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Le Bel Antonio (Il Bell'Antonio)

Publié le par Rosalie210

Mauro Bolognini (1960)

Le Bel Antonio (Il Bell'Antonio)

Revu "Le Bel Antonio" que j'avais acheté en DVD à l'époque où je regardais de nombreux films avec Marcello MASTROIANNI. Cette fois, la disponibilité du film sur les plateformes est liée au récent décès de Claudia CARDINALE. Bien que le rôle de Barbara Puglisi soit fort ingrat à porter, il permet déjà alors qu'elle débutait au cinéma d'admirer son extraordinaire beauté. Mauro BOLOGNINI qui fait partie de l'âge d'or du cinéma italien est assez méconnu chez nous. Pourtant, ce film très noir est assez remarquable. On y ressent par tous les pores de la peau une insupportable pression sociale de tous les instants qui accable le personnage d'Antonio, présenté par ses parents comme un Don Juan alors que nous savons depuis la première scène qu'il est fragile, dépressif et impuissant. Il fallait oser traiter d'un tel sujet à l'époque mais quand on sait que le scénario est de Pier Paolo PASOLINI et que Marcello MASTROIANNI qui ne supportait pas l'étiquette de "Latin Lover" qu'on lui avait collée à la suite de la "La Dolce vita" (1960) faisait tout pour casser son image, on comprend mieux l'existence d'un tel film. Un conte cruel, impitoyable vis à vis d'une société sicilienne hypocrite voire schizophrène alliant pudibonderie et patriarcat et vénérant par dessus tout les comportements sexuels "virils", c'est à dire fondés sur la conquête et la possession d'un maximum de corps de femmes, divisées en deux catégories bien marquées, les "saintes" et les "putains". Le scénario tord particulièrement le cou aux premières, incarnées par le personnage de Barbara qui passe en un éclair d'oie blanche à femme vénale à vendre au plus offrant. L'Eglise est particulièrement montrée du doigt, elle qui condamne le "péché de chair", proclame le mariage indissoluble mais n'hésite pas à l'annuler s'il n'a pas été "consommé" pour permettre une union plus "lucrative" (à tous les sens du terme). De toutes manière, du mariage jusqu'aux enterrements, tout est montré comme un spectacle où chacun exhibe ses signes de réussite (sexuelle et matérielle, l'argent ayant également une grande importance dans les stratégies matrimoniales) ou bien médit sur les autres. Dans ce cirque d'apparences, seul Antonio paraît authentique, c'est pourquoi il souffre et semble condamné à souffrir, même une fois les sacro-saintes apparences sauvées car il est prisonnier du rôle social qu'il doit jouer, sa dépression lui ôtant l'énergie qui lui aurait été nécessaire pour se révolter.

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Un simple accident (Yek tasadef sadeh)

Publié le par Rosalie210

Jafar Panahi (2025)

Un simple accident (Yek tasadef sadeh)

Il s'agit seulement de la deuxième palme d'or iranienne depuis la création du festival de Cannes. La première, c'était en 1997 pour "Le Gout de la cerise" (1997) partagée avec "L'Anguille" (1997). Cette fois, Jafar PANAHI trône seul au sommet de l'Olympe, lui qui a commencé comme assistant-réalisateur de Abbas KIAROSTAMI, le réalisateur de "Le Gout de la cerise" (1997). A mon goût, c'est trop peu: Mohammad RASOULOF (pour "Les Graines du figuier sauvage") (2023) et Saeed ROUSTAYI (pour "Leila et ses freres") (2022) la méritaient tout autant. Passons.

