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Qu'est-il arrivé à Baby Jane? (What Ever Happened to Baby Jane ?

Publié le par Rosalie210

Robert Aldrich (1962)

Qu'est-il arrivé à Baby Jane? (What Ever Happened to Baby Jane ?

"Qu'est-il arrivé à Baby Jane?" est une histoire de stars déchues ravalées au rang de monstres de foire. Entre Blanche dont la carrière d'actrice s'est arrêtée net avec la fracture de sa colonne vertébrale, sa soeur Jane dont le développement a cessé brusquement lorsqu'elle a perdu son statut d'enfant-star et l'adipeux pianiste Edwin sous l'emprise d'une mère possessive, on nage entre "Freaks - La monstrueuse parade" (1931), "Psychose" (1960) pour l'affrontement des deux soeurs à huis-clos et "Boulevard du crépuscule" (1950), Gloria SWANSON étant remplacée par une Bette DAVIS quinquagénaire ayant gardé sa tenue et son maquillage de poupée, lequel, horriblement décrépi fait penser à celui du joker de Heath LEDGER. L'aspect pathétiquement clownesque de Jane renvoie à sa folie intérieure, laquelle s'exprime avec un mélange d'infantilisme grotesque et de sadisme faisant d'elle la tortionnaire de sa soeur qui connaît une déchéance inexorable. Le film est en effet une réflexion sur le vedettariat à l'américaine reposant sur une image fabriquée de toute pièce qui lorsqu'elle se brise libère les démons à la manière de l'expressionnisme allemand auquel on pense beaucoup en regardant le film. Afin de rendre le miroir plus efficace, Robert ALDRICH a réuni à l'écran deux "monstres sacrés" de l'âge d'or hollywoodien, rivales mais à la carrière déclinante, Bette DAVIS et Joan CRAWFORD dont les visages vieillis voire déformés par la haine ou la folie reflètent les aspects les plus sordides du mirage hollywoodien. Nul doute que ce film a eu des échos jusqu'à nos jours, que ce soit dans la réalité (le sort peu enviable d'ex-enfants stars comme Macaulay CULKIN) ou dans le cinéma ("Mulholland Drive" (2001) de David LYNCH explore lui aussi la part d'ombre et de lumière du rêve hollywoodien au travers de deux actrices rivales et fusionnelles dont l'une est aussi blonde que Bette Davis et l'autre, aussi brune de Joan Crawford).

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Il était une fois (A Woman's face)

Publié le par Rosalie210

George Cukor (1941)

Il était une fois (A Woman's face)

Réalisé juste après "Indiscrétions" (1940), "Il était une fois" (on se demande d'où vient ce titre absurde en VF, "A Woman s Face" (1941) le titre en VO est beaucoup plus parlant) est un film méconnu qu'il est intéressant de redécouvrir. Remake de "Visage de femme" (1938), film suédois réalisé trois ans auparavant avec Ingrid BERGMAN, "A Woman's face" appartient au genre du mélodrame mais ce n'est pas un mélodrame classique. Je soupçonne d'ailleurs son oubli relatif d'être lié à son caractère hybride. Il emprunte en effet des éléments au film noir, au film de procès et même au film d'épouvante de par notamment ses nombreuses allusions à Frankenstein. Exceptionnel directeur d'actrices hollywoodiennes, George CUKOR offre dans ce film un grand rôle à Joan CRAWFORD dont la carrière commençait à montrer des signes d'essoufflement. Celle-ci joue en effet dans le film le rôle d'une femme partiellement défigurée dont le visage est ensuite reconstruit par un chirurgien esthétique ce qui préfigure nombre de films sur le sujet, de "Les Yeux sans visage" (1960) à "Fedora" (1978). Le caractère méta (volontaire ou non) du film saute tout de suite aux yeux. Le glamour hollywoodien reposait en effet, du moins en partie sur la photogénie des visages de ses stars. "Il était une fois" ose donc briser son icône, au propre comme au figuré puisque l'amertume liée à sa difformité pousse Anna dans les bras du mal, d'abord en jouant les corbeaux puis en tombant dans les bras de Torsten Barring joué par Conrad VEIDT (le futur nazi de "Casablanca" (1942), les méchants dans le cinéma hollywoodien étant allemands ou russe c'est bien connu) qui lui propose un pacte diabolique. Bien évidemment, dans l'optique d'un manichéisme américain s'inscrivant sur le visage dont on a vu une manifestation éclatante dans le personnage de Harvey Dent alias Double Face issu de l'univers Batman, Anna possède aussi un côté lumineux que va mettre au jour le docteur Gustaf Segert (Melvyn DOUGLAS vu aussi chez Ernst LUBITSCH) qui de son propre aveu joue à Pygmalion... et au docteur Frankenstein. Cependant, sa situation de couple laissant à désirer avec son épouse volage et écervelée qui ne lui convient pas du tout, il se sent attirée par sa créature et devient logiquement le grand rival de Torsten Barring. Là-dessus, George Cukor orchestre des séquences de thriller à haut suspense moral (le téléphérique et la course-poursuite en traîneau) qui n'ont rien à envier à celles de Alfred HITCHCOCK, le tout étant raconté sous forme de flashbacks lors du déroulement du procès d'Anna qui a pour but de trancher entre le côté lumineux et le côté sombre du personnage.

