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Le Gâteau du président (Mamlaket Al-Qasab)

Publié le par Rosalie210

Hasan Hadi (2026)

Le Gâteau du président (Mamlaket Al-Qasab)

Le cinéphile se nourrit de la diversité des points de vue que le cinéma offre sur le monde. Or force est de constater que cette diversité reste très imparfaite que ce soit sur le plan du genre (les réalisatrices restent minoritaires, surtout dans les secteurs les plus prestigieux ou commerciaux), de la sociologie (comme le démontre le livre sur le bourgeois gaze de Rob Grams) mais aussi de la géographie où les USA, l'Europe et quelques pays d'Asie orientale se taillent la part du lion. L'Amérique latine fait une percée remarquée mais inégale selon les pays, l'Afrique reste très largement invisibilisée tout comme le sous-continent indien qui produit énormément de films irriguant le Sud global mais qui ne parviennent qu'au compte-goutte jusqu'à nous. Et si le Moyen-Orient est plutôt bien représenté, grâce notamment à la vitalité du cinéma turc et iranien, c'est la première fois qu'un film irakien parvient à s'imposer au niveau international, brisant 40 années d'isolement dû aux guerres, aux embargos ou encore à l'emprise de la dictature de Saddam Hussein qui avait transformé le cinéma en outil de propagande. "Le gâteau du président" est l'expression d'un pays convalescent et a pu voir le jour grâce au soutien financier d'autres pays (principalement le Qatar et les USA).

Deux choses m'ont particulièrement fasciné dans le film. D'abord, une poésie exceptionnelle du paysage. L'image qu'un occidental a de l'Irak, c'est celle des reportages montrant des villes en ruine et du chaos. Le film revient à la source, celle de la Mésopotamie et filme un cadre majestueux, celui des marais du sud de l'Euphrate, là où il converge avec le Tibre. Bien que la population locale vive dans la précarité, la vision de ce paysage millénaire avec ses cabanes héritées de l'antiquité et ses barques glissant sur le fleuve, particulièrement la nuit à la lueur des lanternes envoûte. Pour un enfant occidental, voir leurs pairs se rendre à l'école en manoeuvrant leurs propres embarcations a un parfum d'exotisme et d'aventure remarquable.

Ensuite, et par contraste avec ce cadre dans lequel ont grandi les deux enfants du films, Lamia et Saeed, le film dépeint de manière saisissante l'emprise de la dictature de Saddam Hussein dans le contexte de la première guerre du Golfe jusque dans ces régions reculées. Hasan HADI dépeint la corruption du régime comme un racket sur une population déjà fragilisée par l'embargo occidental sur les produits de première nécessité. A l'occasion de l'anniversaire du Raïs, les enfants sont tirés au sort à la manière des "Hunger Games" pour payer un tribut au dictateur ou plutôt à ses relais car il est assez évident que c'est l'instituteur (lui-même sans doute aux abois) qui s'approprie les maigres rations de ses élèves. Une telle exigence met les plus pauvres comme Lamia et sa grand-mère dans une situation impossible: elles ne peuvent ni payer, ni désobéir. Reste le système D qui permet à Saeed dont le père est infirme de survivre et que Lamia va adopter pour réunir les ingrédients du gâteau. Cette quête est l'occasion d'une plongée en apnée dans une ville irakienne (Bassora) où l'on mesure l'étendue du culte de la personnalité autour de Saddam Hussein dont l'image est partout mais aussi la pyramide de l'oppression qui affecte tous les recoins de la société. Ainsi les hommes, profitant de leur pouvoir patriarcal y rackettent sexuellement les femmes et les enfants tandis que les bureaucrates écrasent les paysans de leur mépris. Lamia et Saeed qui ont été à bonne école comprennent que seuls la ruse et le vol peuvent leur permettre de s'en sortir. Cependant Lamia, l'héroïne, est guidée par un instinct moral très sûr. Elle obtient la majeure partie des ingrédients de façon intègre, parfois en prenant des risques (elle échappe de peu à un pervers) et lorsqu'elle n'a pas d'autre choix que de chaparder, elle va ensuite demander pardon à la mosquée. Elle est également protégée par son coq domestique qui joue le rôle de garde du corps et auquel on s'attache tellement qu'on finit par craindre autant pour sa vie que pour l'intégrité de Lamia.

