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Trente minutes de sursis (The Slender Thread)

Publié le par Rosalie210

Sydney Pollack (1965)

Trente minutes de sursis (The Slender Thread)

Le premier film de Sydney Pollack devait entièrement reposer à l'origine sur le dialogue téléphonique d'un étudiant en médecine exerçant une mission de bénévolat au centre d'aide aux désespérés et d'une mère de famille ayant entrepris de se suicider. Deux genres se superposaient ainsi: un thriller avec le compte à rebours pour localiser la jeune femme et la sauver avant qu'il ne soit trop tard et une romance par téléphone interposé qui aurait été impossible de montrer frontalement en 1965 dans un film hollywoodien classique. On voit ainsi comment "Trente minutes de sursis" a ouvert la voie deux ans plus tard à "Le Lauréat", film-phare du nouvel Hollywood qui allait faire tomber le tabou de la différence d'âge et de statut social avec en plus la même actrice, Anne Bancroft dans le rôle de l'épouse bourgeoise insatisfaite. D'autre part, la relation téléphonique s'avère également être un excellent moyen de contourner la barrière de la couleur de peau dans un pays marqué par un profond racisme et une phobie non moins profonde du métissage. Comme le montre ironiquement Spike Lee dans "BlacKkKklansman", les membres du KKK se font berner par un policier noir parce qu'ils ne parviennent pas à le démasquer au téléphone. Il en est de même évidemment dans "Trente minutes de sursis" où jamais la question raciale ne se pose alors qu'il n'en aurait pas été de même si Alan (Sidney Poitier) et Inga (Anne Bancroft) s'étaient réellement rencontrés.

Cependant Sydney Pollack qui exécutait une commande n'a pas pu réaliser le film qu'il voulait si bien que le film est affaibli par les flashbacks expliquant pourquoi Inga en est arrivé là. Ceux-ci cassent la tension du compte à rebours et du huis-clos alors que de nombreux personnages viennent interférer avec Alan dans la cellule de crise où il était de garde ce qui détruit l'aspect intimiste de la relation qu'il avait pu instaurer avec son interlocutrice.

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Dallas Buyers Club

Publié le par Rosalie210

Jean-Marc Vallée (2013)

Dallas Buyers Club

De Jean-Marc Vallée, disparu à 58 ans le 25 décembre 2021, je n'avais vu que C.R.A.Z.Y. dont j'ai gardé un souvenir trop vague pour pouvoir en parler mais que je reverrai si j'en ai l'occasion. En attendant, j'ai choisi pour lui rendre hommage son film le plus connu et reconnu, notamment pour les performances de ses deux acteurs principaux, Matthew McConaughey et Jared Leto justement récompensées aux Oscar et aux Golden Globe 2014.

Inspiré d'une histoire vraie, le film met en scène un personnage type de cow-boy texan bas du front adepte de pratiques à risques, certaines avouables socialement car conformes à son image de rustre hyper-viril (la pratique du rodéo) et d'autres, non. C'est ce que montre le générique: d'un côté de la barrière, la mise en scène de la virilité brute de décoffrage. De l'autre, façon backdoor de boîte de nuit, les partouzes bisexuelles sauvages non protégées et non assumées (dans le noir, dans le tas et aussitôt fait, aussitôt oublié)*. Sauf qu'on est dans les années 80 c'est à dire à l'ère de l'expansion de l'épidémie de SIDA qui ne tarde pas à être détecté chez Ron Woodrof. Son secret révélé, il est rejeté par ses pairs qui l'assimilent à un homosexuel et les médecins ne lui prédisent qu'un mois à vivre. C'est là que le film commence vraiment. Car face à l'adversité, Ron a deux choix possibles: baisser les bras ou bien se battre. Il choisit évidemment la deuxième solution et son caractère rebelle, teigneux, buté va s'avérer un allié de poids dans cette lutte contre la maladie mais surtout contre le carcan administratif et médical qui veut l'enfermer dans un protocole expérimental destiné à se servir de lui et de ses compagnons d'infortune comme cobayes pour obtenir le monopole des juteux profits liés au traitement de la maladie. Tel un animal poussé dans ses derniers retranchements, Ron Woodrof décide de rendre coup pour coup au Big Business des laboratoires pharmaceutiques US avec l'énergie du désespoir en montant sa propre officine médicale et ses propres traitements médicamenteux obtenus à l'étranger en profitant d'un vide juridique qui ne tardera pas à être comblé. Mais cela n'empêchera pas Ron de continuer son combat, un combat pour sa propre survie, de plus en plus soutenu par tous ceux pour qui ces traitements constituent un espoir en terme de durée et de qualité de vie. Matthew McConaughey donne l'apparence d'un corps qui se consume pour son combat (d'autant que le réalisateur nous fait partager ses sensations de vertige et de maux de tête) et parallèlement d'une âme qui s'élève au fur et à mesure qu'il accepte à ses côtés et comme ses égaux des homosexuels et des femmes. Parmi eux, Rayon (Jared Leto), un travesti toxicomane que l'on découvre issu d'un milieu aisé devient son associé et son ami, leur "amour vache" constitue un des meilleurs ressorts du film que ce soit en terme d'humour ou d'émotion. Mais le symbole le plus significatif est un tableau fleuri qui est la seule chose que Ron emporte avec lui quand il est expulsé. Il l'offre plus tard au docteur Eve Sacks (Jennifer Garner) qui le soutient en lui expliquant qu'il lui vient de sa mère qui était issue de la communauté gitane.