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Un condamné à mort s'est échappé

Publié le par Rosalie210

Robert Bresson (1956)

Un condamné à mort s'est échappé

Je ne sais pas si "Un condamné à mort s'est échappé" est comme je l'ai lu le film le plus abordable de Robert BRESSON, les programmateurs du dispositif "Lycéens au cinéma" lui avaient préféré "Pickpocket" (1959). Mais ces deux films ont pas mal en commun, en particulier le fait de transcender le genre dans lequel ils s'inscrivent (le film d'évasion et le polar) sans pour autant le dénaturer. Dans son style caractéristique, dépouillé, elliptique, introspectif Robert BRESSON décrit un cheminement qui est autant temporel que spirituel. L'économie de mots et la précision des gestes se justifie ici par le contexte carcéral qui fait que chaque mouvement mal calculé peut être fatal. Derrière son apparente abstraction, il s'agit d'un cinéma très sensoriel (que l'on pense au rôle des mains filmées en gros plan et du toucher dans "Pickpocket" comme dans "Un condamné à mort s'est échappé" ou à l'importance des sons dans la prison où le lieutenant Fontaine est enfermé) mais cette sensorialité est toujours en relation avec quelque chose qui relève de l'invisible (dans "Un condamné à mort s'est échappé", c'est la chance qui en étant du côté du lieutenant favorise son évasion mais aussi la rencontre avec des guides spirituels emprisonnés comme lui tels qu'un pasteur et un abbé). Tiré d'une histoire vraie ayant eu lieu en 1943 dont on connaît l'issue dès le départ, le film nous fait partager l'intimité d'un homme (et notamment sa voix intérieure) que sa force de caractère, sa patience, son ingéniosité, sa minutie et sa détermination empêche de sombrer dans le désespoir. On partage également ses moments de doute, notamment face à l'arrivée d'un jeune co-détenu au visage d'ange mais aux habits pas nets dont il ne sait s'il constitue une entrave de plus ou au contraire un allié. Il doit donc faire un choix risqué sans savoir avant de l'avoir éprouvé s''il est le bon, un de plus qui démontre que même physiquement privé de liberté, l'homme conserve son libre-arbitre. Le sous-titre du film, "Le vent souffle où il veut" (parole de Jésus à Nicodème) est de ce point de vue éloquent.

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L'Enfant

Publié le par Rosalie210

Luc et Jean-Pierre Dardenne (2005)

