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Vortex

Publié le par Rosalie210

Gaspar Noé (2021)

Vortex

Les films sur la fin de vie se multiplient ces dernières années. Pas seulement parce que le sujet dans nos sociétés vieillissantes est sensible. Mais aussi parce que parler de la mort c'est parler du cinéma. Un art qui filme "la mort au travail" disait Jean-Luc GODARD, un "cimetière" pour reprendre l'expression de David CRONENBERG. De fait, il est impossible de regarder "Vortex" sans penser à "Amour" (2012) avec son couple d'intellectuels pris dans les affres du naufrage de la vieillesse interprété par deux acteurs français légendaires de la nouvelle vague eux-mêmes dans les dernières années de leur vie (Jean-Louis TRINTIGNANT et Emmanuelle RIVA) et à "The Father" (2019) pour l'immersion sensorielle dans le cerveau d'un vieil homme atteint de la maladie d'Alzheimer, interprété par l'immense Anthony HOPKINS, le tout dans le huis-clos d'un appartement.

Si "Vortex" s'inscrit clairement dans le sillage des deux films cités plus haut, il apporte aussi sa petite musique personnelle, la signature Gaspar NOE. Le titre déjà, "Vortex" évoque le tourbillon du temps aspirant les êtres dans le trou noir du néant. Il y a aussi l'idée de dédoublement à l'oeuvre dans tout le film. L'aspect méta tout d'abord qui existe aussi chez Michael HANEKE mais qui est beaucoup plus explicite chez Gaspar NOE. Les personnages n'ont pas de nom alors que les acteurs et actrices apparaissent au générique avec leur date de naissance sur fond de muraille ce qui évoque une plaque funéraire dédiée à des genres et mouvements du cinéma révolus: la nouvelle vague avec Francoise LEBRUN (peu importe que Jean EUSTACHE se situe à la marge de ce courant, l'actrice de "La Maman et la putain (1973) a fini par acquérir un statut aussi iconique que Jean-Pierre LEAUD) et le giallo italien avec Dario ARGENTO. L'appartement lui-même, véritable capharnaüm labyrinthique contient la mémoire du cinéma du XX° siècle. L'autre dédoublement à l'oeuvre dans le film, c'est le dispositif du split screen qui ici se justifie pleinement. Evocateurs de casiers funéraires avant qu'ils ne viennent surcadrer l'image, cette démarcation qui s'installe nous montre la désyncronisation d'un couple formé en réalité de deux solitudes étanches. Si l'isolement est l'un des problèmes majeurs de la fin de vie, la maladie qui frappe la psychiatre à la retraite jouée par Francoise LEBRUN est révélatrice du dysfonctionnement de son couple. Alors qu'on la voit en temps réel sombrer dans la confusion et se perdre dans l'espace, son mari ne se préoccupe guère d'elle, sauf quand elle vient le déranger dans son travail de rédaction d'un énième livre sur le cinéma ou dans ses amours, l'homme ayant une relation extraconjugale au sein du cercle qu'il fréquente. D'une certaine manière, ce sont les faux-semblants conjugaux et familiaux que Gaspar NOE ausculte avec le fils dépassé (Alex LUTZ) et englué dans des problèmes d'addiction l'empêchant d'avoir prise sur ses proches. Une dissonance familiale qui atteint un "climax" avec la scène dans laquelle Kiki entrechoque bruyamment et répétitivement ses petites voitures, creusant la souffrance psychique de la mère sans pour autant que le fils ne parvienne à arrêter le bruit sous le regard indifférent du père qui semble plus que jamais absent. Lui aussi est donc condamné à mourir seul.

Même si quelques effets tournoyants sont de trop dans le film, celui-ci s'avère donc plutôt sobre et réfléchi dans sa démarche. La fin est particulièrement puissante montrant à travers des photographies comme autant de "fenêtres témoin" comment la mort fait le vide et comment le temps efface les traces, rendant dérisoire le fait de s'accrocher aux objets du passé: tout finira emporté comme le chante avec nostalgie Francoise HARDY.

