Poème visuel, "Sotto le Nuvole" ("Sous les nuages" en référence à la citation de Jean COCTEAU "Le Vésuve fabrique tous les nuages du monde") est le dernier film d'un documentariste italien réputé, Gianfranco ROSI. Pour mémoire, "Sacro Gra" (2013) a obtenu le lion d'or à Venise, premier long-métrage documentaire a être couronné par le festival alors que "Fuocoammare, Par-dela Lampedusa" (2016) a quant à lui remporté l'Ours d'or à Berlin. "Pompei, Sotto le Nuvole", troisième volet de cette trilogie documentaire consacrée à la vie quotidienne en Italie a également été primé à Venise. Néanmoins si sur le plan visuel, le film est un diamant noir, son contenu est hélas nébuleux. Grosso modo on suit des fragments de vie de napolitains ordinaires mais aussi d'archéologues, scientifiques, pompiers, forces de l'ordre, marins... L'intention du réalisateur apparaît assez clairement: relier le passé et le présent, le sous-sol à la surface, l'immergé et l'émergé, le temps à l'espace, le ciel et la terre etc. Le problème est que tout cela n'apparaît que sous la forme de fragments répétitifs: des gens qui appellent les secours à la moindre secousse, des autorités qui explorent les tunnels par où sont passés les pilleurs de tombe, une salle de cinéma abandonnée qui projette des films en rapport avec le sujet (dont "Voyage en Italie") (1954), des professionnels en plein travail de fouilles ou d'inventaire, les paysages fumant des pentes du volcan, un enseignant faisant du soutien scolaire, des marins syriens déchargeant des céréales ukrainiennes dans le port (ce qui permet évidemment de glisser des allusions à l'actualité)... tout cela a sans doute été pensé comme un système de rimes censées entrer en résonances les unes avec les autres pour créer le sentiment au final d'une unité spatio-temporelle avec le symbole de la voie ferrée de la baie de Naples, la Circumvesuviana. Seulement cette construction est non seulement redondante mais abstraite. Les humains sont peu présents et quand ils le sont, ils sont réduits à leur fonction. Certains rapprochements comme la tragédie de Pompei et la guerre en Ukraine semblent pour le moins forcés. Bref le film est une belle cathédrale mais un peu vide à l'intérieur.
Il y a vingt-sept ans, sortait au cinéma "L'homme qui murmurait a l'oreille des chevaux" (1998) dans lequel Robert REDFORD jouait le rôle d'un guérisseur de chevaux capable de se connecter à leurs émotions. "A demain sur la lune" montre à l'inverse un cheval thérapeute "travaillant" au sein d'une unité de soins palliatifs auprès de patients, cancéreux pour la plupart. Le rôle de "docteur Peyo"? Les accompagner jusqu'à la fin en soulageant leurs souffrances et en les aidant à mourir en paix. Evidemment le comportement de cet animal qui semble avoir un sixième sens envers les plus fragiles, qui se montre d'un calme olympien et doux comme un agneau dans un environnement en principe inadapté pour lequel il a été apprivoisé (ce qui d'ailleurs fait ressortir combien l'hôpital est en soi un milieu deshumanisant) relève du mystère, un mystère que le documentaire ne cherche pas à éclaircir. On reste dans l'empirisme. Néanmoins on peut se demander si le fait que les gens qui vont mourir (en tout cas ceux qui sont montrés dans le film) ne trichent pas avec leurs émotions n'entre pas pour quelque chose dans la connexion qui s'établit avec l'animal. Il y aurait de quoi investiguer, de quoi également se connecter à d'autres cultures ou à des traditions oubliées dans lesquelles cet animal jouait déjà le rôle de passeur vers l'au-delà. Toutes les séquences avec Peyo sont poétiques, émouvantes, magiques. Mais le film s'en tient trop à la monstration et préfère suivre le chemin plus balisé de la chronique hospitalière, s'attachant plus particulièrement à une mère de famille d'une quarantaine d'années en phase terminale que des images d'archives montrent à différents âges. Sans doute le moyen pour elle de laisser un témoignage à ses enfants encore très jeunes.