* Le parallèle avec l'acteur Rock Hudson, souligné au début du film n'est évidemment pas innocent. Celui-ci a entretenu toute sa vie une image de séducteur hétérosexuel, devant et derrière l'écran, allant jusqu'à se marier alors qu'il était homosexuel et adepte de relations multiples (il avait d'ailleurs fait l'objet d'un chantage avec des photos compromettantes que les studios avaient réussi à étouffer). Il a fini par révéler qu'il était atteint du sida en 1985. 

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Les Européens

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1979)

Les Européens

D'une grande sensibilité littéraire, James IVORY a souvent porté à l'écran des adaptations d'écrivains célèbres. Parmi elles, trois oeuvres de Henry James: "Les Bostoniennes" (1984), "La Coupe d'or" (2000) et la première des trois "Les Européens" à la fin des années soixante-dix. L'histoire porte en effet sur l'un de ses thèmes fétiches: le choc des cultures, présent dès son remarquable deuxième long-métrage de fiction "Shakespeare-Wallah" (1965). Dans "Les Européens", le choc en question porte sur la rencontre entre deux branches de la même famille, vivant chacune de part et d'autre de l'Atlantique. D'une part les Wentworth, des bostoniens puritains vivant dans l'austérité. De l'autre, leurs cousins désargentés, un frère et une soeur venus d'Europe, plus bohèmes et libérés qui espèrent faire un beau mariage. Si la situation de Félix, jeune peintre célibataire d'une nature franche et joyeuse est parfaitement claire, ce n'est pas le cas de sa soeur, Eugénie qui porte le titre clinquant de baronne de Münster mais dont le mariage est en réalité en voie de dissolution. Par conséquent leurs destins vont diverger. Félix s'éprend de Gertrude Wentworth qui n'attendait que ça. Dès la première scène, "la messe est dite". Alors qu'elle ne connaît pas Félix, on la voit fuir le corseté pasteur Brand qui la courtise ainsi que tourner le dos à l'église où il l'invite à entrer au profit d'une nature automnale qui chez James IVORY symbolise le flamboiement des sentiments. C'est en ce lieu qu'elle rencontre Félix et celle-ci a la nature de l'évidence, finissant même par être bénie par le pasteur qui se console avec la soeur de Gertrude beaucoup plus conforme à ses attentes. Eugénie qui en revanche se comporte en grande dame s'ennuie assez vite dans la société provinciale très ascétique de ses cousins. Elle joue par ailleurs un jeu trouble entre Clifford, le fils des Wentworth qui souffre d'un penchant pour la boisson et leur riche cousin Robert Acton qui en pince pour elle mais n'ose se déclarer franchement, sans doute parce qu'elle est trop libre pour lui. Ainsi on peut penser qu'en choisissant de retourner en Europe et en renonçant à ce beau parti, elle se protège d'une nouvelle déception tout en échappant à une société qui ne convient guère à ses aspirations. Le casting, un peu inégal tout comme le rythme est dominé de la tête et des épaules par la superbe Lee REMICK dans le rôle d'Eugénie.