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Un meurtre pour rien (Los tallos amargos)

Publié le par Rosalie210

Fernando Ayala (1956)

Un meurtre pour rien (Los tallos amargos)

Dernier des trois films noirs argentins des années cinquante restaurés et récemment sortis en France, "Un meurtre pour rien" qui a été réalisé par Fernando AYALA (et non comme les deux autres par Roman Vinoly Barreto) témoigne une fois de plus de la porosité qui existait à cette époque entre les cinémas allemand, hollywoodien et argentin. En ce qui concerne le style expressionniste des films hollywoodiens, la raison en est connue: nombre de réalisateurs allemands représentatifs du genre (tels que Fritz LANG ou Otto PREMINGER) ont poursuivi leur carrière aux USA après avoir fui le nazisme et ont donc importé leur savoir-faire. Mais ce que l'on sait moins, ce sont les échanges entre le cinéma hollywoodien et le cinéma argentin. Ainsi Ricardo YOUNIS, le chef opérateur de "Un meurtre pour rien" a étudié la photographie auprès de l'américain Gregg TOLAND, chef opérateur sur "Citizen Kane" (1940) de Orson WELLES. Et la scène de rêve à forte teneur psychanalytique fait penser à celle de "La Maison du Docteur Edwardes" (1945) autant qu'au fameux "Rosebud".

"Un meurtre pour rien" dont le titre en VO est plus subtil "Les tiges amères" est en effet l'histoire d'un dérèglement mental aux conséquences meurtrières. Le personnage principal est un journaliste raté et endetté jusqu'au cou. Le réfugié hongrois qui s'associe avec lui pour monter une affaire destinée à faire venir sa famille en Argentine va faire les frais de sa paranoïa. L'atmosphère moite qui imprègne le film jusqu'à l'éclatement de l'orage rappelle les polars de Akira KUROSAWA. Dommage que la tension dramaturgique faiblisse sérieusement dans la deuxième partie du film, plus fade jusqu'au rebondissement final très bien pensé.

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A Normal Family (Bo-tong-ui ga-jog)

Publié le par Rosalie210

Hur Jin-ho (2025)

A Normal Family (Bo-tong-ui ga-jog)

Après avoir vu ce film-choc, on comprend mieux pourquoi la Corée du sud détient le record mondial de la plus basse fécondité (0,75 enfants par femme en 2024). Comme la récente mini-série "Adolescence" (2025), le film fait état d'une jeunesse à la dérive, livrée à elle-même reflétant les différents aspects d'une société en crise: obsession pour l'argent, course à la réussite, soif de paraître, individualisme féroce. HUR Jin-ho qui adapte une nouvelle fois le roman de Herman Koch "Le Dîner" nous tient en haleine avec ce qui s'apparente autant à une satire sociale à la "Parasite "(2019) qu'à un thriller avec son lot de rebondissements. La famille huppée dont il dresse le portrait est dysfonctionnelle et peine à dissimuler ses failles derrière un vernis d'apparences clinquantes. Après un début percutant qui annonce la couleur, le spectateur est donc placé au coeur d'un climat de tensions latentes qui après un montage de mayonnaise en règle vont éclater. D'un côté deux frères flanqués de leurs épouses qui se réunissent régulièrement dans un restaurant de luxe pour faire semblant de faire famille, moyen d'étaler la réussite ostentatoire de l'aîné, avocat âpre au gain et cynique ce qui provoque la jalousie envieuse du deuxième pourtant chirurgien. Mais ce frère cadet tient à se faire passer pour un bon samaritain et à prouver qu'il ne court pas après l'argent. Pourtant sa mère ingérable car atteinte d'Alzheimer qu'il garde à son domicile parce que là encore, ça fait bien, a prévenu "il fait le gentil, mais c'est un enragé". La suite prouvera qu'elle avait raison. En guise de révélateur des dysfonctionnement familiaux, les enfants de ces deux couples, deux adolescents sous pression (l'un est harcelé, l'autre attend avec anxiété le résultat du concours d'admission à l'UCLA) qui pendant que leurs parents sont occupés à jouer cette pièce de théâtre ritualisée vont déverser leur rage sur une victime innocente dans une scène qui rappelle de façon troublante celle du SDF de "Orange mecanique" (1971). C'est avec une grande habileté que le réalisateur comme sans doute l'auteur avant lui place le spectateur face au même dilemme moral que les parents: faut-il privilégier la justice ou protéger ses enfants? Un suspense s'installe au fil des hésitations de l'un puis de l'autre. Le cadet a bien envie de flanquer une leçon de morale à son aîné qui renforcerait encore sa bonne image. Mais de l'autre, c'est l'occasion inespérée de se rapprocher de son fils. L'aîné perd ses certitudes face à une vidéo compromettante (sans envahir le récit, caméras de vidéo-surveillance et réseaux sociaux jouent un rôle clé). Tous deux s'intéressent enfin à leurs enfants mais ceux-ci leur échappent, s'avèrent insondables. Jusqu'à la fin dérangeante en forme de grosse claque finale. Une fin un peu caricaturale mais qui interroge le rôle de l'éducation et des responsabilités ainsi que le rapport entre la violence symbolique et la violence réelle.

