puissante société de meubles, la Tredway Corporation qui menait son staff à la baguette. Place à la guerre de succession entre sous-directeurs dont le film brosse chacune de leurs personnalités à la façon d'une comédie humaine dans une boîte de sardines, de Shaw préoccupé avant tout d'efficacité (c'est à dire de rentabilité) à Walling, l'ingénieur idéaliste entravé dans son désir de fournir des produits de qualité en passant par Caswell le spéculateur roublard et Julia, l'héritière éplorée sans parler des mous et des girouettes souvent manipulés dans l'ombre par leurs épouses ou leurs maîtresses. Grand film d'acteurs, "La Tour des ambitieux" fait particulièrement briller dans des registres différents William HOLDEN (dont je ne connaissais jusqu'ici que les rôles pour Billy WILDER) au discours final d'anthologie, Barbara STANWYCK (également vue chez Billy WILDER) et Louis CALHERN (tellement associé pour moi à "Quand la ville dort") (1949). Tiré d'un livre très documenté sur le fonctionnement interne d'une entreprise puisque son auteur avait officié durant un quart de siècle comme administrateur de société avant de devenir auteur, le film met en lumière le basculement de la mentalité de l'artisan (celle du personnage incarné par William HOLDEN) à celle du financier pour qui seul le chiffre d'affaire compte. Il suffit d'appliquer cette lecture à un domaine que tout le monde connaît, le cinéma hollywoodien pour saisir à quel point elle s'est avérée juste, hélas.

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Le Coup de l'escalier (Odds Against Tomorrow)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1959)

Le Coup de l'escalier (Odds Against Tomorrow)

Film noir de haute tenue qui a été une source d'inspiration pour Jean-Pierre MELVILLE (tout comme "Je veux vivre !") (1958), "Le Coup de l'escalier" possède un titre original bien plus évocateur "Odds against tomorrow" que l'on pourrait traduire par "jouer son va-tout". De toutes manières, le code Hays imposait au genre un canevas qui ne laissait aucun doute quant à son issue. Mais dès les premières secondes sous le signe des vents mauvais soufflant entre les buildings, on devine l'élément qui va faire dérailler le "coup": le racisme. Le "cerveau" de l'entreprise, un ancien flic révoqué pour corruption nommé Burke (Ed BEGLEY) n'est pas très clairvoyant en attelant ensemble un ex-taulard vétéran de guerre et natif de l'Oklahoma rempli d'amertume (Robert RYAN) et un chanteur de jazz afro-américain criblé de dettes de jeu (Harry BELAFONTE). Car l'hostilité entre les deux hommes est aussi absurde qu'immédiate. Robert WISE montre comment les préjugés divisent et détruisent des hommes qui pourtant appartiennent au même camp, celui des laissés pour compte de l'Amérique et qui auraient donc tout intérêt à coopérer. Négligeant le casse en lui-même, Robert WISE préfère filmer le quotidien des deux hommes marqué par la malchance et la défaite. Et en maître du temps, leur interminable attente, faite de petits riens en réalité très signifiants comme la poupée abandonnée que regarde Johnny et qui lui rappelle sa petite fille. Cette manière de privilégier les temps morts à l'action a dû effectivement fasciner Jean-Pierre MELVILLE, auteur de polars stylisés et minimalistes.

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L'Heure d'été

Publié le par Rosalie210

Olivier Assayas (2007)

L'Heure d'été

Olivier ASSAYAS s'est emparé d'une commande du musée d'Orsay pour faire un film personnel qui traite de transmission, d'héritage, de mémoire familiale, d'objets porteurs d'une valeur matérielle et symbolique. Bien que dans ce registre je préfère "Jamais plus toujours" (1976) de Yannick BELLON, j'ai trouvé à ce film un certain charme. La première séquence autour du 75eme anniversaire d'Hélène (Edith SCOB) qui montre à son fils aîné Frédéric (Charles BERLING) les trésors accumulés dans sa maison est très juste. Une mère préoccupée par une fin qu'elle sent prochaine face à un fils cherchant à écourter la conversation, c'est ce que j'ai moi-même vécu bien que provenant d'un milieu social opposé à celui, très bobo de la famille décrite par Olivier ASSAYAS. Et quand la mort survient, ne restent que "des regrets, des regrets, des regrets" pour reprendre le refrain de la chanson de Alain SOUCHON. La dernière séquence montrant une fête organisée par les enfants de Frédéric et leurs amis dans la maison vidée de son contenu fonctionne en miroir avec le début, le temps qui passe, les générations qui se succèdent en se défaisant d'un héritage devenu encombrant, inutile et mortifère. Bien que l'on se demande si la nouvelle "vie" des objets dans un musée est plus souhaitable que celle qu'ils avaient en tant que meubles ou utilitaires. Le vase offert par Frédéric à Eloïse la domestique de sa mère qui en ignore la valeur et vit dans un HLM a plus de chance finalement puisque l'on sait qu'il sera fleuri tous les jours.