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Une affaire de femmes

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1988)

Une affaire de femmes

Après la déception qu'a représenté pour moi "L'Evénement" qui sous prétexte d'universalité décontextualise outrageusement l'histoire de sa protagoniste, j'ai voulu m'offrir un point de comparaison avec un film abordant un thème identique et lui aussi tiré d'une histoire vraie, "Une affaire de femmes" réalisé par Claude Chabrol et interprété par Isabelle Huppert, dix ans après sa première collaboration avec le cinéaste pour "Violette Nozière". Le résultat est d'un tout autre niveau. Sans occulter les tares de son personnage féminin, cupide, égoïste, opportuniste sans scrupules et en même temps bêtement inconsciente des risques pris comme du mal infligé à autrui, le film dresse un réquisitoire féroce contre une société complètement délétère, celle du régime de Vichy. Alors que celui-ci s'agrippe à ses valeurs conservatrices ("travail, famille, patrie") censées régénérer un pays purgé de ses ennemis intérieurs (juifs, communistes etc.), on observe au contraire la désorganisation des couples et des familles sous le joug de la guerre, de l'occupation et de la collaboration. Le sort réservé à Marie, exécutée pour l'exemple détruit une famille en laissant deux orphelins. Et ce n'est que l'une des contradictions d'un régime qui se dit préoccupé par la dénatalité mais traque, arrête et déporte massivement les femmes et les enfants juifs alors que sa jeunesse masculine quand elle n'est pas prisonnière est envoyée sur l'ordre de l'Allemagne au STO* ou massacrée lorsqu'elle résiste. Si bien que derrière les intentions affichées, le régime de Vichy accouche d'une société qui lui ressemble: faible, servile, lâche, délatrice et corrompue. Les hommes y sont de pauvres diables ayant perdu toute dignité (et toute virilité) comme Paul (François Cluzet), l'époux de Marie ou bien des collabos prêts à toutes les bassesses pour obtenir des privilèges comme son amant, Lucien (Nils Tavernier). Libérées du poids pesant du patriarcat par cet affaiblissement du masculin, les femmes tendent vers l'émancipation économique, sociale et sexuelle mais quand elles vont trop loin comme Marie qui fait son beurre sur les avortements clandestins, la collaboration horizontale par procuration et les chambres de passe sous la houlette de Lucie (Marie Trintignant), elles se font impitoyablement rattraper par un régime bourgeois, conservateur et lui-même patriarcal (dans son gouvernement, son administration, sa police et sa justice) dont l'intransigeance abjecte est un aveu d'impuissance. Au passage, le film égratigne quelques mythes ayant la vie dure comme celui de la bonne épouse et bonne mère et aussi celui de l'instinct maternel (le personnage joué par Dominique Blanc qui enchaîne les grossesses faute de contraception avoue qu'elle n'aime aucun de ses enfants qu'elle considère juste comme un fardeau).

Remarque: Marie Bunel qui joue Ginette, la première femme à utiliser les services d'avorteuse de Marie réapparaît dans le téléfilm "Le Procès de Bobigny" (2006) mais cette fois dans le rôle de l'avorteuse. Elle y retrouve Sandrine Bonnaire dans le rôle de la mère de la jeune fille se faisant avorter, rôle qu'elle a repris récemment dans "L'Evénement".

* Service du travail obligatoire instauré en 1942 pour compenser la perte de main-d'oeuvre allemande envoyée sur le front soviétique.

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The Perfect Candidate

Publié le par Rosalie210

Haifaa Al-Mansour (2019)

The Perfect Candidate

"The Perfect Candidate" donne l'impression, précieuse au cinéma, de capter l'histoire en marche, celle d'un pays islamique fondamentaliste réputé figé et fermé tant vis à vis de l'art que vis à vis des femmes mais qui connaît depuis une dizaine d'années une évolution très rapide. Les premières images suffisent à mesurer le chemin parcouru depuis "Wadjda" (2013), le premier film de Haifaa AL MANSOUR, pionnière du cinéma saoudien. On y voit une jeune femme d'une trentaine d'années, Maryam conduire une voiture* alors qu'en 2013, Wadjda devait se battre pour obtenir le droit d'acquérir et d'utiliser un vélo. "The Perfect Candidate" poursuit le combat de femmes qui décident de prendre leur destin en main, n'hésitant pas à bousculer les traditions au passage. Bien qu'exerçant le métier de médecin dans une clinique locale, Maryam subit au quotidien des vexations liées à son sexe comme celle (que l'on rencontre aussi en France) de vieux patients qui ne veulent pas être examinés par des femmes. On voit également qu'elle n'est pas soutenue par sa hiérarchie dont le mot d'ordre semble être "pas de vagues". Enfin le statut de la santé ne semble pas être une priorité dans sa commune, la route d'accès à la clinique n'étant pas goudronnée. Maryam est donc tentée par l'exil mais elle se heurte aux restrictions de liberté de circulation pour les femmes qui ont besoin d'une autorisation à jour de leur tuteur légal (père ou époux) pour voyager**. Or son père est absent et ne peut lui remplir le document à temps. C'est donc par un concours de circonstances que Maryam se retrouve candidate aux élections municipales***, son engagement presque malgré elle l'amenant à s'exposer face caméra aux préjugés des médias et à des électeurs aux mentalités rétrogrades et ainsi assumer un héritage familial longtemps considéré comme un boulet.