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Le vampire noir (El vampiro negro)

Publié le par Rosalie210

Roman Vinoly Barreto (1953)

Le vampire noir (El vampiro negro)

Un Buenos Aires filmé dans superbe un noir et blanc expressionniste, un tueur de petites filles aux faux airs de Peter LORRE qui sifflote l'air de "Peer Gynt", un aveugle qui le reconnaît et lance toute la faune des bas-fonds à ses trousses, tout semble désigner "Le vampire noir" comme étant le remake argentin de "M le Maudit" (1931), peu de temps après celui qu'avait proposé Joseph LOSEY, "M" qui transposait l'intrigue aux Etats-Unis.

Ce serait cependant réducteur. Le film, rempli de trouvailles formelles très réussies qui le rapproche de celles de "Le Troisieme homme" (1948) remonte jusqu'aux faits réels d'origine ce qu'indique le titre qui fait référence au surnom qui avait été donné au tueur, Peter Kürten, "le vampire de Düsseldorf". Fritz LANG en avait tiré une métaphore saisissante de la montée du nazisme en Allemagne. Roman Vinoly Barreto reprend l'idée pour faire du bourreau le reflet des tares cachées de son pays. Comme dans "Que la bete meure" (1952) réalisé un an avant, "Le vampire noir" fait la part belle à l'inconscient, qu'il soit individuel ou collectif. La figure de la spirale et celle du souterrain y sont centrales suggérant le vertige et la chute. A la différence du film de Lang, l'assassin est moins victime de pulsions incontrôlables que d'une société qui le rejette et le condamne. Le générique de début et celui de fin qui montrent sa silhouette écrasée par le décor gigantesque d'une cour de justice se passent de commentaire. A chacun de ses crimes, la police soupçonne un innocent qui est en réalité coupable de déviance par rapport aux normes sociales et morales de la société argentine. Et puis surtout, le portrait du professeur se double de celui, tout aussi remarquable de la femme qui l'a vu agir. Une mère célibataire travaillant la nuit dans un cabaret pour élever sa petite fille qui provoque chez le procureur en apparence très droit dans ses bottes un comportement très ambivalent pour ne pas dire détestable. Son épouse estropiée et immobilisée ajoute au malaise général que le film suscite. Olga ZUBARRY dans le rôle de la chanteuse et Nathan PINZON dans celui de l'assassin sont excellents.

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Que la bête meure (La bestia debe morir)

Publié le par Rosalie210

Roman Vinoly Barreto (1952)

Que la bête meure (La bestia debe morir)

Un film noir argentin des années 50 par un réalisateur d'origine uruguayenne qui est aussi la première adaptation, dix-sept avant avant celle de Claude CHABROL, du livre de Nicholas Blake, nom de plume de Cecil Day-Lewis, le père de Daniel DAY-LEWIS.

Une ambiance de polar hollywoodien à la Alfred HITCHCOCK qui explore les tourments de l'inconscient combinée à une critique acerbe de la grande bourgeoisie. La bête du titre, c'est d'abord le chef de famille, Jorge, un odieux tyran qui abuse d'autant plus de son pouvoir qu'il n'est entouré que de femmes, d'enfants ou de subordonnés. Il bat et trompe son épouse, harcèle sa belle-soeur, écrase son beau-fils, insulte et rabaisse tout le monde, excepté sa mère, aussi dure et autoritaire que lui qui semble sortie tout droit de "Les Enchaines" (1945). La mort du despote, montrée dès le début du film est donc un soulagement pour presque tout le monde. Mais le mal a eu le temps de se répandre. Le jeune Ronnie qui a fait disparaître l'arme du crime est accusé de l'avoir empoisonné, d'autres membres de la famille ne sont pas très nets (notamment le mari cocu qui tire sur les rats, allusion au nom de famille de Jorge, Rattery) avant que les soupçons ne se portent sur le petit ami de sa tante, Felix Lane. Celui-ci est le double de Cecil Day-Lewis car lui aussi est auteur de romans policiers et lui aussi a un nom de plume puisqu'il s'appelle en réalité Frank Carter. Mais dans le roman et dans le film, Felix Lane a écrit un journal où il s'accuse du meurtre. Et il a un mobile pour cela que l'on découvre en flashback: Jorge a renversé et tué son jeune fils en voiture avant de prendre la fuite. Roman Vinoly Barreto fait bien ressentir la sensation de vertige que procure le basculement dans la bestialité meurtrière et créé un suspense de chaque instant. Par ailleurs le film a une dimension religieuse qui lui est spécifique avec ses citations tirées de la Bible, sa réflexion sur le mal et sa fin sacrificielle et rédemptrice.

