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Le médecin de famille (Wakolda)

Publié le par Rosalie210

Lucia Puenzo (2013)

Le médecin de famille (Wakolda)

Le grand projet eugéniste des nazis n'incluait pas seulement l'extermination des juifs mais également l'amélioration de la "race aryenne" jusqu'à un idéal de perfection et de pureté censé faire d'eux des dieux sur terre. En attendant ce jour les "fils du soleil" comme ils ne surnommaient devaient vivre en exil, cachés sous de fausses identités après leur défaite en 1945. L'Argentine fut l'une des terres d'accueil de ces nazis en fuite parmi lesquels se trouvait le terrifiant médecin d'Auschwitz, Josef Mengele. Lucía PUENZO a imaginé un épisode fictif de sa vie dans un roman qu'elle a ensuite porté à l'écran. Bien que la mise en scène soit un peu trop illustrative, le film ne manque pas d'intérêt. La première scène où le prédateur observe sa future proie suscite le malaise, de même que celles qui montrent ses carnets de croquis et l'atelier de fabrication de poupées en série qu'il finance, reflet de ses obsessions morbides "d'hygiène raciale". En dépit de son attitude franchement autoritaire et intrusive, ni Lilith qui souffre du harcèlement qu'elle subit à l'école à cause de sa petite taille, ni sa mère (qui est d'origine allemande et a grandi sous le nazisme) ne se méfient de lui. Elles l'accueillent plutôt comme leur bienfaiteur et subissent son emprise. Seul le père Enzo voit tout de suite que le personnage est louche et tente dès lors de l'empêcher d'utiliser sa fille puis ses fils jumeaux nouveaux nés comme cobayes de ses expériences. En arrière-plan de la petite histoire, la grande s'écrit avec l'enlèvement d'Eichmann par le Mossad et la traque infructueuse de Mengele qui réussit à s'enfuir pour le Paraguay puis le Brésil.

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XXY

Publié le par Rosalie210

Lucia Puenzo (2007)

XXY

"XXY" est le premier long-métrage, sensible et délicat de Lucia Puenzo, réalisatrice et scénariste argentine dont le thème récurrent de sa courte filmographie est la relation entre l'humain et la génétique. Là où autrefois les monstres étaient des divertissements de foire, ils sont devenus les cobayes de la médecine qui définit la norme du sujet sain et peut aller jusqu'à violer les droits humains les plus élémentaires comme celui du respect de l'intégrité physique. Pour avoir refusé que leur enfant soit mutilé à la naissance pour entrer dans les cases binaires de la désignation sexuelle*, les parents d'Alex sont mis au ban de la société. Ils passent leur temps à déménager et tentent tant bien que mal de cacher l'hermaphrodisme d'Alex**. Mais celle-ci/celui-ci arrive à l'adolescence et se confronte à l'intolérance et à la violence alors que les parents continuent de subir des pressions sociales pour les inciter à faire opérer Alex. Difficile dans ces conditions de se construire et de chercher sereinement son identité. Alors qu'Alex provoque quitte à prendre ou à donner des coups, elle rencontre une sorte d'âme sœur en la personne d'Alvaro, un timide adolescent de son âge qui se cherche sexuellement et qui à cause de son caractère efféminé est rejeté par son père (lequel comme par hasard est celui qui veut opérer Alex). Mais leur relation est remplie de difficultés et ce qui en ressort est surtout de la douleur. Cependant Alex contrairement à Alvaro a ses parents pour alliés, surtout son père (joué par le génial Ricardo Darin). Celui-ci souffre en silence, serre les dents, explose de rage parfois contre ceux qui s'en prennent à son fils mais il cherche surtout à comprendre et à donner à son enfant la possibilité de choisir qui il veut être.

* Les opérations des enfants intersexués sont très fréquentes. En France en 2016, on les estimaient à 2000. En plus de cela, elles s'accompagnent d'un traitement hormonal qui doit être pris à vie pour correspondre aux canons du sexe qui a été assigné à la naissance par les médecins. Dans le film Alex décide de ne plus prendre les corticoïdes qui doivent l'empêcher de se masculiniser.