"Un simple accident" en dépit de son titre (ou justement à cause de lui?) n'a rien de simple. Il soulève en effet plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses, à l'image de sa fin que l'on peut interpréter de plusieurs manières. Le film se présente comme une petite odyssée dans le huis-clos de l'habitacle d'un véhicule, un dispositif récurrent chez Jafar PANAHI, sans doute pour des raisons de discrétion, le tournage s'étant déroulé dans la clandestinité. Le simple fait que les femmes aient les cheveux découverts le prouve et on mesure le courage de ces équipes qui continuent à tourner dans leur pays en dépit de la répression. A l'intérieur de ce huis-clos, quatre victimes, le futur mari de l'une d'entre elles et leur supposé bourreau. Sauf que le rapport de forces s'est inversé: c'est le bourreau qui se retrouve à la merci de ses anciennes victimes après avoir été reconnu par l'une d'entre elles, assommé, kidnappé, ligoté et séquestré. Mais justement, rien n'est simple. D'abord, aucune ne l'a vu: toutes avaient les yeux bandés lorsqu'elles étaient entre ses mains. Seuls leurs autres sens (l'ouïe chez l'un, l'odeur chez l'autre, le toucher pour un troisième) leur indique qu'il s'agit de leur homme. Or, elles veulent des certitudes, c'est à dire des aveux. Ensuite, ces victimes n'ont rien de monolithique. Hommes comme femmes, issues de tous les milieux sociaux, célibataires ou en couple avec un panel de réactions face à la situation allant du refus de s'y confronter (du moins au départ) à la pulsion de meurtre sans autre forme de procès. Un bon moyen sans doute de démontrer que le régime opprime la société dans toute sa diversité et pas seulement les cinéastes (même si on se doute que Jafar PANAHI s'inspire de son propre vécu). Enfin, ces personnes confrontées à la tentation de la vengeance et à la réactivation de leurs traumatismes doivent également assumer la part d'humanité du bourreau à travers le sort de sa femme enceinte et de sa petite fille qui sans le chef de famille se retrouvent dans une situation de vulnérabilité totale. On le voit, le film est d'une extrême richesse, parfois très drôle lorsqu'il tourne à la satire (les flics corrompus qui ont trouvé la parade à la disparition du liquide en ayant leur propre machine à carte bleue!) et pousse le spectateur à se poser la question suivante: si j'avais été à leur place, qu'aurais-je fait?

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Fleur de Lotus (The Toll of the sea)

Publié le par Rosalie210

Chester M. Franklin (1922)

Fleur de Lotus (The Toll of the sea)

C'est le premier grand rôle au cinéma de Anna May WONG qui n'avait alors que 17 ans, ce qui lui permis ensuite d'être repérée par Douglas FAIRBANKS pour "Le Voleur de Bagdad" (1924). C'est aussi le premier film réalisé en technicolor et le résultat est splendide avec une richesse et un raffinement dans le choix des couleurs, des costumes et des paysages qui se retrouve jusque dans les intertitres qui ressemblent à des estampes japonaises. Par ailleurs, si les films colorisés existent depuis les débuts du cinéma, la technique mise en oeuvre ici donne au film (restauré en 1985) une allure très moderne qui désoriente quelque peu le spectateur. S'il n'était pas muet on pourrait tout à fait croire qu'il a été réalisé dans les années 30 ou 40. Enfin, le scénario adapté de l'opéra de Puccini, "Madame Butterfly" et transposé en Chine est de Frances MARION, la scénariste la plus en vue de l'époque avant que le parlant ne balaye les femmes des fonctions de commandement de l'industrie cinématographique.

Mais si par certains aspects, "Fleur de lotus" est un film en avance sur son époque (et sur les suivantes), par d'autres, il offre hélas le témoignage des préjugés racistes qui allaient pourrir la carrière hollywoodienne de Anna May WONG. Celle-ci, enfermée dans un rôle fleurant bon l'exotisme orientaliste joue le rôle tragique d'une jeune fille séduite et abandonnée par un amant WASP aussi insipide que lâche. Dès que sa famille lui demande de retourner aux USA et que ses amis commencent à évoquer l'inconvenance de sa situation, on voit tout d'un coup Allen Carver cesser de regarder Fleur de lotus dans les yeux ce qui n'est pas très bon signe. Mais celle-ci s'enferme dans le déni, jusqu'à ce que Carver, qui ne lui a pourtant donné aucune nouvelle revienne quelques années plus tard, flanquée de son épouse WASP bien comme il faut. C'est dire la considération qu'il a pour elle. Coup de grâce qui montre bien les biais d'écriture de l'époque: Fleur de lotus non seulement ne lui en veut pas mais elle confie à sa femme l'enfant qu'ils ont eu ensemble (enfant d'ailleurs à l'apparence 100% anglo-saxonne) avant d'aller se jeter à la mer, sous-entendu: je suis une intruse, je m'efface du paysage.

