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Jeremiah Johnson

Publié le par Rosalie210

Sydney Pollack (1972)

Jeremiah Johnson

"Jeremiah Johnson", le deuxième film du tandem Sydney POLLACK/Robert REDFORD est magnifique, à la fois beau et cruel. Il dissipe les illusions du "retour à la nature" comme solution à la violence de la société. Si l'on pense au contexte dans lequel le film a été réalisé, on ne peut y voir qu'une parabole contre la guerre du Vietnam. Sauf que le film de Sydney POLLACK à travers le périple de Jeremiah, un ancien soldat devenu trappeur dans les Rocheuses montre que les alternatives recherchées par les tenants de la contre-culture sont des chimères. La guerre qu'il fuit (vraisemblablement celle du Mexique au milieu du XIX° siècle) en partant vivre en solitaire au coeur des montagnes, il va la revivre bien malgré lui. Jeremiah fait des rencontres dont celle d'un vieux trappeur qui lui apprend les rudiments de la survie en milieu hostile, reçoit sans l'avoir demandé une femme et un enfant eux aussi privés de liens et croit pouvoir avec eux refonder une famille et repartir à zéro. Mais il est vite rattrapé par la guerre entre colons et indiens et par les rivalités entre tribus. Le fait de ne pas parvenir à se soustraire à son appartenance d'origine et son hubris l'amène à commettre un acte sacrilège qui lui vaut un terrible retour de bâton. Il plonge alors dans l'enfer d'une vengeance sans merci contre les indiens Crow qui d'après la légende lui aurait valu son surnom de "mangeur de foie". Sauf peut-être dans la superbe scène de conclusion où après avoir hésité à brandir son fusil, Jeremiah rend son salut à l'indien qu'il croise. Un fragile espoir de guérison pour cet homme des montagnes condamné à l'errance et à la violence perpétuelle.

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Propriété interdite (This Property Is Condemned)

Publié le par Rosalie210

Sydney Pollack (1966)

Propriété interdite (This Property Is Condemned)

Deuxième film de Sydney POLLACK, "Propriété interdite" marque aussi sa première collaboration avec celui qui deviendra son acteur fétiche, Robert REDFORD. Le film est l'habile adaptation d'une pièce en un acte de Tennessee Williams. Habile parce qu'on ne sent pas trop les origines théâtrales du film grâce au travail sur le scénario effectué notamment par un tout jeune Francis COPPOLA et grâce à une superbe photographie de James WONG HOWE (le cousin de la célèbre actrice sino-américaine Anna May WONG) qui fait ressentir l'ambiance étouffante et poisseuse de la bourgade du Mississipi où se déroule la majeure partie de l'intrigue. Celle-ci ressemble quelque peu à celle du film "Titanic". Sauf qu'au lieu du paquebot qui coule à pic, on voit des trains à l'arrêt en raison du naufrage de la crise des années 30 qui met les cheminots au chômage. Dans ces situations où les hommes s'absentent, il y a des mères aux abois qui utilisent le corps de leur fille comme appât pour la maquer au plus offrant. Un vieux riche, M. Johnson est sur les rangs mais aussi l'amant de la mère (joué par Charles BRONSON). Mais c'est un mystérieux jeune étranger blond aux yeux bleus qui rafle la mise. Il faut dire qu'il a la belle gueule de Robert REDFORD. Logiquement, il tape dans l'oeil de Alva, la fille que tous les cheminots s'arrachent mais qui ne rêve que de fuir cette existence sans issue. Alva est jouée par Natalie WOOD au firmament de sa beauté qui forme donc un couple diablement séduisant avec Owen, même si le fait de le fréquenter entraîne des représailles de la part de la communauté comme de celui de la mère, Hazel. Car Alva qui vit dans ses rêves mais utilise des armes de séduction tout ce qu'il y a de plus charnel découvre une réalité bien éloignée de ce qu'elle s'était imaginé. Le prince charmant est un employé envoyé par la compagnie ferroviaire pour licencier du personnel, un homme rugueux qui fait son boulot sans états d'âme et ne ménage guère cette poupée "un peu poule un peu fleur (bleue)". Même quand il s'adoucit et que les deux amants se rejoignent à la Nouvelle-Orléans, Alva est bien obligée de constater que sa soif de liberté n'est qu'une illusion et que la réalité de sa sujétion (à sa mère et aux hommes ce qui rapproche terriblement le personnage du destin de l'actrice) la rattrapera toujours.