Documentaire réalisé par les soeurs Kuperberg, spécialistes du cinéma hollywoodien des origines aux années 60, "This is Orson Welles" est un bon cru. Le film explore le paradoxe d'un réalisateur adulé par ses pairs mais dont la carrière en tant que cinéaste fut une suite d'échecs. Orson WELLES fut davantage apprécié du grand public comme acteur que comme metteur en scène. Son génie visionnaire ne fut pas compris aux USA, entraînant la perte de contrôle sur ses films, souvent mutilés par les studios hollywoodiens sans parler de ses projets inachevés. Artiste polyvalent, Orson WELLES fut également illusionniste, metteur en scène de théâtre et une grande voix de la radio. Même si la prétendue frayeur déclenchée par son récit de "La guerre des mondes" relève plus de la légende que de la réalité, elle le rendit célèbre et lui ouvrit les portes des studios. Cet aspect de sa personnalité se retrouve en interview où il prédit à sa fille qu'il sera adoré après sa mort. L'une des raisons de la réussite du documentaire est le panel resserré d'intervenants, qui ont tous connu le cinéaste à l'exception de Martin SCORSESE. On découvre avec une certaine surprise qu'aujourd'hui encore, Orson WELLES véhicule une image négative aux USA, celle d'un loser se fourvoyant dans des boulots alimentaires à la télévision alors qu'en Europe il est vénéré. Nul n'est prophète en son pays.
Un portrait de Natalie PORTMAN qui n'apporte pas grand-chose à ce que l'on savait déjà. Est-ce dû à une actrice qui a bien eu du mal elle-même à s'extirper d'une image trop lisse ou bien au manque d'imagination de l'équipe du documentaire qui n'exprime guère de point de vue? Bien sûr il fallait parler du film problématique qui a lancé sa carrière, mais s'il avait été contextualisé, cela aurait eu plus de sens. En effet dans les années 90, la sexualisation des pré-adolescentes était banalisée comme le démontre la désormais célèbre émission de "Apostrophe" avec Gabriel Matzneff tournée en 1990. Il est plus que probable qu'un film comme "Leon" (1993) ne pourrait plus sortir aujourd'hui. Cette platitude se retrouve dans le reste du documentaire qui aligne les films (en oubliant d'en citer pas mal d'ailleurs) en se contentant de souligner la volonté de Natalie PORTMAN de ne pas se laisser façonner, ni enfermer, notamment dans son image d'actrice sage et intello, forgée en réaction à "Léon", même si elle correspond à une certaine réalité (le film rappelle qu'elle a décroché une licence de psychologie à Harvard). Il aurait été d'ailleurs judicieux de davantage développer son enfance et son milieu d'origine. Par exemple si le film évoque d'autres activités de l'actrice, comme égérie de grande marques, réalisatrice et aujourd'hui productrice il ne parle pas étrangement de sa formation de danseuse classique qui lui a été pourtant si utile pour "Black Swan" (2010). En résumé, l'approche est trop superficielle.
Pas mal du tout ce documentaire, réalisé par les soeurs Clara KUPERBERG et Julia KUPERBERG qui se sont spécialisées dans les documentaires sur le cinéma hollywoodien des débuts du cinéma jusqu'à la fin de son âge d'or dans les années 60. On peut lui reprocher ses lacunes, mais comment faire le tour d'une carrière aussi riche que celle de Gary COOPER en seulement 53 minutes? Le film ne prétend d'ailleurs pas être complet mais esquisse des pistes intéressantes pour mieux cerner la spécificité de cet acteur, par rapport aux générations suivantes mais aussi parmi les monstres sacrés de sa génération. Formé sur le tas comme eux (c'est notamment sa maîtrise de l'équitation qui lui a servi de portée d'entrée dans la profession par le biais de ce qui est devenu son genre fétiche, le western), incarnant comme eux aussi le héros américain valeureux et intègre jusque dans ses rôles tardifs dans des films plus ambigus (comme "Vera Cruz" (1954) qui aurait mérité qu'on s'y attarde davantage), il se distingue d'eux par une sensibilité et une humilité qui n'appartenaient qu'à lui. C'est ce qui le rendait particulièrement touchant, notamment dans les comédies sociales de Frank CAPRA où il jouait "L'Homme de la rue" (1940) élevé au rang de héros christique. Le talent de Gary COOPER pour la comédie, son second genre de prédilection après le western est évoqué également au travers de "Boule de feu" (1941) de Howard HAWKS où il joue un rôle proche de ceux de Cary GRANT mais sur un scénario de Billy WILDER pour qui il interprètera seize ans plus tard le séducteur jaloux de "Ariane" (1957). Ces films sont tous mentionnés dans le documentaire et assortis d'extraits. En revanche, "Morocco" (1930) est à peine effleuré et les collaboration avec Ernst LUBITSCH totalement ignorées. Cela aurait permis de mieux expliquer sa présence dans "Ariane" (1957) qui a été conçu comme un hommage à celui que Billy WILDER considérait comme son maître.