Mais là encore, le film n'est pas ce qui s'est fait de pire en la matière. De même que le parlant a évincé les femmes des postes de pouvoir dans le cinéma hollywoodien, il a coïncidé avec la mise en place du code Hays qui a aggravé le sort réservé aux minorités. C'est en partie à cause de lui que Anna May WONG a vu le rôle pourtant a priori fait pour elle de "Visages d'Orient" (1936) lui échapper au profit d'une actrice blanche grimée en asiatique. Le code, reflet des mentalités suprémacistes et ségrégationnistes de la société américaine interdisait de montrer des relations amoureuses à l'écran entre acteurs issus d'ethnies différentes. Par la force des choses, Anna May WONG a eu donc une carrière contrariée mais sa combativité, ca capacité à se réinventer en n'hésitant pas à changer d'air pour échapper aux stéréotypes et l'épreuve du temps ont fini par lui donner la place qu'elle méritait, celle d'une pionnière.

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Amore

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1947)

Amore

Un double "one woman show" de Anna MAGNANI dans ce qui est présenté comme le cadeau d'adieu que lui a fait Roberto ROSSELLINI avant de s'envoler pour d'autres yeux, ceux de Ingrid BERGMAN.

Contrairement à beaucoup, je préfère à titre personnel le second volet, "Le Miracle", l'adaptation d'un roman espagnol par Roberto ROSSELLINI et celui qui était à l'époque son assistant, Federico FELLINI, véritable couteau suisse puisqu'il joue en prime le berger qui abuse de la crédulité d'une bergère isolée dans la montagne (jouée par Anna M évidemment) en se faisant passer pour Saint-Joseph. Mais avec ses boucles blondes et sa jarre de vin prête à l'emploi (la GHB de l'époque), il fait plutôt penser à un certain Bacchus offrant à la naïve créature un aller direct pour le paradis. Laquelle se retrouvant quelques semaines plus tard avec un polichinelle dans le tiroir tente de faire croire à la fiction qu'elle s'est racontée à elle-même: elle serait rien de moins que la nouvelle immaculée conception. Mais les villageois mieux dessalés (ou plus hypocrites) ne l'entendent pas de cette oreille: la soi-disant nouvelle vierge Marie n'est à leurs yeux qu'une pécheresse qui mérite le châtiment d'une humiliation publique. C'est donc loin de la communauté et au bout d'un interminable chemin de croix, accompagnée seulement par sa chèvre (les animaux domestiques, on le sait ne jugent pas et c'est une des raisons pour lesquelles on aime leur compagnie) que Nannina atteint la grâce divine, loin de la bassesse des hommes. Bien qu'imprégné de religiosité, il y a de la tragédie antique dans ce récit (ce qui explique sans doute que j'ai pensé à Bacchus. D'autres ont pensé à "Sans toit ni loi" (1985) ce qui est tout à fait pertinent) se déroulant dans sa majeure partie dans de somptueux paysages montagnards.

Le premier volet, "La Voix humaine" est issu d'une pièce de théâtre en un acte de Jean COCTEAU qui a fait l'objet d'une récente adaptation par Pedro ALMODOVAR avec Tilda SWINTON dans le rôle principal. Je devrais dire unique puisqu'il s'agit d'un huis-clos centré sur le monologue d'une femme qui vient de se faire larguer et qui pour ne pas sombrer, se raccroche à la voix de son ex au téléphone comme à une bouée de sauvetage. Je n'aime pas ce texte (30 minutes de variations sur l'air de "ne me quitte pas", c'est long) mais force est de reconnaître qu'il met en valeur Anna MAGNANI dont la prestation est extraordinaire.