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Sirat

Publié le par Rosalie210

Oliver Laxe (2025)

Sirat

"Sirat" est une grande expérience de cinéma. Pour une fois, l'immersion sensorielle, pourtant poussée à l'extrême ne se fait pas au détriment du propos, lui aussi très fort. Pas étonnant que le film divise et que des gens aient quitté la salle avant la fin. Le film repose sur des ruptures radicales que l'on ne voit pas venir et qui déstabilisent, choquent, émeuvent, interrogent. Ruptures qui se combinent avec un aspect indéniablement contemplatif: "Sirat" raconte une traversée du désert. Une épreuve matérielle, spirituelle et religieuse qui implique de se dépouiller de tout pour espérer en ressortir vivant. Vivant mais transformé à jamais. Cette transformation se produit par deux fois dans le film. Quand Luis (grandiose Sergi LOPEZ) père de famille sédentaire roulant dans un van inadapté se fond dans la petite communauté de raveurs qu'il suivait jusque là à distance. Il se fond en elle comme il se fond dans le désert lors d'une scène déchirante. Et enfin quand après une ultime traversée, plus rien ne distingue les raveurs des autochtones de la région. D'ailleurs "Sirat" est un mot arabe qui signifie "chemin" et dans la tradition coranique, il constitue la dernière barrière avant le paradis, un pont glissant et épineux érigé au-dessus de l'enfer.

Brouillant volontairement le cadre spatio-temporel, le film se situe dans une dimension dystopique voire post-apocalyptique lié à l'évocation d'une guerre qui rôde et l'omniprésence de la mort qui frappe au hasard. Le contexte n'est pas le même qu'à l'époque du tournage du premier "Mad Max" (1979) mais la similitude des imaginaires frappe l'esprit, tout comme avec "Gerry" (2002) et sa déclinaison "Daft Punk's Electroma" (2006). Enfin, on est saisi par la présence d'un panel de "gueules" que l'on ne voit jamais au cinéma, une communauté de marginaux marqués dans leur corps et leur visage, rompu à l'âpreté de leur environnement et qui nous fait partager un peu de leur monde. L'un d'eux arbore un T-Shirt sans équivoque: ce sont les "Freaks - La monstrueuse parade" (1931) des temps modernes: les éclaireurs de notre futur.

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La Tour de glace

Publié le par Rosalie210

Lucile Hadzihalilovic (2025)

La Tour de glace

A l'image de son affiche, l'esthétique de la "Tour de glace" est somptueuse. Pas seulement en ce qui concerne le travail sur les atmosphères montagnardes hivernales grises et bleutées mais aussi sur le clair-obscur. Tous les plans montrant des chemins plongés dans l'obscurité et bordés de lampadaires brillants sont puissamment oniriques et d'après ce que j'ai pu lire, ils sont récurrents dans l'oeuvre de Lucile HADZIHALILOVIC. On pourrait en dire de même des étoffes, des miroirs, des surfaces vitrées, des cristaux qui réfléchissent une lumière chaude en opposition avec la tonalité générale du film. Tout ce travail formel s'avère hélas un peu gâché par un scénario maladroit et inutilement alambiqué. Transposer un conte de nos jours sans l'affadir est une opération délicate. Certaines réussites éclatantes montrent que c'est possible comme "Les Chaussons rouges" (1947) (évidemment cités dans le film) "Le Roi et l'Oiseau" (1979) ou "Peau d'ane" (1970). Hélas, il ne suffit pas de donner à Marion COTILLARD la coiffure et l'allure de Delphine SEYRIG pour que la magie opère. La mise en abyme (au lieu de plonger dans le conte d'Andersen, on se retrouve sur le plateau de tournage de son adaptation cinématographique) est de ce point de vue un choix rebattu en festival et particulièrement rédhibitoire. Surtout que derrière le décor, il n'y a pas des personnalités mais encore des images archétypales: celle d'une diva qui se cherche un second souffle en vampirisant une jeunette (une allusion à "Les Levres rouges" (1970) là encore avec Delphine SEYRIG?) Et celle d'une adolescente orpheline toujours sur le point de tomber dans le gueule du grand méchant loup mais qui passe la majeure partie du film à observer et à attendre, les bras ballants et les yeux écarquillés. Tout cela manque de substance, de vie, d'un peu de légèreté (l'art du clair-obscur c'est aussi celui de savoir varier le ton!) et aussi de simplicité. Tel quel, le film plombant et glacial est dévoré par son dispositif.