Un titre poétique et prolifique pour un documentaire consacré à un film culte: "Macadam Cowboy" (1968) brillamment replacé dans son contexte historique. Pas seulement celui d'un pays, les USA alors enlisés dans la guerre du Vietnam et doutant de leurs valeurs mais aussi celui d'une ville, New-York alors décrépite et refuge de tous les "misfits" du pays et d'ailleurs (le film est contemporain d'une oeuvre comme "Panique a Needle Park" (1971) mais la réalisatrice-scénariste montre tout aussi bien les liens avec "Taxi Driver") (1976). C'est aussi le parcours personnel de son réalisateur John SCHLESINGER qui est ausculté avec tant de justesse que le documentaire nous le rend très proche alors qu'il est décédé en 2003 soit près de 20 ans avant sa réalisation. "Macadam Cowboy", c'est un peu (un peu beaucoup même) sa propre histoire, devenue "racontable" dans un pays confronté à l'émergence de la contre-culture dont l'aspect queer est ici mis en évidence. Excellente idée au passage d'avoir illustré la pénalisation de l'homosexualité dans les années cinquante et soixante au Royaume-Uni (pays d'origine de John SCHLESINGER) avec des extraits de "La Victime" (1961) de Basil DEARDEN qui fut à l'origine de la carrière de Dirk BOGARDE dans le cinéma d'auteur à défaut de parvenir à le sortir du placard. Ceci étant, le documentaire ne fait pas l'impasse sur les doutes du réalisateur quant à l'oeuvre qu'il était en train de réaliser, ni sur son classement "X", ni sur son contenu homoérotique ("Le Secret de Brokeback Mountain" (2005) et "The Power of the Dog" (2021) sont cités pour rappeler que "Macadam Cowboy" fut en quelque sorte le film précurseur sur le thème du cowboy icône gay). Néanmoins, le documentaire rappelle qu'à la différence des films LGBT underground réalisés au sein de la Factory de Andy WARHOL, "Macadam Cowboy" qui pourtant croise cet univers lors d'une longue et mémorable séquence psychédélique montre une relation platonique entre deux hommes même si leur amitié se manifeste par une tendresse tout à fait inhabituelle à l'écran. De fait, il a réussi l'exploit de décrocher trois Oscars ce qui me fait penser en matière de schizophrénie à un film tout aussi iconoclaste, "Théorème" (1968) sorti la même année à la fois condamné et célébré par les catholiques. Jon VOIGHT dont c'était le premier rôle important à l'écran raconte comment il a décroché le rôle (on le voit même faire des bouts d'essai) alors que Dustin HOFFMAN qui venait d'exploser avec "Le Laureat" (1967) a dû faire des pieds et des mains pour convaincre John SCHLESINGER de le prendre (ça a fonctionné visiblement puisque les deux hommes ont de nouveau travaillé ensemble sur son autre film célèbre, "Marathon Man") (1976). Bref un documentaire foisonnant et passionnant de bout en bout.