Au final, malgré quelques maladresses scénaristiques (le twist qui provoque la fuite de Lamia sans un regard en arrière pour sa grand-mère est un peu brutal), le film ne nous offre pas seulement un vécu personnel et sensible autour d'une histoire vue jusque là sous le prisme froid des reportages, il nous reconnecte avec le berceau de notre humanité commune.

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Les Cousins

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1958)

Les Cousins

Deuxième film de Claude CHABROL, "Les Cousins" se situe dans le courant de la nouvelle vague et en même temps, il annonce l'identité chabrolienne à venir. La signature nouvelle vague, c'est le réemploi du duo de son premier film, "Le Beau Serge" (1958), Gerard BLAIN et Jean-Claude BRIALY, l'impression de liberté et de spontanéité qui se dégage des scènes où les cousins se promènent en voiture dans les endroits emblématiques de la capitale, le portrait de la jeunesse du quartier latin, les scènes dans la librairie. Néanmoins, les bases du cinéma de Chabrol sont déjà là. Les cousins s'appellent Charles et Paul Thomas, futurs protagonistes récurrents des films du cycle Hélène. Le premier, sérieux comme un premier communiant monte à Paris pour faire son droit, le second, étudiant en droit également l'héberge dans son bel appartement de Neuilly et tel un roi (ce qui est souligné par le costume dans lequel on le découvre), il trône au centre d'une faune décadente qui se noie dans les orgies. Au lieu de centrer les relations amoureuses autour de la confusion des sentiments (comme chez Eric ROHMER) ou bien de la femme fatale issue du film noir américain (comme chez Jean-Luc GODARD), c'est bien l'argent et le statut social qui créent un fossé entre deux cousins au tempérament et au mode de vie radicalement opposés. Charles l'austère besogneux se fait dévorer par Paul, le cynique fêtard qui possède un capital matériel, social et culturel hérités de son père (dont on sent la main invisible derrière le bel appartement et la voiture). La scène des clés de voiture justement souligne la dépendance de Charles envers Paul qui dicte les règles du jeu, celle des fils à papa qui gagnent toujours à la fin tant le diplôme que la petite amie (très peu creusée comme toute la gente féminine qui fait de la figuration, à l'image de Stephane AUDRAN). Charles en dépit de ses efforts et de son sérieux, échoue dans les deux domaines. La méritocratie en prend un sacré coup. Cet aspect bourdieusien du film préfigure tout à fait "Premiere annee" (2018) alors que sur le plan romanesque, la référence explicite est "Les Illusions perdues" de Honoré de Balzac, l'écrivain favori de Claude CHABROL. S'y ajoute une pointe de fatalité tragique, là encore caractéristique des oeuvres à venir du cinéaste.

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Disco Boy

Publié le par Rosalie210

Giacomo Abbruzzese (2021)

Disco Boy

"Disco Boy" c'est une bonne idée de départ couplée à l'interprétation habitée de Franz ROGOWSKI gâchée par un excès d'abstraction. Le point de départ était solide pourtant avec ces deux jeunes biélorusses bien décidés à rejoindre clandestinement la légion étrangère mais seul l'un des deux y parviendra. On pense alors à un film comme "Reves d'or" (2013) qui montrait ce processus de sélection "naturelle" impitoyable des migrants. En parallèle, on suit le chef d'un mouvement écoterroriste qui s'est soulevé contre la pollution du delta du Niger par les compagnies pétrolières et qui a pris des français en otage. Le film noie ensuite son histoire et ses personnages dans le symbolisme et la transe techno. Il y a une volonté marquée d'expérimentation, comme le combat filmé depuis une caméra thermique entre Jomo et Aleksei qui amène le second à être peu à peu hanté par le fantôme du premier mais à force de répéter ce type de scène hypnotique dans laquelle les deux combattants (et la soeur jumelle de l'un des deux) fusionnent à travers l'espace et le temps, on finit par avoir la désagréable sensation de regarder une succession d'images nourries de fantasmes abscons de possession ou de réincarnation ne s'encombrant plus d'une quelconque intrigue.