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La Voie Royale

Publié le par Rosalie210

Frédéric Mermoud (2022)

La Voie Royale

Après "Premiere annee" (2018), "La voie royale" est le deuxième film que je découvre à propos d'un sujet que je connais bien, celui de la difficulté des jeunes issus des classes sociales défavorisées, même brillants intellectuellement à se faire une place au sein des études supérieures d'élite. La question est très vaste et le film de Frederic MERMOUD l'aborde avec un regard plein d'acuité sur le déterminisme social, les biais cognitifs ou encore l'hypocrisie d'un système qui prétend donner aux jeunes les clés pour changer le monde (la devise de Polytechnique) alors qu'il ne fait que le reproduire. Les CPGE prestigieuses en prennent pour leur grade avec leur darwinisme social alimenté par la compétition acharnée qu'elle se livrent entre elles et leur allergie à la mixité sociale, géographique et de genre. Mais là où le film tape le plus fort, c'est lorsqu'il montre comment Sophie Vasseur, brillante élève de terminale issue d'une famille d'agriculteurs loin d'épanouir son potentiel, navigue de déception en déception et dépérit à petit feu dans le micro-climat de sa prépa. Ses expériences les plus douloureuses, elle les connait avec ses camarades. Une fille d'abord, charismatique et surdouée avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'il ne s'agit que d'une illusion. Un garçon ensuite, moins autocentré, plus ouvert mais issu d'une famille de la grande bourgeoisie qui la place dans la même catégorie que celle des jeunes d'origine immigrée, celle de la "diversité". A chaque fois, la violence du rejet, de l'humiliation qui s'ajoute au fait de ne pas maîtriser les codes et d'avoir d'autres préoccupations en tête que les autres. Car Sophie garde un pied ancré dans son milieu familial étranglé par les difficultés financières, lâché par l'UE et en première ligne dans le mouvement des gilets jaunes. Bref dans ce film, la prépa est montrée comme une sorte de piège toxique qui élimine impitoyablement ceux qui ne parviennent pas à s'y adapter. Et encore, le film s'arrête au seuil de Polytechnique et ne montre pas l'après ce qui aurait été également très instructif sur les réelles possibilités d'ascension sociale de Sophie. De même que la déconstruction de la supposée "égalité des chances" alors que les stratégies scolaires des milieux les mieux informés (c'est à dire les plus privilégiés) se mettent en place dès le berceau, à compétence égale, comment rivaliser? Alors oui, il y a des professeurs qui parfois comme dans le film jouent les conseillers d'orientation mais cela reste au petit bonheur la chance et ça ne remplacera jamais la solidité du réseau.

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The Connection

Publié le par Rosalie210

Shirley Clarke (1961)

The Connection

Avant de voir "Connection", je pensais qu'il n'y avait que deux réalisatrices américaines en activité à cette époque: Ida LUPINO et Dorothy ARZNER. Comme quoi, en grattant un peu, on en trouve d'autres. C'est sûr qu'en voyant "The Connection" on en déduit que Shirley CLARKE est une cinéaste de la marge au sein même du cinéma indépendant new-yorkais.