L'Enfant

C'est pour moi le meilleur film des frères Dardenne avec "Le Fils" (2002) et d'ailleurs ces deux films réalisés à trois années d'intervalle et qui interrogent les liens de filiation se font écho (de l'aveu des Dardenne, l'idée de "l'Enfant" leur est d'ailleurs venu sur le tournage de "Le Fils"). Dans les deux cas, les personnages masculins entament un périple dans la douleur qui va les amener à grandir et donc à assumer un rôle paternel auquel au départ ils étaient étrangers. Le tout dans une atmosphère de thriller social âpre de par son naturalisme documentaire avec des plans-séquence au suspense haletant. "L'Enfant" du titre est peut-être moins Jimmy le bébé que son géniteur Bruno (Jérémie RENIER), petite frappe insouciante et inconséquente qui semble n'agir que sur des coups de tête. Cet être immature vivant en marge de la société de ses petites combines et larcins et de l'allocation de sa compagne Sonia (Déborah FRANÇOIS) semble aux antipodes de ce que l'on peut attendre d'un père digne de ce nom. En dépit de signes négatifs envoyés au spectateur dès les premières secondes du film (à peine sortie de la maternité, Sonia trouve son appartement sous-loué par Bruno sur qui elle a bien du mal à mettre la main), celle-ci s'obstine à le considérer comme digne de confiance. Il faut dire qu'ils fonctionnent en miroir (caractéristique gémellaire accentuée par le blouson qu'il lui achète et qui est identique au sien). Tous deux ressemblent à des anges blonds vivant d'amour, d'eau fraîche et de gamineries. Une énergie juvénile qui relègue à l'arrière-plan la précarité sociale dans laquelle il vivent. Jusqu'à ce que Bruno cède à la tentation de l'argent facile et ne la trahisse dans un acte révoltant et irréfléchi dont il payera le prix cash mais qui le métamorphosera en adulte responsable. Jérémie Rénier et Deborah François sont tous deux excellents et le film, fort et prenant du début à la fin.

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Two Lovers

Publié le par Rosalie210

James Gray (2007)

Two Lovers

"Two lovers" est le premier film de James GRAY que j'ai vu dès sa sortie au cinéma parce qu'on me l'avait recommandé et j'ai su tout de suite que ce réalisateur ne serait pas ma tasse de thé ce que les autres films que j'ai vu de lui depuis a confirmé (du moins jusqu'à présent). Pourquoi suis-je relativement hermétique à son univers? Si je me base sur "Two lovers" que je viens de revoir afin de mettre des mots sur mon ressenti, je dirais que je trouve le scénario et la mise en scène monocordes et prévisibles. Les enjeux sont surlignés à gros traits, par exemple les filles ont du mal à exister par elles-mêmes et servent surtout à illustrer le choix que doit faire Léonard entre endogamie et exogamie et on sait à peu près dès le début comment cela finira. Autre problème majeur à mes yeux, le manque de crédibilité des personnages. Je n'arrive pas à croire une seule seconde en ce Léonard trentenaire vivant toujours sous la coupe de ses parents et notamment d'une mère juive étouffante (jouée par Isabella ROSSELLINI). C'est moins l'âge du personnage en soi qui me pose problème que le fait que je sens trop le rôle de composition de Joaquin PHOENIX dans le rôle d'un vieux garçon déséquilibré et indécis qui se la joue ado attardé. Son comportement frise le ridicule. Mais ce qui me pose le plus gros problème, c'est le fait de taxer de romantique un comportement qui ne l'est pas du tout. On nous présente Léonard comme fragile, sensible et intègre alors que du début à la fin, il joue sur deux tableaux et qu'une fois son plan A (le plus excitant mais le moins sûr) définitivement à l'eau, il se rabat sans scrupules sur le plan B qui lui a été offert sur un plateau par ses parents et retombe ainsi sur ses pattes. Ce soi-disant malade mental réussit ainsi un triple coup digne des plus froids calculateurs: matrimonial, professionnel et social. Je l'avais déjà dit pour "The Immigrant" (2013) mais l'amour et l'exploitation sont incompatibles, vouloir nous faire croire qu'un personnage peut concilier l'un et l'autre autrement dit peut obtenir le beurre et l'argent du beurre est malhonnête (y compris vis à vis de soi-même).