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Jeunes mères (La maison maternelle)

Publié le par Rosalie210

Luc et Jean-Pierre Dardenne (2025)

Jeunes mères (La maison maternelle)

J'ai aimé le dernier né des frères Dardenne. Un film choral tournant autour d'une poignée d'adolescentes enceintes ou ayant accouché récemment prises en charge par une maison maternelle. Les objectifs de cette institution sont énoncés au cours du film: soit aider la jeune mère à garder son enfant, soit lui trouver une famille d'accueil. Bien qu'étant au nombre de cinq au départ, le film expédie très vite l'une des ados, Naïma qui est sur le point de quitter la maison maternelle avec son bébé après avoir trouvé le boulot de ses rêves pour se concentrer sur quatre "cas sociaux" beaucoup plus épineux. Julie, Ariane, Perla et Jessica ont en commun de ne pas avoir de père. Quant à la mère, lorsqu'elle existe, elle est plus un problème qu'une solution. Les carences, les maltraitances sont très profondes et c'est sur cet aspect là qu'appuient le plus les frères Dardenne. Perla par exemple délaisse son bébé parce qu'elle s'accroche comme une désespérée au père délinquant, tout aussi jeune, tout aussi paumé qui n'a aucune envie de construire d'une famille. Perla mendie de l'amour et une situation qu'il est incapable de lui donner. Jessica qui a été abandonnée par sa mère n'arrive pas non plus à investir le bébé et recherche elle aussi désespérément à susciter l'intérêt de cette mère (jouée par India HAIR) qui la rejette. Le cas d'Ariane est différent, elle possède au contraire une mère envahissante mais irresponsable dont les addictions (à l'alcool et aux hommes toxiques) font régner l'insécurité dans la maison. Ariane qui est la seule des jeunes filles dont l'âge est précisé n'a que 15 ans mais apparaît beaucoup plus mature que sa mère qu'elle ne juge pas mais dont elle a du mal à s'extraire pour protéger sa fille (dont elle se soucie, contrairement à Perla et Jessica qui sont dans la négligence). Enfin Julie dont le terrible passé familial est révélé au cours du film est toxicomane et ancienne SDF. Heureusement, elle peut compter sur le père du bébé lui aussi ex-SDF qui est présent et cherche à s'en sortir. On comprend que pour eux, trouver un toit est bien plus qu'une question matérielle. Malgré le fait que le temps dévolu à chacune est compté, on s'intéresse vraiment à ces parcours cabossés qui sont finement caractérisés et aussi aux espoirs de résilience qui finissent par émerger, souvent sous la forme d'un suspense dont les frères Dardenne sont coutumiers. Jessica parviendra-t-elle a établir un contact avec sa mère biologique? Perla pourra-t-elle compter sur le seul membre de sa famille qui lui reste, sa grande soeur? Julie réussira-t-elle à tourner le dos à la drogue? Ariane ira-t-elle jusqu'au bout de son cho

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Le Guépard (Il Gattopardo)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1963)

Le Guépard (Il Gattopardo)