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Loveable (Elskling)

Publié le par Rosalie210

Lilja Ingolfsdottir (2025)

Loveable (Elskling)

Premier long-métrage très réussi de la cinéaste norvégienne Lilja INGOLFSDOTTIR. Après une introduction "conte de fées" trop belle pour être vraie, "Loveable" traite du divorce d'un couple bourgeois, thème vu et revu dans le cinéma scandinave mais pas seulement (on pense parfois à "Anatomie d'une chute") (2022) pour mieux ensuite analyser en profondeur la crise existentielle de son héroïne, Maria. Quadragénaire débordée, angoissée et frustrée, Maria ne parvient pas à verbaliser son mal-être et à communiquer avec les autres. Devenue inapte à la joie comme le montre une scène où elle esquive un moment de complicité festive entre son mari et leurs deux jeunes enfants, elle ne cesse de quémander de l'affection tout en déversant sa colère ce qui provoque des réactions de fuite (son mari, sa mère) ou d'agression (sa fille), l'entraînant dans une spirale dépressive infernale.

Avec l'aide d'une psy bienveillante que l'on peut qualifier de "personne-ressource" et dont le rôle à l'image du film évolue, Maria (Helga Guren dont la palette de jeu impressionne) mène une introspection sur ce qui l'a amené au burn out. L'aspect psy du film est très développé jusqu'au prénom du mari, Sigmund qui n'a pas été je pense choisi au hasard. Celui-ci a sa part de responsabilité de par son indifférence aux besoins de sa femme, son art de l'esquive et son refus d'admettre le déséquilibre qui s'est instauré au sein du couple dont il tire l'essentiel des bénéfices. Mais toute la subtilité du film (que certains n'ont pas comprise si j'en juge par des critiques le taxant de misogyne) est de parvenir à créer une empathie avec une femme au comportement rébarbatif qui en reproduisant un modèle familial dysfonctionnel transmet cette souffrance à la génération suivante. Sa fille, véritable miroir d'elle-même en est la meilleure preuve. Redevenir "aimable" (le titre du film) à soi-même, accepter la main tendue de l'autre, déposer les armes et se reposer, enfin.

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Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

Publié le par Rosalie210

Rainer Werner Fassbinder (1979)

Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

"Le mariage de Maria Braun" est l'un des films les plus célèbres de Rainer Werner Fassbinder. Il s'inscrit dans une trilogie de films sur l'histoire de son pays entre la fin des années 70 et le début des années 80 cherchant le juste équilibre entre distance critique (la raison) et mélodrame (l'émotion). C'est notamment frappant dans la mise en scène qui multiplie les barrières qu'elles soient visuelles avec des sur cadrages (murs, portes, fenêtres, mots du générique qui recouvrent l'écran, cloisons à la gare, dans le train, au bureau) ou sonores (bruits agressifs et parasites, radio invasive qui couvre à moitié les propos des personnages) avec un jeu sur le premier plan et l'arrière-plan.

De fait, le film à l'image de son héroïne puissante et entravée à la fois est rempli d'ambivalences.

Maria ne sait pas à quel sein se vouer. Elle croit être libre et fidèle à son amour perdu tout en désirant mener sa barque comme elle l'entend et finit par comprendre qu'elle n'est qu'un objet transactionnel entre hommes et ce qu'ils symbolisent (le nazisme puis son fantôme à travers son époux Herman, l'impérialisme américain à travers Bill le G.I., le capitalisme incarné par Oswald son patron franco-allemand).