** Alex a la même forme d'hermaphrodisme (le syndrome de Klinefelter caractérisé par l'anomalie chromosomique XXY qui est aussi évocatrice d'une mutilation ou incomplétude) que celle qui est dépeinte dans le roman "Middlesex" de Jeffrey Eugénides (l'auteur de "Virgin Suicides" adapté par Sofia Coppola
). Elle est assignée enfant au genre féminin avant que l'adolescence ne révèle que ses caractères dominants sont masculins. Cet hermaphrodisme s'accompagne par ailleurs d'infertilité. Alex semble cependant plutôt attiré par les garçons alors que dans "Middlesex", Calliope est attiré par les filles. L'hermaphrodisme invalide totalement les assignations de genre binaires tout comme les stéréotypes sexués en démontrant qu'il existe un continuum entre les deux sexes et de multiples cas d'entre-deux.

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Pink Floyd: The Wall

Publié le par Rosalie210

Alan Parker (1982)

Pink Floyd: The Wall

Qui ne connaît l'hymne protestataire d'Another brick in the wall commençant par "we don't need no education, we don't need no thought control" et le clip en partie animé où l'on voit des élèves d'une école anglaise portant d'horribles masques tomber dans une machine à fabriquer de la chair à saucisse, le boucher n'étant autre que leur professeur? Ce n'est que l'un des moments phares du long-métrage musical de Alan PARKER, sorte de cauchemar sous acide mélangeant prises de vue réelles et animation et non-linéaire dans sa narration (mais cohérent tout de même) où une star du rock (prénommée Pink ^^ et jouée par Bob GELDOF mais inspirée en partie de la vie de Roger WATERS) traverse paradoxalement depuis la chambre d'hôtel où il s'est bunkérisé 40 ans d'histoire individuelle et collective. Tout y passe: première et seconde guerre mondiale, concerts rock transformés en grand-messe nazie avec Pink en SS puis pogroms dans les quartiers de Londres, guerre du Vietnam et ses manifestations étudiantes violemment réprimées par la police et métaphoriquement, guerre froide et son rideau de fer détruisant tout sur son passage (dans la séquence animée, les fleurs deviennent des barbelés, l'enfant devient un SS qui fracasse le crâne de son père et le patrimoine historique est détruit lorsqu'il se trouve dans la zone du mur ce qui s'avère être tristement prophétique, la chapelle de la réconciliation à Berlin ayant été détruite 3 ans après la sortie du film parce qu'elle gênait la visibilité au niveau de la frontière entre les deux murs). Une vision de l'histoire contemporaine sombre et torturée voire nihiliste qui correspond aux troubles mentaux de Pink, lequel oscille d'un état apathique à de brusques explosion de violence où il ravage tout sur son passage. Dans ses hallucinations, il redevient un bébé prostré en position fœtale voire une poupée de chiffons soumis à des adultes terrifiants: sa mère étouffante, son professeur tyrannique, sa femme infidèle (et les femmes en général) transformées en plantes carnivores, le juge qui l'écrase ou encore l'impresario qui coûte que coûte veut le faire monter sur scène. Ce trip aux frontières de la folie que l'on peut voir comme une peinture de la shizophrénie (d'un côté le dépressif solitaire vautré devant sa TV, de l'autre le meneur de foules) est aussi une parabole sur l'autisme. Pink subit des brimades depuis son enfance, est incompris, isolé et rejeté. Il finit par vivre coupé du monde, incapable de communiquer avec qui que ce soit et passe son temps immergé dans un bocal à poissons (ses créations puis quand cela tourne au carnage, la TV ou la piscine de son hôtel). Dans une scène ultra significative, on le voit trier et aligner avec soin les débris issu du saccage de sa chambre d'hôtel comme si il avait besoin de recomposer un monde qui lui appartienne après avoir détruit celui des autres. Les séquences nazies où les violences s'abattent sur les minorités peuvent être interprétées comme une auto-flagellation puisque Pink est différent (le premier groupe a avoir été exterminé par les nazis étaient d'ailleurs les handicapés) de même que la condamnation finale consistant à abattre le mur et à l'exposer aux yeux de tous.