Fastueuse fresque historique de près de trois heures racontant l'unification italienne et le triomphe de la bourgeoisie du point de vue d'un grand aristocrate sicilien, "Le Guépard" n'est pas parfait, sans doute trop long et trop chargé mais comporte son lot de fulgurances. La première scène du film m'a semblé particulièrement réussie. Elle montre le rituel religieux sans doute ancestral auquel s'adonne la famille Salina perturbé par l'irruption d'un soldat qui meurt dans leur jardin. Un événement d'abord suggéré hors-champ par des cris et des clameurs que tente de couvrir la voix du prêtre et l'impassibilité du patriarche mais qui finit par envahir l'image. Tout est dit en une scène: vouloir nier le vent de l'histoire (c'est à dire du changement) qui souffle aux fenêtres et fait s'envoler les rideaux est une entreprise vouée à l'échec. La deuxième réussite du film est l'écriture du personnage du prince Salina et son interprétation par un impérial Burt LANCASTER (brillant transformiste du cinéma particulièrement à l'aise dans les rôles d'autorité). A l'inverse de nombre d'aristocrates européens (anglais notamment), il s'avère être un prince éclairé et pragmatique qui fait des compromis avec le nouveau monde pour assurer l'avenir de son clan ce que résume bien l'une des phrases clés du film "Il faut que tout change pour que rien ne change". Sa décision de marier son fougueux neveu Tancrède (Alain DELON) à la fille du maire de la résidence d'été des Salina plutôt qu'à sa propre fille Concetta en est l'illustration la plus éclatante avec celle de se rallier à l'unité italienne. A l'endogamie porteuse de déclin (tant sur le plan génétique que sur celui des finances, deux aspects évoqués par Salina), il préfère la richesse et le sang neuf. C'est pourquoi le choix de Claudia CARDINALE qui incarne Angelica est particulièrement pertinent. La scène où elle éclate de rire lors d'un repas met bien en valeur sa fraicheur et son naturel par contraste avec une assemblée qui semble composée de morts-vivants. Cependant, le prince Salina apparaît aussi comme un homme en fin de course, hanté par la mort et mélancolique du monde qu'il a perdu, celui qui advient étant montré comme particulièrement vulgaire (la fameuse phrase évoquant les lions et les guépards remplacés par des chacals et des hyènes, une comparaison discutable évidemment, liée à la personnalité de Luchino VISCONTI mais que l'on retrouve chez d'autres cinéastes italiens alors que la France n'a pas cette nostalgie de l'Ancien Régime et pour cause).

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Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (1976)

Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Un western magistral qui aurait dû adouber dès ce cinquième film Clint EASTWOOD comme un grand cinéaste si les préjugés de l'époque n'avaient pas aveuglés les critiques. Il y a eu tout de même une célèbre exception, Orson WELLES, pas vraiment un manchot en matière de réalisation qui à juste titre a dit que Clint EASTWOOD était le cinéaste le plus sous-estimé du monde. Il n'a pas vu le temps lui faire justice. En attendant, "Josey Wales hors-la-loi" qui renoue avec brio avec le western classique alors moribond est une odyssée qui part de la pire déchirure qu'aient connus les USA à savoir la guerre de Sécession (dont on découvre à cette occasion les ramifications complexes et peu ragoûtantes) pour recoudre peu à peu le tissu national en y intégrant toutes ses composantes. Mais nul aspect ronflant ou démonstratif, ce travail de reconstruction s'effectue au travers du parcours d'un individu, Josey Wales qui à la suite du massacre de sa famille se transforme en un impitoyable vengeur insaisissable et quasi-invincible. Sauf que sur son parcours et plutôt malgré lui toute une galerie de personnages hauts en couleur viennent se greffer, qu'ils soient esseulés ou en mauvaise posture si bien que le solitaire farouche se retrouve à la tête d'une petite communauté qui le moment venu vient lui prêter main-forte: Josey Wales n'a plus à jouer les super-héros, il n'est plus seul et on pense alors à Howard HAWKS et à son formidable "Rio Bravo" (1959) sauf qu'il y a des femmes de tous âges et des indiens autour de lui, et même un chien pas rancunier, au vu des nombreux jets de chique qu'il se prend dans le museau (l'un des gimmicks qui rend Josey Wales inoubliable). On pense aussi à John FORD pour la beauté époustouflante des paysages traversés et pour la réflexion humaniste (sur la place des indiens notamment - eux aussi avec leurs traumatismes historiques - et la possibilité d'une réconciliation). Mais avec une touche seventies et personnelle que ce soit sur les cicatrices de la guerre du Vietnam (les politiques en prennent pour leur grade, les charlatans aussi) ou sur le statut des femmes qui ne jouent pas les utilités mais sont de véritables protagonistes.