Ce qu'elle était chouette, Claudia CARDINALE me suis-je dit après avoir vu le documentaire. Pour reprendre les propos de Marcello MASTROIANNI, "La seule fille simple et saine dans ce milieu de névrosés et d’hypocrites". Que ce soit dans les films ou les images d'archives dans lesquelles elle répond aux entretiens, elle déborde de naturel, elle irradie. Il faut dire que tout en elle est atypique et qu'il est difficile de la situer (tant mieux): garçon manqué d'une renversante beauté sauvage, un timbre rauque unique masqué dans ses premiers films par un doublage ridicule (c'est Federico FELLINI qui lui a rendu sa voix), une identité italienne fabriquée de toutes pièces (d'une famille d'origine sicilienne certes mais élevée en Tunisie alors sous protectorat français ce qui fait du français sa langue maternelle), une réelle modestie qui explique en partie son peu d'attirance initial pour le cinéma et ses mirages. Quant au "secret" en question, il n'est pas tant de son fait que celui d'une époque "névrosée et hypocrite" où avoir un enfant hors mariage était une tare qu'il fallait dissimuler à tout prix. Si le titre me paraît donc plutôt mal choisi, le parcours de Claudia CARDINALE est quant à lui limpide. Elle passe d'une sujétion totale aux hommes (enceinte à la suite d'un viol puis "protégée" d'un homme influent auquel elle doit en partie les plus belles années de sa carrière mais tyrannique) à l'émancipation, y compris vis à vis du monde du cinéma. Comme d'autres actrices de cette époque (le film cite Brigitte BARDOT à laquelle elle a été comparée sans doute pour son côté "sauvageonne" et avec qui elle a tourné mais j'ai pensé personnellement à Delphine SEYRIG), Claudia CARDINALE est passée du statut de muse à celui d'actrice de son destin. Le personnage de Jill dans "Il Etait une Fois dans l'Ouest" (1968) qui est à mon avis l'un de ses plus grands rôles lui ressemle, elle qui telle le roseau a pu faire semblant de plier mais n'a jamais rompu et a finit par triompher. Luchino VISCONTI avait raison lorsqu'il disait d'elle "Elle a l'air d'une chatte qu'on caresse, mais elle se transformera en tigresse".
La captation d'une répétition du ballet flamenco "Noces de sang", d'après la pièce de théâtre de Federico Garcia Lorca par le danseur et chorégraphe Antonio Gades et sa troupe. On voit les danseurs dans leurs préparatifs puis s'échauffer, puis effectuer un filage du spectacle. En voix-of, Antonio Gades évoque le parcours singulier qui l'a amené à devenir danseur et chorégraphe. La fascination que procure ce court documentaire tient au contraste entre le dépouillement du dispositif et la puissance d'évocation procurée par la musique, la chorégraphie, les costumes et les maquillages. Il faut dire que la pièce est d'une simplicité extrême: deux hommes, le mari et l'amant, se battent à mort pour une femme, le jour de ses noces. C'est épuré mais extrêmement expressif: la meilleure façon de commencer une trilogie consacrée au flamenco que Carlos SAURA poursuivra avec "Carmen" (1984) et "L'Amour Sorcier" (1986), en collaboration également avec Antonio Gades. A noter que "Noces de sang" est aussi le premier volet d'une trilogie chez Federico Garcia Lorca, avant "Yerma" et "La maison de Bernarda Alba".
Documentaire pertinent sur Tim BURTON qui permet bien de cerner sa personnalité et l'aspect autobiographique de son oeuvre. Son enfance dans une banlieue proprette de Los Angeles où il passe pour un "freak" avec ses goûts pour les films de monstres et sa propension à passer du temps dans les cimetières forme la toile de fond de son inspiration jusqu'à "Mercredi" (2022). Bien qu'ayant tout pour réussir, un talent remarquable pour le dessin qu'il pratique comme il respire, le fait de vivre près de l'usine à rêves, sa formation d'animateur au service des studios Disney, son univers macabre et gothique ne cadre pas avec l'image de la firme. Aussi il voit ses réalisations parfois placardisées (avant de devenir cultes) ou avortées: "Frankenweenie" (1984), "L'Etrange Noel de Monsieur Jack" (1991), le troisième volet de Batman, son projet de Superman avec Nicolas CAGE etc. Mais c'est avec un regard amusé que Tim BURTON revient sur les frayeurs des esprits conservateurs à son égard. Le film évoque aussi son père de cinéma, Vincent PRICE bien que son apparition dans "Edward aux mains d'argent" (1990) ne soit pas mentionnée et les acteurs récurrents de sa filmographie: Michael KEATON, Winona RYDER, Johnny DEPP, Helena BONHAM CARTER.