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Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1928)

Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

"Easy virtue", film muet de Alfred HITCHCOCK un peu écourté et abimé par le temps introduit déjà tous ses thèmes de prédilection. Tiré d'une pièce de théâtre de Noël Coward ("Brève rencontre", adapté au cinéma par David LEAN est son œuvre la plus célèbre), il s'agit d'un film de procès. Même lorsque celui-ci semble prendre fin au bout de 20 minutes, il continue implicitement jusqu'au dénouement où il refait surface avec le même plan du juge qu'au début. La structure du film est en effet cyclique et sans issue. La "bonne" société patriarcale y juge une fausse coupable, à l'aune d'apparences accablantes: elle a osé poser pour un peintre qui la courtisait ouvertement et lui a légué sa fortune donc il est forcément son amant et il l'a débarrassé de son mari CQFD. Ce passé la poursuit (thème aussi récurrent chez Alfred HITCHCOCK que celui du faux coupable) jusque sur la Riviera où elle tente de refaire sa vie avec un nouveau prétendant. Mais celui-ci s'avère être un homme faible d'esprit vivant sous la coupe d'une génitrice abusive (combien de marâtres et de mère castratrices chez Alfred HITCHCOCK?) qui rejette l'intruse et finit par percer son secret avec un petit coup de pouce de la presse à scandales. Bref si le thème de la femme de petite vertu (ou jugée comme telle et de ce fait perdue de réputation) est complètement obsolète aujourd'hui, et l'histoire, pas exempte de longueurs en dépit de la brièveté du film, la mise en scène brillante de Alfred HITCHCOCK suffit à relever le niveau et l'actrice principale, Isabel JEANS (ex-épouse de Claude RAINS, le futur mari sous influence matriarcale dans "Les Enchaînés" ^^) (1945) est très émouvante, notamment dans sa réplique finale lorsqu'elle s'offre aux caméras à la sortie du tribunal et qu'elle leur dit "Shoot ! There is nothing left to kill !" ce qui a été traduit par "Allez-y, mitraillez-moi, je suis déjà morte!".

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Les Enfants du Temps (Tenki No Ko)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2019)

Les Enfants du Temps (Tenki No Ko)

"Les enfants du temps" est le dernier film de Makoto SHINKAI le réalisateur du très remarqué "Your name" (2016). Mais "Les enfants du temps" lui est encore supérieur en jouant avec virtuosité et une grande précision sur deux tableaux, celui de l'hyper réalisme et celui du fantastique poétique. Le titre est très approprié car effectivement les enfants du film sont bien de "leur temps", un temps de crise sociale et écologique aigüe. Les héros sont des adolescents laissés-pour-compte de la société, livrés à eux-mêmes et tentant de survivre dans la jungle urbaine de Tokyo comme dans "Le Garçon et la Bête" (2015). Peu à peu, on les voit tenter de reconstruire quelque chose qui ressemble à un foyer. Mais comme dans "Une Affaire de famille" (2018) ils sont rapidement inquiétés par les autorités alors que le seul adulte qui leur a tendu la main se dérobe à son tour, de peur de ne plus pouvoir rendre visite à sa propre fille, lui aussi ayant vu sa famille se faire atomiser. Et bien qu'en ces temps troublés par les catastrophes écologiques à répétition, c'est le feu qui occupe le devant de la scène, la montée des eaux est tout aussi préoccupante. Makoto SHINKAI imagine quelque chose qui ressemble au Déluge. Une pluie diluvienne qui ne peut être interrompue que par le sacrifice d'une "fille-soleil" dotée de pouvoirs paranormaux. Mais le garçon qui l'aime se révolte contre l'injustice qui consiste à échanger une innocente contre le sauvetage d'une société malade et préfère vivre avec elle dans une ville noyée sous les eaux et "sans soleil". Comment ne pas voir dans ce thème un hommage à Chris MARKER et son documentaire sur les "pôles extrêmes de la survie" incluant le Japon, seul pays riche à avoir conservé un tel degré de conscience de sa fragilité intrinsèque et de ce fait à avoir gardé un lien puissant avec les forces invisibles. Hina la "fille-soleil" étant reliée au ciel de par sa nature même, elle a le pouvoir de provoquer des éclaircies ou de faire tomber la neige en plein milieu de l'été.

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Seul au monde (Cast Away)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2001)

Seul au monde (Cast Away)

L'un des thèmes transversaux de la filmographie de Robert ZEMECKIS est la relation que l'homme entretient avec le temps depuis son court-métrage de fin d'études "The lift" (1971) jusqu'à ce prenant "Seul au monde", film "performance" où pendant 1h30 (sur les 2h17 que dure le film) le spectateur est invité à s'immerger avec le héros dans une expérience de temps suspendu sur une île déserte. Grâce à la grande humanité que dégage Tom HANKS (et à son engagement physique qui rend terriblement crédible l'épreuve qu'il traverse) l'épreuve de la lenteur sur la durée et du dépouillement n'a rien d'aride.