Néanmoins, en dehors de Frédéric et d'Hélène le film de Olivier ASSAYAS ne prend pas le temps de construire de vrais personnages. Le frère et la soeur, joués par Jeremie RENIER et Juliette BINOCHE sont caricaturaux, ils sont là pour incarner à l'opposée des racines de leur mère la mondialisation, l'une aux USA et l'autre à Shanghai et se réduisent à leur masque social: projets de carrière, de maison et de mariage. Leurs conjoints sont inexistants et c'est quand même du gâchis de voir Dominique REYMOND sous-exploitée à ce point et Valerie BONNETON réduite à prononcer des clichés (sans parler du fils de Clint EASTWOOD que l'on voit trois secondes). Les ados sont encore pires si possible. Un peu plus de chair humaine n'aurait pas fait de mal à côté des Majorelle, Corot, Odilon Redon et autres Félix Bracquemond.

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Pentagon Papers (The Post)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2017)

Pentagon Papers (The Post)

Lors du ciné-club accompagnant la projection de "West Side Story" (1960) à la Cinémathèque, le remake réalisé par Steven SPIELBERG en 2019 a été évoqué. Frederic BONNAUD qui prétend ne pas l'avoir vu a dit que Steven SPIELBERG aimait bien comprendre de l'intérieur le fonctionnement des films ce que l'on ressent particulièrement bien sur "Ready Player One" (2018) qui nous projette à l'intérieur de "Shining" (1980). Je pense que c'est une démarche assez similaire qui l'a conduit à réaliser "Pentagon Papers" qui se pose en digne héritier de "Les Hommes du President" (1976), même si les faits décrits se déroulent un an avant. Même époque, même journal, un scandale d'État impliquant l'administration américaine, un bras de fer entre le président Nixon et la presse d'investigation. Les similitudes sautent aux yeux et en citant directement le film de Alan J. PAKULA dans les dernières minutes jusqu'à reprendre les mêmes cadrages, Spielberg ne cache pas ce qu'il doit au film de Alan J. PAKULA. Mais il choisit un traitement différent.

Le film de Alan J. PAKULA était contemporain de son sujet, qu'il traitait en quelque sorte "à chaud" en détaillant avec réalisme et souci du détail les méthodes de travail des journalistes d'investigation. Celui de Spielberg, réalisé plus de 40 ans après est une oeuvre historique qui raconte la genèse du Washington Post comme contre-pouvoir en mettant l'accent sur le rôle pionnier du rédacteur en chef, Ben Bradlee (joué par Jason ROBARDS dans le film de Alan J. PAKULA et par Tom HANKS dans celui de Steven SPIELBERG) et surtout sur la prise de risque considérable de la propriétaire du Washington Post, Katharine Graham surnommée "Kay" (jouée par Meryl STREEP). La grande Histoire, écrite par des vainqueurs dont on ne connaît que trop le profil a effacé les femmes comme elle a invisibilisé les minorités. "Pentagon Papers" remet les pendules à l'heure avec le portrait magistral de cette "fille de" et "épouse de", programmée pour remplir un rôle décoratif et cirer les pompes des puissants et que les circonstances vont pousser à prendre les rênes. Le plan où suite à la victoire de la presse à la Cour Suprême, Kay descend l'escalier sous les applaudissements nourris d'un public exclusivement féminin contraste avec le reste du film où elle apparaît systématiquement isolée dans un monde phallocrate qui lui conteste sa place. Kay comme la plupart des femmes a d'ailleurs intégré ce paramètre dans son logiciel et semble toujours douter de sa légitimité. C'est bien entendu tout l'enjeu du film et Spielberg n'hésite pas à mettre dans la bouche de la femme de Ben Bradlee, une ménagère effacée conforme aux standards de l'époque les mots qu'il pense et qui vont ouvrir les yeux à celui-ci: "Kay est à un poste qu'elle ne pensait jamais occuper. Plein de gens pensent qu'elle ne devrait pas l'occuper. Quand on te dit sans cesse que tu n'es pas à la hauteur, que ton opinion compte moins, quand tu es transparente, qu'à leurs yeux, tu n'existes pas, que tu vis ça depuis toujours, c'est dur de ne pas penser que c'est vrai. Alors prendre cette décision, risquer sa fortune et l'entreprise à laquelle elle a consacré sa vie, je trouve ça courageux."

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