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La Maison des bois

Publié le par Rosalie210

Maurice Pialat (1971)

La Maison des bois

Le meilleur film de Maurice PIALAT est la mini-série qu'il a tourné pour l'O.R.T.F en 1971 grâce à "L Enfance nue" (1968) qui avait tapé dans l'oeil de l'adjoint du responsable des programmes d'Antenne 2. Grâce lui soit rendue car les immenses qualités du premier film de Maurice Pialat se retrouvent intactes dans "La maison des bois" avec en plus une ampleur romanesque, historique et picturale inédite permise par le format de la mini-série. Avec cette chronique d'une sensibilité à fleur de peau de trois enfants, Michel, Albert et Hervé, recueillis par une famille d'accueil dans un petit village de l'Oise pris dans la tourmente de la première guerre mondiale, Maurice Pialat au sommet de son art enchante et bouleverse. On y retrouve son talent à diriger des enfants (dont Michel TARRAZON, le petit garçon de "L'Enfance nue"), à capter la vie dans son plus simple appareil (les grandes peines et les petites joies du quotidien), à mêler harmonieusement acteurs amateurs et professionnels (dont lui-même dans le rôle de l'instituteur, tout un symbole!), à jouer dans de superbes plans-tableaux sur le premier plan et l'arrière-plan, la petite et la grande histoire. Pour ne donner qu'un exemple, dans une scène se déroulant dans un café où des soldats jouent au billard, on voit l'un d'entre eux en retrait, assis à une table tenter de consoler sa mère en pleurs. Derrière l'image d'Epinal, une scène poignante et lourde de sens quand on connaît la suite. Le caractère impressionniste de la série éclate dans le troisième épisode en grande partie consacré à un déjeuner sur l'herbe qui est un hommage explicite à "Une partie de campagne" (1936) et que l'on retrouve dans "Van Gogh" (1991) (ainsi que la chanson anti-guerre "La Butte rouge"). Mais on pense aussi à un autre film de Jean RENOIR, "La Règle du jeu" (1939) lorsque les deux pères de substitution d'Hervé, un marquis et son garde-chasse se retrouvent pour aller traquer le braconnier dans les fameux bois du titre. Albert Picard (Pierre DORIS), le garde-chasse et sa femme Maman Jeanne (Jacqueline DUFRANNE qui joue également la mère de "Loulou") (1980), la famille d'accueil de Hervé, Michel et Albert sont rayonnants de bonté et d'amour tandis que Maurice Pialat met une certaine part de lui-même dans le rôle du marquis (Fernand GRAVEY), un homme solitaire et réprouvé qui voit en Hervé, enfant délaissé qui fuit la ferme des Picard à chaque visite des mères de ses camarades un alter ego.

Mais Maurice Pialat n'oublie jamais d'inscrire ces histoires individuelles dans la grande histoire, celle-ci venant régulièrement s'inviter à la table des Picard, donnant souvent le ton des débuts et encore plus des fins d'épisode. Par exemple la musique jouée in extenso occupe une grande place dans la série, toujours liée à la guerre. La belle chanson du générique (début et fin) est "Trois beaux oiseaux de paradis" composé par Maurice Ravel en 1914-1915 en hommage aux français tués. L'un des épisodes se termine sur l'hymne national allemand joué lors d'une veillée funèbre en l'honneur d'un pilote abattu dans son avion. Un autre commence avec l'armistice et sa fanfare claironnante qui n'oublie pas pour autant la sonnerie aux morts. Quant à la redoutée fin du cinquième épisode, elle se fait significativement dans le silence avec un simple fond d'écran pour générique.

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Certaines femmes (Certain Women)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2016)

Certaines femmes (Certain Women)

Des vies minuscules dans d'immenses paysages: c'est le fil directeur du film, fragmenté en trois récits adaptés de nouvelles de Maile Meloy se déroulant dans le Montana. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je ne suis pas fan de ce type de structure qui empêche d'approfondir scénario et personnages. Autre écueil que n'évite pas Kelly REICHARDT: le manque d'homogénéité. Les récits sont d'un intérêt inégal malgré les efforts pour les relier les uns aux autres. Le second avec Michelle WILLIAMS est vraiment trop ténu, il m'a fait penser à une esquisse. Celui avec Laura DERN est un peu plus étoffé et dynamique mais le personnage apparaît là encore bien difficile à cerner et l'histoire à laquelle elle est mêlée est peu passionnante. Le segment le plus développé avec Kristen STEWART est aussi le seul animé par une véritable dynamique relationnelle, même si la fin est amère. Car le problème est que le minimalisme contemplatif de Kelly REICHARDT vide chaque fragment déjà peu fourni de toute substance narrative. S'y ajoute un terrain dépressif commun à toutes les femmes croisées dans le film, lesquelles semblent rongées par la solitude ou l'incommunicabilité. Bref, comme dans certains autres de ses films, on est vraiment dans un "trop peu" qui confine à la neurasthénie.