"The Connection", son premier film est politiquement incorrect mais passionnant. Huis-clos dans un loft aux airs de squat de Greenwich Village, le film est tiré d'une pièce de théâtre à la trame très simple. Huit toxicomanes attendent non pas Godot mais leur dealer surnommé "Cowboy" et pour passer le temps, quatre d'entre eux parlent (beaucoup) pendant que les quatre autres qui sont au contraire mutiques improvisent des airs de jazz. La caméra, au centre de la pièce passe d'un personnage à l'autre en rythme avec le tempo des paroles et de la musique. Le tout donne une impression de dynamisme doublé d'un sens de l'humour certain avec la séquence de la salutiste, une vieille bigote esseulée complètement décalée dans ce contexte. Surtout, le film est fondé sur une mise en abyme: les junkies acceptent contre rémunération d'être filmés par un cameraman (que l'on ne voit qu'en reflet) et ne cessent de s'adresser au metteur en scène Jim Dunn dans un dispositif de mise à distance du "cinéma vérité".

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Outsiders

Publié le par Rosalie210

Francis Ford Coppola (1983)

Outsiders

Autant "Rusty James" (1983) m'a laissé une impression mitigée malgré sa magnificence formelle (ou peut-être justement à cause d'elle tant ce bel objet arty se contemple à distance), autant j'ai aimé sans réserve son film jumeau* injustement mésestimé dans la carrière de Francis Ford COPPOLA. Formidable pépinière de talents (c'est l'un des premiers films de Patrick SWAYZE, Rob LOWE et Tom CRUISE), le film qui se déroule à l'époque de James DEAN s'appuie sur une intrigue proche de celle de "West Side Story" (1960) à savoir la rivalité de deux bandes, les greasers et les socs qui n'est pas fondée sur l'origine ethnique mais sur les inégalités de classe. Logiquement, le scénario s'intéresse beaucoup plus au gang de jeunes issu de milieux défavorisés, les greasers (surnommés ainsi parce qu'ils gominent leurs cheveux qu'ils portent plutôt longs) et contient une question sous-jacente relevant de la sociologie: à milieu égal, quels sont les facteurs qui font qu'on s'en sort ou pas? La réponse réside dans le fait que la pauvreté n'est qu'un paramètre parmi d'autres tout aussi déterminants dont la famille, l'un des thèmes privilégiés de Francis Ford COPPOLA. Johnny et Ponyboy qui s'aiment comme deux frères ont sensiblement le même âge (13-14 ans), la même origine sociale, la même sensibilité littéraire aussi. L'un veut lire dans le texte "Autant en emporte le vent", l'autre récite des poèmes. Tous deux, à l'image de Jim et Pluto dans "La Fureur de vivre" (1955) sont sensibles à la beauté du monde qu'ils contemplent non dans un planétarium mais directement sous les étoiles. Seulement Johnny n'a nulle part où aller, son foyer étant un enfer de violence et d'alcoolisme dont il s'extrait le plus souvent possible. La seule chose qui le rattache au monde, c'est la bande à laquelle il appartient et en particulier cet ami qui lorsqu'on s'attaque à lui l'amène à commettre l'irréparable. Ponyboy a la chance d'être protégé, non seulement par Johnny mais par sa fratrie dont il est le cadet et qui est dominée par la figure de Darry (Patrick SWAYZE avait déjà 30 ans au moment du tournage). Même si celle-ci n'est pas à l'abri de tensions et d'errements, la solidarité et l'amour qui circule entre les trois frères orphelins est remarquablement mise en scène. Mais on s'attache tout autant à Johnny (joué par Ralph MACCHIO), bouleversant lors d'un acte de rédemption qui lui brûlera les ailes. Même Dallas, le chef de bande dur à cuire tout juste sorti de prison (joué par Matt DILLON) est montré comme un être cherchant désespérément à sortir de son impuissance et de son enfermement. La bande originale est superbe

* "Outsiders" a été réalisé conjointement à "Rusty James" avec la même équipe, au même endroit (Tulsa dans l"Oklahoma) et est l'adaptation d'un roman de la même autrice, Susan Eloise Hinton qui a participé au scénario.

