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Falling Leaves

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1912)

Falling Leaves

Court-métrage Solax de la période américaine d'Alice Guy qui rencontra le succès à sa sortie, "Falling Leaves" est souvent proposé aujourd'hui pour illustrer son travail. Il s'agit d'un mélodrame tiré d'une nouvelle de 1907 dans lequel une jeune fille, Winifred, se meurt de la tuberculose. Mais sa petite sœur Trixie est bien résolue à ne pas laisser faire la nature. Ce qui est charmant dans ce court-métrage, c'est qu'il fonctionne tant visuellement que narrativement sur deux plans. D'un côté le monde des adultes, austère, sérieux voire morbide, de l'autre celui de l'enfance plein de vivacité, d'énergie et d'imagination. Interprétant littéralement la phrase du docteur annonçant à la mère que Winifred décèdera avant que la dernière feuille morte ne soit tombée des arbres, Trixie décide de quitter son lit et la maison en douce pour aller dans le jardin recoller les feuilles aux arbres. Aux plans de la maison succèdent alors ceux du jardin où les feuilles tombent à verse comme des gouttes de pluie. A l'intérieur succède l'extérieur, à l'immobilité succède le mouvement dans le cadre, à l'accablement succède l'action bercée des croyances magiques de l'enfance. Même si c'est la science qui semble avoir le dernier mot, qui ne dit pas que la petite Trixie n'a pas contribué à sauver sa sœur au même titre que le vaccin du docteur (comme le suggère d'ailleurs la scène où elle le rencontre et le fait entrer dans la maison comme s'il avait "surgi" miraculeusement)?

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La Question humaine

Publié le par Rosalie210

Nicolas Klotz (2007)

La Question humaine

Dans "La Question humaine" qui traite de façon magistrale des liens historiques et idéologiques entre le nazisme et le néolibéralisme, le spectateur est confronté à une série d'images et de mots (ceux du présent) qui appellent d'autres images et d'autres mots (ceux du passé). Des numéros qui défilent, la fumée qui sort des cheminées de l'usine pétrochimique allemande SC Farb dont le nom renvoie à IG Farben (BASF+Bayer+Agfa) bien connue pour avoir employé pendant la guerre des déportés au sein même du camp d'Auschwitz III-Monowitz-Buna (dont Primo Levi qui était chimiste de profession), le nom du directeur-général mis sous surveillance, Mathias Jüst (Michael Lonsdale) qui renvoie à "Jude" (juif), la mise en scène des golden boys comme un corps uniforme de "chevaliers d'entreprise" renvoyant aux "chevaliers de Walpurgis" par lesquels se définissaient les SS ou encore le terme "d'unité" pour qualifier le personnel de l'entreprise (qui renvoie aux "stücke" par lesquels les nazis qualifiaient les déportés). L'histoire des dirigeants eux-mêmes est inextricablement liée au nazisme entre Karl Rose (Jean-Pierre Kalfon) enfant du Lebensborn élevé par des nazis et finançant secrètement un mouvement néo-nazi et Mathias Jüst, enfant de nazi portant le lourd fardeau des agissements de son père et dont la dépression est au cœur du film, parallèlement à la douloureuse prise de conscience par le DRH de l'entreprise, Simon Kessler (Mathieu Amalric) du véritable sens de sa fonction. La souffrance de Jüst qui s'exprime dans son rapport à la musique ("tension extrême", "exigence maniaque", "besoin de maîtrise qui fait fuir la musique", "perfectionnisme" dissimulant "une effroyable peur du vide" et impossibilité de l'écouter sans avoir la sensation d'une lame qui lui "déchire le corps") mais aussi dans son impossibilité d'être père (très symboliquement, lui et sa femme jouée par Edith Scob ont perdu leur bébé et ont muséifié sa chambre) contamine le personnage joué par Mathieu Amalric qui pourrait être son fils. Ce bon petit soldat zélé du capitalisme tient à distance sa part d'humanité symbolisée par Louisa (Laetitia Spigarelli), sa petite amie semblable à un oiseau fragile à la voix d'or. Plusieurs styles de musique s'opposent dans le film: celle de Simon, très froide et mécanique se manifeste sous forme de rave party techno dans des hangars désaffectés où il défoule les pulsions qu'il réprime la journée. Celle qui fait souffrir Jüst relève de la musique de chambre et celle de Louisa est fondée sur l'organe vocal. Plus le film avance, plus le comportement de Simon se dérègle, plus il doute, plus son travail le dégoûte. L'un de ceux qu'il a fait licencier (comme par hasard le seul vrai musicien de l'entreprise) se venge en établissant de troublants parallèle entre le langage d'entreprise qu'il emploie systématiquement dans ses rapports et celui des nazis évoquant les gazages de la Shoah en termes purement abstraits et techniques. Cette démonstration brillante de la manipulation du langage à des fins de propagande n'a rien à envier à l'analyse de George Orwell sur la novlangue. A la fin le technicien modèle n'est plus aux yeux de son entreprise qu'un objet cassé bon à jeter comme lui-même amputait sans état d'âme les "membres malades" du corps de l'entreprise au temps de son "efficacité maximale". Le remarquable livre de François Emmanuel dont le film est l'adaptation se termine d'ailleurs sur cette phrase "Je crois qu'il me plaît d'être ainsi relégué aux marges du monde".