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Rosetta

Publié le par Rosalie210

Luc et Jean-Pierre Dardenne (1999)

Rosetta

"Rosetta", Palme d'or 1999 est le film qui a fait connaître au monde entier les frères Dardenne et leur cinéma, mainte fois copié depuis mais qui demande un doigté dont ils ont seuls le secret: des intrigues mêlant drame social et suspense moral, un style plan-séquence et caméra à l'épaule collant aux basques de personnages toujours en mouvement ayant permis de révéler de jeunes (et moins jeunes) acteurs promis à de belles carrières (Emilie DEQUENNE, Jérémie RENIER, Olivier GOURMET), un dépouillement (par exemple dans les décors, l'apparence des personnages, l'absence de musique) tempéré par une caméra particulièrement fébrile. Contrairement au manichéisme d'un Ken LOACH qui divise souvent le monde dominé par le capitalisme libéral occidental entre gentils opprimés et méchants oppresseurs (mais pas toujours comme le montre "It s a Free World !") (2007), les marginaux des frères Dardenne sont tentés pour sortir de leur misère de devenir à leur tour des exploiteurs écrasant plus faible qu'eux (dans la logique elle aussi binaire de ce système fondé sur la compétition darwinienne). "Rosetta" correspond parfaitement à ce schéma. On y voit une jeune fille au comportement de sauvageonne vivant en marge de la société dans des conditions extrêmement difficiles (un camping dans les bois avec une mère immature à charge). Une battante certes mais dont les actes, dictés par les tripes (si contractées qu'elle est en proie régulièrement à des maux de ventre) la rende inapte à la vie sociale. Cercle vicieux qui l'amène dans une impasse puisque pour parvenir à ses fins (trouver un travail stable), elle commet une crasse qui ensuite vient la hanter jusqu'à ce qu'elle craque et tombe au final plus bas encore que là où elle en était auparavant. Pour peut-être enfin commencer à se relever?

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La Dernière piste (Meek's Cutoff)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2010)

La Dernière piste (Meek's Cutoff)

L'art d'en dire beaucoup en montrant peu est le propre du cinéma de Kelly REICHARDT. Ce minimalisme quelque peu aride est exacerbé dans "La dernière piste" dans lequel elle s'approprie le genre du western pour mieux en détourner les codes. L'action est remplacée dans "La dernière piste" par l'errance de trois familles de pionniers dans l'Oregon du milieu du XIX° siècle qui pour avoir suivi Meek (Bruce GREENWOOD), un guide vaniteux mais incompétent qui leur a promis un raccourci (le titre du film en VO est "le raccourci de Meek") se retrouve perdue dans le désert. Conséquence de cette erreur fatale, tous les paradigmes de culture occidentale sont renversés. Les pionniers se retrouvent à subir leur environnement au lieu de le dominer, la pénibilité de leur parcours étant particulièrement soulignée par la réalisatrice au travers du format d'image carré qui rétrécit leur horizon à leur seule survie quotidienne et la pénibilité de leurs mouvements qui fait ressentir au spectateur combien ils sont écrasés par la fatigue, la chaleur, la faim et surtout la soif. Après une introduction où les chariots arrivent au bord d'une rivière et où l'eau irrigue chaque plan, apportant un soulagement temporaire, celle-ci disparaît durant le reste du film, hormis un cruel passage où elle réapparaît mais s'avère non potable. Cette terrible épreuve existentielle a pour conséquence de bousculer l'ordre établi. Meek est démonétisé et finit ravalé en queue de peloton malgré ses démonstrations d'agressivité au profit de deux êtres culturellement dominés: une femme et un indien. Seul espoir de trouver de l'eau, l'indien capturé durant leur parcours est néanmoins indéchiffrable et incontrôlable: il représente la nature. D'où la tentation de détruire ce qui ne peut être asservi. Mais Emily (Michelle WILLIAMS, actrice récurrente du cinéma de Kelly REICHARDT), la pionnière la plus forte du trio de femmes (la deuxième, jouée par Shirley HENDERSON la "Mimi Geignarde" des films Harry Potter est enceinte et la troisième, jouée par Zoe KAZAN, compagne à la ville et dans le film de Paul DANO sombre dans la folie hystérique) décide de s'allier à l'indien et de le protéger de la violence impuissante de Meek. Elle m'a fait penser à une incarnation du discours visionnaire de Michel SIMON qui prédisait en 1965 la disparition du vivant alors même que les 30 Glorieuses triomphaient: " Ce qui aurait pu sauver l'humanité c'est la femme car elle est encore en contact direct avec la nature mais elle n'a pas voix au chapitre". La place de plus en plus importante prise par Emily dans le film qui va de pair avec l'effacement de Meek sonne comme une uchronie: si l'histoire avait été différente, en serions-nous arrivés là aujourd'hui?