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La Rupture

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1970)

La Rupture

Si la trilogie "La Femme infidele" (1968), "Que la bete meure" (1969) et "Le Boucher" (1970) fait à peu près l'unanimité chez les cinéphiles, le dernier des trois étant un chef-d'oeuvre, d'autres films du "cycle Hélène" également partagés entre cauchemars éveillés et analyse sociologique au vitriol sont davantage sujets à caution par leur côté "over the top". C'est le cas de "Les Biches" (1967), "Les Noces rouges" (1973) ou encore de "La Rupture" (1970). Le caractère délirant de ces trois films les fait pencher du côté du poison plutôt que du scalpel. "La Rupture" se distingue néanmoins de tous les autres par le statut de l'héroïne. C'est le seul film dans lequel Hélène appartient à la classe prolétarienne et subit de plein fouet la violence de classe ainsi que son petit garçon transformé en grand blessé de la lutte qui se joue sous nos yeux. Stephane AUDRAN joue cette Hélène digne et émouvante d'une manière presque sacrificielle ce qui préfigure sa future et inoubliable Babette. Face à elle, son démoniaque beau-père (savoureusement joué par Michel BOUQUET) est disséqué comme un insecte répugnant. Contrairement à des réalisateurs n'ayant aucun recul sur les situations qu'ils filment parce qu'ils font corps avec le milieu des dominants, Claude CHABROL fait résonner le mépris de classe avec des répliques particulièrement ciselées ("ce loqueteux d'avocat" par exemple) et retourne avec une vigueur incroyable les tares dont ils accusent les prolétaires. Les dégénérés, ce sont bien les bourgeois, ou plutôt, leurs monstrueux descendants: Charles (Jean-Claude DROUOT, méconnaissable), toxicomane et violent, dépeint comme étant sous emprise familiale. Et une énième version de son bras armé, Paul Thomas (Jean-Pierre CASSEL), l'agent corrupteur qui salit tout ce qu'il touche chargé de monter une machination contre Hélène pour que la belle-famille puisse la priver de son fils. Cette machination assez illisible est le point faible du film, en revanche son résultat est savoureux avec les deux serpents qui se neutralisent mutuellement. Entre les deux, il y a les locataires marginaux de la pension de famille où vit Hélène qui se fait la chambre d'écho de l'opinion publique (représentée par la patronne jouée par Annie CORDY). Le chanteur de cabaret lyrique devient son premier allié (là encore, comment ne pas penser à Babette, envoyée pour réenchanter un monde asséché par un chanteur d'opéra?) Mais c'est la pauvre fille demeurée, droguée et sexuellement agressée par Paul Thomas et sa maîtresse qui catalyse le basculement des trois parques de la pension, yeux et oreilles de la patronne. Ces trois vieilles commères sont pleines d'a priori sur Hélène mais deviennent ses protectrices quand elles comprennent la nature corruptrice de Paul. On passe d'une image de la France rance qui fleure bon Vichy à un sursaut de bon sens populaire face au talon de fer des puissants et aussi sans doute à un réflexe de sororité. Bien avant l'ère des réseaux, s'y joue une bataille de communication aux accents étrangement contemporains. Paul tente de propager de fausses rumeurs calomnieuses sur Hélène en soufflant sur les braises des préjugés conservateurs de la France profonde (une mère en instance de divorce avec son enfant, un passé jugé sulfureux). Mais ce récit bute sur le vécu du pays profond autant que sur l'instinct humain qui finit par rejeter le poison.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film d'une grande richesse, truffé de symboles expressionnistes (le vendeur de ballons, clin d'oeil à "M le Maudit" (1931), le trajet sinusoïdal en tramway d'Hélène où elle se confesse à son avocat "loqueteux" joué par Michel DUCHAUSSOY qui fait écho au trajet routier de la fin de "Le Boucher" (1970) pour marquer qu'il s'agit dans les deux cas d'une descente aux enfers, ou du moins dans les tréfonds de l'inconscient humain).