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Jane Eyre

Publié le par Rosalie210

Cary Joji Fukunaga (2011)

Jane Eyre

Cette version de Jane Eyre (la dernière en date il me semble) ne manque pas de qualités, que ce soit dans la mise en scène ou dans l'esthétique. Mais elle passe à côté de l'essentiel. En effet en dépit des apparences, "Jane Eyre" n'est pas un roman facile à adapter parce qu'il n'est pas facile d'en saisir l'essence. Le nombre très élevé d'adaptations (plus d'une quinzaine!) plaide d'ailleurs en ce sens, il est l'expression d'une insatisfaction, d'une difficulté face à une histoire aussi insaisissable que son héroïne et celle qui lui a donné vie, Charlotte Brontë.

Ce qui pèche dans cette version ce n'est pas tant les coupes dans le roman (comment faire autrement pour faire tenir l'histoire en moins de deux heures?) que la vision complètement dévitalisée qu'il en donne. "Jane Eyre" se compose de contradictions, de reliefs et c'est un grand huit émotionnel autant qu'une passionnante (et surtout revigorante!!!) réflexion autour de la condition féminine, des rapports entre les sexes et de tout ce qui entrave leur épanouissement mutuel. Dans la version de Fukunaga, tout n'est presque que tourment, souffrance, dépression et désolation. D'ailleurs le choix de commencer l'histoire non par le commencement (c'est à dire par l'enfance qui dévoile l'échec des éducateurs victoriens à mater la nature rebelle de Jane) mais par sa fuite éperdue dans la lande pour échapper à la tentation de céder aux avances de Rochester après leur mariage raté va dans ce sens. Le jeu de Mia Wasikowska est certes sensible mais il manque de feu et de conviction, il manque aussi de cette naïveté émerveillée propre à la découverte de l’amour (tremplin de son évolution future) il est terne, monocorde. Jane Eyre est un caractère fort, puissant (au point de faire peur à tous les tenants de l'autorité qui la voient comme une sorcière) ce qu'elle ne retranscrit pas du tout. Et le courant ne passe pas vraiment avec son partenaire, Michael Fassbender qui a également du mal à exprimer combien Rochester est une généreuse et vulnérable nature sous ses comportements parfois détestables de "seigneur et maître". C'est bien dommage car son jeu est intéressant, par exemple à l'église lorsqu'il s'apprête à épouser Jane, sa nervosité retranscrit parfaitement à quel point il n'a pas la conscience tranquille. Ce qui manque en fait dans ce film c'est la dimension joyeuse, païenne, sensuelle, l'énergie, la verdeur, la tendre complicité de leur relation. Le roman est à l'image de toutes les saveurs de l'existence, le film n'en offre que le versant dépressif. Jane et Rochester ne sont pas des apparitions fantomatiques mais des êtres de chair et de sang (plutôt bouillant) qui se débattent pour sortir de la situation sans issue dans laquelle ils sont plongés, ou plutôt dans laquelle la société victorienne étriquée les plonge jusqu'à ce qu'ils parviennent à se créer leur propre issue. C'est aussi sans doute à cause de ce manque global de relief (qui provoque un ennui poli) que le personnage de St John (Jamie Bell) tombe un peu à plat. Il devait représenter une réelle alternative à Rochester mais dans une version aussi monochrome, c'est tout simplement impossible.  

S'il fallait résumer en un exemple la vision tristounette que donne cette version, je citerais celui où Jane retrouve Rochester. Dans ma version préférée (celle de la BBC de 2006 qui a été tournée dans les mêmes décors mais qui a mieux su leur donner sens) elle s'accomplissait (comme dans le roman) autour d'un verre d'eau, symbole de retour à la vie. Ici elle s'accomplit autour d'un arbre en ruines. Cette vision est celle que Rochester a de lui à la fin du roman. Le film oublie juste de préciser que Jane lui dit que ça repoussera, juste un peu différemment*. Et Jane, elle s'y connaît en matière de résilience.

*Fukunaga a-t-il seulement compris le roman? J'en doute. Car ce même arbre mort qui apparaît dans une scène de renaissance, il le montre en fleurs dans la phase qui précède un mariage qui est en fait un leurre reposant sur des bases malhonnêtes et déséquilibrées.