"Seul au monde" est construit avec la rigueur scénaristique qui caractérise Robert ZEMECKIS comme un triptyque: avant/pendant/après. Avant, le héros, le bien nommé Chuck Noland ("sans terre") est un obsédé de la productivité. Il court littéralement après le temps qu'il ne cesse de mesurer avec les outils derniers cris de la technologie. Bref Chuck est le Winslow Taylor* du début du XXI°. A force de chercher à gagner du temps, il n'en a plus pour sa vie personnelle ce que lui fait discrètement remarquer sa fiancée Kelly (Helen HUNT) en lui offrant une montre à gousset de collection héritée de ses ancêtres avec sa photo le soir de noël. Un moment familial symbolique que le monde du travail ne respecte même plus avec les nouvelles technologies ce qui anticipe les ravages des mails professionnels bombardés sur les têtes des employés à toute heure du jour et de la nuit, pulvérisant la notion de vie privée et empêchant la déconnexion. Mais Chuck est victime d'un accident d'avion (une scène spectaculaire filmée d'une façon particulièrement immersive, les moyens de transport étant toujours source d'imprévus voire de catastrophes) et se retrouve coupé du monde et coupé du temps "mesurable" puisque son naufrage aérien a détruit les mécanismes des objets qui se trouvent dans ses poches. Plus que les étapes obligées de la robinsonnade, c'est la manière dont il réinvente l'usage des objets issus du naufrage qui fascine. Ultimes vestiges de la société de consommation de laquelle il a été contraint de s'extraire, tous ces objets superflus à l'origine deviennent des outils indispensables à sa survie: lames de patin transformées en couteau, tulle de robe devenu un filet de pêche, ruban magnétique de cassette vidéo servant de corde etc. Mais à la survie matérielle s'ajoute la survie psychique avec Wilson, le ballon de volley transformé en ami imaginaire. Là, on touche à ce qu'il y a de plus intime dans le cinéma de Robert ZEMECKIS, un univers peuplé de solitaires marginaux vivant en autarcie ("cast away" le titre original du film qui signifie "naufragé" résonne comme "outcast", "banni") dans un temps et un monde parallèle peuplé d'objets animés (de "Retour vers le futur" (1985) et son savant "fou" vivant dans son garage hors du temps à "Bienvenue à Marwen" (2018) et son village reconstitué de la seconde guerre mondiale peuplé de poupées à travers lequel le héros exorcise ses traumatismes). Des hommes-enfants tellement semblables à des autistes asperger qu'après son retour à la "civilisation", Chuck sera plus que jamais "Noland", son principal repère n'étant plus le temps industriel mais une paire d'ailes d'ange (les asperger ont le sentiment d'être des extra-terrestres dans le monde qui les entoure).

* L'inventeur du taylorisme ou "travail en miettes" qui consiste à décomposer la fabrication d'un objet en taches simples dont l'exécution millimétrée se fait sous la surveillance d'un chronomètre. Son application dans les usines Ford a donné naissance au travail à la chaîne et à la robotisation des hommes, une deshumanisation dénoncée entre autre par Charles CHAPLIN et Jacques PRÉVERT. Les critiques superficielles soulignant le placement de produit effectué par la société Fedex dans le film n'ont pas pris la peine de l'analyser en profondeur.

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Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs)

Publié le par Rosalie210

Jonathan Demme (1991)

Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs)

"Le silence des agneaux" n'est pas seulement le thriller psychanalytique et horrifique qui a renouvelé le genre dans les années 90 comme l'avait fait en son temps "Psychose" (1960). C'est un film très fort qui sort des sentiers battus et bénéficie d'un scénario*, d'une mise en scène et d'une interprétation hors-pair. La comparaison avec Alfred HITCHCOCK s'impose tant la mise en scène est précise et rigoureuse, nous faisant comprendre les intentions des protagonistes à travers les mouvements de caméra sur des objets-clés tels qu'un stylo, instrument d'une scène d'évasion spectaculaire et sanglante ou un papillon symbole de la métamorphose corporelle du criminel. En même temps cette mise en scène use d'un art consommé du trompe l'œil en nous égarant jusqu'au bout sur des fausses pistes.