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Van Gogh

Publié le par Rosalie210

Maurice Pialat (1991)

Van Gogh

Découvrir les films de Maurice PIALAT dans l'ordre (je n'avais vu avant la rétrospective que Arte lui consacre que "À nos amours" (1983) et "Police") (1985) s'avère éclairant. En effet de "L Enfance nue" (1968) jusqu'à "À nos amours" (1983), l'inspiration autobiographique saute aux yeux et offre une fresque humaine d'un naturalisme saisissant d'âpreté allant de l'enfance à la mort en passant par l'adolescence et la vie de couple. A partir de "Police" (1985) si le style et certaines obsessions restent parfaitement reconnaissables, les sources d'inspirations deviennent exogènes, puisant dans le genre du polar, dans le roman et ici dans la biographie d'un peintre célèbre. Cependant on peut se demander dans quelle mesure Maurice Pialat ne se dépeint pas lui-même au travers de sa chronique des derniers jours de Vincent Van Gogh: c'est lui-même qui tient le pinceau dans les rares moments du film où son personnage s'adonne à la peinture et il lui prête par moment des réactions qui étaient les siennes (par exemple un certain agacement face aux contingences de la vie qui l'entravent dans son acte de création). On peut ajouter également l'amertume de l'artiste incompris et le caractère revêche voire goujat d'un Van Gogh amateur de femmes mais antipathique qui n'est pas sans rappeler le Jean de "Nous ne vieillirons pas ensemble" (1972) (qui était faut-il le rappeler un cinéaste raté). Bref, on est pas loin de l'autoportrait de Maurice Pialat en Van Gogh d'autant que si la peinture occupe une place très périphérique dans le film, celui-ci est conçu comme une série de tableaux vivants, chaque scène étant d'une grande beauté visuelle rappelant la peinture impressionniste (celle de Auguste Renoir surtout avec les plans de guinguette au bord de l'eau avec en toile de fond des barques à voile blanche ou bien le rouge d'une robe se détachant sur la végétation). On adhère ou non à la vision désacralisée, anti-spectaculaire du peintre ramené à une certaine trivialité du quotidien. Personnellement, j'ai trouvé que la principale limite du film résidait dans la façon dont est retranscrite la relation entre Van Gogh (Jacques DUTRONC très crédible) et Marguerite (Alexandra LONDON), la fille du docteur Gachet (Gérard SÉTY). Montrer une jeune fille bourgeoise avoir une liaison avec un homme pauvre deux fois plus âgé qui l'amène au bordel* et fornique avec elle en public sous les yeux d'un père furieux mais impuissant relève de l'imaginaire (ce qui semble correspondre à la biographie de l'artiste) mais Pialat montre cela comme une réalité ce qui jure grossièrement avec l'époque retranscrite.

* Les filles de la bourgeoisie étaient élevées au XIX° pour être livrées vierges et frigides à leur mari, les prostituées assurant la satisfaction de leur libido. Deux rôles bien distincts que Pialat s'amuse à brouiller. dans une optique qui lui est propre (la romance entre une bourgeoise et un prolo rappelle "Loulou") (1980) mais qui ne fonctionne pas ici.

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