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A Single Man

Publié le par Rosalie210

Tom Ford (2009)

A Single Man

De "A Single Man", je ne me souvenais avant de le revoir que d'une seule scène. Mais cette scène-là, elle était gravée dans le marbre de ma mémoire. C'est celle où Georges Falconer apprend la mort de son compagnon de longue date, Jim (Matthew Goode). D'abord parce que le jeu de Colin Firth, très retenu comme toujours y atteint une intensité extraordinaire, il a d'ailleurs reçu le prix d'interprétation masculine à Venise pour le rôle. Une grande partie de la scène, celle où il est au téléphone repose sur les expressions de son visage (il a en particulier le pouvoir d'exprimer une foule d'émotions par le regard), les intonations de sa voix et sa gestion des silences. Son corps semble littéralement aspiré vers le bas comme si la pesanteur s'était brusquement intensifiée. Lorsqu'il se précipite ensuite chez sa voisine et grande amie Charley (Julianne Moore) pour y exploser de douleur, la bande-son qui ne laisse plus passer que le bruit de la pluie et le montage heurté donnent l'impression d'assister à un déferlement émotionnel. La scène est de plus extrêmement violente psychologiquement: non seulement parce que son décès lui est annoncé sans ménagement mais aussi parce qu'on lui fait comprendre que la famille de Jim refuse tout simplement son existence ("il est mort hier soir, ses parents ne voulaient pas vous prévenir. Ils ne savent pas que j'appelle"; "la cérémonie n'est que pour la famille"). Etre dénié dans son existence, il n'y a sans doute pas pire violence que celle-là. C'est celle qui donne envie de mourir. Et le tableau de l'état de santé physique et psychique de Georges qui nous est donné, huit mois après la mort de Jim est sans appel: il est au bout du rouleau et a décidé d'en finir… ou pas.

"A Single Man" est donc le récit d'une journée vécue comme si c'était la dernière (ponctuée de flashbacks sur le passé). Comme Georges est un homme tiré à quatre épingles, il sait "bien présenter". Tout est réglé au millimètre dans sa vie du matin au soir, rien ne dépasse, pas même un grain de poussière. Et il est tellement aguerri aux relations sociales qu'il sait avoir le bon mot pour chacun, la ou les remarques gratifiantes qui le rendront agréable aux yeux des autres. Tout cet aspect "control freak" est rendu par l'esthétisme de la mise en scène qui a un aspect un peu papier glacé. "A Single Man" est un film d'architecte et de grand couturier (le métier de Tom Ford et il imprègne le film).  C'est aussi un film gay avec des codes gay, on se croirait parfois chez Gus Van Sant (pour les gros plans parfois au ralenti sur l'anatomie de jeunes et beaux garçons) ou chez Bertrand Bonello (pour l'esthétisme de la mise en scène qui assimile par exemple les acteurs à des stars hollywoodiennes glamour des années 50 et 60). Le danger de tout ce dispositif était de tuer l'émotion sous le vernis décoratif. Mais Tom Ford en a eu conscience et c'est pour le contrer qu'il a engagé Colin Firth qui avait la classe nécessaire pour entrer dans le moule et en même temps la capacité à l'humaniser de l'intérieur, ce qu'il a fait avec tant de brio que Georges Falconer est devenu l'un de ses plus grands rôles. Un rôle éminemment romantique et ironique comme il les affectionne. La mise en scène sert aussi le propos du film puisque Georges est un caméléon, sa capacité d'adaptation étant liée au fait qu'il est en réalité un invisible nageant à contre-courant de la société américaine des années 50 et 60. Celle du maccarthysme qui a persécuté des homosexuels, celle de la crise de Cuba qui a lieu juste au moment où Georges se prépare à mourir. Personne ne voit sa tristesse insondable sauf un étudiant, Kenny joué par Nicholas Hoult (qui pourrait bien être Georges au même âge) décidé à tout faire pour l'empêcher de commettre l'irréparable et lui redonner goût à la vie.  

A Single Man

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La Chienne

Publié le par Rosalie210

Jean Renoir (1931)