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Le Roman d'un jeune homme pauvre

Publié le par Rosalie210

Abel Gance (1935)

Le Roman d'un jeune homme pauvre

Le roman de Octave Feuillet fut à sa sortie en 1858 un best-seller, adapté de nombreuses fois au théâtre (dont l'année de sa sortie par Octave Feuillet lui-même). Mais il n'a pas passé l'épreuve du temps et apparaît aujourd'hui comme un mélo désuet au rebondissement final particulièrement lourdaud. Pourtant il est intéressant de savoir qu'il est en un sens autobiographique. Octave Feuillet n'était certes pas aristocrate mais issu de la bourgeoisie et fit carrière sous le second Empire. Par conséquent la chute du régime entraîna sa ruine. Il survécut grâce aux ventes de ses livres mais ceux-ci tombèrent pour la plupart dans l'oubli après sa mort. Le roman d'un jeune homme pauvre fut certes une exception, adapté six ou sept fois au cinéma mais on remarque que ces adaptations ont entre cinquante et cent quinze ans. Celle de Abel GANCE qui survivait avec des oeuvres de commande dans les années 30 est la quatrième. On remarque des effets de style datant du muet mais aussi de beaux plans de la Bretagne. Et le couple formé par Pierre FRESNAY et Marie BELL est digne et élégant dans des rôles d'êtres aussi fiers que blessés. Lui devant travailler pour vivre sous un faux nom (pour ne pas faire tache avec une particule), elle étant sur la défensive par crainte d'être courtisée pour son argent. Tous deux épris néanmoins d'idéalisme et de beauté. Une situation pas si éloignée finalement d'Abel GANCE lui-même.

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The Mastermind

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2026)

The Mastermind

Dans la filmographie de Kelly REICHARDT, "The Mastermind" s'inscrit dans les mêmes codes du thriller que "Night Moves" (2013). Dans les deux cas, on assiste à la préparation, à l'exécution puis aux conséquences d'un acte hors-la-loi qui tourne mal: un attentat écologiste dans le premier cas, un braquage dans un musée d'art dans le second. Une analogie de structure qui m'a frappée tout comme celle des protagonistes principaux, des hommes faibles et fuyants qui voient leurs plans mal conçus dès le départ échapper à leur contrôle. Certes, JB Mooney (Josh O'CONNOR) n'assassine personne mais c'est un homme totalement amoral, un menteur pathologique et un irresponsable qui ne parvient jamais à se dégager d'une conception transactionnelle des relations humaines. Sa dernière conversation téléphonique avec sa femme alors qu'il est en cavale est éloquente: "je te demande pardon, j'ai fait ça pour notre famille, enfin aux trois-quarts, j'ai aussi fait ça pour moi [...] tu pourrais me prêter de l'argent?" Heureusement, l'épouse de JB (jouée par Alana HAIM, l'actrice de "Licorice Pizza") (2021) ne lui répond que par le silence de son mépris. Il en va de même de la femme de l'ami chez qui JB tape l'incruste, elle ne se laisse pas abuser par ses mensonges d'autant qu'il fait la une des journaux et l'oblige à décamper. JB apparaît donc pour ce qu'il est, un minable parasite à la dérive, aux antipodes de la promesse du titre. L'ironie est d'ailleurs aussi ce qui permet à Kelly REICHARDT de réussir le dénouement là où elle ne savait pas comment finir "Night Moves" (2013). Celui-ci est en effet particulièrement savoureux (je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler). Pour finir, le film est un régal esthétique avec sa patte vintage (l'histoire se déroule dans les années 70) et sa musique jazzy mélancolique composée par Rob Mazurek qui m'a fait penser d'une manière frappante aux improvisations de Miles DAVIS dans "Ascenseur pour l'echafaud" (1957), autre histoire de perdition et d'errance d'un homme qui se retrouve seul face à son propre vide après avoir tout perdu.