Car ce qui rend le film passionnant est le fait que ce caractère engagé et quasi documentaire se double d'une dimension intimiste à résonance quelque peu autobiographique mais qui donne aussi au film un caractère universel. En effet parallèlement à Maryam, le film dresse un portrait de son père Abdelaziz qui est musicien et veuf inconsolable. Loin des clichés sur les hommes saoudiens, on découvre que la diversité existe aussi en Arabie Saoudite (comme partout ailleurs dans le monde) et que les hommes différents de la norme sont également victimes du système répressif de leur pays. Ainsi les propos de Abdelaziz sur sa femme font comprendre que leur couple était anti conformiste (c'est elle qui l'a choisi, elle était chanteuse et dotée d'une forte personnalité etc.) et que si leurs filles ont été élevées d'une manière libérale et progressiste, elles subissent en retour un certain ostracisme social par le fait notamment d'être plus ou moins exclues du marché matrimonial. Le statut de la musique (et de l'art en général****) longtemps banni du royaume évolue logiquement en parallèle de celui de la femme. Abdelaziz et son groupe obtiennent le droit de partir en tournée et sont recrutés pour former un orchestre national. En ce sens, les scènes de concert où l'on entend des chansons à la gloire des femmes ne sont pas contrairement à ce que j'ai lu un paradoxe. Il s'agit de la sensibilité féminine des hommes qui peut enfin s'exprimer librement, même si la menace des extrémistes fondamentalistes n'est pas occultée. On remarquera ainsi l'audace d'un film dans lequel les rôles genrés sont inversés, Abdelaziz se battant pour chanter et faire de la musique alors que sa fille investit la tribune politique*****.

* Les femmes saoudiennes ont obtenu le droit de conduire en 2018.
** Preuve de l'évolution rapide du pays, cette mesure a été abolie en 2019.
*** Là encore il s'agit d'un droit récent, les femmes ayant pu exercer le droit de vote et d'éligibilité à partir de 2015.
**** Depuis "Wadjda" (2013), des salles de cinéma ont ouvert dans un pays qui avant 2018 n'en comptait quasiment aucune. Et le recrutement des comédiens et conditions de tournage de "The Perfect Candidate" ont été beaucoup plus faciles.
***** Si l'évolution de l'Arabie saoudite suit avec 1/2 siècle de retard celle de la France (où jusqu'en 1944 les femmes ne pouvaient voter et jusqu'au milieu des années 60, voyager ou travailler sans autorisation d'un homme), le poids des femmes en politique et dans les plus hauts postes à responsabilité reste inférieur à celui des hommes. La conquête n'est pas achevée.

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L'Evénement

Publié le par Rosalie210

Audrey Diwan (2021)