La Chienne

Deuxième film parlant de Jean Renoir après "On purge bébé", "La Chienne" est adaptée d'un roman de Georges de la Fouchardière. C'est une comédie humaine grinçante avec une dimension tragique sous-jacente ou s'entrechoquent la théâtralité et un réalisme cinématographique quasi-documentaire obtenu par un tournage en décors naturels et une prise de son directe qui renforce encore l'impression de véracité des images en y ajoutant des sons qui les environnent. Cette authenticité contraste avec l'artificialité des rapports humains dans le film qui est soulignée dès le début avec la métaphore du théâtre de guignol. Les personnages sont en effet des pantins sociaux, la palme de la bêtise crasse étant remportée par Lulu (Janie Marèse) la prostituée folle de son Dédé (Georges Flamant) qui la tabasse et l'exploite mais en parfaite masochiste bavant devant la domination masculine elle en redemande. De façon plus générale, les femmes dans le film se pâment d'extase devant la force brute qui représentent selon elles le summum de la virilité (militaire, proxénète, j'aime bien ce rapprochement provocateur ^^) et crachent leur mépris à la face des poètes considérés avant tout comme des faibles. Toute sa colère et sa haine, Lulu les réserve en effet à Maurice Legrand (Michel Simon) qui l'entretient mais qui a le tort d'être vieux et terne. Il mène une petite vie obscure d'employé mal marié à une atroce mégère (Magdeleine Bérubet) dont il s'évade par cette relation extra-conjugale et par son activité d'artiste-peintre ("seuls l'art et l'amour rendent cette existence tolérable" disait Somerset Maugham). Son malheur, Guignol le souligne, c'est de s'être fait "une culture intellectuelle et sentimentale au-dessus du milieu dans lequel il évolue, de telle sorte que dans ce milieu, il a exactement l'air d'un imbécile." Le tragique de l'histoire provient effectivement de l'absolue médiocrité de son entourage petit-bourgeois (patrons, collègues, épouse) ventre à terre devant le veau d'or (ou plutôt devant le dieu argent ^^) et dont la bassesse se manifeste à son égard par des moqueries ou de l'exploitation. Suprême ironie de l'histoire, il ne parvient à trouver la paix et la liberté qu'en s'excluant de la société, tout d'abord par le vol et la tromperie puis en étant poussé au crime et enfin en se faisant clochard. Jean Renoir pose ainsi un jalon essentiel de sa critique sociale à tendance anarchisante avec ce film qui est aussi une puissante déclaration d'amour aux artistes (à commencer par son grand-père Auguste). C'est son supplément d'âme par rapport au remake de Fritz Lang, "La Rue rouge" (1945).

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Jane Eyre

Publié le par Rosalie210

Susanna White (2006)

Jane Eyre

Parmi les nombreuses adaptations à l'écran du roman de Charlotte Brontë, celle de la BBC, véritable Mecque de la mini-série de qualité, est tout simplement géniale. Sa longueur (4 épisodes de près d'une heure) permet d'être relativement fidèle au livre. Néanmoins, l'adaptation privilégie surtout la relation entre Jane Eyre et Edward Rochester qui est analysée aussi bien sous son angle romantique, mythologique et spirituel que dans ce qu'elle a de résolument moderne voire de révolutionnaire, même de nos jours où la force morale exceptionnelle de l'héroïne pourtant seule et pauvre et à l'inverse la vulnérabilité cachée puis révélée de celui qu'elle aime qui a pourtant en apparence tous les attributs du "mâle dominant" finissent par mettre sans dessus dessous ^^ les repères traditionnels du rapport de couple (adossés sur des inégalités elles-mêmes issues d'assignations/représentations de genre aliénantes mais qui ont la vie dure parce ce que rassurantes). C'est aussi une version extrêmement sensuelle où la nature joue un rôle prépondérant.