Le titre est sans doute une référence à l'essai de Virginia Woolf, "Une chambre à soi" qui analyse les causes des difficultés d'accès des femmes à la création artistique et plus généralement à l'autonomie. L'émancipation est en effet au coeur de ce documentaire passionnant rempli d'archives inédites qui permet de cerner les contours d'une personnalité unique longtemps inféodée aux besoins des autres.
Le parcours hors-normes de Nastassja KINSKI c'est d'abord le paradoxe de porter un nom célèbre tout en n'ayant pas eu de parents dignes de ce nom. Ecrasée par un père tyrannique et incestueux qui l'a abandonnée dans sa petite enfance, elle a été négligée par une mère immature dont elle a dû partager les errances au point d'avoir dû très jeune renverser les rôles et la prendre en charge pour sa propre survie. On réalise alors combien son premier rôle au cinéma dans "Faux mouvement" (1975) reflète ce qu'elle était à 13-14 ans: une vagabonde privée de voix par une figure paternelle totalitaire et une mère aux abonnées absents. Le paradoxe d'un cinéma à la fois salvateur puisqu'elle y trouvera un port d'attache et une seconde famille et destructeur en ce qu'il poursuit son instrumentalisation par les adultes, principalement les hommes dominant ce milieu. Entre leurs mains, Nastassja KINSKI devient une lolita devant se plier à leurs fantasmes, principalement axés sur le viol et l'inceste.
C'est dans ce contexte qu'elle décroche son premier rôle majeur dans "Tess" (1979) de Roman POLANSKI. Une rencontre paradoxale comme l'est ce réalisateur aujourd'hui indissociable des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Roman POLANSKI coche toutes les cases: amateur de "nymphettes" comme l'aurait dit un certain Bernard PIVOT, il devient son pygmalion dans une relation d'emprise qui en évoque d'autres épousant le même schéma patriarcal (Benoit JACQUOT et Judith GODRECHE pour ne citer qu'eux). En même temps, "Tess" la propulse sur la scène internationale et lui ouvre les rôles de premier plan auprès de cinéastes majeurs et bien qu'ayant dû se libérer de l'emprise de Roman POLANSKI qui cherchait à contrôler sa vie, elle est restée proche de lui. Sans doute parce qu'en dépit de tout, il a été un repère en lui ouvrant les portes du cinéma (son premier "lieu à elle" d'après ses propos qui résonnent avec le titre du documentaire) en lui donnant un rôle valorisant et qui lui ressemble, celui d'une jeune fille intègre et tenace face à l'adversité. Sans doute aussi parce qu'il l'a aidée à s'améliorer sur le plan artistique et qu'ils ont nombre de points communs. Une rencontre qui lui a donc donné les clés pour son émancipation future alors même que son adolescence délinquante lui avait valu quelques jours de prison en Allemagne en 1978 quand elle était encore mineure. Comme quoi rien n'est tout noir ou tout blanc alors que notre époque déteste les nuances de gris...
L'autre cinéaste marquant de sa carrière, c'est Wim WENDERS. Polyglotte, sans racines et sans frontières, comme elle et comme Roman POLANSKI. Alors qu'il est précisé dans le documentaire qu'elle refusait de rejouer pour un même cinéaste (sans doute par peur de tomber sous son emprise), elle a fait une exception pour lui, tournant dans trois de ses films, un à chaque décennie entre les années 70 et les années 90. Comme pour "Tess", ceux-ci constituent des repères, enregistrant des étapes-clés de sa vie. Son adolescence erratique et sous emprise dans "Faux mouvement" (1975), son émancipation d'un homme possessif (et bien plus âgé, toujours...) et son accès à la maternité dans "Paris, Texas" (1984) qui fait d'elle en même temps une icône gravée à jamais dans l'histoire du cinéma. "Si loin, si proche!" (1993) enfin qui définit bien sa relation au cinéma, faite d'éclipses pendant lesquelles elle se consacre à ses enfants pour qui elle a voulu être la mère qu'elle n'a pas eu. Oui, un destin hors-normes qui donne envie de la revoir très vite sur les écrans ("Tess" (1979) ressort en version restaurée mais on a également envie de voir tous les films confidentiels qu'elle a tourné et qui n'ont jamais été distribués en France).
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)