L'Evénement

Je ne sais pas si c'est un hasard mais c'est la deuxième fois que le festival de Venise couronne un film ayant pour sujet l'avortement clandestin après "Vera Drake" (2005). La différence étant qu'au lieu de se centrer sur l'avorteuse, "L'événement" colle aux basques de la jeune femme désirant se faire avorter dans un style naturaliste proche de celui des frères Dardenne (caméra à l'épaule filmant souvent de dos, cadrages resserrés autour du personnage, plans-séquence etc.) Ce style "coup de poing" présent aussi chez Jacques AUDIARD ou chez Xavier DOLAN ou encore chez László NEMES rencontre beaucoup de succès aujourd'hui dans les festivals mais me laisse personnellement de marbre. Déjà parce qu'il floute à l'excès le contexte historique au point que ça en devient gênant. Comme dans "Le Fils de Saul" (2015), "L Événement" (2021) dérive aux confins de l'abstraction spatio-temporelle en dépit du fait que c'est l'adaptation du livre autobiographique de Annie Ernaux. Ensuite, ce dispositif tue toute espèce de sensibilité. C'est un paradoxe mais coller à la peau et aux pas d'un personnage provoque un effet d'éloignement. Le personnage d'Anne a beau être plongé dans un enfer, celui de la société française patriarcale des années 1960 condamnant la sexualité féminine en dehors du mariage (conçu comme un moyen de contrôle des femmes par les hommes) en interdisant la contraception et l'avortement, lequel est considéré pénalement comme un crime, il apparaît tellement froid et distant qu'il n'y a pas d'implication émotionnelle. Il est vrai que l'environnement est peu propice aux épanchements. De quel côté qu'elle se tourne, Anne ne rencontre que réprobation, indifférence voire abus et on ressent bien son enfermement et sa solitude dans le cadre. Mais cela ne justifie pas que le film lui-même soit aussi sec. Montrer l'intimité corporelle de la jeune femme et les tourments liés à sa situation ne suffit pas à lui donner une âme pas plus qu'au film d'ailleurs.

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Monsieur Batignole

Publié le par Rosalie210

Gérard Jugnot (2002)

Monsieur Batignole

Il y a deux parties dans "Monsieur Batignole". La première dresse le portrait d'un français moyen attentiste comme 90% de ses compatriotes pendant la seconde guerre mondiale. Un boucher-charcutier (Gérard Jugnot) un peu beauf et pas très regardant sur les méthodes qu'utilise Pierre-Jean son futur beau-fils collabo zélé (Jean-Paul Rouve, tellement convaincant qu'il a décroché le César du meilleur espoir) pour leur obtenir divers privilèges en terme de logement, moyen de locomotion et généreux client. Les deux premiers sont des biens spoliés à des juifs et le troisième est le SS dont Pierre-Jean est le larbin. Arrive alors la seconde partie, quand Edmond Batignole est confronté aux conséquences de ses actes et se voit obligé de prendre parti. Simon (Jules Sitruk), le fils cadet de la famille juive dont les Batignole ont récupéré l'appartement parvient à échapper à la déportation et à revenir frapper à la porte de son ancien chez-lui. La peinture de la camionnette de livraison s'écaille, révélant les étoiles de David cachées dessous. Et Pierre-Jean s'avère être un dangereux psychopathe qu'il est impossible d'amadouer. La vie de Edmond Batignole bascule alors dans le danger et la clandestinité lorsqu'il décide de sauver Simon et ses cousines au point qu'il finit par s'identifier au père biologique de Simon (et au sort des juifs en général).

"Monsieur Batignole" est un film humaniste qui dresse un portrait intéressant d'un français ordinaire confronté à des événements qui le dépassent et l'obligent à se dépasser. Si le début se situe dans une veine réaliste à tendance satirique et ne manque pas de mordant, la suite relève davantage du conte de fée tant les rebondissements sont invraisemblables. Ainsi Batignole se transforme-t-il comme par magie en super-héros capable de terrasser n'importe quel "méchant" (de Pierre-Jean à un flic par trop fouineur), de séduire la fermière esseulée et de redresser les entorses comme les torts. Cet aspect spectaculaire nécessaire aux rebondissements dramatiques n'est pas la manière la plus fine d'évoquer les actions des Justes de France pour contrecarrer le programme génocidaire des nazis. Seule la sensibilité du jeu des acteurs (Jugnot inclus) permet d'échapper à la caricature.

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Shine

Publié le par Rosalie210

Scott Hicks (1996)

Shine

"Shine" commence paradoxalement dans les ténèbres. Il y a d'une part la scène nocturne et pluvieuse durant laquelle David Helfgott (Geoffrey Rush) âme errante en souffrance trouve refuge dans un piano-bar. Et de l'autre le récit de son enfance et de son adolescence sous la férule d'un père tout-puissant et profondément toxique. Les histoires d'éclosion de génies de la musique sont parsemées de mentors tyranniques voire tortionnaires qui se servent de leur protégé pour compenser leurs failles narcissiques. Entre les mains de Peter (Pater?), David n'est qu'un jouet qui n'a pas le droit d'avoir des désirs propres, pas le droit de grandir, pas le droit de s'émanciper. Non seulement il doit être le meilleur au piano pour satisfaire son père qui n'avait pas le droit de faire de la musique quand il était petit mais Peter, survivant de la Shoah qui a emporté ses parents a barricadé sa famille derrière des planches et des barbelés vis à vis d'un monde extérieur perçu comme irrémédiablement hostile. Dans la famille Helfgott, le temps s'est arrêté, l'espace s'est replié. David n'a pas le droit de partir et lorsqu'il le fait en s'aliénant son paternel qui l'efface de son existence (par le feu, c'est dire son degré de folie), il est si fragile qu'il sabote sa carrière en sombrant dans la dépression et la maladie mentale.