Si l'enfance de Jane est un peu trop rapidement expédiée (sauf pour souligner son caractère indomptable et indépendant ce qui fait qu'on la considère dès son plus jeune âge comme "habitée par le diable") dès que celle-ci (merveilleusement jouée par une Ruth Wilson 100% nature) atteint l'âge adulte, le récit se pose et entre véritablement dans un état de grâce. Tout prend harmonieusement sa place. Le décor de Thornfield Hall, protagoniste à part entière de l'histoire fait penser aux tableaux de paysages romantiques qui expriment les états d'âme. Le lien chamanique qui unit Jane et Rochester (issu d'ancestrales croyances celtiques retravaillées par le romantisme) se matérialise sous la forme d'une rivière au courant impétueux. A contrario se dresse toute en verticalité la forteresse lugubre du château, véritable prison avec son monstre à l'intérieur. Le flux de la vie s'écoulant en toute liberté à deux pas du sarcophage contenant les pulsions indésirables réprimées jusqu'à la folie. Un château qui symbolise également la domination sociale des hommes (riches et bien nés de préférence) sur les femmes (a fortiori si elles sont pauvres). Mais ce n'est qu'un décor derrière lequel se noue en eaux profondes un lien horizontal, puissant, indéfectible entre deux solitaires qui ont aussi peur l'un de l'autre qu'ils sont attirés l'un par l'autre. Outre la bestialité bien peu aristocratique qui se dégage de Rochester (Jane évoque sa "crinière" de fauve mais il y a aussi en lui un ours mal léché et parfois aussi un serpent tentateur évoluant sur une musique hypnotique et de lourdes vapeurs, toute une atmosphère de décadence qui suggère le vertige de la chute), celui-ci se joue dans un premier temps des sentiments de Jane comme d'un mécanisme de défense le protégeant d'une femme qu'il sent d'instinct beaucoup plus forte que lui. La scène-clé de la rencontre lorsque Rochester tombe de cheval pour ne pas percuter Jane de plein fouet a ainsi une signification sexuelle. Le cheval est une métaphore de la virilité et Jane commence par le désarçonner: pas étonnant qu'il la traite d'emblée de "sorcière" car c'est le premier coup de boutoir de cette force de la nature contre sa si fragile forteresse intérieure ^^. D'ailleurs cette scène dit déjà tout puisqu'il est ensuite obligé de s'appuyer sur Jane pour remonter à cheval après avoir découvert qu'il s'était foulé le pied. La suite ne fait en effet que confirmer que le courant passe entre eux à un niveau qui renverse tous les codes et toutes les barrières établies. La scène où Jane sauve Rochester endormi dans son lit en flammes est un renversement complet par rapport au schéma traditionnel où la femme attend dans sa tour/dans son lit que son prince charmant vienne la délivrer/la réveiller. C'est aussi une scène trouble dans laquelle Jane joue (déjà) avec le feu en s'approchant d'aussi près d'un homme qui pourrait bien l'entraîner avec lui en enfer (même -et c'est très important- si elle reconnaîtra plus tard que le puritanisme de St John est autrement plus effrayant que l'aura sulfureuse de Rochester). Plus tard, toujours sous les coups (symboliques) portés par Jane qui finit par exprimer du fond de tout son être son droit à la dignité, à la liberté et à l'égalité, on voit à plusieurs reprises le masque de Rochester craquer grâce à la finesse de jeu de Toby Stephens, acteur à l'expressivité phénoménale, pouvant exprimer simultanément différentes facettes contradictoires du si complexe personnage de Rochester (le machisme/la vulnérabilité, l'assurance/la détresse, la tendresse/la séduction etc.) passant en un éclair de la figure sombre et autoritaire ou bien séductrice et carnassière au déchirement le plus poignant, la voix rauque ou bien défaillante d'émotion jusqu'à finir avec le visage complètement défait du petit garçon perdu. Plus tard encore, lorsque la tension (sexuelle) entre eux atteint son paroxysme après le mariage raté pour cause de petit problème de polygamie ^^, on voit Jane au terme d'un corps à corps aussi sensuel qu'éprouvant résister à la tentation de devenir sa maîtresse (notamment par le fait qu'elle continue à l'appeler "sir" ou "M. Rochester" même dans la plus grande proximité physique, le mettant ainsi mentalement à distance) alors que lui a tellement peur d'être abandonné qu'après avoir tout fait pour la faire "craquer" (en jouant avec les limites autorisées de l'époque ce qui augmente considérablement le niveau d'érotisme de la scène), il tente de la convaincre qu'ils peuvent rester ensemble en mettant la sexualité de côté (c'est tellement crédible qu'elle s'enfuit aussitôt). Elle ne revient vers lui que lorsqu'elle l'a décidé c'est à dire une fois qu'il a retrouvé son intégrité morale et fait du ménage dans sa vie ce qui passe par l'acceptation de sa vulnérabilité (et la délivrance de ses peurs: d'être dominé, abandonné, trompé, repoussé etc.), laquelle s'inscrit dans son corps désormais définitivement diminué. Entre temps, elle a évolué elle aussi, elle a pris de l'assurance, gagné son indépendance financière et c'est elle qui prend désormais les initiatives. Ayant entre temps rencontré un autre homme (St John Rivers dont elle a failli accepter la proposition de mariage), elle peut lui raconter son expérience (et le rendre jaloux ^^) ce qui rééquilibre symboliquement toutes les scènes où elle a écouté sans broncher les histoires de ses anciennes liaisons (qui se terminaient toutes cependant par une humiliation, renforçant à chaque fois un peu plus son amertume vis à vis des femmes du monde* dont on peut avoir un aperçu en miniature avec le personnage d'Adèle). Et, après lui avoir fait avouer que son plan d'autrefois qui consistait à "vivre comme frère et sœur" était des plus fumeux puisque elle et lui n'étaient définitivement pas du genre platonique (non, vraiment? ^^), summum du rééquilibrage et de l'horizontalité, elle finit par s'assoir puis s'allonger sur lui qui s'abandonne dans un grand éclat de rire partagé et libérateur, prenant ainsi sa revanche sur la scène de la chambre où il l'emprisonnait de son corps en faisant pression de tout son poids sur elle. C'est en effet à ce moment là, quand cela coule de source, qu'elle l'appelle spontanément par son prénom. Chose qu'il avait tenté d'obtenir en vain durant toute leur histoire. Une belle illustration de la liberté et de l'égalité (et de l'effet contre-productif des pressions) ^^. Et bien sûr cela ne peut se passer qu'au bord d'une rivière au cours désormais apaisé, présage de jours heureux.