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The Rider

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2017)

The Rider

Les pas de côtés que les réalisatrices effectuent lorsqu'elles réalisent des westerns (où des films qui s'y apparentent) sont souvent passionnants. Il faut dit que s'il y a un genre associé à la virilité dominante, c'est bien celui-là. Logiquement les westerns réalisés par des femmes s'attachent à des laissés pour compte ou à des femmes ou à des cowboys qui tentent de cacher les failles qui pourraient les faire basculer dans le camp des parias. "The Power of the Dog" (2021), "War Pony" (2021), "La Derniere piste" (2010), "First Cow" (2019) sont comme autant de jalons sur cette route encore peu empruntée qui comprend également le beau "The Rider", le deuxième film de Chloe ZHAO. On retrouve la sensualité de son regard dans la manière dont elle filme les grands espaces, une grande douceur aussi presque contemplative dans sa manière de filmer le désarroi d'un homme brisé par un accident de rodéo. "The Rider" c'est l'histoire (autobiographique, les personnages jouant leur propre rôle) d'un cavalier qui ne peut plus cavaler et doit donc réinventer son identité pour continuer à avancer. Sauf qu'autour de lui, il n'y a que d'autres éclopés de la vie dont un ami beaucoup plus lourdement handicapé que lui, une petite soeur autiste et un cheval mal en point. Ce qui est passionnant c'est que tous les acteurs non professionnels sont des descendants des indiens Sioux de la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du sud mais acculturés au point de ressembler à n'importe quel cowboy de l'Amérique rurale. Du moins jusqu'à ce qu'ils se blessent et que cette blessure ne vienne douloureusement leur rappeler que leur place est à la marge du monde construit par les conquérants WASP. Brady est pris entre la nécessité de gagner sa vie dans un boulot alimentaire dont il souligne dès le départ qu'il est temporaire et l'incapacité à couper le cordon qui le lie à la nature et aux chevaux. On le voit donc malgré les signes évidents de ses lésions toujours y revenir pour se heurter à chaque fois à une impasse, un comble au milieu de ces magnifiques grands espaces où tout semble possible mais qui pourtant fonctionnent comme un mirage.

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Nino

Publié le par Rosalie210

Pauline Loquès (2025)

Nino

"Nino", le premier long-métrage de Pauline LOQUES revendique ouvertement sa filiation avec "Cleo de 5 a 7" (1961) puisque dans le film de Agnes VARDA, c'était le prénom du soldat qui était le seul à pouvoir comprendre et partager les tourments de l'héroïne. Cependant je lui ai trouvé autant sinon davantage de points communs avec "Oslo, 31 Aout" (2011). C'est sans doute une question de génération, même si le film de Joachim TRIER est le remake de "Le Feu follet" (1963) qui est contemporain du film de Agnes VARDA! Dans tous ces films, on suit l'errance urbaine émaillée de rencontres d'un jeune homme ou d'une jeune femme sur qui plane l'ombre de la mort et qui tente (ou non), réussit (ou pas) à briser son isolement. Néanmoins, "Nino" est loin de parvenir au même degré d'immersion que "Cleo de 5 a 7" (1961) qui donnait l'impression de vivre en temps réel les déambulations de l'héroïne et de percevoir ses angoisses et l'évolution de son état d'esprit à travers les échos de la ville. On reste beaucoup plus extérieur dans "Nino" d'autant que parfois, la réalisatrice tombe dans des séquences un peu cliché comme celle de la soirée branchée chez son ami. Néanmoins le personnage de Nino (interprété avec sensibilité par Theodore PELLERIN) parvient peu à peu à se distinguer par sa nonchalance et son côté lunaire. Pas un instant il n'a l'idée par exemple pourtant rationnelle d'appeler un serrurier pour rentrer chez lui, préférant vivre l'attente le séparant du début de son traitement comme un SDF, très proche en cela de "L'histoire de Souleymane" (2023) ou de "Inside Llewyn Davis" (2013). Pourtant les premières séquences mettent en scène un monde agressif (hôpital en travaux et surchargé, gardien toujours absent, ex petite amie pas disponible pour l'écouter etc.) mais dans lequel Nino parvient à trouver des bulles de réconfort. Il n'y a pas que la révélation de son secret à des proches (et moins proches), l'enjeu est aussi celui de son avenir. Pas seulement la guérison mais aussi la reproduction qui est impactée par le traitement et l'oblige à prélever un échantillon de son sperme en amont pour préserver ses chances. C'est un aspect délicat qui est inégalement géré dans le film tout comme celui de l'héritage à l'aide d'un passage "surréaliste" qui remplit la même fonction que "Les Fiances du pont Mac Donald" (1961) mais que j'ai trouvé un peu trop "plaqué".