Le retour à la vie passe par le détachement psychique avec son père qui s'accomplit lorsqu'il ne ressent plus que de l'indifférence à son égard. Il passe aussi par la réconciliation avec la musique sous un angle de plaisir et de joie et non plus de torture et de compétition. Enfin, David devenu un homme-enfant loufoque, exubérant et volubile (un peu à la manière de Roberto Benigni) se tourne vers des figures à l'opposé de son père: un professeur de musique homosexuel, une poétesse mère de substitution à la forte personnalité (la sienne était transparente, entièrement soumise au père), une pianiste très religieuse qu'il rencontre alors qu'il est interné à l'asile, Sylvia qui l'accueille dans le piano-bar alors qu'il est dans la plus profonde détresse et enfin, l'amie de Sylvia, Gillian qui devient sa femme. Le basculement de l'univers froid, aride et sombre de son père vers sa renaissance par les femmes est symbolisé par l'importance croissante de l'eau dans le film dans laquelle David Helfgott passe l'essentiel de son temps à s'immerger (baignoire, mer, piscine).

"Shine" a révélé Geoffrey Rush qui a reçu l'Oscar du meilleur acteur pour un rôle "à performance". Mais Noah Taylor qui joue David Helfgott adolescent est tout aussi bon, notamment lors de la scène de la désintégration de sa psyché lorsqu'il joue sur scène le très difficile morceau de Rachmaninov voulu par son père. 

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Le Temps retrouvé

Publié le par Rosalie210

Raoul Ruiz (1999)

Le Temps retrouvé

Il fallait oser! Oui il fallait oser s'emparer d'un monument de la littérature française de 4000 pages réputé inadaptable au cinéma. Mais pas pour Raoul Ruiz, amateur de constructions cinématographiques savantes et décalées d'autant qu'il avait obtenu les moyens financiers nécessaires à une superproduction avec un très gros casting fait d'habitués de son cinéma (comme Christian Vadim, Edith Scob, Jean-François Balmer ou Elsa Zylberstein) mais incluant également les acteurs et actrices les plus populaires du moment (comme Emmanuelle Béart, Vincent Perez ou Chiara Mastroianni) ainsi que des habitués du cinéma rohmérien (Pascal Greggory, Arielle Dombasle). 

Le résultat est un labyrinthe mental qui mélange les réminiscences de Marcel, alter ego de Marcel Proust avec celles qui sont propres à Raoul Ruiz. On lorgne tantôt du côté de l'atmosphère de "Mort à Venise" (mais à Balbec alias Cabourg pour les intimes avec en toile de fond non la peste mais la guerre et la grippe espagnole) et tantôt du côté de celle de "Fanny et Alexandre" de Ingmar Bergman (la rivière qui coule, les costumes d'enfant Belle Epoque, la lanterne magique), le tout à l'ombre des salons mondains et de leur faune pittoresque aux moeurs pas toujours très catholiques (allusion à la judéité que Albert Bloch s'emploie en vain à dissimuler en changeant de nom mais aussi et surtout à mise en relief de l'homosexualité sous toutes ses coutures: masculine, féminine, épisodique, exclusive, SM...). C'est créatif, déroutant forcément, pas toujours pleinement convaincant car tout est mis sur le même plan (notamment ce qui relève de l'intime et ce qui relève de la vie sociale) et au bout de 2h30 de ce ballet incessant entre passé et présent, réel et fiction, mémoires et étude de moeurs, la surenchère finit par lasser. Pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, Arielle Dombasle est de trop, Marie-France Pisier dans le rôle de Mme Verdurin aurait suffi dans le genre salonnarde snob.