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Rusty James

Publié le par Rosalie210

Francis Ford Coppola (1983)

Rusty James

"Rusty James" est l'un des deux volets du diptyque que Francis Ford COPPOLA a consacré à l'adolescence au début des années 1980 à partir de deux romans de Susan E. Hinton (qui a participé à l'écriture du scénario) en conservant la même équipe et les mêmes lieux de tournage à Tulsa dans l'Oklahoma. D'ailleurs les films ont été réalisés en même temps. Mais si "Outsiders" (1983) est classique dans sa forme, "Rusty James" relève plutôt du cinéma expérimental. Tourné dans un noir et blanc expressionniste, "Rusty James" contient plusieurs trouvailles formelles, notamment celles qui se rapportent au dérèglement sensoriel de son grand frère surnommé "Motorcycle boy". Alors qu'on nous présente ce dernier comme un dangereux chef de gang dont le nom s'affiche sur tous les murs et dont l'aura est d'autant plus grande qu'il a disparu de la circulation pour une virée au soleil de la Californie, le voilà qui réapparaît, bien différent de la réputation qui l'accompagne. C'est sa vision du monde que le film épouse: privée de couleurs (il est daltonien) à l'exception de celles des poissons d'aquarium, les "rumble fish" du titre en VO à qui il souhaite rendre leur liberté*, et déréglée sur le plan sonore en référence à sa surdité. Lui-même parle avec une voix extrêmement douce qui est presque un murmure. Surtout, "Motorcycle boy" ne revient pas pour reprendre son rôle de gangster mais pour protéger et aider son petit frère à échapper à la fatalité à laquelle lui-même semble condamné (fatalité incarnée par le personnage du flic) dans une sorte de pulsion sacrificielle. Pour rajouter une couche de mythification, tout chez "Motorcycle boy" rappelle le Marlon BRANDO de "L'Equipee sauvage" (1953) et celui-ci est incarné par un Mickey ROURKE au visage alors magnétique, à la fois beau et désabusé. Rusty James, dont le patronyme est prononcé comme un mantra tout au long du film évoque quant à lui le James DEAN de "La Fureur de vivre" (1955) et est incarné par Matt DILLON. Au petit jeu des références, la première bagarre évoque très fortement "West Side Story" (1960) et les scènes de billard préfigurent "L'Impasse" (1993). Sans parler du père alcoolique des deux garçons, joué par Dennis HOPPER.

Mais derrière la forme travaillée d'un film qui ressemble à un songe mais frôle trop souvent l'exercice de style maniériste, on reconnaît les leitmotiv du cinéma de Francis Ford COPPOLA: la marginalité, la violence ou encore le désir d'échapper au déterminisme familial et/ou social. Francis Ford COPPOLA aime d'ailleurs faire tourner des acteurs appartenant à des familles de cinéma, à commencer par la sienne propre: son neveu, Nicolas CAGE tient un rôle secondaire dans le film tout comme Chris PENN, le frère de Sean PENN.

* Une métaphore limpide, à l'image du "Fish tank" (2009) de Andrea ARNOLD.

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Sully

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (2016)