* Il les surnomme les « oiseaux exotiques » à cause de leurs plumes dans les cheveux. Quant à Jane il la surnomme « l’hirondelle » parce qu’elle part et revient librement ce qui est une source d’angoisse pour lui. 

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Que la fête commence

Publié le par Rosalie210

Bertrand Tavernier (1975)

Que la fête commence

"Que la fête commence", le deuxième film de Bertrand Tavernier a révélé son talent pour insuffler vie et sens à la reconstitution historique, l'un de ses genres de prédilection. En effet celle-ci n'a rien d'académique avec ce portrait aussi truculent qu'effrayant d'une monarchie française en état de décomposition avancée qui annonce déjà la révolution française de 1789. Le film se situe pendant la Régence de Philippe d'Orléans quatre ans après la mort de Louis XIV en 1719. Le pays est lessivé par les guerres incessantes menées par le roi-soleil, la banqueroute des finances publiques et s'apprête à connaître une nouvelle épidémie de peste noire. Après la période bigote de la fin du règne de Louis XIV marquée par la domination de Mme de Maintenon, la cour est passée à l'autre extrême et mène une vie de débauche pudiquement dissimulée derrière une formule qui est passée à la postérité, celle des "petits soupers" du Régent. Le film réussit à remarquablement traduire cette atmosphère de décadence. L'une des premières scènes montre l'autopsie de "Joufflotte", la fille préférée du Régent (des rumeurs prétendaient qu'elle entretenait une relation incestueuse avec lui) dont les excès en tous genres (nourriture, alcool, sexe et grossesses à répétition) ont délabré le corps de l'intérieur. Après cette entrée en matière putride, le film continue avec le portrait du Régent auquel Philippe Noiret prête sa truculence mais aussi sa bonhommie. Philippe d'Orléans apparaît comme un homme éclairé et bienveillant mais trop fragile pour supporter le fardeau du pouvoir. Il fuit donc dans la débauche, laquelle au fil du temps dissimule de moins en moins ses profondes angoisses. Comme le lui dit très justement l'une de ses compagnes, la jeune prostituée Emilie (formidable Christine Pascal qui transcende son rôle), "vous n'aimez pas la débauche, vous aimez le bruit qu'elle fait". La scène où il cherche à se faire amputer d'une main à laquelle il prête une gangrène imaginaire est de ce point de vue très révélatrice et l'on peut presque humer l'odeur qui se dégage de ces lieux de plaisir en réalité surchargés et étouffants. Orléans est par ailleurs influencé par un mauvais génie en la personne de son conseiller et ancien précepteur, l'abbé Dubois (Jean Rochefort) surnommé "le maquereau", compagnon de débauche aux mœurs pédophiles, intrigant sans scrupules pétri d'ambition aussi fougueux qu'injurieux mais affecté lui aussi par un mal intérieur qui se manifeste sous la forme de maux d'estomac récurrents.

La Régence est par ailleurs une période de transition délicate où l'affaiblissement du pouvoir royal donne aux autonomistes des ailes pour tenter de prendre le large. C'est ainsi que le nobliau joué par Jean-Pierre Marielle, sorte de Don Quichotte breton fomente un complot dérisoire pour proclamer l'indépendance de la Bretagne. Bien que la distribution du film réunisse pour la première fois trois acteurs mythiques du cinéma français par ailleurs amis à la ville, ils ne jouent pas ensemble comme il le feront vingt ans plus tard dans "Les Grands Ducs" de Patrice Leconte. Jean-Pierre Marielle n'a en effet aucune scène commune avec Philippe Noiret et peu de scènes avec Jean Rochefort.

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Jane Eyre

Publié le par Rosalie210

Robert Stevenson (1944)