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West Side Story

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2021)

West Side Story

Mon premier mouvement en découvrant la bande annonce a été "oh non!" suivi de "ah d'accord!" en voyant le nom de Spielberg s'afficher à l'écran. Parce qu'il s'agit d'un géant du cinéma mondial et que je lui ai accordé depuis longtemps ma confiance. De plus ceux qui lui font un procès en légitimité naviguent en pleine confusion. Celle qui existe entre l'avalanche de remake de films populaires classiques ou cultes dont les finalités sont exclusivement commerciales (l'exemple type étant la réédition en version live des films d'animation Disney mais les exemples sont légion, y compris dans le répertoire de Spielberg avec les Jurassic World*) et une démarche consistant à proposer sa propre version d'une oeuvre qui a été créée pour les planches de Broadway. On ne reproche pas aux metteurs en scène du spectacle vivant de proposer leur vision d'une oeuvre qui a déjà connu des milliers d'adaptations différentes. Et pour cause, ces propositions ne peuvent rester qu'éphémères (même captées, elles sont conçues pour être jouées en direct et perdent leur essence). Le film de Spielberg est une adaptation cinématographique du matériau d'origine, c'est à dire du livret de Arthur Laurents incluant les titres composés par Léonard Bernstein pour la musique et Stephen Sondheim pour les paroles et mis en scène et chorégraphié par Jerome Robbins. L'argument est lui-même inspirée par la pièce de Shakespeare "Roméo et Juliette".

Cette mise au point faite, saluons la réussite de cette nouvelle version qui n'efface pas celle de 1961 mais lui apporte un regard moderne, soixante ans après. En effet si "West Side Story" est une oeuvre intemporelle, c'est aussi une histoire qui a des résonances actuelles et ce sont ces enjeux contemporains que Steven Spielberg met en valeur. On sent l'implication du cinéaste dès les premières secondes: mêmes vues aériennes suivies d'une vertigineuse plongée, sauf que ce que montre Spielberg est un champ de ruines comme si l'on survolait un territoire en guerre. Or c'est exactement de cela dont il est question: une guerre de territoire. Avec une ligne de front bien nette. Mais ce n'est pas celle que l'on croit. Ce que Spielberg inscrit dans la géographie, c'est la guerre sociale et non la guerre ethnique. Car ce qui ressort beaucoup plus dans sa version c'est la réduction de l'espace vital des Jets et des Sharks au fur et à mesure que la gentrification de leur quartier progresse. Car leur véritable ennemi est invisible mais dans la version de Spielberg il est personnifié par des machines (comme dans "La Guerre des mondes"), celles qui détruisent leur habitat pour y construire à la place des logements neufs réservés aux WASP (white anglo-saxons protestants) aisés. Les divisions intestines du "trou à rats" qu'ils sont en train de raser servent donc leurs intérêts. Elle est même provoquée par eux, exactement comme lorsqu'on affame une population pour ensuite faire en sorte qu'elle s'entretue pour un bout de pain. La hauteur de vue de Spielberg montre que les Jets et les Sharks sont manipulés et n'ont pas leur destin en main. Il va donc bien au-delà ce que qui a été ressassé dans toutes les critiques, à savoir la mise en valeur de la seule communauté portoricaine, même si elle est bien réelle de par l'origine des acteurs et l'importante place de la langue espagnole qui est la deuxième langue la plus parlée aux USA. Jets et Sharks sont également victimes et la fusion de leurs couleurs respectives va au-delà de la simple histoire d'amour de Tony et Maria, elle raconte une destinée commune, liée au malheur d'être pauvre aux USA, bref d'être un "loser" dans un pays qui ne les tolère pas. Cela donne du relief à nombre de chansons telles que "America", "Gee, Officer Krupke" ou "Somewhere", cette dernière étant chanté par Rita Moreno qui fait le lien entre les deux films tout en personnifiant la mémoire du quartier en démolition (son magasin est symboliquement situé sur la ligne de front). Est-ce un hasard? Ariana DeBose dans le rôle d'Anita est magistrale. La révélation du film pour moi. Elle éclipse largement Rachel Zegler qui ne parvient pas à se hisser à la hauteur de Natalie Wood qui était une actrice exceptionnelle. Quant à Ansel Elgort dans le rôle de Tony, il est assez fade comme l'était son prédécesseur. 

 

* Je mets à part les auto-remake qui existent depuis l'origine du cinéma et sont liés à la volonté d'intégrer une révolution technologique (parlant, couleur, numérique) ou des moyens plus importants dans un film, bref d'amplifier sa puissance pour atteindre un plus large et plus jeune auditoire, pas seulement pour des raisons commerciales mais pour le rendre plus pérenne. 

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