"Le silence des agneaux" dépeint l'envers de l'Amérique hygiéniste, puritaine et bien-pensante. Tout y est glauque, poisseux, oppressant. A l'image du puit dans lequel le tueur enferme ses victimes, on a l'impression de plonger dans une fosse à purin d'autant que les perspectives sont bouchées (dans une suprême ironie, on voit un dessin représentant la ville de Florence, temple de l'art de la Renaissance fondé sur la ligne de fuite apposé contre un mur de cachot).

Mais si ce film a marqué autant les esprits, c'est surtout pour le face à face fascinant parce qu'ambivalent entre Clarice Sterling, la jeune agent du FBI jouée par Jodie FOSTER et le psychopathe cannibale Hannibal Lecter qui a été pour Anthony HOPKINS le rôle de la consécration internationale. Ces deux êtres semblent en effet liés malgré la vitre qui les sépare et les rôles sociaux qui les opposent. Tous deux sont paradoxaux et hors-normes. Clarice est farouche, déterminée et en même temps très vulnérable. Son statut de femme-flic indépendante cache un passé traumatique que Lecter, ancien psychiatre détecte tout de suite. D'autre part en se comportant de façon asexuée, elle se heurte à beaucoup d'agressivité de la part du monde d'hommes qui l'entoure. Certains l'infantilisent, d'autres la traite avec condescendance ou bien cherchent à assouvir leurs pulsions sexuelles. La mise en scène suggère, particulièrement à la fin dans la scène inoubliable où elle affronte le tueur dans le noir qu'elle est une proie (l'agneau) face au(x) loup(s) et qu'elle rejoue son passé. La victime qu'elle vient sauver est symboliquement une sorte de double d'elle-même. Hannibal Lecter qui est supérieurement intelligent est quant à lui un mélange détonant de suprême raffinement et de suprême bestialité. Avec ses yeux qui ne cillent jamais, il semble aspirer l'âme autant que la chair, sa nature de vampire ne faisant aucun doute (d'autant que ses sens sont particulièrement aiguisés). En même temps et paradoxalement, il se donne pour mission de guider Clarice dans sa quête (extérieure et intérieure) et de la venger des prédateurs qui l'entourent. Il n'est finalement guère surprenant que ce soit lui qui lui inspire au final le plus de respect (et réciproquement).

* Adapté du livre éponyme de Thomas Harris qui forme la deuxième partie d'une tétralogie consacrée à Hannibal Lecter. Les trois autres segments, "Hannibal" (2000), "Dragon Rouge (2002)" et "Hannibal Lecter : les origines du mal" (2006) ont été depuis adaptés au cinéma mais sans le génie qui caractérise le film de Jonathan DEMME.

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La Leçon de piano (The Piano)

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (1993)

La Leçon de piano (The Piano)

"La Leçon de piano" est à ce jour le seul film réalisé par une femme à avoir obtenu la Palme d'or à Cannes. En plus de son prix, le film a été un grand succès international, entrant ainsi dans le club des œuvres réunissant critiques et public. La musique composée par Michael NYMAN, d'un lyrisme débridé est devenue un classique incontournable mais ne peut expliquer à elle seule l'aura qui entoure le film.