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L'Affaire Bojarski

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Salomé (2026)

L'Affaire Bojarski

Il y avait de quoi faire un très bon film avec l'histoire de cet ingénieur polonais immigré (remarquablement joué par Reda KATEB) rejeté par la France xénophobe de l'après-guerre et qui défie les institutions (la police, la banque de France) durant 15 ans avec ses billets mieux contrefaits que les vrais. Le caractère obsessionnel de son activité pour lequel il sacrifie sa vie sociale et privée n'est pas tant une revanche sociale (l'homme agit en solitaire au fond de sa cachette) qu'un besoin viscéral d'être reconnu à sa juste valeur. En cela il trouve son double parfait de l'autre côté de la barrière, le commissaire Mattei (Bastien BOUILLON) qui va lui aussi tout sacrifier pour parvenir à capturer le "Cézanne de la fausse monnaie" qu'il va finir par admirer. Hélas si l'intrigue (qui rappelle celle de "The Brutalist") (2023) est en or, la mise en scène de Jean-Paul SALOME ressemble à celle d'un téléfilm plan-plan, linéaire et besogneux d'autant que si la reconstitution historique est soignée, aucun effort n'est fait pour rajeunir ou vieillir les personnages d'une manière tant soit peu crédible.

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Les Noces rouges

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1973)

Les Noces rouges

"Les Noces rouges" est une nouvelle peinture acide des moeurs de la bourgeoisie de province, coincée entre les quatre murs de sa mentalité étriquée mais aussi du contexte de l'époque. Contrairement à d'autres personnages d'épouses de notables de l'oeuvre chabrolienne jouées par Stephane AUDRAN, Lucienne n'est pas issue de la bourgeoisie. Elle interprète une mère célibataire issue du peuple qui s'en est sortie en faisant un beau mariage (sur le papier) avec le député-maire (Claude PIEPLU, abject dans ce rôle), la contraception étant alors peu accessible et l'avortement illégal. Pierre, son amant qui est l'adjoint du maire (joué par Michel PICCOLI) est marié à une épouse neurasthénique et bigote (sa chambre est empreinte de religiosité). Bref, on sent bien la chape de plomb qui pèse sur ce couple illicite et leur besoin viscéral de liberté qui s'exprime par une passion physique dévorante. La séquence dans laquelle Pierre Maury prend la voiture pour rejoindre sa maîtresse, quittant la bourgade pour s'enfoncer dans les bois est tout à fait éloquente. Mais il n'en reste pas moins que Lucienne et Pierre ne parviennent jamais vraiment à s'évader de leur cage. Ils se comportent comme de grands ados transgressifs qui chahutent dans les fourrés ou se laissent enfermer dans les monuments patrimoniaux mais ils restent englués dans le système. Amusant d'ailleurs de constater que le désordre qu'ils laissent derrière eux est attribué à des jeunes. Inimaginable pour les notables que ce soit l'oeuvre de personnes respectables. Par conséquent, la seule manière dont Lucienne et Pierre vont envisager de conquérir leur liberté relève d'un archaïsme profond, même si encore une fois, les lois n'étaient pas celles d'aujourd'hui (le divorce par consentement mutuel n'avait pas été encore instauré par exemple) et le poids du regard social dans ces petites communes, écrasant. Comme les autres couples chabroliens, ils vont donc s'enfoncer dans le crime lors de scènes qui rappellent celles de "Juste avant la nuit" (1970) et de "Le Boucher" (1970). La route devient littéralement un piège diabolique crachant les flammes de l'enfer.

Quand j'ai écrit ma critique sur "Juste avant la nuit" (1970), je me demandais comment la jeune génération allait supporter un tel héritage de crimes et de mensonges. Claude CHABROL répond à la question dans ce film au travers du personnage atypique dans sa filmographie de la fille adolescente de Lucienne dont le prénom est ultra-symbolique dans sa filmographie: Hélène. Elle refuse que le dossier soit étouffé, elle veut faire toute la lumière pour délivrer sa mère et elle aussi par la même occasion (mère et fille ont une relation fusionnelle). Le problème, c'est que si sa mère l'aime, lui avouer toute la vérité est au-dessus de ses forces. Hélène l'obtiendra quand même cette vérité mais il y aura un prix terrible à payer.

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