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Le salaire de la peur

Publié le par Rosalie210

Henri-Georges Clouzot (1953)

Le salaire de la peur

En le revoyant, j'ai été frappée par les similitudes entre la première heure de "Le salaire de la peur" et le début de "Le Trésor de la Sierra Madre" (1947) avec son échantillon d'épaves occidentales croupissant dans un bled paumé et poisseux d'Amérique latine*. Sauf que la sortie de secours (ou plutôt son simulacre) n'est pas la quête d'un filon aurifère au coeur de la montagne mais une grosse somme d'argent à empocher au terme d'une mission-suicide pour une compagnie pétrolière américaine tenue par un homme véreux. Elle consiste à acheminer sur de mauvaises routes pleines de chausse-trappe des camions remplis de bidons de nitroglycérine prêts à exploser à tout moment. Cette construction faisant se succéder l'aventure, l'action et le thriller en lieu et place de l'immobilisme en huis-clos n'a rien d'une libération et tout d'une descente aux enfers avec des pièges mortels à chaque pas. Il y a quelque chose d'absurde dans le destin des personnages, tous des morts en sursis qui pourtant n'ont pas hésité à écraser plus faibles qu'eux pour obtenir le job au terme d'une séquence de darwinisme social impitoyable. Tout cela pour tomber sous le joug d'une domination plus grande encore, celle de la colonisation américaine. Que l'on pense par exemple à Luigi, le cimentier calabrais aux poumons rongés par la silicose et qui choisit la mission kamikaze plutôt que la mort à petit feu. Son compagnon de route, Bimba a fui le nazisme pour se retrouver dans un trou à rats. Monsieur Jo (Charles Vanel) est un truand en cavale vieillissant qui veut prouver qu'il est encore le caïd sauf qu'il se révèle lâche et pathétique, tombant sous l'emprise de Mario (Yves Montand dans son premier grand rôle) que l'épreuve révèle courageux, déterminé mais également implacable et cruel. Contrairement à Luigi et Bimba qui ont des relations égalitaires, ceux de Jo et Mario faits de renversements de domination et de sujétion à la "The Servant" (1962) se teintent d'un sado-masochisme trouble, à connotation homosexuelle, surtout après la traversée très organique de la mare de pétrole. Chaque nouvel obstacle à franchir, véritable morceau de bravoure filmé avec un suspense haletant dépouille en effet un peu plus les personnages de leurs faux-semblants et le chemin de croix finit par acquérir une dimension existentielle que la fin, tragique et si possible plus absurde encore que le reste ne fait que confirmer.

*Et je me demande également si le film de Henri-Georges CLOUZOT n'a pas inspiré l'image introductive des insectes pris au piège de "La Horde sauvage" (1969).

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Monsieur Hire

Publié le par Rosalie210

Patrice Leconte (1989)

Monsieur Hire

Intéressante relecture du livre de Georges Simenon, "Les fiançailles de Monsieur Hire" qui avait déjà été porté à l'écran par Julien DUVIVIER en 1946 sous le titre "Panique" (1946) avec Michel SIMON. Intéressante en ce que Patrice LECONTE prend acte de la mue effectuée par Michel BLANC vers des rôles dramatiques voire ici tragiques. Par rapport au roman de Simenon ou au film de Julien DUVIVIER, l'aspect social de l'intrigue est négligé au profit de l'aspect intimiste. Certes, on sait que M. Hire est un asocial qui subit une aversion généralisée mais il n'y a par exemple pas de scène de lynchage: voisins, commerçants et passants ne sont finalement que des témoins quasi muets du drame. Peut-être est-ce une conséquence du contexte: "Panique" (1946) avait été réalisé dans l'immédiat après-guerre où la minorité à laquelle appartient Hire avait été persécutée (par contre en 1946, la plupart des français ne savaient pas qu'elle avait été victime d'un génocide, le mot ayant d'ailleurs été inventé seulement en 1944). Quant au roman de Simenon, il date de 1933, année de l'arrivée de Hitler au pouvoir. En 1989, le temps a suffisamment passé pour que Hire soit dépeint non comme un membre d'une communauté honnie mais comme un homme inadapté ce qui correspond aussi à l'évolution d'une société plus individualiste. Le film repose donc en grande partie sur l'extraordinaire interprétation de Michel BLANC qui arrive à nous émouvoir à partir d'un personnage pourtant assez peu défendable. Misanthrope, désagréable, psychorigide, voyeuriste, vêtu entièrement de noir avec un visage blafard, il n'a vraiment rien pour plaire. Et pourtant, au détour de quelques scènes, il laisse voir un autre aspect de lui, plus humain. Alice en revanche (jouée par Sandrine BONNAIRE) reste un peu trop traitée en surface, celui de la garce prête à tout pour protéger son "homme" (on se demande bien pourquoi d'ailleurs elle couvre ce criminel?). Heureusement, le trouble qui s'installe entre elle et Hire au détour de quelques scènes sensuelles rebat quelque peu les cartes. La mise en scène met bien en lumière la vie ritualisée de cet homme avec notamment un usage marquant de la musique de Brahms revisitée par Michael NYMAN et distille un vrai malaise entre Alfred HITCHCOCK et Roman POLANSKI.