"La Leçon de piano" n'est pas que l'histoire d'une passion, c'est avant tout l'histoire d'une femme qui s'éveille au désir et à la sensualité ou plutôt qui découvre son désir jusque-là brimé par les mœurs patriarcales. L'histoire se déroule durant l'ère victorienne mais elle nous parle de la femme d'aujourd'hui. Celle qui cherche à s'affranchir des diktats masculins pour trouver sa voie propre. Sa VOIX propre. Cette voix, inhabituelle, lui fait peur au début parce qu'ayant été longtemps réduite au silence, elle ne l'a jamais entendue. Il en va de même avec le désir. Au début, il lui fait peur, puis elle l'apprivoise. Ce désir, elle ne peut longtemps l'exprimer que dans la musique. Jusqu'à ce que deux hommes vivant en Nouvelle-Zélande alors colonie britannique ne s'en emparent. Le premier, son "mari officiel" qui la fait émigrer en Nouvelle-Zélande (Sam NEILL) est un être frustré et complexé incapable d'abandon et de communication. Il se ferme, se braque contre l'instrument et son interprète qu'il veut museler et dominer. La scène du doigt coupé n'est que son ultime tentative pour castrer sa femme, une excision symbolique. Dans la réalité, ce féminicide en puissance n'aurait pas abandonné Ada (Holly HUNTER) aux mains d'un autre homme, mais c'est la magie du cinéma de pouvoir basculer d'un certain réalisme à une atmosphère de conte. Baines (Harvey KEITEL) est tout ce que le mari d'Ada n'est pas. Tout en lui est ouverture. Il fait corps avec la nature et donc avec les indigènes. Il se laisse envahir par la musique et comprend ce qu'elle exprime. Dans un premier temps, il tente de s'approprier l'instrument et le corps de sa propriétaire mais c'est un homme trop instinctif pour ne pas comprendre qu'il détruit ainsi ce qu'il cherche à obtenir. Alors il lâche prise et c'est ce lâcher prise qui est l'élément décisif dans l'éveil d'Ada. Celle-ci réalise que sans le désir de Baines, son piano est comme mort. C'est donc librement qu'elle retourne vers lui et se libère de tous ses carcans comme elle se libère de ses vêtements victoriens austères et contraignants pour révéler sa nature profondément sensuelle. A la fin, l'instrument est devenu inutile, il finit au fond de l'eau avec d'autres choses mortes.

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Clean

Publié le par Rosalie210

Olivier Assayas (2004)

Clean

"Clean" est l'un de mes films préférés, un film que j'ai vu plusieurs fois au cinéma et que je me suis par la suite acheté en DVD. C'est lié sans doute au fait qu'il atteint une certaine perfection dans le dosage des divers éléments qui le composent. Car si le réalisateur, Olivier ASSAYAS aborde l'un de ses thèmes fétiches qui est d'analyser la manière dont des personnages rebelles au système dominant et épris d'idéaux font pour reprendre pied dans la réalité, il le fait avec beaucoup de sensibilité. La présence de Maggie CHEUNG dans le rôle principal n'y est sans doute pas étrangère. Son personnage, vraisemblablement inspiré de Yoko Ono est une revenante des années "sex, drugs and rock and roll". Son compagnon, Lee, chanteur de rock adulé y a laissé la peau mais c'est elle que l'on accuse et qui doit en assumer les conséquences puisqu'elle doit se reconstruire dans un monde hostile. Enfin, presque. Car l'autre beau personnage du film, c'est Albrecht (Nick NOLTE, magnifique), le père de Lee qui porte un poids de culpabilité sur les épaules aussi lourd que celui d'Emily. Certes, il n'est pas montré du doigt mais on devine qu'il souffre d'avoir perdu son fils (ou plutôt de ne jamais avoir réussi à le rencontrer). Il tente donc de se racheter en prenant soin de son petit-fils, Jay et en aidant sa mère mise au ban de la société. L'une des plus belles scènes du film est la course éperdue d'Emily à la gare, d'abord pour fuir Albrecht qui l'a blessée en lui racontant que Jay n'était pas prêt à la revoir puis sa volte face lorsqu'elle comprend qu'il lui a en fait tendu la main. Et c'est à la suite de cette prise de conscience en mouvement qu'ils se parlent à nouveau et qu'Albrecht lui confie qu'il croit au pardon et à la capacité des gens à changer.

Parallèlement à cette éprouvante rédemption dans laquelle Emily cherche un équilibre (revoir son fils tout en trouvant un travail qui lui convienne), le film est émaillé de passages plus légers dans lesquels elle fait face aux fantômes de son sulfureux passé incarnés par une galerie de personnages féminins pittoresques: une admiratrice de ses années de présentatrice sur le câble quelque peu étouffante (Laetitia SPIGARELLI), son ex devenue une femme d'affaires froide et cynique (Jeanne BALIBAR) et enfin une amie un peu borderline, Elena (Béatrice DALLE dans son propre rôle ^^?).