Sully

J'ai beaucoup aimé "Sully" qui déjoue avec intelligence les attentes du spectateur. Alors qu'un tâcheron aurait tiré de cette histoire vraie un film catastrophe bourré d'effets spéciaux envahissants ou un récit édifiant célébrant triomphalement l'héroïsme américain, Clint EASTWOOD situe son récit après les faits et interroge la notion de héros d'une manière pas si différente de Asghar FARHADI dans "Un heros" (2020). Car le héros, c'est celui qui est reconnu comme tel par la société et les institutions comme la sainteté et la panthéonisation et pendant une heure trente (et pas deux heures ou deux heures trente, aucune scène en trop dans ce film au rythme parfaitement maîtrisé), ce qualificatif est discuté pour qualifier l'acte du commandant qui n'a eu que quelques minutes pour prendre la décision de poser son appareil accidenté sur l'Hudson. D'un côté les passagers qui lui sont reconnaissants de les avoir sauvés lui manifestent un enthousiasme débordant sans parler des médias qui en font des tonnes. De l'autre, le Conseil national de la sécurité des transports, le N.T.S.B. déclenche une enquête en mettant en doute la pertinence de son jugement, l'accusant d'avoir mis en danger les passagers et d'avoir abîmé en mer l'appareil alors qu'il aurait eu le temps d'après leurs calculs et simulations de faire-demi tour et de revenir à l'aéroport de départ ou bien de se poser dans un aéroport à proximité. Face à ces deux pôles opposés, l'un, émotionnel, le mettant sur un piédestal et l'autre, se voulant rationnel menaçant son honneur et sa carrière, Sully, impeccablement joué comme toujours par Tom HANKS oppose son humilité, celle du professionnel compétent qui a juste fait son travail. Son humanité aussi qui peut s'appuyer sur l'intuition là où la machine est limitée par la rigidité de ses calculs. Là dessus se rajoute au travers de flashbacks offrant des points de vue différents sur le même événement à la manière de "Rashomon" (1950) la mise en évidence de l'aspect collectif du sauvetage: le sang-froid de l'équipage, la discipline des passagers, la rapidité des secours qui se rendent en quelques dizaines de minutes autour de l'appareil sinistré et se coordonnent pour récupérer les passagers transis de froid. Un antidote aux maux de l'Amérique à commencer par les flashs du crash qui hantent Sully et qui se rapportent tous au stress post-traumatique du 11 septembre 2001.

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Outrage

Publié le par Rosalie210

Ida Lupino (1950)

Outrage

Lorsque Arte a proposé un cycle consacré à Ida LUPINO en 2023 qui me l'a fait découvrir, il manquait hélas plusieurs de ses films dont "Outrage" (1950). La Cinémathèque de Paris a également programmé une rétrospective consacrée à la réalisatrice américaine qui montrait tous ses films mais dans la deuxième quinzaine de juillet 2025 alors que comme beaucoup, j'étais partie en vacances. Reste le site "Internet Archives movies" qui a mis en ligne gratuitement de très nombreux classiques mais sans sous-titrage ou avec des sous-titrages en langue étrangère. Autrement dit, pour profiter de leur catalogue, il faut maîtriser un minimum l'anglais.

"Outrage" est connu pour son sujet avant-gardiste en 1950: la description des conséquences traumatiques d'un viol. Le mot n'est pas prononcé frontalement car prohibé par le code Hays mais finalement, ce non-dit reflète bien l'état d'esprit puritain des bourgades américaines. L'agression dont elle est victime a pour pour effet de faire passer Ann, jeune employée de bureau modèle sur le point de se marier de l'autre côté du miroir. Tout d'un coup son environnement familier devient étranger, hostile, tout paraît faux et vain. La mise en scène sensorielle et expressionniste est remarquable, nous plongeant dans la tête d'Ann, aussi bien quand elle tente de fuir son agresseur dans une séquence de course-poursuite nocturne angoissante qui rappelle "M le Maudit" (1931) que lorsqu'elle tente de reprendre le travail sous le regard pesant de ses collègues. Ann ne parvient pas à reprendre sa vie d'avant et se décide à fuir sous le poids de la honte. Ce mécanisme de renversement de la culpabilité dans lequel la victime se sent coupable est hélas bien connu et pour beaucoup d'entre elles, l'exil est la seule issue avec l'espoir de recommencer à zéro. Mais il n'est pas si facile de se débarrasser de son passé qui ressurgit entre sa famille et la police qui la recherche et un homme trop entreprenant qui réactive son traumatisme et voit en retour s'abattre sur lui un déluge de violence. La fin est cependant quelque peu moralisatrice, conventionnelle et décevante. Même si le personnage du pasteur cherchant à ramener sur le droit chemin la brebis égarée donne à Ann une autre image des hommes exempte de lubricité, la manière dont elle s'agenouille devant lui pour écouter sa bonne parole n'est guère progressiste. Il manque bien évidemment une approche plus humaine et donc plus faillible du pasteur d'autant que de nos jours, on est revenu de l'illusion de la prétendue sainteté des hommes d'Eglise.

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