Jane Eyre

Si le Jane Eyre de Robert Stevenson est une incontestable réussite, en tout cas très supérieure aux "Hauts de Hurlevent" de William Wyler, c'est moins à son réalisateur (mineur) qu'il le doit qu'à l'impressionnante réunion de talents qui se sont penchés sur son berceau, véritable concentré de ce que les studios hollywoodiens (ici la Fox) ont pu produire de mieux durant leur âge d'or. Aldous Huxley (l'auteur du "Meilleur des mondes") au scénario, Bernard Herrmann à la musique, George Barnes, le chef opérateur de "Rebecca" de Alfred Hitchcock à la photographie et last but no least, la performance shakespearienne de Orson Welles dont l'influence sur le film dépasse d'ailleurs largement sa prestation d'acteur. C'est sa patte que l'on reconnaît sur la mise en scène avec une atmosphère ténébreuse et gothique, une entrée en scène opératique dans la brume, de nombreux éclairages expressionnistes, une utilisation de la profondeur de champ, de la plongée et de la contre-plongée et du positionnement des personnages dans le cadre traduisant les rapports de domination dans la lignée de "Citizen Kane". Joan Fontaine, parfaite dans ce genre de rôle renforce le lien que l'on peut établir entre cette adaptation du roman de Charlotte Brontë et celle du "Rebecca" de Daphné du Maurier. Le film devait d'ailleurs être produit à l'origine par David O' Selznick.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'une adaptation fidèle puisqu'il a fallu condenser l'œuvre pour qu'elle tienne sur 90 minutes (la fin est d'ailleurs un peu précipitée et maladroite) mais l'essentiel y est, à savoir le caractère subversif de l'héroïne, reflet de celui de Charlotte Brontë. Jane est en effet une rebelle qui exprime sa colère devant les injustices qui lui sont faites, et ce dès sa plus tendre enfance. Par la suite, cette colère se transforme en une volonté farouche et indomptable. Charlotte avait titré une de ses œuvres "Tales of Angria" que l'on pourrait traduire par "Contes du royaume de la colère" ^^. Or la colère est aussi mal vue chez les femmes que les larmes le sont chez les hommes. A l'époque victorienne, c'était tout simplement une émotion qui faisait scandale lorsqu'elle s'exprimait chez une femme. Tout comme le fait de mener sa barque de façon indépendante ou de créer. Or Jane refuse catégoriquement le destin de recluse sous domination patriarcale qu'on veut lui imposer. Elle choisit une destinée d'homme, celle de partir seule en quête de sa place dans le monde, endurant des épreuves dignes d'un Bildungsroman au féminin. Et elle ose affirmer à Rochester qui est deux fois plus âgé qu'elle et d'un statut social supérieur qu'elle est son égale. D'ailleurs le fait qu'ils ne peuvent convoler que lorsque celui-ci est diminué physiquement a le même effet "anti-patriarcal".

"Jane Eyre" est aussi marquant par le fait qu'il met en scène dans le rôle de Helen Burns, l'amie de Jane à la pension Lowood  la jeune Elizabeth Taylor qui n'était alors âgé que de 11 ans mais qui crevait déjà l'écran. Peggy Ann Garner s'en tire également très bien dans le rôle de Jane enfant. Grâce notamment à leur jeu et à la mise en scène occulte de Orson Welles ^^ (qui s'intéressait beaucoup au roman de Charlotte Brontë), les séquences résumant l'enfance de l'héroïne ne sont pas qu'un simple passage obligé mais acquièrent une dimension comparable (en miniature) à celle de la "Nuit du chasseur" de Charles Laughton.

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Gabbo le ventriloque (The Great Gabbo)

Publié le par Rosalie210

James Cruze (1929) 

Gabbo le ventriloque (The Great Gabbo)

"The Great Gabbo", le premier film parlant dans lequel a tourné Erich von Stroheim sous la direction officielle de James Cruze, un vieux routier du cinéma muet qui réalisait là son quatrième film parlant est un étrange objet hybride. Réalisé au tout début de l'ère du parlant, il se nourrit d'autres arts plus anciens, notamment le spectacle de foire, le music-hall et la comédie musicale de Broadway. Il était par ailleurs assorti d'au moins une séquence en couleurs qui est perdue. Enfin il est probable que Erich von Stroheim a réalisé lui même une partie des scènes (mais il n'est pas crédité pour cela car il était blacklisté à Hollywood à cause de ses extravagances en tant que réalisateur). Malheureusement les nombreux numéros qui parsèment le film ne s'intègrent pas bien voire pas du tout à l'intrigue ce qui entraîne pour le spectateur des tunnels d'ennui seulement atténués par l'hilarité que provoque les ridicules costumes de Frank (Donald Douglas), le rival de Gabbo. Mais en dépit de la platitude de la mise en scène et de l'étirement excessif du film par des numéros inutiles (sauf celui qui se déroule sur une toile d'araignée, suffisamment spectaculaire pour accrocher l'attention), Erich von Stroheim campe un personnage tellement saisissant qu'il justifie à lui seul le visionnage du film. Gabbo est en effet un authentique freak dans la lignée de "La monstrueuse Parade" de Tod Browning, un personnage de tragédie aussi pathétique que glaçant. Alors qu'il a tout pour réussir (une compagne dévouée qui l'aime, un numéro à succès qui l'amène à se produire sur une scène de Broadway) il va tout perdre en sombrant peu à peu dans la folie. La personnalité de Gabbo est en effet instable et duale, car il a transféré une partie de son âme sur Otto, sa marionnette qui ne le quitte jamais et à laquelle il donne vie par son talent de ventriloque. Otto qui apparaît comme un petit garçon innocent représente les meilleurs aspects de la personnalité de Gabbo: la tendresse, l'affection, la gentillesse, l'humour. Malheureusement en apparaissant comme doué d'une vie propre (on est parfois à la lisière du fantastique) il ne souligne par contraste que le négatif dans le personnage de Gabbo. Absolument odieux avec Mary sa compagne (Betty Compson) qu'il insulte et houspille à longueur de journée alors qu'elle ne montre envers lui que patience et dévouement, il finit par la chasser avant de s'autodétruire lorsqu'il comprend qu'il ne peut plus la récupérer et ce alors qu'il est pourtant au faîte du succès. La douceur du phrasé et la mélancolie du regard de Erich von Stroheim rendent cette chute particulièrement poignante.