Le destin de Maria permet ainsi à Fassbinder de faire la critique de son pays. La trajectoire historique est claire: le film s'ouvre sur un portrait d'Hitler presque aussitôt décroché d'un mur par un bombardement à la fin de la guerre et se referme sur celui de plusieurs chanceliers de la RFA vus en négatif sauf le dernier, Helmut Schmidt, celui du présent (du tournage du film). L'après-guerre est un champ de ruines, allusion à "Allemagne année zéro" et à "Le temps d'aimer et le temps de mourir" (Douglas Sirk étant l'un des maîtres de Fassbinder). La reconstruction n'est qu'une parenthèse dans laquelle les femmes se croient maître d'un jeu aux dés pipés (notamment par le fantôme d'un passé mis trop vite sous le tapis) avant d'être renvoyées à la cuisine (où Maria dans un geste d'un absolu nihilisme fait comme Chantal Akerman dans "Saute ma ville") par les hommes de pouvoir: politiques, militaires, industriels. Le film s'achève ironiquement sur la victoire de la RFA à la coupe du monde en 1954 commentée à la radio, le sport étant  d'après la remarque de George Orwell en 1945 "la guerre sans les fusils": effet de boucle garanti!

Hanna Schygulla, flamboyante et fétichisée à l'extrême fait penser à la Lola de Jacques Demy (celle du film au titre éponyme mais aussi celle de "Model Shop") en "sainte putain". D'un côté la femme romantique qui s'accroche à un idéal qui lui tient lieu de sens existentiel. De l'autre l'arriviste s'abîmant dans les fausses valeurs de la réussite matérielle avant de réaliser que cet idéal à qui elle a finalement tout sacrifié n'est en réalité que le cadavre oublié du nazisme dans le placard, ce "passé qui ne passe pas" et qui la conduit dans une impasse. La boucle est bouclée.

 

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Crasse (Hoard)

Publié le par Rosalie210

Luna Carmoon (2025)

Crasse (Hoard)

En salle depuis le 11 juin, "Crasse" est un film emmêlant inextricablement amour et folie et donc franchement éprouvant à regarder. Dès l'introduction, on comprend que l'on va être pris dans une toile très difficile à détricoter. Celle du lien fusionnel unissant Maria et sa mère borderline contre le reste du monde. Un lien fait de torrents d'amour mais aussi de déchets que la mère de Maria collecte la nuit dans les poubelles et amasse dans leur maison au point de rendre celle-ci impraticable, dangereuse et insalubre. La magie d'une fête permanente pleine de lumières et de couleurs côtoie le chaos et l'ordure à chaque instant, rendant la vie sociale de Maria à l'école rapidement impossible. Jusqu'au jour de la catastrophe annoncée qui entraîne l'éloignement de la mère et le placement de l'enfant.

Que faire d'un tel héritage? C'est ce qu'interroge le film qui se concentre sur le destin de Maria dix ans après avoir été séparée de sa mère. Une Maria un peu fofolle mais qui semble s'être épanouie auprès de Michèle, sa mère adoptive et d'une copine d'école tout aussi azimutée qu'elle. Seulement la nouvelle du décès de sa mère dont elle réceptionne les cendres et le retour dans la maison de Michael, un ancien pensionnaire de Michèle en apparence rangé vont tout faire basculer. Maria va-t-elle devenir le double de sa mère avec ce deuil à traverser et ce partenaire de jeu dangereux qui porte sa propre bombe prête à exploser en lui? Encore plus qu'avec la mère de Maria, la mise en scène s'immerge dans la spirale d'une dinguerie sans limite confinant à l'horreur.

S'il est clair que le film ne plaira pas à tout le monde et que son hystérie fatigue à la longue (le film dure plus de 2h et aurait gagné à être plus resserré), et s'il semble peu réaliste que Michèle laisse ses deux protégés s'enfoncer dans leur délire sans réagir ou si peu, il est d'une trempe peu commune.