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Nos plus belles années (The Way We Were)

Publié le par Rosalie210

Sydney Pollack (1973)

Nos plus belles années (The Way We Were)

"Nos plus belles années" témoigne de l'éclectisme de Sydney POLLACK aussi à l'aise avec le western et le thriller qu'avec la comédie et le mélodrame. Néanmoins, on peut relever deux constantes chez lui: Robert REDFORD avec qui il a tourné sept fois et un regard critique sur l'Amérique dont il déconstruit les mythes tout en restant fidèles aux genres de l'âge d'or de son cinéma et à ses grandes stars glamour. C'est sans doute ce qui a conduit à le classer comme un cinéaste de l'entre-deux: entre classicisme hollywoodien et Nouvel Hollywood. "Nos plus belles années" est ainsi un mélodrame digne de la tradition des années 50 et 60 (on pense aux maîtres du genre et en premier lieu à Douglas SIRK) mais avec un arrière-plan aux airs de pamphlet politique puisque Sydney POLLACK tente d'articuler petite et grande histoire: celle de son couple antinomique aux grandes convulsions ayant agité l'Amérique de 1937 à 1950: la crise, la guerre et le maccarthysme. Mais je trouve le résultat personnellement trop tiède, surtout si je le compare à des oeuvres plus frontalement engagées comme "Les 3 Jours du Condor" (1975) ou "Jeremiah Johnson" (1972). C'est en grande partie lié à l'écriture du personnage de Hubbell, vraiment trop lisse. Sans doute pour ne pas trop égratigner l'image de Robert REDFORD, il apparaît comme mou, indécis, sans caractère si bien qu'en dehors de sa beauté (et de son talent d'écrivain dont on ne peut guère se rendre compte, celui-ci ne transperçant pas l'écran), on se demande ce que Katie peut lui trouver. Car contrairement à lui, pur rejeton de la classe dominante WASP, Katie qui est juive, communiste et issue d'un milieu modeste est une passionaria qui ne rend jamais les armes. On sait dès le départ que ce mariage de la carpe et du lapin est voué à l'échec mais force est de constater que Robert REDFORD et Barbra STREISAND irradient à l'écran. Sur la longueur cependant, le film s'essouffle là où il devrait s'enflammer: dans la description des ravages du maccarthysme sur le milieu du cinéma hollywoodien. On ne ressent pas suffisamment ses effets sur le couple, même si Hubbell est prêt à faire des compromis(sions) sur ses scénarios, on ne sait pas lesquelles. On ne voit pas non plus assez à quel point quitter New-York pour Los Angeles représente une perte de sens pour Katie, un traumatisme comparable à celui d'un déracinement. Au contraire, elle est montrée comme celle qui s'accroche dans le couple, qui lui sacrifie tout alors que Hubbell, plus froid et distancié est prêt à s'en détacher à tout moment. En dehors de quelques scènes où Katie jette un froid dans les réunions des amis de Hubbell où elle ne trouve pas sa place, on reste dans un flou artistique savant qui rend la chute abrupte, presque gratuite là où elle devrait paraître évidente.

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