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Elle s'appelait Sarah

Publié le par Rosalie210

Gilles Paquet-Brenner (2010)

Elle s'appelait Sarah

Le titre français évoque la chanson de Jean-Jacques GOLDMAN "Comme toi" ("Elle s'appelait Sarah, elle n'avait pas huit ans, sa vie c'était douceur, rêves et nuages blancs. Mais elle n'est pas née comme toi ici et maintenant".) Mais je préfère le titre en VO du roman de Tatiana de Rosnay "Sarah's key" dont le film de Gilles PAQUET-BRENNER est l'adaptation. Parce que tout est affaire de clé dans ce récit. Celle qui déverrouille le cadavre caché dans le placard, métaphore des secrets enfouis qui empêchent de vivre. C'est ce qui relie les deux parties du récit, celui d'un événement historique "traumatique" (la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942) devenu le symbole de la participation active de la France à la Shoah et celui de sa mémoire qui resurgit 60 ans après avoir été mise sous le boisseau. A l'échelle nationale, c'est même moins, le film rappelle le moment-clé que fut le discours commémoratif de Jacques Chirac en juillet 1995 reconnaissant la collaboration de l'Etat français aux crimes des nazis et montre le travail colossal mené par le Mémorial de la Shoah pour répertorier les 76 mille juifs déportés de France (moins de 2500 revinrent) et leur redonner une identité (mur des noms, pièce des photographies des 11 mille 400 enfants de moins de 16 ans déportés, listes diverses: convois, écoles, adresses personnelles, Justes de France).

Mais le film n'étant pas un documentaire mais l'adaptation d'un roman, il articule la reconstitution des événements tragiques de juillet 1942 et leurs conséquences avec des destins particuliers. Sarah est donc une enfant fictive qui symbolise le sort des 4000 enfants arrêtés ce jour là, plus particulièrement le coeur de cible de la rafle qui étaient les juifs étrangers, polonais en premier lieu. Enfin jusqu'à un certain point puisqu'en parvenant à s'échapper avant d'être déportée, elle symbolise l'exception (aucun des enfants du Vel d'Hiv déporté n'est revenu, très peu ont pu s'enfuir du Vel d'Hiv et des camps de transit). Elle endosse alors un autre rôle, celui de la culpabilité du survivant qui se mure dans le silence et ne transmet pas son identité à sa descendance. De plus celle-ci rejaillit sur une famille française, les Tézac qui s'est embourgeoisée sur le dos des familles juives que l'on a délogé et spolié avant de les massacrer. Elle aussi se mure dans le silence et l'oubli. Jusqu'à ce qu'une journaliste américaine, Julia Jarmond mariée au fils Tézac ne mette les pieds dans le plat et ouvre grand le placard à secrets (le film la montre d'ailleurs ouvrant les rideaux d'un appartement que les policiers français referment en 1942). Un personnage extrêmement judicieux quand on sait que c'est un historien américain, Robert Paxton qui en 1973 a démantelé le mythe du double jeu du maréchal Pétain et mis en évidence que la collaboration était une initiative française. Plus récemment il a répondu à Eric Zemmour qui défendait la thèse (dans "Le Suicide français" paru en 2014) d'un maréchal sacrifiant les juifs étrangers pour mieux sauver les juifs français. La distanciation permise par la nationalité, un rapport différent à l'histoire (que l'on songe à la rapidité avec laquelle les américains ont évoqué le trauma de la guerre du Vietnam) et l'accès facilité aux archives allemandes sont autant de facteurs qui ont permis aux USA de jouer auprès de la France ce rôle d'historiens de la mémoire.

Le film de Gilles PAQUET-BRENNER, prenant et remarquablement interprété (mention spéciale à Mélusine MAYANCE et Kristin SCOTT THOMAS à qui le rôle de Julia va comme un gant mais aussi à Michel DUCHAUSSOY dans un rôle court mais marquant ou encore Niels ARESTRUP à contre-emploi) donne beaucoup de sensorialité (cris, aboiements de hauts-parleurs, chaleur étouffante, manque de sommeil, soif, fièvre, absence d'hygiène) à la reconstitution de la rafle vue à la hauteur d'une enfant qui ne comprend pas ce qui se passe et de ce fait commet une erreur fatale en ce qu'elle déplace le fardeau de la culpabilité des vrais coupables (les nazis et leurs complices français) sur ses épaules. Quant au travail de mémoire effectué par Julia, il est indissociable des enjeux autour de ce qui se passe dans son ventre: elle veut accoucher du secret alors que son mari fuyant (Frédéric Pierrot) préfère l'escamoter tandis que le fils de Sarah (Aidan Quinn) après le choc initial finit par l'intégrer à son histoire.

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