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Une nuit seulement (Only yesterday)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1933)

Une nuit seulement (Only yesterday)

J'étais curieuse de découvrir l'adaptation officieuse de "Lettre d'une inconnue", la nouvelle de Stefan Zweig par John M. STAHL, quinze ans avant celle, beaucoup plus célèbre -et assumée celle-là- de Max OPHULS. A condition d'oublier les dernières minutes, une concession au "happy end" de mise dans le cinéma hollywoodien, le film de John M. STAHL est une réussite. Astucieusement transposée dans le contexte alors récent de l'histoire mouvementée des USA de la première guerre mondiale au krach boursier de 1929, l'intrigue n'en reste pas moins fidèle à l'esprit de l'oeuvre originale (si l'on excepte encore une fois le dénouement). Elle offre un écrin à l'interprétation absolument remarquable de Margaret SULLAVAN dont c'était le premier grand rôle. Contrairement à tant de films (y compris récents) où l'on ne ressent pas le passage du temps, elle fait subtilement évoluer son personnage progressivement gagné par la mélancolie au fil de la perte de ses illusions. Néanmoins sa lettre n'est "pas seulement" le terrible récit d'une amante de l'ombre se consumant d'amour pour un homme qui l'ignore. C'est aussi une femme moderne qui décide de prendre son destin en main en allant vivre avec son fils chez une tante aux moeurs progressistes dans le contexte de l'émancipation féminine des roaring twenties. Et puis comme souvent chez John M. STAHL, quelques touches d'humour bien placées viennent alléger ce que l'intrigue a de mélodramatique.

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Climax

Publié le par Rosalie210

Gaspar Noé (2018)

ClimaxClimax

La curiosité. Voilà ce qui m'a poussé à regarder "Climax". Je n'avais jamais vu de film de Gaspard NOE mais beaucoup entendu parler de lui et compris que l'on avait affaire à un cinéaste clivant. Et puis à force de voir des extraits dans l'émission "Blow up", j'ai remarqué qu'il avait un univers reconnaissable avec une caméra tournoyante filmant en plongée un sol qui devient le plafond et vice-versa ce qui nous rappelle que la terre est sphérique. Cette volonté de brouiller les repères est d'ailleurs partout dans "Climax": dans le positionnement des génériques où il n'y a ni début, ni fin, dans celui des livres et des cassettes vidéo qui entourent la télévision où défile le casting: une partie des titres est à l'endroit, l'autre à l'envers. Je me suis repassé d'ailleurs cette séquence deux fois pour avoir le temps de les lire car ces oeuvres n'ont pas été choisies au hasard, elles ont valeur programmatique. "De l'hédonisme au nihilisme", voilà ce qui les relie.

"Climax" ressemble à l'un de ces innombrables films d'horreur de série B qui montre une bande de jeunes décérébrés et interchangeables tomber dans un piège mortel du genre "Chroniques de Tchernobyl" (2011). Sauf qu'il y a un cerveau derrière qui orchestre sous forme de maelstrom de sensations sa vision on ne peut plus noire de l'existence. "Climax" s'ouvre sur un plan-séquence de 12 minutes que j'ai vu plusieurs fois, notamment à l'exposition "Disco" qui explore justement ce qui se cache derrière l'hédonisme de cette culture et son temple, la discothèque: une utopie du mélange dans laquelle toutes les barrières (de couleur, de genre, d'origine sociale) seraient effacées par la magie de la musique, de la danse et d'une atmosphère brouillant les repères (fumée, obscurité, lumières stroboscopiques). Cette séquence euphorique tourne ensuite après une période d'incubation où l'on mesure l'animalité et la vacuité de personnages réduits à leurs pulsions primaires au pur cauchemar quand la drogue cachée dans la sangria (la boisson du "melting-pot") fait son effet. Une sangria filmée également à la verticale par la caméra tout comme un nouveau numéro de danse en forme de "battle" ce qui renforce la figure du cercle infernal et annonce la suite. C'est au tour des repères moraux et sociaux d'être pulvérisés dans ce qui s'apparente à une grande orgie de sexe et de violence aboutissant à une destruction symbolique de l'espèce par l'infanticide et l'inceste. La caméra fait d'ailleurs très "oeil de dieu" et ce d'autant plus que le blanc envahit les premières et dernières images (jusque là saturées d'un rouge et d'un vert très organiques) avec des personnages défoncés au regard tourné vers le ciel. C'est à ce moment-là que les titres des oeuvres citées au début du film prennent tout leur sens, tels que "Salo ou les 120 jours de Sodome" (1975), "Un Chien andalou" (1929), "Suicide, mode d'emploi" ou "De l'inconvénient d'être né". Eprouvant, dérangeant, sans doute trop long dans sa dernière partie qui paraît interminable mais un film qui ne laisse pas indifférent.

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