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Vers la lumière (Hikari)

Publié le par Rosalie210

Naomi Kawase (2017)

Vers la lumière (Hikari)

Comment vivre avec la perte? Ou comment revivre après la perte? C'est avec une infinie douceur que Naomi Kawase tente d'apporter des réponses à ces questions universelles mais profondément ancrées dans une culture si sensible à l'impermanence des choses. Ces réponses, elle les apporte par le biais d'une réflexion sur le pouvoir du cinéma. Le cinéma est justement un moyen d'arrêter le temps et d'embrasser l'univers. C'est aussi comme le dit l'un des personnage du film un moyen de se connecter à la vie d'autres personnes qui sauve et aide à vivre. Encore-faut-il pouvoir y accéder ce qui s'avère compliqué pour les handicapés sensoriels. C'est la délicate mission de l'héroïne de l'histoire Misako (Ayame Misaki): permettre à ceux qui ont perdu la vue de continuer à accéder au cinéma en leur restituant l'essence d'un film par son travail d'audio-descriptrice. Mais comment rendre compte par la parole de ce qui est montré à l'écran sans trahir les intentions du cinéaste ni diriger le spectateur? Parmi le panel de mal-voyants chargés de critiquer son travail, il y en a un qui a la dent particulièrement dure, c'est le photographe Masaya Makamori (Masatoshi Nagase qui avait déjà joué le rôle principal dans le précédent film de la cinéaste "Les Délices de Tokyo"). Sa dureté blessante provient de sa peur grandissante de perdre complètement la vue qui le fait s'accrocher à son appareil photo comme à une bouée de sauvetage. Elle ne correspond pas à son œuvre dont Misako voit un aperçu dans un recueil. Une photo attire particulièrement son attention, celle d'un coucher de soleil qui lui rappelle son enfance et son père décédé. Elle tente alors d'entrer en communication avec Makamori pour qu'il lui montre le lieu où il a fixé sur pellicule ce moment lumineux de sa vie (la photographie sert ici de substitut au cinéma). Puisque celui-ci est privé de la vue et que l'ouïe s'avère plutôt source de souffrance et de malentendu, c'est le toucher qui devient primordial comme vecteur de transmission des émotions entre les deux personnages. C'est de lui qu'émane la lumière qui donne son titre au film avant qu'elle ne se fixe sur l'écran pour y être conservée. Ainsi l'élan par lequel Makamori se sépare de son appareil photo devenu inutile -une chose morte- est immédiatement contrebalancé par le baiser de Misako qui apporte avec lui le souffle de la vie comme le symbolise la lumière qui devient éclatante et envahit l'écran tout entier. Et j'aime beaucoup la scène de fin où Makamori dit à Misako de ne pas bouger (c'est à dire de ne pas chercher à le diriger) mais de le laisser venir jusqu'à elle malgré son handicap. Il en va évidemment de même dans l'accès au contenu d'un film: laisser l'imagination du spectateur travailler plutôt que d'imposer sa grille d'interprétation. C'est à cet endroit précis que les différents niveaux du récit (celui sur l'art, celui sur le handicap, celui sur l'amour, celui sur le deuil et la mort) se rejoignent dans une même ode à la liberté de l'esprit humain.

En France, la critique de cinéma (Télérama, les Inrockuptibles, Libération, le Monde etc.) est complètement passée à côté du film. Elle a buté sur ce qu'elle a cru voir et qu'elle rejette a priori, un aspect mélodramatique, romantique, une prétendue affectation, que ne sais-je encore sans s'interroger sur sa justesse de ton, sans reconnaître la profondeur et la richesse de sa réflexion, ses qualités de construction et d'interprétation manifestant à cause de ses préjugés et de sa grille de lecture prédéterminée un aveuglement bien plus profond que la cécité de Makamori. Elle ferait bien de méditer l'une de ses paroles "j'ai parfois été heurté par des choses que je ne voulais pas voir".

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